{"id":4131,"date":"2008-11-03T13:40:01","date_gmt":"2008-11-03T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2008\/11\/03\/droits-niger-hadijatou-koraou-enfin-libre-comme-son-maitre\/"},"modified":"2008-11-03T13:40:01","modified_gmt":"2008-11-03T13:40:01","slug":"droits-niger-hadijatou-koraou-enfin-libre-comme-son-maitre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2008\/11\/03\/droits-niger-hadijatou-koraou-enfin-libre-comme-son-maitre\/","title":{"rendered":"DROITS-NIGER: Hadijatou Koraou enfin libre comme son ma\u00eetre"},"content":{"rendered":"<p>NIAMEY, 3 nov (IPS) &#8211; Hadijatou Mani Koraou, la jeune femme nig\u00e9rienne de 24 ans, victime de l&#39;esclavage, est d\u00e9sormais libre, et l&#39;Etat du Niger se soumet au verdict de la Cour de justice de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des Etats de l&#39;Afrique de l&#39;ouest (CEDEAO), a d\u00e9clar\u00e9 le porte-parole du gouvernement, Mohamed Ben Omar.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Prononc\u00e9 le 27 octobre \u00e0 Niamey, ce verdict condamnait l&#39;Etat nig\u00e9rien \u00e0 verser 10 millions de francs CFA (environ 23.000 dollars) d&#39;indemnit\u00e9s forfaitaires \u00e0 Hadijatou, pour ne l&#39;avoir pas prot\u00e9g\u00e9e contre l&#39;esclavage dont elle \u00e9tait victime durant neuf ans, en d\u00e9pit de l&#39;existence d&#39;une loi r\u00e9primant cette pratique au Niger.<\/p>\n<p> Le si\u00e8ge de la Cour de la CEDEAO se trouve \u00e0 Abuja, au Nigeria, mais elle a d\u00e9cid\u00e9 d&#39;organiser le proc\u00e8s \u00e0 Niamey pour \u00e9viter \u00e0 la plaignante des d\u00e9placements entre le Niger et le Nigeria, selon Ilguilas Weila, pr\u00e9sident de l&#39;organisation non gouvernementale (ONG) &#39;Timidria&#39; bas\u00e9e \u00e0 Niamey, qui a saisi la juridiction r\u00e9gionale de l&#39;affaire.   Timidria, qui signifie fraternit\u00e9 en langue touar\u00e8gue, est une ONG cr\u00e9\u00e9e depuis 1991 \u00e0 Niamey pour lutter contre les pratiques esclavagistes dans ce pays sah\u00e9lien d&#39;Afrique de l&#39;ouest, majoritairement musulman.  Devant la cour, Hadijatou Koraou demandait 50 millions de FCFA (environ 120.000 dollars) \u00e0 l&#39;Etat pour r\u00e9paration des pr\u00e9judices subis.  &#8220;Il n&#39;y a aucune raison que l&#39;Etat refuse d&#39;ex\u00e9cuter la d\u00e9cision de la Cour de justice de la CEDEAO qui est, du reste, sans appel&#8221;, a indiqu\u00e9 Ben Omar, qui est \u00e9galement ministre nig\u00e9rien de la Communication, d\u00e8s le lendemain de l&#39;annonce du verdict.<\/p>\n<p> &#8220;A travers la tenue de ce proc\u00e8s au Niger et l&#39;acceptation du verdict, nous donnons une preuve suppl\u00e9mentaire de la maturit\u00e9 de la d\u00e9mocratie et de l&#39;Etat de droit au Niger&#8221;, a-t-il ajout\u00e9.<\/p>\n<p> A partir de cette d\u00e9claration du ministre porte-parole du gouvernement, estime Abdourahaman Cha\u00efbou, l&#39;un des avocats de la plaignante, il n&#39;y a aucune inqui\u00e9tude par rapport \u00e0 l&#39;ex\u00e9cution du verdict. &#8220;Nous allons envoyer ces jours-ci une correspondance au secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement, repr\u00e9sentant l&#39;Etat dans le proc\u00e8s, pour enclencher la proc\u00e9dure&#8221;, a-t-il d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Au-del\u00e0 de la satisfaction morale, Cha\u00efbou affirme qu&#39;il s&#39;agit &#8220;d&#39;un verdict qui doit faire jurisprudence dans les juridictions nationales et m\u00eame dans celles des (14) autres pays membres de la CEDEAO par rapport aux questions d&#39;esclavage&#8221;.<\/p>\n<p> &#8220;Les autorit\u00e9s administratives et les juridictions n&#39;ont pas pu prot\u00e9ger Hadijatou Koraou contre l&#39;esclavage. Nous avons apport\u00e9 les preuves devant la Cour de la CEDEAO que cette pratique existe bel et bien dans notre pays et celle-ci nous a donn\u00e9 raison&#8221;, a-t-il martel\u00e9. &#8220;Par cons\u00e9quent, dans l&#39;importe quelle juridiction de l&#39;espace communautaire o\u00f9 une affaire similaire venait \u00e0 \u00eatre soulev\u00e9e, le juge a l&#39;obligation de trancher&#8221;.   Hadijatou Mani Koraou, native du village de Louhoudou, dans le d\u00e9partement de Konni, (centre-sud du Niger) a \u00e9t\u00e9 vendue en 1996 \u00e0 l&#39;\u00e2ge de neuf ans par un chef de tribu esclavagiste \u00e0 un homme de 46 ans d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9 \u00e0 quatre femmes, \u00e0 240.000 FCFA (environ 534 dollars).<\/p>\n<p> Selon l&#39;arr\u00eat de la Cour de justice de la CEDEAO, Hadijatou Koraou \u00e9tait affect\u00e9e \u00e0 des travaux domestiques et champ\u00eatres et subissait aussi des violences sexuelles r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de la part de son ma\u00eetre, qui la consid\u00e9rait comme une concubine. Elle avait eu trois enfants de &#8220;ces relations forc\u00e9es&#8221; avec son ma\u00eetre, qui l&#39;a affranchie le 18 ao\u00fbt 2005, ajoute le verdict.<\/p>\n<p> &#8220;Une fois affranchie, Hadijatou Koraou s&#39;est mari\u00e9e l\u00e9galement avec un autre homme et c&#39;est en apprenant ce mariage que son ancien ma\u00eetre a port\u00e9 plainte contre elle pour bigamie&#8221;, raconte Weila \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> &#8220;C&#39;est ainsi que Hadijatou Koraou a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9e en prison en m\u00eame temps que son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 pendant plus deux mois, avant de b\u00e9n\u00e9ficier d&#39;une libert\u00e9 provisoire, suite \u00e0 la proc\u00e9dure que nous avions engag\u00e9e&#8221;, explique Weila, qui se dit satisfait de la reconnaissance enfin, par l&#39;Etat, de la pratique de l&#39;esclavage au Niger.<\/p>\n<p> Apr\u00e8s le verdict, Hadijatou Koraou a remerci\u00e9 Dieu et les organisations qui se sont battues pour lui donner sa libert\u00e9. &#8220;Avec les 10 millions que l&#39;Etat va me verser, je vais m&#39;occuper de moi-m\u00eame et de mes enfants en faisant un commerce&#8221;, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9 aux journalistes.<\/p>\n<p> &#8220;Nous fermons les yeux sur la pratique de la 5\u00e8me \u00e9pouse. En tant que musulman, devrions-nous accepter qu&#39;une femme soit consid\u00e9r\u00e9e comme une concubine?&#8221;, a demand\u00e9 Ibrahima Kane, conseiller juridique principal du Centre international pour la protection juridique des droits de l&#39;Homme (INTERIGHTS), une ONG britannique, qui a appuy\u00e9 Timidria dans le combat.    &#8220;Et pourtant, en dehors des organisations qui se sont battues, personne d&#39;autre n&#39;avait \u00e9lev\u00e9 la voix pour parler de cette situation&#8221;, a-t-il indiqu\u00e9, dans un point de presse anim\u00e9 par les avocats de Hadijatou Koraou apr\u00e8s le verdict.<\/p>\n<p> Pour Rahila Mahamadou, une militante de l&#39;ONG Femmes et enfants victimes de violence familiale bas\u00e9e \u00e0 Niamey, &#8220;cette bataille judiciaire men\u00e9e par Hadijatou Koraou doit inspirer toutes les femmes victimes de violence au Niger&#8221;.<\/p>\n<p> &#8220;Nos s\u0153urs, qui sont dans une situation similaire, doivent briser le silence \u00e0 partir de cet exemple. Nous sommes pr\u00eates \u00e0 les soutenir dans le combat&#8221;, promet-elle \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> La Cour de CEDEAO n&#39;ayant pas comp\u00e9tence pour prononcer des peines d&#39;emprisonnement, les personnes qui ont commis les pr\u00e9judices \u00e0 Hadijatou Koraou n&#39;ont nullement \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9es, a constat\u00e9 IPS.<\/p>\n<p> Pourtant, selon la loi nig\u00e9rienne de juin 2003 r\u00e9primant l&#39;esclavage, tout esclavagiste encourt une peine d&#39;emprisonnement de 10 \u00e0 30 ans et un \u00e0 cinq millions de FCFA (de 2.200 \u00e0 11.000 dollars) d&#39;amende. L&#39;esclavage a \u00e9t\u00e9 aboli depuis 1960 au Niger.  Pour Weila, cette situation n&#39;est gu\u00e8re surprenante. &#8220;N&#39;est-ce pas au ma\u00eetre que la justice a donn\u00e9 raison lorsque celui-ci a port\u00e9 plainte contre Hadijatou Koraou pour bigamie, apr\u00e8s l&#39;avoir pourtant affranchie?&#8221;, interroge-t-il.<\/p>\n<p> &#8220;Entre 2000 et 2007, nous avons rapport\u00e9 plus d&#39;une dizaine de cas d&#39;esclavage, mais les auteurs n&#39;ont jamais \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9s. On \u00e9touffe g\u00e9n\u00e9ralement l&#39;affaire, m\u00eame quand elle arrive en justice&#8221;, d\u00e9plore-t-il.<\/p>\n<p> Bachir Seybou, un juriste \u00e0 Niamey, impute cette lacune \u00e0 la grande influence de la tradition sur la justice, mais \u00e9galement et surtout \u00e0 la corruption.<\/p>\n<p> Pour Elhadj Hamidou Moumouni, un commer\u00e7ant \u00e0 Niamey, qui a requis l&#39;anonymat, les pratiques esclavagistes ne peuvent pas dispara\u00eetre du jour au lendemain au Niger. &#8220;C&#39;est un fait culturel, mes grands-parents ont eu des esclaves, les descendants de ceux-ci que je connais bien ne pourront jamais se consid\u00e9rer comme des hommes libres devant moi; maintenant tout d\u00e9pend du type de rapport que je d\u00e9cide d&#39;entretenir avec eux&#8221;, dit-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p>          Une enqu\u00eate nationale diligent\u00e9e en 2003 par Timidria a recens\u00e9 quelque 800.000 esclaves sur les 12 millions d&#39;habitants que comptait le Niger \u00e0 l&#39;\u00e9poque. Mais les autorit\u00e9s nig\u00e9riennes, qui ont toujours ni\u00e9 l&#39;existence de l&#39;esclavage, avaient contest\u00e9 cette \u00e9tude.  &#8220;Pour les autorit\u00e9s, il n&#39;y a m\u00eame pas de Nig\u00e9riens qui soient encore dans cette condition aujourd&#39;hui&#8221;, explique Weila \u00e0 IPS, ajoutant : &#8220;Rappelez-vous que j&#39;ai m\u00eame \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 en prison pour avoir voulu organiser une c\u00e9r\u00e9monie de lib\u00e9ration de 7.000 esclaves dans la localit\u00e9 d&#39;Inat\u00e8s (ouest du pays), il y a moins de trois ans&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NIAMEY, 3 nov (IPS) &#8211; Hadijatou Mani Koraou, la jeune femme nig\u00e9rienne de 24 ans, victime de l&#39;esclavage, est d\u00e9sormais libre, et l&#39;Etat du Niger se soumet au verdict de la Cour de justice de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des Etats&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2008\/11\/03\/droits-niger-hadijatou-koraou-enfin-libre-comme-son-maitre\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":299,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,13,10,1,3,30,29],"tags":[],"class_list":["post-4131","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-culture-religion-sport","category-droits-humains","category-headlines","category-population-refugies","category-special-culture-religion-et-genre","category-west-africa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4131","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/299"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4131"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4131\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4131"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4131"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4131"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}