{"id":4482,"date":"2009-08-19T13:40:01","date_gmt":"2009-08-19T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/08\/19\/droits-afrique-une-justice-insaisissable-contre-des-violences-basees-sur-le-genre\/"},"modified":"2009-08-19T13:40:01","modified_gmt":"2009-08-19T13:40:01","slug":"droits-afrique-une-justice-insaisissable-contre-des-violences-basees-sur-le-genre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/08\/19\/droits-afrique-une-justice-insaisissable-contre-des-violences-basees-sur-le-genre\/","title":{"rendered":"DROITS-AFRIQUE: Une justice insaisissable contre des violences bas\u00e9es sur le genre"},"content":{"rendered":"<p>NAIROBI, Kenya, 19 ao\u00fbt (IPS) &#8211; Florence Mukambi portera toujours les plus graves s\u00e9quelles des violences post\u00e9lectorales du pays.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Ses deux jeunes enfants ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s vifs dans leurs lits et elle-m\u00eame d\u00e9figur\u00e9e et rendue indigente lorsque la haine ethnique faisait rage dans la banlieue o\u00f9 elle vit encore.   Mukambi et ses enfants ne sont que trois des victimes des violences g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es qui ont \u00e9clat\u00e9 apr\u00e8s les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles contest\u00e9es de d\u00e9cembre au cours desquelles pr\u00e8s de 1.000 personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es et jusqu\u2019\u00e0 350.000 d\u00e9plac\u00e9es.  Mukambi vit encore dans la banlieue de Kibera o\u00f9 tout cela s\u2019est produit. Kibera est une installation tentaculaire de cabanes construites sur ce qui est en grande partie un site de d\u00e9chets. Juste \u00e0 quelques kilom\u00e8tres au sud-ouest de Nairobi, cette banlieue devrait abriter plus d\u2019un million de personnes. Les habitants de tous les groupes ethniques vivent serr\u00e9s le long des \u00e9gouts \u00e0 ciel ouvert \u2013 dont les eaux us\u00e9es sont m\u00e9lang\u00e9s aux mati\u00e8res f\u00e9cales des hommes et des animaux, \u00e0 la poussi\u00e8re et \u00e0 la cendre.   Lorsque les violences ont \u00e9clat\u00e9, des jeunes voyous ont mis le feu \u00e0 sa cabane et dans cet incendie ses deux enfants, les seuls qu\u2019elle avait, ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s \u00e0 mort. Son crime \u00e9tait qu\u2019elle est une m\u00e8re kikuyu capable de mettre au monde des enfants kikuyu, vivant dans une banlieue domin\u00e9e par des Luo. &#8220;Voici celles qui produisent nos ennemis&#8221;, criaient ses agresseurs.   La tension entre les groupes ethniques kikuyu et luo s\u2019est d\u00e9clench\u00e9e apr\u00e8s que Mwai Kibaki, un membre des Kikuyu, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 vainqueur des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles contre Raila Odinga, un membre des Luo.  Comme d\u2019habitude, ce jour-l\u00e0 Mukambi avait achet\u00e9 des bananes sucr\u00e9es pour vendre sur sa v\u00e9randa le lendemain afin qu\u2019elle puisse r\u00e9unir les contributions scolaires de ses enfants. Mukambi n\u2019a jamais imagin\u00e9 que sa fille \u2013 11 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2013 et son gar\u00e7on de huit ans ne verraient plus la lumi\u00e8re du jour.<\/p>\n<p> Des larmes coulent sur la joue de Mukambi pendant qu\u2019elle raconte sa rude \u00e9preuve. Elle ne peut plus travailler pour elle-m\u00eame parce que sa main droite a \u00e9t\u00e9 gravement br\u00fbl\u00e9e; elle n\u2019a plus d\u2019oreilles et les cavit\u00e9s qui repr\u00e9sentent le canal de son ou\u00efe sont couvertes par la peau qui ne cesse de se d\u00e9velopper.  &#8220;Je ne peux ni entendre ni travailler pour me nourrir. Et mes enfants qui allaient s\u2019occuper de moi sont morts&#8221;.<\/p>\n<p> Carol Ogengo, directrice ex\u00e9cutive de &#39;Tomorrow&#39;s Child Initiative&#39; (Initiative des enfants de demain) qui apporte une certaine aide \u00e0 Mukambi, dit qu\u2019elle a besoin d\u2019une greffe de la peau et une chirurgie r\u00e9paratrice.<\/p>\n<p> L\u2019organisation s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 Mukambi quand celle-ci l\u2019a contact\u00e9e, non pas \u00e0 cause de sa propre situation, mais pour signaler le d\u00e9c\u00e8s de ses enfants. &#8220;Elle n\u2019est pas de notre mandat, mais nous \u00e9tions touch\u00e9s \u00e0 cause du traumatisme qu\u2019elle a connu apr\u00e8s la mort de ses enfants&#8221;.<\/p>\n<p> Mais Mukambi n\u2019est que la partie visible de l\u2019iceberg. Elle a \u00e9t\u00e9 probablement mutil\u00e9e par des \u00e9trangers. Des milliers de femmes au Kenya \u2013 exactement comme dans bon nombre d\u2019autres pays d\u2019Afrique \u2013 sont tous les jours victimes des violences, non pas de la part des \u00e9trangers mais parfois de la part de quelqu\u2019un qui leur est cher.  Au Centre de traitement des victimes des violences bas\u00e9es sur le genre (GVRC), une division caritative de l\u2019H\u00f4pital des femmes de Nairobi, Teresa Omondi raconte des histoires poignantes sur les violences bas\u00e9es sur le genre. &#8220;Nous recevons toutes sortes de cas. Des violences sexuelles, y compris le viol, aux agressions sexuelles telles que le fait de mettre des doigts et autres objets comme les b\u00e2tons dans les parties intimes des femmes. Certains enfants \u00e9taient forc\u00e9s de sucer le p\u00e9nis des agresseurs&#8221;.   Depuis son inauguration en 2001, le centre a trait\u00e9 bien plus que 14.000 cas. Parmi les cas re\u00e7us, 49 pour cent sont des femmes, 45 pour cent sont des enfants alors que 6 pour cent sont des hommes.<\/p>\n<p> L\u2019h\u00f4pital traite, conseille et aide les femmes \u00e0 chercher justice en utilisant les structures comp\u00e9tentes de l\u2019Etat.  Omondi, une ancienne avocate, affirme qu\u2019elle est d\u00e9\u00e7ue de la fa\u00e7on dont les cas des violences conjugales sont trait\u00e9s. Bien que la loi sur les violences sexuelles pr\u00e9voit qu\u2019un rapport provenant d\u2019un m\u00e9decin accr\u00e9dit\u00e9 quelconque pourrait \u00eatre utilis\u00e9 comme une preuve au tribunal, dans plusieurs cas, un m\u00e9decin d\u2019Etat produira un rapport contradictoire disculpant l\u2019accus\u00e9.<\/p>\n<p> &#8220;Je suis parfois confront\u00e9e m\u00eame \u00e0 mes confr\u00e8res avocats d\u00e9clarant: &#39;Vous, comment vos m\u00e9decins conduisent-ils les examens m\u00e9dicaux?&#39; Et je me demande, est-ce un complot pour maintenir les femmes brutalis\u00e9es?&#8221;.<\/p>\n<p> Omondi, qui a pratiqu\u00e9 le droit au Kenya, affirme qu\u2019il y a beaucoup plus de femmes qui viennent chercher un traitement que celles qui recherchent une aide juridique. &#8220;Certaines personnes veulent seulement \u00eatre soign\u00e9es pour se sentir bien et passer simplement l\u2019\u00e9ponge sur toute la situation&#8221;.<\/p>\n<p> Carol Njeri, un m\u00e9decin dans le centre, dit que dans une journ\u00e9e normale, elle traite entre trois et quatre cas de viol pendant ses six heures de garde.<\/p>\n<p> Il y a normalement trois m\u00e9decins qui sont de garde; donc les cas qu\u2019elle voit repr\u00e9sentent environ un tiers des \u00e9v\u00e8nements.<\/p>\n<p> Omondi croit que les gens ont peur de poursuivre les cas des violences bas\u00e9es sur le genre parce que dans la plupart des cas les violences sont inflig\u00e9es par des personnes qu\u2019ils connaissent.<\/p>\n<p> &#8220;Dans la plupart des cas c\u2019est le p\u00e8re, l\u2019oncle, le cousin, le voisin, le commer\u00e7ant&#8221;. Omondi indique que cela, en plus du syst\u00e8me judiciaire hostile, fait que beaucoup de victimes ne recherchent pas une r\u00e9paration juridique.  &#8220;Je me souviens du cas d\u2019une fille de cinq ans qui a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e \u00e0 la maison avec ses fr\u00e8res jumeaux de 14 ans. Ils l\u2019ont tir\u00e9e de la maison et l\u2019on viol\u00e9e l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre&#8221;. Elle dit que la m\u00e8re \u00e9tait submerg\u00e9e et \u00e9tait oblig\u00e9e de suivre beaucoup de conseils.  Patricia Nyaundi, directrice ex\u00e9cutive de l\u2019Association des femmes juristes du Kenya (FIDA) affirme que beaucoup reste encore \u00e0 faire pour les milliers de victimes des violences bas\u00e9es sur le genre au Kenya pour obtenir justice. Au cours des violences post\u00e9lectorales du pays, en janvier et f\u00e9vrier 2008, plus de 1.000 femmes ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es et agress\u00e9es sexuellement, selon les estimations.  Nyaundi s\u2019adressait aux journalistes venus de l\u2019Afrique orientale et australe qui ont particip\u00e9 \u00e0 un atelier organis\u00e9 par Inter Press Service Africa sur la fa\u00e7on de signaler les violences bas\u00e9es sur le genre.<\/p>\n<p> Nyaundi affirme que beaucoup de femmes pr\u00e9f\u00e8reraient se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart au lieu d\u2019\u00eatre embarrass\u00e9es. Selon elle, le syst\u00e8me judiciaire, de la police aux tribunaux, n\u2019est pas sensible au genre.<\/p>\n<p> &#8220;Au poste de police, vous pouvez aller signaler un viol et l\u2019officier au guichet vous demandera pourquoi vous \u00e9tiez au dehors \u00e0 une heure aussi avanc\u00e9e&#8221;, souligne Nyaundi. &#8220;Dans les tribunaux, c\u2019est la m\u00eame histoire. Vous avez l\u2019impression de subir les m\u00eames violences encore.   &#8220;Comment faites-vous face au syst\u00e8me des tribunaux lorsque vous \u00eates mentalement malade, sourd, etc.?&#8221;. Nyaundi a demand\u00e9 la cr\u00e9ation d\u2019un fonds pour aider les victimes des violences bas\u00e9es sur le genre pour les rendre capables de suivre les cas \u00e0 travers le syst\u00e8me judiciaire.  &#8220;Ce pays est assez riche pour mettre en place un fonds permettant d\u2019aider 20.000 victimes par mois&#8221;.<\/p>\n<p> Selon Nyaundi, dans les cas des violences faites aux enfants, des interm\u00e9diaires devraient \u00eatre utilis\u00e9s au lieu de mettre les victimes ensemble dans la m\u00eame chambre avec leurs agresseurs pour t\u00e9moigner. Cela, dit-elle, est une autre forme de torture. Et les victimes sont souvent intimid\u00e9es.  Le chemin \u00e0 parcourir, dans la lutte contre les violences bas\u00e9es sur le genre au Kenya, \u00e9tant encore trop long, l\u2019espoir r\u00e9side dans l\u2019\u00e9largissement des services du Centre de traitement des victimes des violences bas\u00e9es sur le genre.  Omondi explique que le GVRC avait pu \u00e9tendre les services aux quartiers p\u00e9riph\u00e9riques de Nakuru, Eldoret, Kisumu et Mombasa au cours des violences post\u00e9lectorales, mais le manque de fonds a entra\u00een\u00e9 leur fermeture par la suite.   Selon les statistiques nationales, Naivasha, une ville de march\u00e9 dans la province du Rift Valley au Kenya et une destination touristique populaire, a les cas les plus \u00e9lev\u00e9s des violences bas\u00e9es sur le genre. Omondi et son \u00e9quipe souhaitent entrer en partenariat avec l\u2019h\u00f4pital du district de Naivasha pour rapprocher leurs services de ceux qui en ont besoin.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NAIROBI, Kenya, 19 ao\u00fbt (IPS) &#8211; Florence Mukambi portera toujours les plus graves s\u00e9quelles des violences post\u00e9lectorales du pays.<\/p>\n","protected":false},"author":613,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,1,30],"tags":[],"class_list":["post-4482","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-headlines","category-special-culture-religion-et-genre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4482","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/613"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4482"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4482\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4482"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4482"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4482"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}