{"id":4424,"date":"2009-07-08T13:40:01","date_gmt":"2009-07-08T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/07\/08\/qnous-constituons-les-fermes-semencieres-et-nous-cedons-nos-propres-terres-aux-semenciers\/"},"modified":"2009-07-08T13:40:01","modified_gmt":"2009-07-08T13:40:01","slug":"qnous-constituons-les-fermes-semencieres-et-nous-cedons-nos-propres-terres-aux-semenciers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/07\/08\/qnous-constituons-les-fermes-semencieres-et-nous-cedons-nos-propres-terres-aux-semenciers\/","title":{"rendered":"Q&#038;R: &#39;&#39;Nous constituons les fermes semenci\u00e8res et nous c\u00e9dons nos propres terres aux semenciers&#39;&#39;"},"content":{"rendered":"<p>OUAGADOUGOU, 8 juil (IPS) &#8211; Alphonse Bonou est le secr\u00e9taire permanent de la coordination des politiques sectorielles agricoles au Burkina Faso o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 auparavant ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 charg\u00e9 de l\u2019agriculture. Il pilote aujourd\u2019hui toutes les politiques visant \u00e0 accro\u00eetre la production agricole dans ce pays sah\u00e9lien d\u2019Afrique de l\u2019ouest.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>A la faveur des manifestations qui ont \u00e9maill\u00e9 la \u00abvie ch\u00e8re\u00bb l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, l\u2019Etat s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 accompagner les producteurs burkinab\u00e8. Selon le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture, de l\u2019Hydraulique et des Ressources halieutiques, 80 pour cent de la population active du Burkina est rurale et 85 pour cent de la population totale est constitu\u00e9e de paysans.<\/p>\n<p> Alphonse Bonou \u00e9tait le mois dernier au Cap, en Afrique du Sud, o\u00f9 il repr\u00e9sentait son pays \u00e0 une rencontre Forum \u00e9conomique mondial sur l\u2019Afrique &#8211; une organisation de la soci\u00e9t\u00e9 civile qui essaie d\u2019apporter des solutions pragmatiques aux questions de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire pour le continent. Bonou a accord\u00e9 un entretien \u00e0 Brahima Ou\u00e9draogo, le correspondant de IPS au Burkina.<\/p>\n<p> <b>IPS: L\u2019intervention de l\u2019Etat vous a-t-elle permis de faire face \u00e0 la crise alimentaire qui a fait grimper les prix et provoqu\u00e9 des \u00e9meutes dans plusieurs villes du pays en 2008?<br \/>\n<\/b><br \/>\n Alphonse Bonou: En novembre 2007, on sentait venir la crise alimentaire et nous avions pris des mesures pour r\u00e9duire l\u2019impact n\u00e9gatif de cette crise sur les populations. La campagne 2007-2008 a \u00e9t\u00e9 ainsi exc\u00e9dentaire, d\u2019environ 700.000 tonnes, mais en raison de la politique d\u2019int\u00e9gration, il y a eu des exportations, des reconstitutions de stocks. Ainsi en f\u00e9vrier (2008), d\u00e8s les premi\u00e8res manifestations contre la vie ch\u00e8re, le Burkina n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s loti en r\u00e9serve de riz, de bl\u00e9, d\u2019huile qui ne sont pas produites dans notre pays.<\/p>\n<p> Nous avons ensuite suspendu les taxes sur ces produits, mais pour le long terme, il faut produire suffisamment. C\u2019est pourquoi nous avons \u00e9labor\u00e9 un plan d\u2019urgence pour la r\u00e9alisation de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire au Burkina, que le gouvernement a adopt\u00e9 et qui a permis de mettre \u00e0 la disposition des producteurs des engrais subventionn\u00e9s \u00e0 hauteur de 50 pour cent, des semences fournies gratuitement, des tracteurs et des motopompes subventionn\u00e9s \u00e0 hauteur de 50 pour cent.<\/p>\n<p> <b>IPS: Combien a co\u00fbt\u00e9 l\u2019investissement pour accro\u00eetre la production agricole?<br \/>\n<\/b><br \/>\n AB: Pour l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re l\u2019op\u00e9ration sur les tracteurs et les motopompes a co\u00fbt\u00e9 15 milliards de francs CFA (environ 30 millions de dollars), les semences 6,5 milliards (environ 13 millions de dollars) et les engrais 10 milliards (environ 20 millions de dollars). Cette ann\u00e9e, on ne va pas remettre les m\u00eames montants car les semences ont \u00e9t\u00e9 produites par l\u2019Union nationale des semenciers du Burkina; par contre, pour les engrais, les quantit\u00e9s vont augmenter et le prix l\u00e9g\u00e8rement.<\/p>\n<p> <b>IPS: Gr\u00e2ce \u00e0 la crise, l\u2019Etat, qui avait abandonn\u00e9 la production des semences, est revenu dedans encore!<br \/>\n<\/b><br \/>\n AB: L\u2019Etat a toujours investi dans la semence. Mais d\u00e8s l\u2019av\u00e8nement des programmes d\u2019ajustement structurel, les productions semenci\u00e8res devaient \u00eatre c\u00e9d\u00e9es au priv\u00e9. Cependant l\u2019Etat a maintenu, au niveau de l\u2019agriculture, 17 fermes semenci\u00e8res, or ces fermes ne pouvaient pas produire toutes les semences dont nous avions besoin vu les superficies que nous avons.  Les producteurs s\u2019organisent pour produire chaque ann\u00e9e, avec notre appui et l\u2019appui de la recherche, les quantit\u00e9s de semences qu\u2019il faut. C\u2019est ainsi que nous avons incit\u00e9 la cr\u00e9ation de l\u2019Union nationale des semenciers du Burkina en 2004, qui joue un r\u00f4le important dans la production de semences \u00e0 partir des semences de base. Le plus important est qu\u2019aujourd\u2019hui, chacun sache que les semences am\u00e9lior\u00e9es peuvent contribuer pour 40 pour cent \u00e0 la formation du rendement de chacune des cultures; les autres facteurs viendront en appui pour 60 pour cent (la fa\u00e7on de travailler, labourer, traiter, d\u2019arroser).<\/p>\n<p> Nous constituons les fermes semenci\u00e8res et nous c\u00e9dons nos propres terres aux semenciers. Chaque ann\u00e9e, il est pr\u00e9vu la production de 6.000 tonnes : l\u2019an dernier, on \u00e9tait \u00e0 10.000 tonnes, nous escomptons 15.000 tonnes cette campagne.<\/p>\n<p> <b>IPS: Le Burkina peut-il atteindre un jour l\u2019autosuffisance alimentaire?<br \/>\n<\/b><br \/>\n AB: En r\u00e9alit\u00e9, nous y sommes, il nous reste encore une organisation \u00e0 parfaire sur la gestion des r\u00e9coltes chez les paysans o\u00f9 les pr\u00e9visions ne sont pas toujours pr\u00e9sentes, car apr\u00e8s les r\u00e9coltes, on pense surtout aux fun\u00e9railles, au repos. Avec un temps de repos tr\u00e8s long (il y a une seule saison pluvieuse de trois mois juillet-septembre), c\u2019est difficile de r\u00e9aliser des pr\u00e9visions. Ensuite, les banques de c\u00e9r\u00e9ales ne sont pas int\u00e9gr\u00e9es dans un circuit de vente bien r\u00e9gl\u00e9. C\u2019est pourquoi il faut une petite r\u00e9gulation pour aider les producteurs.<\/p>\n<p> <b>IPS: Que faites-vous pour que les producteurs travaillent toute l\u2019ann\u00e9e sans attendre la pluie?<br \/>\n<\/b><br \/>\n AB: L\u2019irrigation est un point important dans notre politique agricole car avec notre situation climatique (entre 700 et 1.200 mm de pluie au Burkina chaque ann\u00e9e), si nous attendons tout de la pluie, rien ne va marcher quand la pluviom\u00e9trie n\u2019est pas bonne. Donc il faut r\u00e9cup\u00e9rer une partie du temps libre (pour les paysans) pour remettre \u00e0 produire et on ne peut le faire qu\u2019avec la ma\u00eetrise de l\u2019eau.  Il est pr\u00e9vu que la part de la culture irrigu\u00e9e devienne de plus en plus importante que la culture pluviale au fur et \u00e0 mesure qu\u2019on avance afin d\u2019aboutir \u00e0 un nouveau cycle de production qui permet de produire trois fois dans l\u2019ann\u00e9e sur les p\u00e9rim\u00e8tres o\u00f9 on a l\u2019eau en permanence. C\u2019est notre ambition de faire comme Isra\u00ebl o\u00f9 les gens travaillent quand ils ont envie de travailler. Nous avons 30.000 hectares de terres irrigu\u00e9es actuellement et notre ambition est d\u2019atteindre 500.000 hectares.<\/p>\n<p> <b>IPS: Le Burkina respecte-t-il aujourd\u2019hui l\u2019appel de Maputo de 2003 d\u2019investir 10 pour cent de leur budget dans l\u2019agriculture pour accro\u00eetre la production agricole permettant d\u2019atteindre l\u2019autosuffisance alimentaire dans cinq ou six ans?<br \/>\n<\/b><br \/>\n AB: Avant 2003, le pays investissait beaucoup d\u2019argent dans l\u2019agriculture en prenant en compte les aides ext\u00e9rieures. Et apr\u00e8s 2003, le Burkina est mont\u00e9 en puissance pour atteindre aujourd\u2019hui 15 pour cent du budget national. Je crois que le Burkina est le premier en termes de volume, le deuxi\u00e8me en ce qui concerne le niveau de rendement obtenu, le premier \u00e9tant le Malawi.<\/p>\n<p> <b>IPS: La nouvelle loi sur le foncier ne va-t-elle pas priver de terre les petits producteurs et surtout les femmes?<br \/>\n<\/b><br \/>\n AB: La r\u00e9organisation agraire et fonci\u00e8re (1989) disait que le terre appartenait \u00e0 l\u2019Etat, mais la nouvelle loi fait une part importante aux femmes car elle dit que 25 pour cent des bas-fonds am\u00e9nag\u00e9s doit revenir syst\u00e9matiquement aux femmes soit individuellement soit aux associations. Elles peuvent toujours \u00eatre en comp\u00e9tition pour les 75 pour cent qui restent. Mais d\u00e9j\u00e0, pour les 25 pour cent, aucun homme n\u2019y aura acc\u00e8s.  <b>IPS: Les petits producteurs au Burkina seront-ils prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019agrobusiness qui est souhait\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es?<br \/>\n<\/b><br \/>\n AB: L\u2019agrobusiness, il faut le pr\u00e9ciser, ne veut pas dire grande superficie. Je suis all\u00e9 en Isra\u00ebl o\u00f9 sur un quart d\u2019hectare, les gens ont un rendement de 100 tonnes de tomates, ils font de l\u2019agrobusiness car ils ont un march\u00e9 et gagnent de l\u2019argent. Ici, on craint que les gens aillent prendre de grandes superficies. Non, ce n\u2019est pas le cas. Tous nos efforts vont aider tous les producteurs, et nous ferons tout pour qu\u2019ils aient les intrants, puissent acc\u00e9der librement \u00e0 la terre.  La loi qui vient d\u2019\u00eatre adopt\u00e9e dit: il va \u00eatre donn\u00e9 \u00e0 chaque possesseur d\u2019un lopin de terre une attestation de possession fonci\u00e8re \u00e0 travers les services fonciers ruraux. Un bail emphyt\u00e9otique, qui peut aller jusqu\u2019\u00e0 99 ans, est attribu\u00e9 \u00e0 tout le monde. L\u2019Etat va garder les grands am\u00e9nagements, les grandes for\u00eats class\u00e9es; les communes vont immatriculer \u00e0 leur nom les am\u00e9nagements moyens, les for\u00eats domaniales; les priv\u00e9s auront des terres et peuvent avoir des titres fonciers pour donner la valeur \u00e0 la terre.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>OUAGADOUGOU, 8 juil (IPS) &#8211; Alphonse Bonou est le secr\u00e9taire permanent de la coordination des politiques sectorielles agricoles au Burkina Faso o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 auparavant ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 charg\u00e9 de l\u2019agriculture. 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