{"id":4601,"date":"2009-11-09T13:40:01","date_gmt":"2009-11-09T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/11\/09\/sante-liberia-la-saison-des-pluies-mortelle-pour-les-femmes-enceintes\/"},"modified":"2009-11-09T13:40:01","modified_gmt":"2009-11-09T13:40:01","slug":"sante-liberia-la-saison-des-pluies-mortelle-pour-les-femmes-enceintes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/11\/09\/sante-liberia-la-saison-des-pluies-mortelle-pour-les-femmes-enceintes\/","title":{"rendered":"SANTE-LIBERIA: La saison des pluies, mortelle pour les femmes enceintes"},"content":{"rendered":"<p>BAILA, Lib\u00e9ria, 9 nov (IPS) &#8211; Alors que de fortes pluies mart\u00e8lent le toit de chaume de sa hutte de terre, Goromah Borbor se blottit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et d\u00e9crit calmement comment sa fille Annie est morte pendant qu\u2019elle accouchait.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>&#8220;Quand elle souffrait, j&#39;ai appel\u00e9 la sage-femme&#8221;, raconte Borbor, en tripotant une longue rang\u00e9e de bracelets perl\u00e9s sur son bras. &#8220;La fille avait commenc\u00e9 par se d\u00e9battre et trembler&#8230; puis, ses l\u00e8vres et sa bouche et toutes les choses ont commenc\u00e9 par enfler&#8221;.<\/p>\n<p> La famille Borbor vit \u00e0 Baila, un village dans le centre du Lib\u00e9ria avec une population de 3.000 personnes, mais pas de centre de sant\u00e9. En cas d&#39;urgence, les villageois doivent faire une heure en voiture pour se rendre \u00e0 l&#39;h\u00f4pital le plus proche, un voyage qui devient plus difficile pendant la saison des pluies lorsque les routes se d\u00e9t\u00e9riorent et de moins en moins de voitures tentent le voyage&#8230;<\/p>\n<p> Comme des centaines d&#39;autres femmes au Lib\u00e9ria chaque ann\u00e9e, Annie Borbor est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 la maison du fait des complications qui sont survenues entre la grossesse et l&#39;accouchement. Son b\u00e9b\u00e9, une fille, est mort \u00e9galement.<\/p>\n<p> &#8220;Les sages-femmes ne m&#39;ont jamais dit quelque chose sur les raisons de la maladie de la fille&#8221;, d\u00e9clare Borbor, regardant fixement la pluie tomber \u00e0 flots.<\/p>\n<p> Sur 100.000 naissances, 994 femmes sont mortes, selon l\u2019Enqu\u00eate sur d\u00e9mographie et la sant\u00e9 du Lib\u00e9ria de 2007. La grande majorit\u00e9 des femmes ont accouch\u00e9 dans la communaut\u00e9, ou dans des centres m\u00e9dicaux ne disposant pas d\u2019agents de sant\u00e9 qualifi\u00e9s.<\/p>\n<p> En janvier 2009, le Fonds des Nations Unies pour l&#39;enfance (UNICEF) a publi\u00e9 un rapport qui indique qu\u2019une femme lib\u00e9rienne a un risque sur 12 de mourir pour cause de complications de la grossesse ou de l&#39;accouchement dans sa vie.<\/p>\n<p> A Baila, sur la fronti\u00e8re entre le comt\u00e9 de Bong et le comt\u00e9 de Nimba, les femmes enceintes sont confront\u00e9es \u00e0 bon nombre des facteurs de risque les plus dangereux pour la mortalit\u00e9 maternelle. Il n&#39;existe aucun centre m\u00e9dical et les femmes doivent parcourir de longues distances sur de mauvaises routes pour des trouver des accoucheuses qualifi\u00e9es et recevoir des soins de sant\u00e9, tels que l\u2019obst\u00e9trique d&#39;urgence et des soins postnataux.<\/p>\n<p> Le Lib\u00e9ria est toujours en train de reconstruire des infrastructures de sant\u00e9 et de transport qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites par la guerre entre 1989 et 2003. Les efforts de reconstruction sont entrav\u00e9s pendant la saison des pluies entre mai et novembre, lorsque le Lib\u00e9ria re\u00e7oit en moyenne 4.300 millim\u00e8tres de pluie. Il est l&#39;un des pays les plus humides au monde.<\/p>\n<p> Voyager devient particuli\u00e8rement difficile puisque les pluies torrentielles cr\u00e9ent d&#39;\u00e9normes nids-de-poule et font dispara\u00eetre enti\u00e8rement des routes. Les ruisseaux et les petits cours d\u2019eau sortent de leurs rives, rendant les sentiers impraticables.<\/p>\n<p> Des \u00e9tudes m\u00e9dicales r\u00e9alis\u00e9es au S\u00e9n\u00e9gal, en Gambie et au Mozambique ont montr\u00e9 des augmentations consid\u00e9rables de la mortalit\u00e9 maternelle pendant la saison des pluies. Au total, des chercheurs concluent que plusieurs facteurs contribuent \u00e0 cette hausse saisonni\u00e8re, y compris un taux plus \u00e9lev\u00e9 de paludisme et l&#39;acc\u00e8s limit\u00e9 aux services de sant\u00e9.<\/p>\n<p> Chaque mardi, Gban Kollie parcourt les chemins boueux et sous de fortes pluies sur sa longue randonn\u00e9e \u00e0 Baila pour vendre des l\u00e9gumes au march\u00e9. &#8220;Je suis actuellement enceinte, mais je ne sais pas de combien de mois&#8221;, explique Kollie, pendant qu\u2019elle emballe un v\u00eatement brillant or et de couleur bordeaux autour de son gros ventre. Elle semble \u00eatre enceinte de huit mois.<\/p>\n<p> Kollie n&#39;a jamais consult\u00e9 un m\u00e9decin ou une infirmi\u00e8re praticienne. Elle vit au fond de la for\u00eat tropicale dense et va jusqu\u2019\u00e0 Baila pour gagner un peu d&#39;argent pour subvenir aux besoins de sa famille. Se rendre \u00e0 un h\u00f4pital \u00e0 pied prendrait plusieurs heures de plus, et co\u00fbterait beaucoup d&#39;argent en voiture.<\/p>\n<p> Cette femme d&#39;un air fatigu\u00e9 a accouch\u00e9 de dix b\u00e9b\u00e9s. Tous dans la brousse. Sept sont morts.<\/p>\n<p> Dans son dialecte, le Kpelle, Kollie explique : &#8220;Parfois, pendant que je suis en train de mettre au monde mon enfant, je rencontre des difficult\u00e9s. Une fois, j&#39;ai accouch\u00e9 d&#39;un enfant mort&#8221;.<\/p>\n<p> L\u2019accoucheuse traditionnelle, Tohn Kolleh, a fait accoucher des b\u00e9b\u00e9s pendant 20 ans, mais reconna\u00eet que les cas d&#39;urgence doivent aller \u00e0 l&#39;h\u00f4pital. Cette femme \u00e2g\u00e9e affirme que trouver une voiture avec de l&#39;espace est difficile et co\u00fbteux. Kolleh conna\u00eet des femmes enceintes qui sont mortes pendant qu&#39;elles \u00e9taient debout au bord de la route attendant de se faire remorquer \u00e0 l&#39;h\u00f4pital. Parfois, des villageois chargent la femme dans une brouette ou un hamac et la transportent sur la distance.<\/p>\n<p> &#8220;Certains villages sont loin de la route principale. Cela peut durer quatre heures de marche&#8221;, explique Kolleh.<\/p>\n<p> Le &#39;Ganta United Methodist Hospital&#39; (H\u00f4pital m\u00e9thodiste uni de Ganta) est situ\u00e9 normalement \u00e0 45 minutes en voiture de Baila, mais il faut plus de temps pendant la saison des pluies. Dans la maternit\u00e9, des b\u00e9b\u00e9s crient et les nouvelles m\u00e8res sont accabl\u00e9es de chaleur sur les lits d&#39;h\u00f4pital. Le superviseur adjoint, Confort Neufville, ch\u00e2tie \u00e0 haute voix les femmes enceintes de ne pas venir \u00e0 l&#39;h\u00f4pital plus t\u00f4t, et par cons\u00e9quent, d\u2019arriver dans des conditions qui menacent la vie.<\/p>\n<p> Beaucoup de femmes lib\u00e9riennes \u00e9vitent les accouchements \u00e0 l&#39;h\u00f4pital parce qu&#39;elles vivent avec moins d\u2019un dollar par jour et ne peuvent pas supporter une facture \u00e9lev\u00e9e. A Ganta, un accouchement \u00e0 l&#39;h\u00f4pital co\u00fbte entre 8,50 dollars et 11 dollars, plus deux dollars pour chaque jour suppl\u00e9mentaire de traitement. Le poids financier est amplifi\u00e9 pendant la saison des pluies, appel\u00e9e &#8220;saison maigre&#8221;, au cours de laquelle il y a des p\u00e9nuries alimentaires et une inflation des prix.<\/p>\n<p> &#8220;En maintenant ces femmes dans les villages jusqu&#39;\u00e0 la fin, les complications surviennent, c&#39;est le moment o\u00f9 elles viennent \u00e0 l&#39;h\u00f4pital&#8221;, \u00e9clate Neufville, criant presque afin que toute la maternit\u00e9 puisse entendre sa r\u00e9primande. &#8220;Quand vous arrivez ici avec cette complication, pour sauver le b\u00e9b\u00e9 et la m\u00e8re, nous sommes oblig\u00e9s de faire de la chirurgie&#8221;.<\/p>\n<p> Les h\u00e9morragies, les infections, l&#39;\u00e9clampsie et la dystocie sont les quatre principales causes de d\u00e9c\u00e8s, selon l&#39;Organisation mondiale de la sant\u00e9. Des complications m\u00e9dicales dont les sages-femmes, qui ont une formation limit\u00e9e, dans les villages recul\u00e9s, sont mal \u00e9quip\u00e9es pour s\u2019en occuper.<\/p>\n<p> L\u2019UNICEF conclut qu&#39;environ 80 pour cent des d\u00e9c\u00e8s maternels pourraient \u00eatre \u00e9vit\u00e9s avec l&#39;acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9. Au Lib\u00e9ria, les rapports du gouvernement indiquent qu&#39;un acc\u00e8s suffisant aux soins de sant\u00e9 exigera plus que seulement des centres de sant\u00e9 et plus de m\u00e9decins, d\u2019infirmiers et de sages-femmes. Il exigera \u00e9galement de meilleures routes et l&#39;am\u00e9lioration de l\u2019\u00e9ducation pour les filles et les femmes.<\/p>\n<p> De retour \u00e0 Baila, pendant que la pluie baisse et que le march\u00e9 tire \u00e0 sa fin, Gban Kollie, une femme enceinte, rejette l&#39;id\u00e9e de rester dans le village pour accoucher. Elle commence lentement et maladroitement sa longue marche pour retourner \u00e0 la ferme, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la for\u00eat, loin de la sage-femme et de l&#39;aide limit\u00e9e qui est disponible.  Quant \u00e0 Goromah Borbor, elle continuera par se demander comment la joie de la naissance s\u2019est transform\u00e9e en une mis\u00e8re de la mort, par la perte d&#39;une fille et d\u2019une petite-fille.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>BAILA, Lib\u00e9ria, 9 nov (IPS) &#8211; Alors que de fortes pluies mart\u00e8lent le toit de chaume de sa hutte de terre, Goromah Borbor se blottit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et d\u00e9crit calmement comment sa fille Annie est morte pendant qu\u2019elle accouchait.<\/p>\n","protected":false},"author":706,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,11,6,1,4,30,29],"tags":[],"class_list":["post-4601","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-developpement","category-economie-finances-le-commerce","category-headlines","category-sante","category-special-culture-religion-et-genre","category-west-africa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4601","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/706"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4601"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4601\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4601"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4601"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4601"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}