{"id":3869,"date":"2008-04-11T13:40:01","date_gmt":"2008-04-11T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2008\/04\/11\/sante-cote-divoire-des-pesticides-qui-tuent-leurs-utilisateurs\/"},"modified":"2008-04-11T13:40:01","modified_gmt":"2008-04-11T13:40:01","slug":"sante-cote-divoire-des-pesticides-qui-tuent-leurs-utilisateurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2008\/04\/11\/sante-cote-divoire-des-pesticides-qui-tuent-leurs-utilisateurs\/","title":{"rendered":"SANTE-COTE D&#39;IVOIRE: Des pesticides qui tuent leurs utilisateurs"},"content":{"rendered":"<p>KORHOGO, nord de la C\u00f4te d&#39;Ivoire, 11 avr (IPS) &#8211; Les pesticides sont faits pour \u00e9liminer des insectes et des v\u00e9g\u00e9taux parasites qui d\u00e9truisent les cultures. Mais dans certaines r\u00e9gions du nord de la C\u00f4te d&#39;Ivoire, ces produits chimiques tuent \u00e9galement des producteurs agricoles.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Minata Soro, 50 ans environ, est une productrice de cultures mara\u00eech\u00e8res depuis une quinzaine d&#39;ann\u00e9es \u00e0 Kassirim\u00e9, un village de la commune de Korhogo, dans le nord de ce pays d&#39;Afrique de l&#39;ouest. Elle a expliqu\u00e9 \u00e0 IPS, au d\u00e9but de ce mois, qu&#39;elle a abandonn\u00e9 cette activit\u00e9 agricole pour avoir \u00e9t\u00e9 victime d&#39;une mauvaise utilisation des pesticides.<\/p>\n<p> &#8220;Tout a commenc\u00e9 par des saignements du nez en 2003 et de terribles maux de t\u00eate que je ressentais apr\u00e8s chaque traitement des plantes par les pesticides. Malgr\u00e9 la consommation de lait que m&#39;avait conseill\u00e9e le revendeur des produits, je ressentais toujours un malaise&#8221;. Elle dit qu&#39;elle a commenc\u00e9 la culture mara\u00eech\u00e8re en 1993.  Apr\u00e8s des soins m\u00e9dicaux, poursuit Soro, les malaises ont cess\u00e9, et elle est tomb\u00e9e enceinte tout en continuant \u00e0 cultiver et \u00e0 entretenir le mara\u00eecher avec le poison inhal\u00e9. &#8220;A l&#39;accouchement, j&#39;ai fait un enfant qui a une malformation \u00e0 la main droite. Et malgr\u00e9 tous les soins m\u00e9dicaux et une r\u00e9\u00e9ducation \u00e0 Bonoua (sud du pays), la main de l&#39;enfant est rest\u00e9e inerte&#8221;.<\/p>\n<p> Makoura Tuo est \u00e9galement productrice de mara\u00eechers \u00e0 Bouak\u00e9, dans le centre de la C\u00f4te d&#39;Ivoire. M\u00e8re de neuf enfants, elle est devenue veuve depuis le d\u00e9but de la r\u00e9bellion arm\u00e9e ivoirienne (le 19 septembre 2002) au cours de laquelle elle a perdu son \u00e9poux lors de la prise de la ville par les ex-rebelles.  Elle d\u00e9clare \u00e0 IPS avoir perdu connaissance en 2006 et 2007 en plein traitement chimique des plantes mara\u00eech\u00e8res dans les bas-fonds de Dioulabougou, dans la commune de Bouak\u00e9, o\u00f9 elle cultivait des salades, oignons, carottes et des choux depuis d\u00e9cembre 2002.<\/p>\n<p> &#8220;J&#39;utilisais en novembre 2006 ces produits chimiques achet\u00e9s avec des revendeurs de la place, les magasins dans lesquels je les prenais \u00e9tant ferm\u00e9s du fait de la guerre. Pendant que j&#39;aspergeais les plants avec les produits, j&#39;ai perdu connaissance et je me suis retrouv\u00e9e sur un lit d&#39;h\u00f4pital&#8221;.  &#8220;Apr\u00e8s cette premi\u00e8re gu\u00e9rison, j&#39;ai continu\u00e9 la m\u00eame activit\u00e9 puisque c&#39;est gr\u00e2ce \u00e0 elle je nourris ma famille&#8221;, a expliqu\u00e9 Thuo \u00e0 IPS.  Mais, elle a connu une chute en mars 2007. &#8220;Alors, le m\u00e9decin m&#39;a conseill\u00e9 d&#39;arr\u00eater cette activit\u00e9, sinon je perdrais la vie. Malgr\u00e9 mon arr\u00eat, j&#39;ai toujours des probl\u00e8mes respiratoires&#8221;, a-t-elle ajout\u00e9.<\/p>\n<p> Pour sa part, Alimata Ouedraogo, la quarantaine d&#39;origine burkinab\u00e9, qui cultive aussi des mara\u00eechers dans les bas-fonds de Cocody, un quartier d&#39;Abidjan, la capitale \u00e9conomique ivoirienne, affirme \u00e0 IPS que des pesticides lui ont fait perdre quatre grossesses avort\u00e9es et un enfant mort-n\u00e9. Selon elle, l&#39;un de ses trois enfants vivants garde encore des s\u00e9quelles de ces produits, notamment son pied gauche d\u00e9form\u00e9.<\/p>\n<p> De son c\u00f4t\u00e9, Nayala Sekongo, 40 ans, est un producteur de coton \u00e0 Sarahla, dans le centre de la C\u00f4te d&#39;Ivoire. Il d\u00e9clare \u00e0 IPS avoir perdu trois membres de sa coop\u00e9rative en 2005 et 2007 dans trois campements &#8212; Fouyag\u00f4r\u00f4, Nivigu\u00e9vogo et Kotainvovo &#8212; suite \u00e0 une mauvaise utilisation de pesticides.<\/p>\n<p> &#8220;Le d\u00e9sordre dans la fili\u00e8re coton en C\u00f4te d&#39;Ivoire s&#39;est install\u00e9e depuis l&#39;\u00e9clatement de la crise politico-militaire en septembre 2002&#8221;, souligne Fatogoma Soro, comptable \u00e0 la coop\u00e9rative cotonni\u00e8re &#8220;Chigata&#8221; de Nidion, un village du nord. &#8220;Des conseillers agricoles, qui sont des agents des soci\u00e9t\u00e9s cotonni\u00e8res cens\u00e9s encadrer les producteurs pour une bonne&#8230; utilisation des produits chimiques, ont fuit les zones de guerre au nord pour le sud&#8221;.<\/p>\n<p> Selon l&#39;entomologiste Fran\u00e7ois N&#39;klo Hala et Martin Keh\u00e9 du Centre national de recherche agronomique (CNRA) bas\u00e9 \u00e0 Abidjan, 65 pour cent des maladies, dont souffrent les producteurs de mara\u00eechers, de coton, de mangue ainsi que les consommateurs en C\u00f4te d&#39;Ivoire, sont li\u00e9es aux pesticides.<\/p>\n<p> Ce chiffre a augment\u00e9 jusqu&#39;\u00e0 pr\u00e8s de 75 pour cent, affirme N&#39;klo Hala, avec la fermeture des services techniques publics et priv\u00e9s de l&#39;agriculture dans les zones des Forces nouvelles (ex-rebelles) dont les hommes &#8212; des techniciens agricoles retrait\u00e9s &#8212; sont charg\u00e9s de la sensibilisation et l&#39;information en milieu rural. Actuellement, certains services publics sont r\u00e9ouverts dans la r\u00e9gion, mais ne sont pas encore enti\u00e8rement fonctionnels.  &#8220;Les maladies auxquelles sont expos\u00e9s les producteurs de mara\u00eechers, de coton, de mangue et les consommateurs des fruits et l\u00e9gumes sont, entre autres, l&#39;intoxication chronique et aigu\u00eb par ingestion ou inhalation, la dermatose, les risques accrus d&#39;une leuc\u00e9mie, un cancer du poumon ou du cerveau, une baisse de la f\u00e9condit\u00e9, un avortement, les malformations \u00e0 la naissance&#8230;&#8221;, selon N&#39;klo Hala.<\/p>\n<p> Pour r\u00e9duire tous ces risques, Martin Keh\u00e9, un autre entomologiste du CNRA, propose une organisation des campagnes de sensibilisation, des s\u00e9ances de formation et d&#39;information en milieu rural afin d&#39;emmener les producteurs \u00e0 suivre les conseils prescrits sur les emballages des pesticides ou \u00e0 se faire expliquer leur utilisation.<\/p>\n<p> Andr\u00e9 Konan, ing\u00e9nieur agronome au minist\u00e8re de l&#39;Agriculture, explique \u00e0 IPS que &#8220;Si les protuteurs ivoiriens n&#39;utilisent pas les produits chimiques homologu\u00e9s par l&#39;Etat de C\u00f4te d&#39;Ivoire, ils verront leur production rejet\u00e9e sur le march\u00e9 mondial&#8221;.<\/p>\n<p> En outre, Konan souhaite que le minist\u00e8re de l&#39;Agriculture du pays demande \u00e0 tout vendeur ou utilisateur de pesticides d&#39;attendre la p\u00e9riode indiqu\u00e9e avant de le vendre ou de l&#39;utiliser. Il conseille aux utilisateurs de se laver tout le corps apr\u00e8s chaque s\u00e9ance de manipulation de ces produits chimiques, de ne pas stocker les pesticides dans des lieux d&#39;habitation.  Des campagnes de sensibilisation sont d\u00e9j\u00e0 organis\u00e9es dans le sud du pays et devraient s&#39;\u00e9tendre progressivement vers le nord au fur et \u00e0 mesure que les zones frontali\u00e8res seront sous le contr\u00f4le de l&#39;Etat ivoirien, selon le minist\u00e8re.  Par ailleurs, des sanctions ont \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9es contre tout revendeur de pesticides ou tout producteur agricole qui utiliseraient encore des produits chimiques non-homologu\u00e9s par le gouvernement. Ces sanctions sont notamment la saisie des pesticides, suivie de poursuites judiciaires \u00e0 l&#39;encontre des revendeurs, et la destruction de la production agricole pour les producteurs.  La C\u00f4te d&#39;Ivoire est divis\u00e9e en deux par une r\u00e9bellion arm\u00e9e qui occupe la moiti\u00e9 nord du pays depuis plus de cinq ans. Des ex-soldats de l&#39;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re estiment avoir pris les armes pour lutter contre l&#39;exclusion pr\u00e9sum\u00e9e des populations de cette partie du territoire. Mais depuis la signature de l&#39;accord de Ouagadougou, en mars 2007, le pays s&#39;est engag\u00e9 sur une nouvelle voie de sortie de crise qui devrait d\u00e9boucher sur la r\u00e9unification et des \u00e9lections vers le milieu de cette ann\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KORHOGO, nord de la C\u00f4te d&#39;Ivoire, 11 avr (IPS) &#8211; Les pesticides sont faits pour \u00e9liminer des insectes et des v\u00e9g\u00e9taux parasites qui d\u00e9truisent les cultures. 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