{"id":4581,"date":"2009-10-26T13:40:01","date_gmt":"2009-10-26T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/10\/26\/maurice-elles-vendent-des-oeufs-pour-scolariser-leurs-enfants\/"},"modified":"2009-10-26T13:40:01","modified_gmt":"2009-10-26T13:40:01","slug":"maurice-elles-vendent-des-oeufs-pour-scolariser-leurs-enfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/10\/26\/maurice-elles-vendent-des-oeufs-pour-scolariser-leurs-enfants\/","title":{"rendered":"MAURICE: Elles vendent des \u0153ufs pour scolariser leurs enfants"},"content":{"rendered":"<p>PORT-LOUIS, 26 oct (IPS) &#8211; La vie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 rose pour ces trois femmes mauriciennes car en plus d\u2019\u00eatre issues de milieux modestes, elles ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es par l\u2019homme qui partageait leur vie. Clauna, Christelle et Virginie sont trois jeunes femmes qui se battent seules pour nourrir et \u00e9lever leurs enfants.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Chaque jour est un combat pour elles. Toutefois, gr\u00e2ce \u00e0 un projet d\u2019\u00e9levage de poules pondeuses, ces femmes des faubourgs de Port-Louis, la capitale de l\u2019Ile Maurice, tentent de devenir financi\u00e8rement ind\u00e9pendantes. Elles refusent de devenir des assist\u00e9es. Elles ont donn\u00e9 seulement leurs pr\u00e9noms, pr\u00e9f\u00e9rant ne pas r\u00e9v\u00e9ler leurs noms de famille pour pr\u00e9server leur identit\u00e9.<\/p>\n<p> Leur aventure a commenc\u00e9 en octobre 2008. Solange Potou, assistante sociale qui les soutient, r\u00e9dige pour elle un projet d\u2019\u00e9levage de poules et l\u2019envoie \u00e0 la &#39;Mauritius Commercial Bank&#39;. Apr\u00e8s examen du projet, cette institution bancaire consent \u00e0 leur accorder un pr\u00eat gr\u00e2ce auquel elles ach\u00e8tent chacune, 24 poules pondeuses, et un pondoir.  Ces trois femmes ne seront pas seules \u00e0 porter ce projet \u00e0 bout de bras. Une quinzaine d\u2019autres femmes les rejoindront. La plupart d\u2019entre elles ont des enfants \u00e0 leur charge parce que leurs \u00e9poux ont abandonn\u00e9 le toit conjugal.  \u00abCe sont des battantes qui veulent sortir du gouffre de la mis\u00e8re. Elles veulent \u00eatre responsables et travailler \u00e0 leur compte. Ce sont des femmes extraordinaires qui, malgr\u00e9 leurs soucis, arrivent \u00e0 se tenir debout. Elles ont une hantise: que leur pass\u00e9 rattrape leurs enfants\u00bb, explique Potou. Elles ne souhaitent plus de se trouver \u00e0 nouveau coinc\u00e9es dans l\u2019\u00e9tau de la pauvret\u00e9 dont leurs enfants p\u00e2tiraient.   Clauna, \u00e2g\u00e9e de 19 ans, est m\u00e8re d\u2019un enfant d\u2019un an. La jeune femme a, comme les autres, obtenu 24 poules pondeuses qu\u2019elle nourrit comme il faut et qui pondent. Au d\u00e9but, les gens \u00e9taient r\u00e9ticents \u00e0 acheter la dizaine d\u2019\u0153ufs qu\u2019elle obtient par jour de ses pondeuses. Mais petit \u00e0 petit, la communication de bouche \u00e0 oreille fonctionne et elle a alors trouv\u00e9 des clients r\u00e9guliers.  \u00abLes gens ne comprenaient pas notre d\u00e9marche. Ils ne se rendaient pas compte que pour nous, ce travail, c\u2019\u00e9tait du s\u00e9rieux. Quand ils l\u2019ont compris, ils ont accept\u00e9 notre activit\u00e9 et ils ont alors port\u00e9 un autre regard sur nous\u00bb, d\u00e9clare Clauna. \u00abNous avons r\u00e9ussi \u00e0 fid\u00e9liser des clients du fait que nous vendons nos \u0153ufs moins cher, soit \u00e0 quatre Roupies l\u2019unit\u00e9 au lieu de six Rs (moins d\u2019un dollar US) comme c\u2019est le cas ailleurs\u00bb. Elle affirme que la formation, qui leur a \u00e9t\u00e9 initialement dispens\u00e9e par des professionnelles, les a grandement aid\u00e9es.  Virginie Alexandrine, 25 ans, qui a finalement son nom de famille, est une m\u00e8re de quatre enfants, dont l\u2019a\u00een\u00e9 a six ans. L\u2019argent qu\u2019elle per\u00e7oit de la vente des \u0153ufs de ses pondeuses, est utilis\u00e9 pour payer la scolarit\u00e9 de ses enfants. \u00abJe ne gagne pas beaucoup, mais avec le peu que j\u2019obtiens, j\u2019essaie de faire rouler ma cuisine et je scolarise mes enfants. C\u2019est pareil pour nous toutes\u00bb, explique Virginie. Depuis que son partenaire l\u2019a abandonn\u00e9e, Virginie vit avec son p\u00e8re \u00e0 Ste-Croix, une r\u00e9gion p\u00e9riph\u00e9rique de Port-Louis.<\/p>\n<p> Pour sa part, Christelle ne s\u2019est pas content\u00e9e d\u2019acheter 24 poules pondeuses. Gr\u00e2ce \u00e0 de petites \u00e9conomies r\u00e9alis\u00e9es ant\u00e9rieurement, elle s\u2019est aussi achet\u00e9 une dizaine de poussins. \u00abJe veux aller plus loin dans la vie et \u00eatre une femme qui puisse tenir sur ses pieds. La vie m\u2019a meurtrie, mais ce n\u2019est pas pour autant que je vais baisser les bras\u00bb, souligne-t-elle, regardant ses interlocuteurs de &#39;Gender Links&#39; droit dans les yeux.  Toute sa d\u00e9termination se lit au fond de ses prunelles. Christelle sait que c\u2019est \u00e0 la sueur de son front qu\u2019elle arrivera \u00e0 progresser. Ses enfants, qui sont encore en bas \u00e2ge, sont sa principale source de motivation, dit-elle.<\/p>\n<p> Clauna, Christelle et Virginie sont conscientes que les fl\u00e9aux sociaux gagnent du terrain dans les faubourgs de la capitale mauricienne o\u00f9 elles vivent. Elles ne veulent pas c\u00e9der \u00e0 l\u2019app\u00e2t du gain facile car elles sont port\u00e9es par l\u2019amour qu\u2019elles \u00e9prouvent pour leurs enfants.  \u00abLa drogue et le travail sexuel sont derri\u00e8re les portes de nos maisons en t\u00f4le. Nous y sommes expos\u00e9es, de m\u00eame que nos enfants. Si nous ne faisons rien, ces derniers se feront happer et il sera alors tr\u00e8s difficile de les remettre sur les rails par la suite\u00bb, affirme Clauna.<\/p>\n<p> Ces trois femmes esp\u00e8rent un jour vendre leurs \u0153ufs sur une grande \u00e9chelle en doublant leur basse-cour et en gagnant beaucoup plus d\u2019argent. Elles sont conscientes que ce ne sera pas aussi facile qu\u2019\u00e0 leurs d\u00e9buts, mais elles disent qu\u2019elles croient dur comme fer en leur bonne \u00e9toile.  \u00abOn est sur la bonne voie. C\u2019est ce qui compte\u00bb, lance Virginie. Lorsque leurs interlocuteurs de &#39;Gender Links&#39; s\u2019appr\u00eatent \u00e0 prendre cong\u00e9 d\u2019elles, l\u2019une d\u2019entre elles ajoute: \u00abNous continuerons \u00e0 nous battre pour ne plus vivre dans des conditions pr\u00e9caires. Nos enfants m\u00e9ritent beaucoup mieux\u00bb.  Et Potou, qui veille sur elles comme un ange gardien, estime que \u00ables trois sont sur la bonne voie. Je suis certaine qu\u2019elles r\u00e9ussiront, quittes \u00e0 lutter contre vents et mar\u00e9es\u00bb, affirme-t-elle.  *(Kendy Mangra est journaliste \u00e0 Maurice et a \u00e9crit cet article pour &#39;Gender Links&#39;, une organisation non gouvernementale d\u2019Afrique australe qui lutte pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 de genre. Cet article est publi\u00e9 en vertu d&#39;un accord de coop\u00e9ration entre &#39;Gender Links&#39; et IPS).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PORT-LOUIS, 26 oct (IPS) &#8211; La vie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 rose pour ces trois femmes mauriciennes car en plus d\u2019\u00eatre issues de milieux modestes, elles ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es par l\u2019homme qui partageait leur vie. 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