{"id":4428,"date":"2009-07-09T13:40:01","date_gmt":"2009-07-09T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/07\/09\/ghana-les-reines-de-la-tomate-volent-les-fermiers\/"},"modified":"2009-07-09T13:40:01","modified_gmt":"2009-07-09T13:40:01","slug":"ghana-les-reines-de-la-tomate-volent-les-fermiers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/07\/09\/ghana-les-reines-de-la-tomate-volent-les-fermiers\/","title":{"rendered":"GHANA: Les reines de la tomate volent les fermiers"},"content":{"rendered":"<p>ACCRA, 9 juil (IPS) &#8211; Quand vous rencontrez Naomi Aframea, 60 ans, dans les rues d\u2019Accra, vous pouvez la prendre pour toute autre femme ghan\u00e9enne vaquant \u00e0 ses affaires. Mais, entrez dans sa boutique au march\u00e9 d\u2019Agbobloshie, l\u2019un des march\u00e9s satellites de la capitale du Ghana, et au milieu des tas de caisses en bois utilis\u00e9es pour exp\u00e9dier des tomates, vous sentirez sa puissance.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Lorsque j\u2019ai rencontr\u00e9 Aframea, elle comptait l\u2019argent et s\u2019\u00e9tait engag\u00e9e dans une conversation avec une autre commer\u00e7ante de tomates, aussi puissante. Soigneusement habill\u00e9e, contrairement aux autres femmes qui vendent des tomates dans le march\u00e9, sa voix de nature douce donne une fausse impression du contr\u00f4le qu\u2019elle exerce sur des centaines de femmes et de fermiers dans un r\u00e9seau qui couvre ce pays d\u2019Afrique de l\u2019ouest.  Elle est une &#8220;reine de la tomate&#8221;, l\u2019une des femmes d\u2019affaires \u00e9conomes qui dominent le commerce de produits agricoles frais dans les centres urbains \u00e0 travers le Ghana. Aframea est l\u2019une de celles qui contr\u00f4lent une partie du commerce de tomates au march\u00e9 d\u2019Agbobloshie.  Aframea a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 introduite dans le commerce par sa m\u00e8re d\u00e9funte. &#8220;J\u2019aidais ma m\u00e8re, en parcourant les zones de culture, \u00e0 acheter des tomates pour vendre \u00e0 Nkawkaw et dans d\u2019autres march\u00e9s satellites dans la zone de Kwahu, dans la r\u00e9gion de l\u2019est&#8221;.  Chaque centre urbain au Ghana a ses reines, qui parcourent les zones de culture de la tomate pour n\u00e9gocier des prix de gros avec des agriculteurs et transportent par camion ces produits agricoles vers les march\u00e9s dans les villes et cit\u00e9s. Les reines ont un syst\u00e8me de marquage sur les caisses utilis\u00e9es pour transporter les produits, leur permettant de pister les commer\u00e7antes qui travaillent pour elles et les fermiers qui fournissent les tomates.  \u00c0 cause de la nature p\u00e9rissable des tomates, les reines ont g\u00e9n\u00e9ralement le dessus sur les fermiers chez qui elles ach\u00e8tent. Elles n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 mettre une pression extr\u00eame sur les agriculteurs, qui les accusent de les escroquer pour empocher la part du lion dans les b\u00e9n\u00e9fices.  Victoria Adongo, coordinatrice de programme de l\u2019Association des petits exploitants agricoles du Ghana, souligne que &#8220;ces reines de la tomate ont pu s\u2019organiser dans une sorte de cartel et ont utilis\u00e9 cela pour contr\u00f4ler la fixation des prix des produits agricoles au d\u00e9triment des fermiers&#8221;.<\/p>\n<p> Adongo a dit que ces femmes utilisent la nature p\u00e9rissable des produits \u00e0 leur avantage, for\u00e7ant les agriculteurs \u00e0 accepter des prix bas afin de ne pas perdre compl\u00e8tement.<\/p>\n<p> &#8220;Ce qu\u2019elles font est qu\u2019elles attendent tard dans l\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s que les paysans ont entass\u00e9 leurs produits, avant qu\u2019elles n\u2019aillent dans les champs et refusent simplement de payer ce que les fermiers demandent. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin d\u2019un cas o\u00f9 les femmes ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019abandonner le fermier avec ses produits, seulement pour revenir payer moins que ce qui a \u00e9t\u00e9 convenu initialement&#8221;, a ajout\u00e9 Adongo.  &#8220;Nous n\u2019avons aucun pouvoir comme l\u2019ont dit les rumeurs sur toute la place&#8221;, objecte Aframea. &#8220;La tomate est un produit agricole saisonnier et nous avons les temps de r\u00e9colte maigre et abondante. Alors, lorsque c\u2019est dans la saison et que la r\u00e9colte est bonne, vous devez consid\u00e9rer \u00e9galement le co\u00fbt total du transport et d\u2019autres d\u00e9penses avant d\u2019accepter d\u2019acheter chez le fermier. &#8220;Si vous payez des prix \u00e9lev\u00e9s, vous pouvez emmener ces tomates au march\u00e9 et finir par perdre&#8221;.<\/p>\n<p> Elle affirme que lorsque la p\u00e9riode des cultures au Ghana s\u2019ach\u00e8ve avec le d\u00e9but de la saison s\u00e8che en septembre ou octobre, certaines des commer\u00e7antes sont oblig\u00e9es de voyager jusqu\u2019au Burkina Faso, op\u00e9rant avec les producteurs l\u00e0-bas, par l\u2019interm\u00e9diaire des traducteurs.<\/p>\n<p> Le Burkina Faso est devenu progressivement une source importante de tomates parce que les projets d\u2019irrigation de grande envergure qui ont d\u00e9marr\u00e9 dans ce pays permettent aux agriculteurs de cultiver durant toute l\u2019ann\u00e9e, contrairement \u00e0 leurs homologues du Ghana.<\/p>\n<p> Soutenant son point de vue selon lequel ces reines forment un cartel au d\u00e9triment des b\u00e9n\u00e9fices des agriculteurs, Adongo rappel\u00e9 un effort du gouvernement pour mettre en place une usine de transformation de tomates \u00e0 Pwalugu, dans le nord du pays. Cela aurait donn\u00e9 aux fermiers un acheteur alternatif pour leur culture, et la chance d\u2019obtenir un meilleur prix.   &#8220;Ce que (les reines) ont fait \u00e9tait que lorsque le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019acheter chez les fermiers pour alimenter l\u2019usine, ces femmes ont offert plus d\u2019argent aux agriculteurs et cela n\u2019a rien laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019usine pour fonctionner&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 Adongo. Cette usine a d\u00fbment ferm\u00e9, et les reines ont encore baiss\u00e9 leurs prix.  Aframea a tourn\u00e9 ces accusations en plaisanterie demandant: &#8220;Comment pouvons-nous payer plus que le gouvernement qui a plus d\u2019argent que nous?&#8221; Il y a eu d\u2019autres tentatives pour construire des usines de transformation \u00e0 Wenchi, dans l\u2019ouest du pays, et \u00e0 Ada, juste \u00e0 la sortie de la capitale. Mais les reines ont accompagn\u00e9 chacune jusqu\u2019\u00e0 un nouveau d\u00e9fi.<\/p>\n<p> Ernest Yeboah, un producteur de tomates, a confi\u00e9 \u00e0 IPS : &#8220;Elles sont impitoyables dans leurs tactiques d\u2019affaires et feraient tout ce qui leur permettrait d\u2019obtenir des prix plus bas afin de faire d\u2019\u00e9normes b\u00e9n\u00e9fices&#8221;.<\/p>\n<p> Les revendeuses de tomates de troisi\u00e8me ordre dans le march\u00e9 doivent accepter les prix qu\u2019elles fixent; et les fermiers dans la campagne s\u2019irritent sous leur domination. Mais ces reines de la tomate demeurent des ma\u00eetres incontest\u00e9s de leur domaine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ACCRA, 9 juil (IPS) &#8211; Quand vous rencontrez Naomi Aframea, 60 ans, dans les rues d\u2019Accra, vous pouvez la prendre pour toute autre femme ghan\u00e9enne vaquant \u00e0 ses affaires. 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