{"id":4390,"date":"2009-06-12T13:40:01","date_gmt":"2009-06-12T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/06\/12\/droits-ouganda-lorsquun-homme-blesse-une-femme-elle-ne-peut-rien-faire\/"},"modified":"2009-06-12T13:40:01","modified_gmt":"2009-06-12T13:40:01","slug":"droits-ouganda-lorsquun-homme-blesse-une-femme-elle-ne-peut-rien-faire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2009\/06\/12\/droits-ouganda-lorsquun-homme-blesse-une-femme-elle-ne-peut-rien-faire\/","title":{"rendered":"DROITS-OUGANDA: &#39;Lorsqu&#39;un homme blesse une femme, elle ne peut rien faire&#39;"},"content":{"rendered":"<p>KAMPALA, 12 juin (IPS) &#8211; Mary Atimango a quitt\u00e9 le district de Gulu ravag\u00e9 par la guerre pour venir vivre \u00e0 Kampala pendant les grands moments du conflit dans le nord de l\u2019Ouganda il y a 15 ans. Cette femme, 59 ans, vit maintenant dans le petit village p\u00e9riurbain de &#39;Acholi Quarers&#39; sur la montagne de Kireka, dans la banlieue de Kampala, la capitale ougandaise.     <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Elle et d\u2019autres femmes passent leurs journ\u00e9es \u00e0 casser des pierres sous le chaud soleil dans la carri\u00e8re ici pour l\u2019\u00e9quivalent de 1,30 dollar par jour. Beaucoup de ces femmes ont des enfants, certains \u00e2g\u00e9s de six mois, attach\u00e9s au dos. Leurs histoires sont similaires; une histoire m\u00e9lang\u00e9e de pauvret\u00e9, de conflit et de survie.   &#8220;Je ne peux pas retourner \u00e0 Acholiland. Je ne veux pas me rappeler ce qui s\u2019est pass\u00e9 l\u00e0-bas. Je me souviens que chaque fois que les rebelles attaquaient le village, toutes les femmes couraient et se cachaient. Mais parfois, ils trouvaient certaines, les violaient et les enlevaient. Une de mes ni\u00e8ces a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e et jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, je ne sais pas o\u00f9 elle est&#8221;, d\u00e9clare Atimango \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Atimango et les autres font partie des centaines de personnes \u00e0 Kireka qui ont fui Acholiland et le conflit d\u2019il y a 23 ans et qui sont devenues des d\u00e9plac\u00e9es internes (IDP) &#39;urbaines&#39;.    &#8220;Parfois les rebelles attaquaient les maisons et violaient les femmes pendant que toute la famille observait. Ils appelaient cela une punition pour le soutien aux forces gouvernementales.<\/p>\n<p> &#8220;Mais lorsque vous \u00eates viol\u00e9e, vous ne savez m\u00eame pas ce qu\u2019il faut faire. Cela am\u00e8ne des querelles dans la maison. Votre mari peut m\u00eame vous quitter. Parfois, vous concevez et tout le monde dit que votre enfant est une mal\u00e9diction&#8230; Il y a beaucoup de femmes que je connais qui ont v\u00e9cu cela&#8221;, affirme-t-elle.  Cette femme grisonnante parle \u00e0 voix basse pendant qu\u2019elle relate les rudes \u00e9preuves que des femmes dans son village ont v\u00e9cues au cours du conflit. Elle se rappelle \u00e9galement du nombre grandissant des incidences de mauvais traitements faits aux femmes dans la communaut\u00e9 pendant que la guerre faisait rage.<\/p>\n<p> &#8220;La guerre a affect\u00e9 nos hommes. Ils buvaient beaucoup et se mettaient \u00e0 frapper leurs femmes. Mais lorsqu\u2019un homme blesse une femme, il n\u2019y a rien qu\u2019elle puisse faire. Mon propre mari rentrait \u00e0 la maison ivre et me frappait. Parfois, j\u2019\u00e9tais oblig\u00e9e de fuir et de dormir dans la maison de ma voisine.  &#8220;Parfois, il me for\u00e7ait \u00e0 avoir des rapports sexuels avec lui. Mais dans notre culture, vous ne pouvez pas refuser d\u2019avoir des rapports sexuels avec votre mari. C\u2019est un gros probl\u00e8me. Nous les femmes, n\u2019avons pas le contr\u00f4le de nos corps&#8221;, dit-elle.<\/p>\n<p> &#8220;En tant qu\u2019une femme, c\u2019est vraiment p\u00e9nible de voir votre camarade femme en train d\u2019\u00eatre forc\u00e9e \u00e0 avoir des rapports sexuels. Nous les femmes, nous sommes aussi des humains. Naturellement, nous avons tous des humeurs. Alors, si vous venez me forcer \u00e0 faire ainsi, cela affecte vraiment n\u00e9gativement ma vie&#8230; Cela me fait mal \u00e0 penser qu\u2019un jour, ma propre fille vivra \u00e9galement les m\u00eames exp\u00e9riences&#8221;.  &#8220;Le viol conjugal est une forme de violence parce que, en r\u00e9alit\u00e9, vous \u00eates en train de traiter le corps d\u2019une femme comme votre propri\u00e9t\u00e9. En Afrique, o\u00f9 la culture et la religion dictent que le corps d\u2019une femme n\u2019est pas le sien, la sexualit\u00e9 est en train d\u2019\u00eatre contr\u00f4l\u00e9e par les hommes, et cela perp\u00e9tue ces relations de pouvoir entre l\u2019homme et la femme, m\u00eame en mariage&#8221;, explique Christine Butegwa, coordinatrice r\u00e9gionale pour l\u2019Afrique de &#39;Akina Mama wa Africa (AMwA)&#39;.   Comme d\u2019autres femmes, dans la carri\u00e8re, qui partagent des histories similaires, Atimango est r\u00e9sign\u00e9e par \u00e0 rapport \u00e0 une demande de r\u00e9paration sur toute forme de violence bas\u00e9e sur le genre. Elle ne cro\u00eet pas au syst\u00e8me judiciaire parce que, d\u00e9clare-t-elle, &#8220;la police appellera simplement cela un probl\u00e8me conjugal&#8221;.  &#8220;Traditionnellement, quand le mari vous force \u00e0 avoir des rapports sexuels, vous devez amener l\u2019affaire \u00e0 votre tante maternelle ou \u00e0 votre fr\u00e8re pour tenter de r\u00e9gler cela. Nous n\u2019allons pas \u00e0 la police parce que, en notre temps, la police regardait ces probl\u00e8mes comme des affaires conjugales. Nous craignons \u00e9galement la police. Parfois, la police nous dit qu\u2019elle ne r\u00e8gle pas les probl\u00e8mes conjugaux&#8221;, confie-t-elle.   &#8220;Les femmes dans le nord de l\u2019Ouganda souffrent simplement comme des femmes ailleurs dans le pays&#8221;, affirme Eva Kawuma, une avocate des droits humains bas\u00e9e \u00e0 Kampala.<\/p>\n<p> &#8220;Mais avec les femmes dans le nord, c\u2019est plus compliqu\u00e9 parce qu\u2019elles ont connu des violences de tous les c\u00f4t\u00e9s : des partenaires intimes, des membres de la famille et, \u00e0 cause de l\u2019insurrection, des violences de la part des rebelles et de l\u2019arm\u00e9e gouvernementale. Elles sont probablement uniques dans cette fa\u00e7on de vivre parce qu\u2019elles sont plus vuln\u00e9rables du fait de la situation (conflictuelle) dans laquelle elles sont&#8221;, souligne-t-elle \u00e0 IPS.   Commencer par demander r\u00e9paration L\u2019Association nationale des femmes juges de l\u2019Ouganda (NAWJ) vise \u00e0 r\u00e9gler ces questions. Le programme de la &#8220;Jurisprudence de l\u2019\u00e9galit\u00e9 au temps du VIH\/SIDA&#8221; vise \u00e0 fournir une formation approfondie aux juges et magistrats de l\u2019Ouganda sur le lien entre les violences faites aux femmes, les droits de propri\u00e9t\u00e9 et l\u2019\u00e9pid\u00e9mie du VIH\/SIDA. Il vise \u00e9galement \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019acc\u00e8s des femmes \u00e0 la justice dans les situations post-conflictuelles.  La NAWJ est une organisation non gouvernementale compos\u00e9e de 40 juristes qui sont concentr\u00e9es sur la mise en vigueur des droits de la femme et l\u2019augmentation de l\u2019acc\u00e8s des femmes au syst\u00e8me juridique.<\/p>\n<p> &#8220;Les liens entre les violences faites aux femmes et le VIH\/SIDA dans le nord de l\u2019Ouganda soulignent l\u2019importance de cette formation&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS, Henriette Wolayo, secr\u00e9taire ex\u00e9cutive de la NAWJ.  &#8220;Pour rendre autonomes les femmes dans la r\u00e9gion et reconstruire leurs vies, elles doivent d\u2019abord \u00eatre capables de d\u00e9fendre leurs droits, les faire mettre en vigueur et les faire respecter&#8221;.  &#8220;Dans la prochaine phase du projet, la NAWJ cherchera \u00e0 r\u00e9gler les investigations au sein de la police et \u00e9galement \u00e0 sensibiliser le public sur leurs droits \u00e0 la justice&#8221;, indique Wolayo.<\/p>\n<p> L\u2019Ouganda est partie \u00e0 plusieurs trait\u00e9s internationaux sur les droits humains qui interdisent les violences faites aux femmes. La constitution de 1995 du pays appelle aussi \u00e0 la protection des droits des femmes. Le viol et d\u2019autres crimes sexuels ainsi que les crimes bas\u00e9s sur le genre sont \u00e9galement pr\u00e9vus dans le Code p\u00e9nal du pays.   Pourtant, ce Code p\u00e9nal ne reconna\u00eet pas le viol conjugal \u2013 tr\u00e8s r\u00e9pandu en Ouganda \u2013 comme une infraction criminelle, notamment \u00e0 cause des pr\u00e9somptions dans le droit coutumier selon lesquelles le consentement au rapport sexuel est donn\u00e9 par l\u2019acte de mariage. L\u2019Ouganda manque \u00e9galement d\u2019une loi compl\u00e8te qui traite des violences conjugales.   Un avant-projet de Loi sur les violences conjugales, qui vise \u00e0 criminaliser le viol conjugal et d\u2019autres formes de violences conjugales, est actuellement en examen au parlement.   &#8220;Nous devons commencer avec les amendements dans le droit p\u00e9nal afin qu\u2019il existe des dispositions sp\u00e9cifiques pour les femmes qui ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 des violences et, ensuite, il y aurait des p\u00e9nalit\u00e9s sp\u00e9cifiques qui prennent en compte le fait que les gens qui leur font subir des s\u00e9vices sexuels sont d\u2019habitude des partenaires intimes&#8221;, affirme Kawuma.  &#8220;Je pense que l\u2019autonomisation des femmes est \u00e9galement tr\u00e8s importante. Ces femmes sont vuln\u00e9rables \u00e0 cause de l\u2019insurrection, la plupart d\u2019entre elles ne sont pas all\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cole, il n\u2019y a pas de structures sociales en place et n\u2019ont rien \u00e0 faire en leur faveur en dehors d\u2019\u00eatre \u00e9pouses. Elles ont besoin de se voir donner des options de sortie, de se trouver des comp\u00e9tences afin que si elles prennent une d\u00e9cision de sortir d\u2019une telle relation, elles puissent le faire&#8221;, explique-t-elle.  &#8220;Les gouvernements ont un engagement d\u2019assurer que les populations vivent dans un environnement s\u00e9curis\u00e9 et sain, libre de tortures parce que c\u2019est ce que constituent les violences sexuelles. C\u2019est de la torture cruelle et inhumaine&#8221;, ajoute Butegwa.  Les violences bas\u00e9es sur le genre faites aux femmes, notamment dans les situations conflictuelles et post-conflictuelles, constituent de plus en plus un sujet de pr\u00e9occupation. A travers l\u2019Afrique, les incidences de viol et d\u2019autres violences sexuelles ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9es dans beaucoup de conflits arm\u00e9s, y compris ceux en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, au Soudan, au Rwanda, au Lib\u00e9ria, en Sierra Leone, en Somalie et en Ouganda.   Selon un Rapport de 2008 de Amnesty International &#39;Doublement traumatis\u00e9es : Le manque d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la justice par les femmes victimes de violences sexuelles et de violences bas\u00e9es sur le genre dans le nord de l\u2019Ouganda&#39;, les femmes et filles dans le nord de l\u2019Ouganda, qui souffrent de violences sexuelles et de violences bas\u00e9es sur le genre sont souvent confront\u00e9es \u00e0 des difficult\u00e9s en essayant de tout faire pour que les auteurs soient traduits en justice.   Cette \u00e9tude, conduite dans cinq districts en 2007, r\u00e9v\u00e8le la discrimination \u00e0 laquelle sont confront\u00e9es les femmes qui essaient de poursuivre des cas de viol, de souillure, de violences conjugales, d\u2019agressions et d\u2019autres formes de violence. Amnesty International consid\u00e8re que le syst\u00e8me juridique actuel dans le nord de l\u2019Ouganda est terriblement inappropri\u00e9, particuli\u00e8rement pour assurer la protection des femmes et des filles contre les violences sexuelles et les violences bas\u00e9es sur le genre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KAMPALA, 12 juin (IPS) &#8211; Mary Atimango a quitt\u00e9 le district de Gulu ravag\u00e9 par la guerre pour venir vivre \u00e0 Kampala pendant les grands moments du conflit dans le nord de l\u2019Ouganda il y a 15 ans. 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