{"id":3294,"date":"2007-01-19T13:40:01","date_gmt":"2007-01-19T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2007\/01\/19\/environnement-cameroun-ngouma-vide-de-ses-habitants-pour-cause-de-desertification\/"},"modified":"2007-01-19T13:40:01","modified_gmt":"2007-01-19T13:40:01","slug":"environnement-cameroun-ngouma-vide-de-ses-habitants-pour-cause-de-desertification","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2007\/01\/19\/environnement-cameroun-ngouma-vide-de-ses-habitants-pour-cause-de-desertification\/","title":{"rendered":"ENVIRONNEMENT-CAMEROUN: Ngouma vid\u00e9 de ses habitants pour cause de d\u00e9sertification"},"content":{"rendered":"<p>NGOUMA, extr\u00eame nord du Cameroun, 19 jan (IPS) &#8211; Ngouma est aujourd\u2019hui peupl\u00e9 de 538 habitants, dont 406 femmes. Presque tous les hommes, surtout ceux en \u00e2ge de cultiver la terre, ont quitt\u00e9 ce village, parce que leurs terres sont affect\u00e9es par une profonde d\u00e9gradation.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>&#8220;Les \u00e9leveurs migrent vers des zones de p\u00e2turage et les p\u00eacheurs vont au nord, vers le lac Tchad, distant seulement de neuf kilom\u00e8tres. Ceux qui n&#39;ont pas de m\u00e9tiers fixes vont vers les villes&#8221;, raconte \u00e0 IPS le chef du village, Yaya Djould\u00e9.<\/p>\n<p> Ngouma est situ\u00e9 \u00e0 1.600 kilom\u00e8tres de Yaound\u00e9, la capitale.<\/p>\n<p> Ce village est \u00e9prouv\u00e9 par de longues saisons s\u00e8ches qui durent sept \u00e0 huit mois par an. Ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, cette s\u00e9cheresse a entra\u00een\u00e9 une d\u00e9gradation progressive de sa faune et de sa flore, ainsi que l\u2019exode de ses habitants, surtout les hommes en \u00e2ge de travailler.<\/p>\n<p> Lac\u00e9r\u00e9es par la pauvret\u00e9 et abandonn\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames, sur des terres semi-arides, par des maris partis sous des cieux plus cl\u00e9ments, les femmes de Ngouma sont r\u00e9duites \u00e0 la mis\u00e8re.<\/p>\n<p> Depuis plusieurs ann\u00e9es, les longues saisons s\u00e8ches et la surexploitation des terres ont transform\u00e9 Ngouma en une terre presque d\u00e9sertique, d\u00e9clare Chantal Moudeina, 41 ans, une habitante de Ngouma.<\/p>\n<p> &#8220;Nos maris et nos enfants sont partis les uns apr\u00e8s les autres, nous laissant seules survivre ici. Rien que pour aller chercher de l\u2019eau, souvent impure, nous parcourons chaque jour, environ huit kilom\u00e8tres \u00e0 pied&#8221;, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p> Ses deux enfants n\u2019ont pour le moment que 11 et 7 ans, mais elle ne se fait pas d\u2019illusions sur le fait qu\u2019ils s\u2019en iront aussi d\u00e8s qu\u2019ils auront l\u2019\u00e2ge de travailler et que la situation n\u2019aurait pas chang\u00e9.<\/p>\n<p> &#8220;La s\u00e9cheresse est le principal probl\u00e8me de ce village&#8221;, explique \u00e0 IPS, Martin Ndongmo, ing\u00e9nieur en agroforesterie en service \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation provinciale du minist\u00e8re de l\u2019Environnement et de la Protection de la Nature, dans la province de Maroua, dont d\u00e9pend administrativement le village de Ngouma.<\/p>\n<p> Ngouma et les autres villages de Maroua ne re\u00e7oivent, depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 70, qu\u2019environ 200 millim\u00e8tres d&#39;eau par an, contre une moyenne nationale 1.500 mm. La temp\u00e9rature moyenne \u00e0 l\u2019ombre est de 45 degr\u00e9s, indique Ndongmo.<\/p>\n<p> &#8220;Ce manque d\u2019eau a entra\u00een\u00e9 une forte d\u00e9gradation des terres arables. Le d\u00e9boisement et le surp\u00e2turage sont venus parachever l\u2019\u0153uvre de la nature&#8221;, commente Ndongmo.<\/p>\n<p> La d\u00e9sertification a commenc\u00e9 \u00e0 s\u00e9vir \u00e0 Ngouma au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, explique Djould\u00e9. Pour y faire face, ses habitants construisent des digues en terre pour retenir l\u2019eau et emp\u00eacher le lessivage des terres pendant les rares moments de pluie. Mais ces digues sont souvent d\u00e9truites au premier coup de vent.<\/p>\n<p> Pendant la saison s\u00e8che, ils utilisent la technique de paillage qui consiste \u00e0 couvrir les sols de paille afin de les prot\u00e9ger des rayons solaires. C\u2019est une technique qui fait d\u00e9j\u00e0 des merveilles au Sahel, notamment au Burkina Faso.<\/p>\n<p> Mais, \u00e0 Ngouma, sans l\u2019appui ferme de l\u2019Etat ou des Ong, cette lutte semble \u00eatre un \u00e9ternel recommencement, au seul profit du d\u00e9sert qui ne cesse de progresser, d\u00e9plore Djould\u00e9.<\/p>\n<p> Sur une superficie de 34.263 kilom\u00e8tres carr\u00e9es que compte la province de l\u2019extr\u00eame nord, 11.421 kilom\u00e8tres carr\u00e9s sont affect\u00e9s par la d\u00e9sertification, selon des statistiques fournies par le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture et du D\u00e9veloppement rural (MINADER).<\/p>\n<p> &#8220;Les mouvements de transhumance, les probl\u00e8mes entre \u00e9leveurs et agriculteurs, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire et les maladies hydriques observ\u00e9es dans ces zones sont, pour la plupart, des cons\u00e9quences de la d\u00e9sertification\u2019\u2019, r\u00e9sume Lucie Aboudi, membre de &#39;Save the Earth&#39;, une Ong camerounaise de d\u00e9fense de l\u2019environnement bas\u00e9e \u00e0 Maroua.<\/p>\n<p> Le r\u00e9sultat est que 25.000 personnes sont aujourd\u2019hui menac\u00e9es de famine dans la province de l\u2019extr\u00eame nord du Cameroun, selon le Minader.<\/p>\n<p> Pourtant, depuis plusieurs d\u00e9cennies, le Cameroun place la lutte contre la d\u00e9sertification au c\u0153ur de ses politiques de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p> A la suite de l\u2019apparition des premiers signes de s\u00e9cheresse entre 1969 et 1974, se souvient Martin Mbella, g\u00e9ologue \u00e0 l\u2019Institut g\u00e9ographique national (IGN), \u00e0 Yaound\u00e9, un comit\u00e9 de lutte contre la d\u00e9sertification et la s\u00e9cheresse, fut cr\u00e9\u00e9.<\/p>\n<p> &#8220;Le Projet agropastoral permanent charg\u00e9 de promouvoir la gestion rationnelle des p\u00e2turages, et l\u2019Office c\u00e9r\u00e9alier de gestion des stocks de c\u00e9r\u00e9ales pour les p\u00e9riodes de soudure en sont les r\u00e9sultats&#8221;, dit-il.<\/p>\n<p> Au regard de l\u2019ampleur du d\u00e9sastre environnemental \u00e0 Ngouma, la soci\u00e9t\u00e9 civile ne d\u00e9col\u00e8re pas contre le gouvernement camerounais, accus\u00e9 de manquer d\u2019engagement \u00e9cologique.<\/p>\n<p> &#8220;On peut cr\u00e9er des comit\u00e9s \u00e0 chaque catastrophe \u00e9cologique, adopter des plans d\u2019actions ou signer des conventions, avoir les meilleures intentions, mais si le financement ne suit pas et que l\u2019Etat n\u2019est pas d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 agir sur le terrain, la d\u00e9sertification fera davantage de malheurs&#8221;, d\u00e9clare, indign\u00e9e, \u00e0 IPS, Pauline Akamba, institutrice \u00e0 Kousseri, dans l\u2019extr\u00eame nord du Cameroun.<\/p>\n<p> Par ailleurs, la d\u00e9sertification a un co\u00fbt. Elle entra\u00eene, \u00e0 l\u2019\u00e9chelon national, une perte de 0,8 pour cent du Produit int\u00e9rieur brut (PIB), selon le Centre de coop\u00e9ration internationale en recherche agronomique pour le d\u00e9veloppement (CIRAD), bas\u00e9 \u00e0 Yaound\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NGOUMA, extr\u00eame nord du Cameroun, 19 jan (IPS) &#8211; Ngouma est aujourd\u2019hui peupl\u00e9 de 538 habitants, dont 406 femmes. 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