{"id":4404,"date":"2009-06-24T13:40:01","date_gmt":"2009-06-24T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/06\/24\/agriculture-afrique-mettre-en-cause-les-vieilles-traditions\/"},"modified":"2009-06-24T13:40:01","modified_gmt":"2009-06-24T13:40:01","slug":"agriculture-afrique-mettre-en-cause-les-vieilles-traditions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/06\/24\/agriculture-afrique-mettre-en-cause-les-vieilles-traditions\/","title":{"rendered":"AGRICULTURE-AFRIQUE: Mettre en cause les vieilles traditions"},"content":{"rendered":"<p>LE CAP, 24 juin (IPS) &#8211; Une production inefficace, une mauvaise infrastructure, un faible acc\u00e8s aux march\u00e9s, un manque d\u2019investissement de capitaux: les d\u00e9fis auxquels sont confront\u00e9s les petits agriculteurs \u00e0 travers l\u2019Afrique sont nombreux. Une &#39;r\u00e9volution verte&#39; qui semble \u00eatre en train de gagner du terrain en Afrique cherche \u00e0 changer tout ceci.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Des critiques ont exprim\u00e9 des r\u00e9serves sur des propositions poussant en faveur de nouvelles vari\u00e9t\u00e9s de semences et d\u2019engrais \u2013 et ont simplifi\u00e9 la r\u00e9gulation pour acc\u00e9l\u00e9rer leur adoption par des agriculteurs \u2013 citant les nombreux effets n\u00e9gatifs que la r\u00e9volution verte des ann\u00e9es 1960 et 1970 avait sur les paysans en Asie. Le pr\u00e9sident de l\u2019Alliance pour une r\u00e9volution verte en Afrique (AGRA), Namanga Ngongi, d\u00e9clare qu\u2019un recul permettra \u00e0 l\u2019Afrique d\u2019\u00e9vider les m\u00eames erreurs.  Etant donn\u00e9 le statut de haut niveau des 400 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s environ de profil international et du secteur priv\u00e9 ayant assist\u00e9 au Forum de l\u2019agro-alimentaire en 2009, tenu \u00e0 Somerset West, \u00e0 quelque 70 kilom\u00e8tres du Cap, du 14 au 17 juin \u2013 sans noter leur empressement \u00e0 d\u00e9bourser les frais de participation de pr\u00e8s de 2.000 dollars \u2013 il existe un niveau d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9lev\u00e9 \u00e0 participer \u00e0 ce qui \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 une &#39;deuxi\u00e8me r\u00e9volution verte&#39;.   R\u00e9pondre aux critiques La plus grande des inqui\u00e9tudes des sceptiques de l\u2019AGRA est que les int\u00e9r\u00eats des industries agro-alimentaires, souvent repr\u00e9sent\u00e9es par des firmes multinationales, bafoueront les droits des agriculteurs indig\u00e8nes et introduiront une monoculture m\u00e9canis\u00e9e, d\u00e9gradante au plan environnemental, sur de vastes \u00e9tendues de terre afin d\u2019exporter des cultures de base, avec un impact n\u00e9gatif sur la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire dans le continent. La question sensible de l\u2019introduction des cultures g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es constitue \u00e9galement une pr\u00e9occupation.   Mais \u00e0 \u00e9couter ce qui a \u00e9t\u00e9 dit au Forum sur l\u2019agro-alimentaire, il appara\u00eet que pendant que les gouvernements africains sont d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s pour accro\u00eetre la productivit\u00e9 et les recettes agricoles, et sont en train d\u2019ouvrir le secteur aux investisseurs priv\u00e9s \u2013 les suppliant m\u00eame de venir en effet \u2013 ils sont \u00e9galement conscients des dangers inh\u00e9rents \u00e0 cette approche.  Le ministre ougandais de l\u2019Agriculture, Bagire A. Henry, a litt\u00e9ralement implor\u00e9 les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de l\u2019agro-alimentaire de profiter des n\u00e9gociations extr\u00eamement avantageuses de l\u2019Ouganda pour des investisseurs priv\u00e9s dans le secteur agricole. Une priorit\u00e9 de l\u2019Ouganda, a-t-il affirm\u00e9, \u00e9tait de cr\u00e9er des usines de transformation \u00e0 valeur ajout\u00e9e pour le caf\u00e9, leur principale culture d\u2019exportation.  Des milliers de petits agriculteurs produisent plus d\u2019un million de sacs de graines de caf\u00e9 organique, de qualit\u00e9 sup\u00e9rieure, pour l\u2019exportation chaque ann\u00e9e, a-t-il indiqu\u00e9. Mais il a insist\u00e9 qu\u2019il y a un besoin que des usines de transformation soient implant\u00e9es pour accro\u00eetre les recettes des exportations et cr\u00e9er plus d\u2019emplois pour la population locale.<\/p>\n<p> Il a dit que les investisseurs sont m\u00eame invit\u00e9s \u00e0 venir produire le caf\u00e9 eux-m\u00eames. Toutefois, il a indiqu\u00e9 que l\u2019Ouganda ne permettrait pas les achats en gros des terres par des Etats ou des investisseurs \u00e9trangers et que les agriculteurs locaux ne seraient pas forc\u00e9s \u00e0 vendre. &#8220;Nous ne for\u00e7ons pas les gens \u00e0 quitter leurs terres&#8221;.<\/p>\n<p> L\u2019investissement devrait profiter aux agriculteurs locaux, a-t-il d\u00e9clar\u00e9, que ce soit dans la culture de caf\u00e9, des fruits et l\u00e9gumes, du riz, du ma\u00efs ou tout autre produit agricole \u00e9mergent.<\/p>\n<p> &#8220;Nous disons que les gens sont invit\u00e9s \u00e0 venir installer des fermes \u2013 nous les appelons des fermes centrales et nous les utilisons pour la recherche et le d\u00e9veloppement, comme des fermes de d\u00e9monstration. Nous ne parlons pas de grands hectares de terre; nous voulons cr\u00e9er un syst\u00e8me que nous faisons \u00e9voluer dans les meilleurs int\u00e9r\u00eats des paysans locaux&#8221;.  Il appara\u00eetrait que plusieurs Etats africains sont r\u00e9ticents \u00e0 autoriser la possession en gros des terres par des \u00e9trangers. Ils cherchent des voies pour sauvegarder les int\u00e9r\u00eats des agriculteurs indig\u00e8nes tout en les guidant dans la production pour l\u2019exportation et la vente interne, au lieu de transmettre simplement la t\u00e2che \u00e0 de grandes industries agro-alimentaires.   &#8220;Ce dernier budget [introduit il y a environ deux semaines \u00e0 Kampala] \u00e9tait centr\u00e9 sur la conduite des fermiers dans la production commerciale. M\u00eame ceux cultivant de petites portions de terre, ils doivent les labourer de mani\u00e8re intense&#8221;, a soulign\u00e9 Henry.<\/p>\n<p> Il a indiqu\u00e9 que les agriculteurs sont en train d\u2019\u00eatre fusionn\u00e9s dans des coop\u00e9ratives pour cr\u00e9er des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle et que son minist\u00e8re est aussi en train d\u2019identifier des paysans qui s\u2019engagent dans de meilleures pratiques dans la production des cultures d\u2019exportation, de fournir un apport technique et subventionner leurs pratiques agricoles.  Au cours du dernier exercice budg\u00e9taire, a-t-il soulign\u00e9, 30.000 agriculteurs ont re\u00e7u des subventions du gouvernement et 30.000 autres en b\u00e9n\u00e9ficieraient cette ann\u00e9e.<\/p>\n<p> &#8220;Les Etats-Unis et l\u2019Europe disent &#39;ne subventionnez pas&#39; et [pourtant], ils [continuent] de subventionner [leurs agriculteurs]: pourquoi? La Banque mondiale est en train de dire &#39;ne subventionnez pas&#39;; nous leur disons &#39;Allez-vous en, c\u2019est notre pays&#39;&#8221;.<\/p>\n<p> Obtenir des groupes de petits agriculteurs, qui cultivent chacun entre un et cinq hectares de terre, qu\u2019ils coop\u00e8rent ensemble dans la production des cultures de base, au lieu de fusionner de grandes \u00e9tendues de terre sous une seule propri\u00e9t\u00e9, est un mod\u00e8le qui semble \u00eatre en train de marcher dans le contexte africain.<\/p>\n<p> C\u2019est une approche que &#39;African Connections&#39; (Connexions africaines), une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e bas\u00e9e au Ghana, a adopt\u00e9 avec un certain succ\u00e8s. &#39;African Connections&#39; est sous-trait\u00e9e par de grandes firmes qui veulent investir dans la responsabilit\u00e9 sociale des entreprises dans le secteur agricole. Ils fournissent des formations et des services d\u2019appui afin de d\u00e9velopper la capacit\u00e9 des petits fermiers \u00e0 satisfaire les demandes des march\u00e9s d\u2019exportation, et \u00e0 s\u2019engager avec eux.<\/p>\n<p> Un tel projet est l\u2019Initiative pour la croissance de l\u2019agro-alimentaire de Ahafo, dirig\u00e9e au nom de la compagnie d\u2019exploitation de l\u2019or de Newmont, impliquant environ 4.000 fermiers.<\/p>\n<p> Au Ghana, d\u00e9clare la directrice g\u00e9n\u00e9rale de &#39;African Connections&#39;, Ayesha Hakeem, la production n\u2019est pas le probl\u00e8me, le probl\u00e8me ce sont les pertes apr\u00e8s les r\u00e9coltes.  Hakeem a affirm\u00e9 que les agriculteurs n\u2019utilisent m\u00eame pas toute la terre \u00e0 leur disposition, pourtant, leurs pertes apr\u00e8s les r\u00e9coltes s\u2019\u00e9levaient \u00e0 entre 40 et 60 pour cent. C\u2019est parce que les fermiers s\u2019en sont tenus \u00e0 la production de leurs cultures traditionnelles, au lieu de produire pour satisfaire les demandes lucratives du march\u00e9.  Alors, a-t-elle dit, ils cultiveront des ignames, par exemple, mais tout le monde a d\u2019ignames et personne ne les ach\u00e8te, et elles sont simplement perdues.  L\u2019approche de &#39;African Connections&#39; \u00e9tait d\u2019exploiter les connaissances que les paysans ont et les aider \u00e0 les utiliser pour produire des cultures n\u00e9cessitant une technologie similaire, mais pour lesquelles il existe une demande pour l\u2019exportation.  &#8220;Nous allons enseigner \u00e0 ces agriculteurs la fa\u00e7on de transf\u00e9rer les connaissances qu\u2019ils ont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 un nouveau produit pour lequel ils peuvent se faire de l\u2019argent. Nous avons, avant tout, identifi\u00e9 le march\u00e9, nous savons ce dont ce march\u00e9 a besoin. Ensuite, nous enseignons aux paysans de produire selon la sp\u00e9cification de ce march\u00e9 et puis, nous les aidons \u00e0 rechercher des fournisseurs de ce march\u00e9&#8221;.  Elle a dit qu\u2019au lieu que les paysans produisent une culture particuli\u00e8re, simplement parce que leurs a\u00efeux l\u2019ont cultiv\u00e9e, ils sont en train d\u2019aider les agriculteurs \u00e0 g\u00e9rer une entreprise.<\/p>\n<p> Meilleure affaire pour petits fermiers  Elle a d\u00e9clar\u00e9 que &#39;African Connections&#39; a joui de beaucoup de succ\u00e8s obtenant que des paysans produisent des \u0153ufs de jardin (un type d\u2019aubergine) et des tomates pour r\u00e9arranger une partie de leur terre afin de cultiver des piments.<\/p>\n<p> Bien que l\u2019int\u00e9r\u00eat soit initialement faible, lorsque des agriculteurs ont vu leur voisin &#8211; tourn\u00e9 vers l\u2019avenir &#8211; obtenir des centaines de dollars pour une culture de rente, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019y joindre.  Et, selon Hakeem, leur permettre de mettre de l\u2019argent dans leurs poches a eu d\u2019autres cons\u00e9quences sociales telles que l\u2019enraiement de l\u2019exode rural puisque la jeune g\u00e9n\u00e9ration voit qu\u2019il y a de l\u2019argent \u00e0 se faire.  Elle a indiqu\u00e9 que les agriculteurs commencent par am\u00e9liorer leurs maisons et envoyer leurs enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p> Le point de leur intervention est d\u2019assurer la durabilit\u00e9. Par cons\u00e9quent, les paysans doivent s\u2019engager avec leurs acheteurs eux-m\u00eames, et apprendre comment n\u00e9gocier les prix pay\u00e9s par les acheteurs, ainsi que les prix pay\u00e9s pour les semences. La gestion du cr\u00e9dit et le remboursement des dettes et autres intrants faisaient \u00e9galement partie de la formation.  Et parce que les agriculteurs utilisaient encore presque la moiti\u00e9 de leur terre pour produire des cultures traditionnelles, l\u2019approvisionnement en vivres et la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s, a-t-elle affirm\u00e9.  Des gagnants de tous c\u00f4t\u00e9s? Il s\u2019agit de mettre en cause \u2013 de rompre avec \u2013 les vieilles traditions, explique Ngongi. &#8220;Nous ne sommes pas en train d\u2019imposer une technologie. Il s\u2019agit d\u2019utiliser un compl\u00e9ment de technologies afin que les paysans aient un choix&#8221;.<\/p>\n<p> Il dit que des innovations simples, non-r\u00e9volutionnaires, pourraient \u00eatre utilis\u00e9es pour permettre aux petits agriculteurs de cr\u00e9er des entreprises durables.  S\u2019assurer que l\u2019agriculteur a acc\u00e8s aux intrants, soutenir la formation d\u2019un syst\u00e8me agro-fournisseur compos\u00e9 d\u2019une multitude de petites entreprises mises en place par des habitants locaux, l\u2019investissement du gouvernement dans l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019infrastructure et des installations de stockage, ainsi que la baisse du co\u00fbt du cr\u00e9dit et la facilitation de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la microfinance, \u00e9taient tous des mesures qui pourraient promouvoir l\u2019entreprise de l\u2019agriculture sans sacrifier le petit fermier.  Toutefois, Ngongi admet que rompre avec des structures longtemps enracin\u00e9es pourrait faire quelques victimes.  &#8220;Ce ne sont pas tous les agriculteurs qui vont r\u00e9aliser un profit merveilleux de ces investissements, mais la plupart d\u2019entre eux le feront. Mais devrions-nous sacrifier l\u2019agriculture de l\u2019Afrique parce qu\u2019il y aurait certains qui ne seraient pas capables d\u2019en profiter?&#8221;.<\/p>\n<p> Si les gouvernements africains sont pr\u00eats et capables de prot\u00e9ger les petits agriculteurs tout en augmentant la finance et la technologie que poss\u00e8de la grande industrie agro-alimentaire afin de fournir des vivres et des recettes d\u2019exportation \u00e0 leur population, la r\u00e9volution verte pourrait \u00eatre la b\u00e9n\u00e9diction que nous esp\u00e9rons.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE CAP, 24 juin (IPS) &#8211; Une production inefficace, une mauvaise infrastructure, un faible acc\u00e8s aux march\u00e9s, un manque d\u2019investissement de capitaux: les d\u00e9fis auxquels sont confront\u00e9s les petits agriculteurs \u00e0 travers l\u2019Afrique sont nombreux. 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