{"id":3165,"date":"2006-10-30T13:40:01","date_gmt":"2006-10-30T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/10\/30\/politique-cameroun-la-montee-des-conflits-interethniques-inquiete-de-plus-en-plus\/"},"modified":"2006-10-30T13:40:01","modified_gmt":"2006-10-30T13:40:01","slug":"politique-cameroun-la-montee-des-conflits-interethniques-inquiete-de-plus-en-plus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/10\/30\/politique-cameroun-la-montee-des-conflits-interethniques-inquiete-de-plus-en-plus\/","title":{"rendered":"POLITIQUE-CAMEROUN: La mont\u00e9e des conflits interethniques inqui\u00e8te de plus en plus"},"content":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 30 oct (IPS) &#8211; Depuis quelque temps, des conflits sporadiques entre ethnies, parfois tragiques, et sur presque toute l&#39;\u00e9tendue du territoire du Cameroun, font penser \u00e0 des lendemains incertains qui p\u00e8sent sur ce pays d&#39;Afrique centrale.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Selon des statistiques officielles, le Cameroun compte en 2006 quelque 16,5 millions d&#39;habitants, dont environ 350 groupes ethniques. Les premi\u00e8res tensions remarquables entre ces ethnies remontent au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 qui co\u00efncident avec la fin de l&#39;\u00e8re du parti unique.<\/p>\n<p> &#8220;De fait, depuis l&#39;av\u00e8nement de la &#39;d\u00e9mocratie multipartite&#39; au d\u00e9but de la d\u00e9cennie 90, les conflits ethniques ont gagn\u00e9 en vitalit\u00e9 et en intensit\u00e9&#8221;, affirme \u00e0 IPS, Alawadi Zelao, un sociologue bas\u00e9 \u00e0 Yaound\u00e9. &#8220;Des facteurs de d\u00e9structuration de l&#39;\u00e9quilibre social, les luttes qui structurent l&#39;interaction entre les diverses ethnies dans toutes les provinces, entra\u00eenent des effets plus ou moins tragiques qu&#39;il faudrait prendre en compte le plus t\u00f4t possible&#8221;.<\/p>\n<p> Selon des analystes locaux, la d\u00e9mocratie a ouvert des espaces de libert\u00e9 aux citoyens qui se sentaient \u00e9touff\u00e9s, et du coup, nombre d&#39;entre eux ont trouv\u00e9 plus simple de s&#39;exprimer \u00e0 travers des regroupements refl\u00e9tant leurs r\u00e9gions ou leurs ethnies.<\/p>\n<p> &#8220;Notre pays a toujours connu des conflits interethniques, souvent n\u00e9glig\u00e9s ou non m\u00e9diatis\u00e9s&#8221;, d\u00e9clare \u00e0 IPS, Jules Ayissi, membre de l&#39;Association entraide et d\u00e9veloppement, une organisation non gouvernementale (ONG) bas\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9, la capitale camerounaise. &#8220;Le Cameroun compte plus d&#39;une vingtaine de foyers potentiels de conflits r\u00e9partis entre le littoral et le sud-ouest; le centre et le sud; le nord, le nord-ouest et l&#39;ouest&#8221;.<\/p>\n<p> A l&#39;origine de ces conflits, des observateurs indexent la qu\u00eate de la survie, mais \u00e9galement un complexe de sup\u00e9riorit\u00e9, tel le cas du conflit permanent entre les Foulb\u00e9 et les non-Foulb\u00e9 dans le nord du Cameroun, ou de celui tr\u00e8s tragique, entre les Banyangui et les Bororos dans le nord-ouest, en septembre dernier, qui avait fait 13 morts.  Et le 17 octobre dernier, des affrontements tragiques sont survenus \u00e0 Nyokon, dans la province du Centre, entre les autochtones et les Bamil\u00e9k\u00e9s originaires de la province de l&#39;Ouest pour un probl\u00e8me de terre. Ils se sont sold\u00e9s par la mort de six personnes dont deux femmes.  Par ailleurs, divers conflits interethniques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement enregistr\u00e9s r\u00e9cemment : entre les Gbaya et les Foulb\u00e9, \u00e0 Meiganga (nord) en 2005, avec la mort de 20 personnes; entre les Bagam et les Bameyan dans l&#39;ouest, en mai 2006, qui ont fait 13 morts.<\/p>\n<p> Il y a eu \u00e9galement des incidents interethniques du 7 mai 2006 dans la ville de Ky\u00e9-Ossi (sud), opposant populations autochtones et allog\u00e8nes, faisant deux morts et une dizaine de bless\u00e9s graves; le conflit entre les Banfaw et les Bororos \u00e0 Mamf\u00e9 (sud-ouest), le 9 octobre dernier, causant trois morts.<\/p>\n<p> &#8220;Je suis arriv\u00e9 \u00e0 Nyokon en 2002 en provenance de Douala o\u00f9 j&#39;\u00e9tais au ch\u00f4mage depuis trois ans&#8221;, raconte \u00e0 IPS, Charles Djappa, 41 ans, producteur de tomates \u00e0 Nyokon (centre). &#8220;Apr\u00e8s avoir acquis un lopin de terre avec mes derni\u00e8res \u00e9conomies, j&#39;y ai fait pousser de la tomate qui n&#39;a pas qui a fait beaucoup de jaloux&#8221;.<\/p>\n<p> &#8220;C&#39;est cette r\u00e9ussite en agriculture qui m&#39;a attir\u00e9 les foudres des populations locales, qui ne vivent que de la chasse. Ils m&#39;ont&#8230;chass\u00e9 de mes exploitations (en septembre) sans indemnit\u00e9s&#8221;, explique Djappa qui attend la suite \u00e0 sa plainte d\u00e9pos\u00e9e au parquet du tribunal de premi\u00e8re instance de Bafia (centre).<\/p>\n<p> Selon Charly Gabriel Mbock, un anthropologue de Yaound\u00e9, &#8220;La plupart des conflits dits ethniques sont les cons\u00e9quences de probl\u00e8mes sociaux mal \u00e9tudi\u00e9s, mal r\u00e9solus. Les conflits, avant d&#39;\u00eatre baptis\u00e9s ethniques, sont d&#39;abord et restent essentiellement sociaux&#8221;.<\/p>\n<p> Mbock estime que &#8220;de toutes les sources sociales d\u00e9clar\u00e9es des conflits identifi\u00e9s, la premi\u00e8re est le souci de propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re. Les populations ont clairement montr\u00e9 qu&#39;il y avait des causes conjoncturelles (les questions \u00e9conomiques et les questions identitaires) et des causes structurelles (la possession des terres)&#8221;.<\/p>\n<p> A cet \u00e9gard, on \u00e9voque souvent l&#39;opposition traditionnelle &#8220;allochtones&#8221;\/&#8221;autochtones&#8221; entre certaines ethnies, notamment entre les Arabes Choa et les Kotoko, dans l&#39;extr\u00eame nord du Cameroun, ainsi que les clivages religieux entre les Peuls musulmans et les Kirdi de tradition chr\u00e9tienne, dans la m\u00eame r\u00e9gion.<\/p>\n<p> Les communaut\u00e9s Kotoko et Arabes Choa entretiennent des relations d&#39;hostilit\u00e9. Cette conflictualit\u00e9, qui s&#39;enracine dans l&#39;histoire de ces deux peuples, induit des effets plus ou moins r\u00e9els sur la dynamique d&#39;interd\u00e9pendance et de rapport entre ces communaut\u00e9s et sur l&#39;ensemble de la vie sociale, explique Mbock \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> &#8220;La cause de ces conflits incessants se trouve dans la non-assimilation des Kotoko par les Arabes Choa (et vice-versa) ou dans le refus d&#39;int\u00e9grer les Arabes dans la communaut\u00e9 kotoko \u00e0 travers leur cohabitation dans les organes centraux du pouvoir traditionnel&#8221;, affirme \u00e0 IPS, MPKang Mandeng, enseignant \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 de Ngaound\u00e9r\u00e9, dans le nord du Cameroun.<\/p>\n<p> Selon Mandeng, &#8220;Une analyse des bases \u00e9conomiques, politiques et religieuses des conflits ethniques au Cameroun septentrional prouve que les antagonismes entre les populations locales sont construits et utilis\u00e9s par les acteurs sociopolitiques et religieux, et r\u00e9sultent en un d\u00e9placement du pouvoir quasi-cyclique d&#39;un groupe ethnique \u00e0 un autre&#8221;.<\/p>\n<p> &#8220;Les \u00e9lites du Cameroun sont des vecteurs de la dislocation de l&#39;Etat parce qu&#39;elles exportent ou enveniment les clivages interethniques \u00e0 des fins personnelles&#8221;, rench\u00e9rit Mbock. &#8220;Les pouvoirs publics tirent ouvertement avantage du d\u00e9sordre provoqu\u00e9 par les \u00e9lites, dans la mesure o\u00f9 la manipulation ethnique est devenue un fonds de commerce pour la plupart des politiciens et des hauts responsables de l&#39;Etat&#8221;.  Pourtant, les autorit\u00e9s ont toujours pr\u00e9sent\u00e9 le Cameroun comme un &#8220;havre de paix&#8221;. Mais selon certains observateurs, &#8220;Il faut avoir peur de cette attitude de l&#39;Etat, car il s&#39;agit-l\u00e0 d&#39;une n\u00e9gation obsessionnelle de l&#39;existence des conflits et des antagonismes violents entre groupes ethniques qui se soldent par des morts chaque jour et qui rythment d\u00e9sormais notre quotidien&#8221;.<\/p>\n<p> Selon le Service oecum\u00e9nique pour la paix (SEP), une ONG bas\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9, il faut g\u00e9rer ces conflits qui pourront menacer la paix civile. &#8220;Il est temps de d\u00e9construire la mentalit\u00e9 de la n\u00e9gation des conflits ethniques, pour \u00e9voluer vers une transformation pacifique des conflits ethniques&#8221;, d\u00e9clare \u00e0 IPS, Dupleix Kuenzop, directeur des programmes au SEP.<\/p>\n<p> &#8220;Notre projet qui a commenc\u00e9 ce mois (octobre) va durer trois ans. Il est ax\u00e9 sur 20 zones prioritaires de conflits que nous avons identifi\u00e9es. Notre objectif est d&#39;emp\u00eacher la d\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des conflits, qu&#39;ils soient d&#39;ordre politique, \u00e9conomique ou foncier, en violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&#8221;, souligne-t-il. &#8220;Nous avons cr\u00e9\u00e9 des comit\u00e9s pour la paix dans des zones pilotes&#8221;.<\/p>\n<p> &#8220;La construction de l&#39;unit\u00e9 nationale compte le plus aux yeux de l&#39;Etat&#8221;, affirme \u00e0 IPS, Marcel Abena, fonctionnaire au minist\u00e8re de l&#39;Administration territoriale et de la D\u00e9centralisation. &#8220;Les Camerounais doivent se conduire en citoyens et non plus en &#8220;originaires&#8221; de telle tribu, de telle r\u00e9gion ou de telle religion. Notre devoir est de prot\u00e9ger les Camerounais et de donner des chances \u00e9gales \u00e0 tous&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 30 oct (IPS) &#8211; Depuis quelque temps, des conflits sporadiques entre ethnies, parfois tragiques, et sur presque toute l&#39;\u00e9tendue du territoire du Cameroun, font penser \u00e0 des lendemains incertains qui p\u00e8sent sur ce pays d&#39;Afrique centrale.<\/p>\n","protected":false},"author":253,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,1,7,3],"tags":[],"class_list":["post-3165","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-headlines","category-politique","category-population-refugies"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3165","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/253"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3165"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3165\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3165"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3165"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3165"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}