{"id":3982,"date":"2008-07-10T13:40:01","date_gmt":"2008-07-10T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2008\/07\/10\/population-senegal-franchir-les-tabous-pour-une-planification-familiale-moderne\/"},"modified":"2008-07-10T13:40:01","modified_gmt":"2008-07-10T13:40:01","slug":"population-senegal-franchir-les-tabous-pour-une-planification-familiale-moderne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2008\/07\/10\/population-senegal-franchir-les-tabous-pour-une-planification-familiale-moderne\/","title":{"rendered":"POPULATION-SENEGAL: Franchir les tabous pour une planification familiale moderne"},"content":{"rendered":"<p>DAKAR, 10 juil (IPS) &#8211; La Journ\u00e9e mondiale de la population se d\u00e9roulera vendredi (11 juillet) \u00e0 Matam, dans le nord du S\u00e9n\u00e9gal, une r\u00e9gion consid\u00e9r\u00e9e comme hostile aux activit\u00e9s de planification familiale \u00e0 cause des barri\u00e8res socioculturelles encore solides dans les mentalit\u00e9s des gens.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>A ces barri\u00e8res, s&#39;ajoutent la croissance rapide de la population et le nombre insuffisant de districts sanitaires dans la r\u00e9gion. Les jeunes S\u00e9n\u00e9galais, conscients des difficult\u00e9s de la population en g\u00e9n\u00e9ral et de celle de Matam en particulier, estiment qu&#39;il faudrait \u00e9galement un changement de comportements et de mentalit\u00e9s.<\/p>\n<p> La r\u00e9gion de Matam compte seulement trois districts sanitaires, contre une moyenne de cinq dans ce pays d&#39;Afrique de l&#39;ouest qui est compos\u00e9 de 11 r\u00e9gions administratives. Mais Dakar, la capitale, compte beaucoup plus de districts sanitaires.  Le choix du th\u00e8me de la journ\u00e9e de cette ann\u00e9e, &#8220;La planification familiale, c&#39;est un droit, faisons-en une r\u00e9alit\u00e9&#8221;, d\u00e9coule en partie de l&#39;insuffisance des structures sanitaires dans cette r\u00e9gion du nord du S\u00e9n\u00e9gal. Pourtant, elle est compos\u00e9e en majorit\u00e9 de femmes, soit 54 pour cent et de 66 pour cent de jeunes de moins de 20 ans, selon le minist\u00e8re de la Sant\u00e9. Cette situation, d\u00e9plorent les professionnels de la sant\u00e9 dans la r\u00e9gion, a des r\u00e9percussions n\u00e9gatives sur le d\u00e9roulement des programmes d&#39;information sur la planification familiale, qui se heurte aux barri\u00e8res culturelles et religieuses.<\/p>\n<p> Malgr\u00e9 l&#39;ouverture en 2003 de deux nouveaux districts sanitaires dirig\u00e9s par des m\u00e9decins, la couverture sanitaire reste faible dans la r\u00e9gion, notamment dans le d\u00e9partement de Ran\u00e9rou. La r\u00e9gion ne dispose que d&#39;un seul h\u00f4pital \u00e9tabli \u00e0 Ourossogui. Avec une population de 432.041 habitants, la r\u00e9gion de Matam compte 20 m\u00e9decins, 167 sages-femmes d&#39;Etat et 42 infirmiers, selon le minist\u00e8re de la Sant\u00e9.<\/p>\n<p> Face \u00e0 ces difficult\u00e9s, les autorit\u00e9s ont mis en place une strat\u00e9gie et une politique sanitaire qui consistent \u00e0 venir en aide \u00e0 cette partie de la population par des s\u00e9ances de sensibilisation sur les pratiques modernes de la planification familiale.<\/p>\n<p> Les professionnels de la sant\u00e9 de la reproduction constatent qu&#39;en plus de la propagation du VIH\/SIDA, la r\u00e9gion de Matam se caract\u00e9rise par une faiblesse de la pratique de planification familiale. Selon l&#39;enqu\u00eate d\u00e9mographique et de la sant\u00e9 de 2005, le taux de pr\u00e9valence de l&#39;utilisation de la contraception \u00e0 Matam est estim\u00e9 \u00e0 1,2 pour cent, et la demande satisfaite en planification familiale s&#39;\u00e9l\u00e8ve seulement \u00e0 29 pour cent.<\/p>\n<p> Selon Cheikh Ahmadou Bamba Diop de la division de la sant\u00e9 de la reproduction au minist\u00e8re de la Sant\u00e9, les caract\u00e9ristiques de cette faiblesse de la pratique de la planification familiale sont presque identiques \u00e0 celles de la pand\u00e9mie du SIDA. A cela, dit-il, s&#39;ajoutent la pauvret\u00e9 des m\u00e9nages, l&#39;enclavement des localit\u00e9s et la faiblesse des taux d&#39;accouchement assist\u00e9s par manque d&#39;infrastructures sanitaires.<\/p>\n<p> Ami Diop Gueye, une sage-femme qui vient d&#39;\u00eatre affect\u00e9e de Matam \u00e0 Dakar, d\u00e9clare \u00e0 IPS : &#8220;Certes, il y a des centres de sant\u00e9, mais c&#39;est toujours insuffisant; les femmes, pour accoucher, ont souvent de probl\u00e8mes, et en cas d&#39;urgence, on \u00e9tait oblig\u00e9 d&#39;envoyer la femme \u00e0 Saint-Louis, et les routes sont impraticables&#8221;. Il faut d\u00e9senclaver Matam, dit-elle.  &#8220;Les autres probl\u00e8mes auxquels les sages-femmes sont confront\u00e9es aussi \u00e0 Matam, ce sont les barri\u00e8res sociales, certaines familles refusent des fois \u00e0 leur fille enceinte de venir consulter parce que la religion refuse qu&#39;on touche aux femmes d&#39;autrui&#8221;, d\u00e9plore-t-elle, ajoutant : &#8220;Il faut sensibiliser les jeunes et les vieillards sur la planification familiale, c&#39;est important pour notre pays&#8221;.<\/p>\n<p> Bamba Diop estime que le 11 juillet sera pour Matam une occasion de trouver d&#39;aide aupr\u00e8s des partenaires comme le Fonds des Nations Unies pour la population. &#8220;Matam m\u00e9rite d&#39;\u00eatre soutenue et accompagn\u00e9e dans ses efforts pour relever ses indicateurs socioculturels. Cette ville est une entit\u00e9 fortement marqu\u00e9e par des pratiques traditionnelles qui g\u00eanent la promotion de la planification familiale&#8221;, d\u00e9clare-t-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Selon le programme des acteurs de la planification familiale pour cette ann\u00e9e, l&#39;un des d\u00e9fis majeurs reste l&#39;am\u00e9lioration de l&#39;acc\u00e8s \u00e0 des services de qualit\u00e9 dans les zones rurales, et l&#39;aide aux femmes qui veulent espacer les naissances.<\/p>\n<p> Maguette Diop, conseill\u00e8re \u00e0 la division de la planification et des ressources humaines au minist\u00e8re de l&#39;Economie, explique que la planification familiale appliqu\u00e9e dans son contexte r\u00e9el permet de r\u00e9duire les risques de mortalit\u00e9 maternelle et infantile. Elle donne l&#39;exemple des adolescentes des zones rurales qui, affirme-t-elle, sont sexuellement actifs entre 11 et 12 ans, alors que socialement, cette pratique est taboue, ce qui pousse ces jeunes \u00e0 vouloir avorter.  &#8220;Quand les grossesses non d\u00e9sir\u00e9es arrivent,&#8230; pour ne pas \u00eatre point\u00e9 du doigt par la soci\u00e9t\u00e9, le seul recours qui s&#39;impose g\u00e9n\u00e9ralement chez les familles, c&#39;est l&#39;avortement clandestin avec tout ce que cela comporte comme risque : infection intra-ut\u00e9rine, marginalisation et m\u00eame souvent la mort&#8221;, dit-elle \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Ahmed Diallo, professeur d&#39;\u00e9conomie \u00e0 l&#39;Institut africain de management, bas\u00e9 \u00e0 Dakar, affirme que les difficult\u00e9s sanitaires ont toujours exist\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal, mais reconna\u00eet que le cas de Matam est encore plus alarmant. &#8220;Pour que les femmes de Matam accouchent et suivent des visites pr\u00e9natales, il faut qu&#39;elles fassent des kilom\u00e8tres \u00e0 pieds ou par charrettes&#8221;, souligne Diallo qui est originaire de Matam. &#8220;Il n&#39;y pas que \u00e7a, la population de Matam manque cruellement d&#39;eau, manque de produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 et vit dans la pauvret\u00e9&#8221;, dit-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Par ailleurs, Diallo avertit qu&#39;il ne faudrait pas seulement c\u00e9l\u00e9brer la Journ\u00e9e mondiale de la population \u00e0 Matam, mais qu&#39;il faudrait plut\u00f4t aider la population en sensibilisant \u00e0 la fois les jeunes et les vieux sur le bien-fond\u00e9 de la planification familiale. &#8220;A Matam, les vieux font la loi avec des histoires de tabous. Les filles sont donn\u00e9es en mariage pr\u00e9cocement, il y a aussi l&#39;excision; je trouve qu&#39;il faut amener ces conservateurs de la tradition \u00e0 changer de mentalit\u00e9s et de comportements&#8221;, ajoute-t-il.<\/p>\n<p> Selon Diatou Dieng, \u00e9tudiante en philosophie \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop de Dakar, originaire de la r\u00e9gion de Saint-Louis, dans le nord, les autorit\u00e9s doivent plut\u00f4t aider la population du S\u00e9n\u00e9gal, en particulier celle des r\u00e9gions \u00e0 sortir de la pauvret\u00e9 au lieu d&#39;organiser une f\u00eate. &#8220;Les gens ne trouvent pas \u00e0 manger au S\u00e9n\u00e9gal, l&#39;agriculture n&#39;est pas soutenue par le gouvernement, on n&#39;a rien; sur le plan sanitaire n&#39;en parlons pas&#8221;, souligne-t-elle \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Cheikh Kane, infirmier d&#39;Etat \u00e0 la retraite, affirme que si les r\u00e9gions ont des difficult\u00e9s sanitaires, c&#39;est parce que les gouvernements successifs au S\u00e9n\u00e9gal n&#39;ont pas mis en place une bonne politique de gouvernance.  &#8220;Regardez comment la population cro\u00eet de nos jours! Depuis combien de mois on n&#39;a plus de riz, de l&#39;\u00e9lectricit\u00e9 ou de l&#39;huile, mais on crie chaque fois dans nos oreilles qu&#39;il y a tout&#8221;, d\u00e9clare-t-il \u00e0 IPS. &#8220;Il faut aider la population du S\u00e9n\u00e9gal&#8230;, rien ne marche. La planification familiale c&#39;est bon, mais trouver \u00e0 manger c&#39;est d&#39;abord mieux&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DAKAR, 10 juil (IPS) &#8211; La Journ\u00e9e mondiale de la population se d\u00e9roulera vendredi (11 juillet) \u00e0 Matam, dans le nord du S\u00e9n\u00e9gal, une r\u00e9gion consid\u00e9r\u00e9e comme hostile aux activit\u00e9s de planification familiale \u00e0 cause des barri\u00e8res socioculturelles encore solides&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2008\/07\/10\/population-senegal-franchir-les-tabous-pour-une-planification-familiale-moderne\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":576,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,13,11,1,7,3,4,30,29],"tags":[],"class_list":["post-3982","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-culture-religion-sport","category-developpement","category-headlines","category-politique","category-population-refugies","category-sante","category-special-culture-religion-et-genre","category-west-africa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3982","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/576"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3982"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3982\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3982"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3982"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3982"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}