{"id":3581,"date":"2007-07-29T13:40:01","date_gmt":"2007-07-29T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2007\/07\/29\/cote-divoire-desertification-source-de-conflits-mortels-entre-eleveurs-et-agriculteurs\/"},"modified":"2007-07-29T13:40:01","modified_gmt":"2007-07-29T13:40:01","slug":"cote-divoire-desertification-source-de-conflits-mortels-entre-eleveurs-et-agriculteurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2007\/07\/29\/cote-divoire-desertification-source-de-conflits-mortels-entre-eleveurs-et-agriculteurs\/","title":{"rendered":"COTE D\u2019IVOIRE: D\u00e9sertification, source de conflits mortels entre \u00e9leveurs et agriculteurs"},"content":{"rendered":"<p>KORHOGO, nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, 29 juil (IPS) &#8211; A la recherche de points d\u2019eau et de p\u00e2turages, des \u00e9leveurs, en provenance du Mali, du Burkina Faso et du Niger, migrent vers la C\u00f4te d\u2019Ivoire, avec leurs troupeaux, qui d\u00e9vastent sur leur chemin les cultures des paysans, provoquant des conflits mortels entre \u00e9leveurs et agriculteurs.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Samba Diallo, un \u00e9leveur burkinab\u00e9, raconte \u00e0 IPS que c\u2019est \u00e0 cause du manque d\u2019eau et d\u2019herbes pour leur b\u00e9tail, dans leur pays, qu\u2019ils descendent vers la C\u00f4te d\u2019ivoire \u2018\u2019o\u00f9 la nature est beaucoup plus cl\u00e9mente\u2019\u2019.<\/p>\n<p>  La rigueur du climat a accentu\u00e9 la d\u00e9sertification \u00e0 tel point que b\u00eates et humains \u00e9taient menac\u00e9s de mort. Plus d\u2019herbe \u00e0 brouter, plus d\u2019eau pour abreuver les animaux. Cette situation difficile a d\u00e9j\u00e0 fait perdre \u00e0 Diallo plus d\u2019une cinquantaine de b\u00eates avant qu\u2019il ne se d\u00e9cide \u00e0 partir.<\/p>\n<p>  Il a donc immigr\u00e9 vers la C\u00f4te d\u2019Ivoire avec plus de 1.000 t\u00eates de bovins et 500 t\u00eates d\u2019ovins.<\/p>\n<p>  \u2018\u2019Si je ne quittais pas mon village, Dori, au nord du Burkina Faso, j\u2019allais perdre tout mon troupeau\u2019\u2019, raconte-t-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p>  Depuis 2003, il s\u2019est install\u00e9 \u00e0 Dikodougou, un village du nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/p>\n<p>  \u2018\u2019La vie de mes animaux n\u2019est plus menac\u00e9e. Seulement, j\u2019ai eu quelques difficult\u00e9s avec les agriculteurs par la faute de mes bouviers\u2019\u2019, confesse-t-il.<\/p>\n<p>  Les bouviers, sorte de garde-b\u0153ufs, recrut\u00e9s par les \u00e9leveurs pour la surveillance des troupeaux, conduisent ces animaux \u00e0 travers la brousse pour leur permettre de s\u2019alimenter.<\/p>\n<p>  Malheureusement, par paresse ou go\u00fbt de la provocation, ils ne conduisent pas toujours les troupeaux l\u00e0 ou ils doivent aller et sortent des espaces indiqu\u00e9s par les propri\u00e9taires terriens, explique Diallo.<\/p>\n<p>  C\u2019est ainsi que les b\u0153ufs se retrouvent parfois dans les champs, broutant les cultures, an\u00e9antissant les espoirs de toute une famille. Pire, ils occasionnent des affrontements qui se soldent par des morts.<\/p>\n<p>  Par la faute de quelques-uns de ces bouviers, Yaya Sekongo, autrefois agriculteur \u00e0 Bada Farakoro, dans le nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, a d\u00fb se reconvertir au commerce parce qu\u2019un jour, il y a cinq ans de cela, ces boeufs mal conduits sont pass\u00e9s par son champ.<\/p>\n<p>  \u2018\u2019Un apr\u00e8s midi, en pleine r\u00e9colte de coton avec ma famille et mes travailleurs, nous avons \u00e9t\u00e9 envahis par une cohorte de b\u0153ufs. Les animaux ont commenc\u00e9 \u00e0 brouter le coton sans qu\u2019aucun bouvier ne cherche \u00e0 les faire sortir. J\u2019ai interpell\u00e9 l\u2019un d\u2019eux et il m\u2019a interdit, d\u2019un ton mena\u00e7ant, de toucher \u00e0 ses b\u00eates. Sous l\u2019effet de la col\u00e8re, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 pourchasser les b\u0153ufs. Alors les bouviers ont sorti leurs machettes et une lutte s\u2019est engag\u00e9e entre eux et nous\u2019\u2019, raconte-t-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p>  Trois de ses enfants et travailleurs ont \u00e9t\u00e9 gravement bless\u00e9s \u00e0 la machette \u00e0 la suite de ces affrontements.<\/p>\n<p>  \u2018\u2019L\u2019affaire fut port\u00e9e chez le sous-pr\u00e9fet de la localit\u00e9 qui nous a renvoy\u00e9s vers la justice. Mais le proc\u00e8s n\u2019a jamais eu lieu malgr\u00e9 mes allers et retours\u2019\u2019, dit-il. Raison \u00e9voqu\u00e9e, l\u2019\u00e9leveur transhumant est retourn\u00e9 dans son pays.<\/p>\n<p>  Nawa Traor\u00e9 et Lob\u00e8ko Ouattara, deux \u00e9pouses d\u2019agriculteur, ont une histoire semblable \u00e0 raconter : elles ont \u00e9t\u00e9 victimes et auteurs de violences entre agriculteurs et \u00e9leveurs &#8212; et viennent de purger une peine de six mois de prison ferme pour avoir r\u00e9agi \u00e0 une destruction de cultures.<\/p>\n<p>  Elles ont tir\u00e9 des coups de fusil sur des boeufs et ligot\u00e9 les bouviers pour les avoir surpris, en pleine nuit, dans leurs champs, en train de d\u00e9truire leurs cultures.<\/p>\n<p>  \u2018\u2019Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de nous impliquer dans le combat de nos \u00e9poux parce que l\u2019acte des \u00e9leveurs a des cons\u00e9quences n\u00e9fastes sur la vie de nos familles\u2019\u2019, explique Traor\u00e9 \u00e0 IPS.<\/p>\n<p>  Par la faute de ces transhumants, poursuit Ouattara, \u2018\u2019des familles ont abandonn\u00e9 l\u2019agriculture. Certaines ont d\u00fb d\u00e9scolariser leurs enfants par manque de moyens financiers pour payer leur \u00e9colage. Des divorces ont m\u00eame eu lieu \u00e0 cause du manque de nourriture\u2019\u2019.<\/p>\n<p>  Ces observations sont reprises par Kolotioloma Y\u00e9o, un agriculteur de Korhogo. \u2018\u2019Ces situations sont sources de famine dans les villages o\u00f9, le paysan, apr\u00e8s la destruction de son champ, est oblig\u00e9 d\u2019aller acheter \u00e0 manger ou demander \u00e0 manger, alors qu\u2019habituellement, c\u2019est lui qui donne \u00e0 manger aux gens\u2019\u2019, confie-t-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p>  Korono Silu\u00e9, un agriculteur de Kaouara, dans l\u2019extr\u00eame nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, estime que les bouviers ne sont pas les seuls fautifs.<\/p>\n<p>  \u2018\u2019Nous accusons les bouviers d\u2019\u00eatre \u00e0 la base des conflits entre \u00e9leveurs et agriculteurs, mais en r\u00e9alit\u00e9, ils agissent avec la b\u00e9n\u00e9diction de leur patron, le propri\u00e9taire des b\u00eates, qui leur demande de convoyer les animaux vers les zones fertiles et vertes o\u00f9 il y a de la flore afin que les animaux se nourrissent convenablement\u2019\u2019, pr\u00e9cise-t-il.<\/p>\n<p>  Lorsque les d\u00e9g\u00e2ts sont cr\u00e9\u00e9s et qu\u2019il est question d\u2019indemniser les agriculteurs, ils pr\u00e9f\u00e8rent plut\u00f4t corrompre les autorit\u00e9s. Ce mauvais comportement augmente la col\u00e8re des agriculteurs qui se font parfois justice en s\u00e9questrant ou tuant leurs b\u00eates, rapporte-t-il.<\/p>\n<p>  Silu\u00e9 d\u00e9nonce \u00e9galement un autre comportement des \u00e9leveurs, source de conflits. A leur arriv\u00e9e dans les villages, ils sollicitent une autorisation pour que leurs b\u00eates s\u2019abreuvent aux retenues d\u2019eau du village. Il est souvent exig\u00e9 d\u2019eux de payer 0,2 dollar par t\u00eate de b\u00e9tail, somme qui servira \u00e0 entretenir les barrages d\u2019eau.<\/p>\n<p>  Seulement, apr\u00e8s les premiers jours, ils ne paient plus mais continuent pourtant d\u2019aller abreuver leurs b\u00eates aux sources. Cette attitude occasionne un autre type de conflit. Ceux des \u00e9leveurs qui ne paient pas sont traqu\u00e9s par le comit\u00e9 villageois charg\u00e9 d\u2019entretenir la retenue d\u2019eau, a dit Silu\u00e9.<\/p>\n<p>  Le d\u00e9put\u00e9 Abou Coulibaly Nibi, de la commune de Korhogo, au nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, estime que les agriculteurs doivent \u00eatre vigilants par rapport aux mouvements de troupeaux. Ils doivent s\u2019organiser pour rep\u00e9rer et signaler aux autorit\u00e9s tout d\u00e9placement non autoris\u00e9 des \u00e9leveurs.<\/p>\n<p>  Il estime qu\u2019il faudrait acc\u00e9l\u00e9rer la proc\u00e9dure d\u2019indemnisation des propri\u00e9taires des champs d\u00e9truits car les \u00e9leveurs, puisqu\u2019ils sont des transhumants, et sans domicile fixe, retournent clandestinement et pr\u00e9cipitamment dans leur pays pour \u00e9viter d\u2019indemniser leurs victimes.<\/p>\n<p>  Toutefois, relativise le parlementaire, le ph\u00e9nom\u00e8ne a toujours exist\u00e9 et il sera difficile d\u2019y mettre une fin totale.<\/p>\n<p>  \u2018\u2019Les b\u0153ufs continueront d\u2019affluer en C\u00f4te d\u2019Ivoire chaque ann\u00e9e. Nous devons simplement veiller \u00e0 limiter l\u2019intensit\u00e9 des conflits arm\u00e9s entre \u00e9leveurs et agriculteurs, car l\u2019agriculteur aura toujours besoin des b\u0153ufs de l\u2019\u00e9leveur, et l\u2019\u00e9leveur aura lui \u00e9galement toujours besoin des produits de l\u2019agriculteur\u2019\u2019, conclut Nibi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KORHOGO, nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, 29 juil (IPS) &#8211; A la recherche de points d\u2019eau et de p\u00e2turages, des \u00e9leveurs, en provenance du Mali, du Burkina Faso et du Niger, migrent vers la C\u00f4te d\u2019Ivoire, avec leurs troupeaux, qui&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2007\/07\/29\/cote-divoire-desertification-source-de-conflits-mortels-entre-eleveurs-et-agriculteurs\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":449,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,34,11,6,12,1,3,29],"tags":[],"class_list":["post-3581","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-desert-rampant","category-developpement","category-economie-finances-le-commerce","category-environnement","category-headlines","category-population-refugies","category-west-africa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3581","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/449"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3581"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3581\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3581"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3581"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3581"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}