{"id":3032,"date":"2006-07-14T13:40:01","date_gmt":"2006-07-14T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/07\/14\/droits-cameroun-des-enfants-continuent-detre-victimes-de-lesclavage\/"},"modified":"2006-07-14T13:40:01","modified_gmt":"2006-07-14T13:40:01","slug":"droits-cameroun-des-enfants-continuent-detre-victimes-de-lesclavage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/07\/14\/droits-cameroun-des-enfants-continuent-detre-victimes-de-lesclavage\/","title":{"rendered":"DROITS-CAMEROUN: Des enfants continuent d&#39;\u00eatre victimes de l&#39;esclavage"},"content":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 14 juil (IPS) &#8211; Chaque jour, Helen Angwa, 13 ans, est r\u00e9veill\u00e9e vers cinq heures du matin, et engage sans r\u00e9pit, une journ\u00e9e de travaux m\u00e9nagers qui ne s&#39;ach\u00e8ve g\u00e9n\u00e9ralement qu&#39;aux alentours de minuit dans une maison de Yaound\u00e9, la capitale camerounaise.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Elle se plaint de sa situation qu&#39;elle compare \u00e0 celle d&#39;une esclave entre les mains de sa patronne, une restauratrice, \u00e0 qui elle a \u00e9t\u00e9 &#8220;vendue&#8221;, alors qu&#39;elle avait juste neuf ans.<\/p>\n<p> &#8220;Elle est venue me chercher dans notre village en 2002&#8221;, dit-elle \u00e0 IPS dans un fran\u00e7ais approximatif. &#8220;Mes parents avaient dit qu&#39;ils n&#39;avaient pas les moyens n\u00e9cessaires pour s&#39;occuper de moi, mais que ma nouvelle m\u00e8re (son employeur) me garderait bien \u00e0 Yaound\u00e9&#8221;, indique-t-elle.<\/p>\n<p>  &#8220;Aujourd&#39;hui, je fais tous les travaux dans ce maquis (restaurant) et je ne suis pas pay\u00e9e. Je mange un peu bien lorsque la patronne n&#39;est pas l\u00e0, ou quand un client me d\u00e9panne. Les m\u00e9dicaments pour me soigner quand je suis malade, elle les ach\u00e8te sur le gazon (dans la rue)&#8221;, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p>  Angwa, fille de m\u00e9nage, a \u00e9t\u00e9 &#8220;achet\u00e9e&#8221; \u00e0 Bamenda, une vile anglophone \u00e0 400 kilom\u00e8tres \u00e0 l&#39;ouest de Yaound\u00e9, chez ses parents. Et comme de nombreux enfants, elle a \u00e9t\u00e9 victime de la traite des enfants qui s\u00e9vit encore au Cameroun, bien qu&#39;elle soit interdite par une loi de d\u00e9cembre 2005. Elle dit IPS qu&#39;elle ne peut pas dire \u00e0 combien elle a \u00e9t\u00e9 vendue, ce que sa patronne n&#39;a pas voulu r\u00e9v\u00e9ler non plus.  Mais certains employeurs des enfants rencontr\u00e9s par IPS se d\u00e9fendent d&#39;exploiter les enfants acquis dans le trafic. &#8220;J&#39;avais besoin d&#39;une fille de m\u00e9nage&#8221;, d\u00e9clare \u00e0 IPS, Emilienne Efon, la patronne du maquis. &#8220;C&#39;est ainsi que sur les conseils d&#39;une amie, je me suis rendue \u00e0 Santa (pr\u00e8s de Bamenda), chercher ma serveuse (Angwa)&#8221;.<\/p>\n<p> &#8220;Elle \u00e9tait mineure \u00e0 son arriv\u00e9e, mais voyez-vous, elle est d\u00e9j\u00e0 une femme maintenant. Elle fait tout ce que je lui demande et ne me cr\u00e9e aucun probl\u00e8me. Est-ce qu&#39;on peut dire qu&#39;Angwa est fille captive?&#8221;, demande Efon \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Pour autant, la loi n&#39;autorise pas le travail des enfants \u00e2g\u00e9s de moins de 18 ans. Et elle punit de 10 \u00e0 20 ans de prison et d&#39;une amende d&#39;environ 95 \u00e0 1.900 dollars, toute personne se livrant au trafic ou \u00e0 la traite des enfants.  Mais depuis la promulgation de cette loi en janvier 2006, aucune peine n&#39;a encore \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e \u00e0 l&#39;encontre d&#39;un parent, ou d&#39;une personne coupable de traite ou d&#39;exploitation d&#39;enfant.<\/p>\n<p> &#8220;Les enfants sont victimes de l&#39;esclavage, avec la b\u00e9n\u00e9diction de leurs g\u00e9niteurs qui livrent leurs prog\u00e9nitures aux exploitants v\u00e9reux venus des grandes villes et autres aventuriers&#8221;, a indiqu\u00e9, dans un entretien t\u00e9l\u00e9phonique avec IPS, Joseph Chongsi Ayeah, pr\u00e9sident du &#39;Centre for Human Rights and Peace Advocacy&#39;, une organisation non gouvernementale (ONG) bas\u00e9e \u00e0 Bamenda.<\/p>\n<p>  Bamenda est une r\u00e9gion tr\u00e8s touch\u00e9e par la traite des enfants dans ce pays d&#39;Afrique centrale. &#8220;Quatre-vingt-dix pour cent des habitants de la ville de Bamenda sont victimes ou pratiquent le trafic des enfants&#8221;, affirme Chongsi dont l&#39;ONG vient de publier, en juin, une \u00e9tude sur la situation du travail et du trafic des enfants au Cameroun.<\/p>\n<p>  Selon l&#39;\u00e9tude, la plupart des enfants sont utilis\u00e9s dans des plantations de caf\u00e9, cacao et d&#39;h\u00e9v\u00e9a dans le sud du pays, tandis que d&#39;autres servent comme vendeurs ambulants ou domestiques. Les filles sont toutes serveuses dans les maquis, ou comme filles de m\u00e9nage, ou prostitu\u00e9es par leurs patronnes.<\/p>\n<p> Le Bureau international du travail \u00e0 Yaound\u00e9 estime qu&#39;environ 600.000 enfants \u00e9taient victimes de trafic au Cameroun en 2005. Pour Horizon jeunesse, une ONG bas\u00e9e dans la capitale, &#8220;le nombre d&#39;enfants en situation de travail ou de trafic proche de l&#39;esclavage&#8221; dans le pays est de trois millions.   Le Cameroun compte pr\u00e8s de 17 millions d&#39;habitants, dont environ 56 pour cent a moins de 20 ans, selon des estimations officielles.   Par ailleurs, une enqu\u00eate conjointe de l&#39;Institut national de la statistique et du Fonds des Nations Unies pour l&#39;enfance, publi\u00e9e en 2005, indiquait que cinq pour cent des enfants \u00e2g\u00e9s de quatre \u00e0 14 ans ont effectu\u00e9 un travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 au Cameroun, et que 24 pour cent participent \u00e0 un travail non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 pour une personne autre qu&#39;un membre de sa famille.<\/p>\n<p>  Les enfants sont exploit\u00e9s sous des formes diverses au Cameroun, selon des ONG. Les fillettes sont m\u00e9nag\u00e8res ou serveuses dans certains restaurants qui n&#39;ouvrent que le soir. Souvent exploit\u00e9es sexuellement, elles finissent comme prostitu\u00e9es dans la rue ou dans un r\u00e9seau de prox\u00e9n\u00e8tes. Les gar\u00e7ons travaillent dans des plantations industrielles ou sont export\u00e9s vers des pays voisins.<\/p>\n<p> &#8220;Jadis pays de transit des trafiquants d&#39;enfants, le Cameroun est devenu, depuis quelques ann\u00e9es, un pourvoyeur d&#39;enfants esclaves et de prostitu\u00e9es vers les pays limitrophes&#8221;, d\u00e9clare \u00e0 IPS, L\u00e9on Noah Manga, pr\u00e9sident du Comit\u00e9 consultatif d&#39;un projet de lutte contre la traite et l&#39;exploitation des enfants en Afrique de l&#39;ouest et du centre. Ce projet est bas\u00e9 \u00e0 Yaound\u00e9.<\/p>\n<p>  &#8220;Environ 200 enfants d&#39;origine camerounaise et une soixantaine d&#39;autres d&#39;origine b\u00e9ninoise et nig\u00e9riane, victimes de r\u00e9seaux des trafiquants et destin\u00e9s \u00e0 des employeurs du Gabon et de la Guin\u00e9e Equatoriale, ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s aux fronti\u00e8res du Cameroun et remis \u00e0 leurs familles&#8221;, en juin, souligne Manga, indiquant que les auteurs n&#39;avaient pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s.<\/p>\n<p> Les ONG d\u00e9noncent l&#39;ignorance et l&#39;irresponsabilit\u00e9 de certains parents par rapport \u00e0 l&#39;avenir de leur prog\u00e9niture, mais aussi et surtout la grande pauvret\u00e9 au Cameroun. Pr\u00e8s de 50 pour cent de la population du pays vit en dessous du seuil de pauvret\u00e9 avec moins d&#39;un dollar par jour, selon l&#39;Indicateur humain de d\u00e9veloppement humain du Programme des Nations Unies pour le d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p> &quot;En effet, la traite que subit nos enfants aujourd&#39;hui est une triste r\u00e9alit\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9e par les effets conjugu\u00e9s de la crise \u00e9conomique, l&#39;affaiblissement des liens familiaux et la d\u00e9tresse&quot;, indique \u00e0 IPS, Nicolas Mukama, pr\u00e9sident de Horizon jeunesse.  Cette situation &#8220;jette les m\u00f4mes en p\u00e2ture chez les trafiquants sans scrupules et les &#39;mamas&#39; (patronnes de maquis) chez qui ils sont expos\u00e9s \u00e0 de pires formes d&#39;exploitation telles que la prostitution et le trafic de drogue&#8221;. Mukama ajoute que la drogue &#8220;touche pr\u00e8s de 60 pour cent des enfants de moins de 15 ans&#8221;.  &#8220;La loi pour traquer les exploitants des enfants existe&#8221;, reconna\u00eet Ghislaine Eballe, assistant principal en service au minist\u00e8re des Affaires sociales. Mais, &quot;en l&#39;absence de toute d\u00e9nonciation, nous ne pouvons rien faire de concret dans la lutte contre l&#39;esclavage des enfants&quot;, dit-elle \u00e0 IPS.  Eballe affirme que la plupart des gens disent que chaque parent peut faire de sa prog\u00e9niture ce qu&#39;il veut. &quot;N\u00e9anmoins, nous invitons les parents et tous ceux qui aiment les enfants &#8212; qui repr\u00e9sentent l&#39;avenir de ce pays &#8212; \u00e0 d\u00e9noncer ces pratiques r\u00e9trogrades qui sont du reste r\u00e9pr\u00e9hensibles&quot;.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 14 juil (IPS) &#8211; Chaque jour, Helen Angwa, 13 ans, est r\u00e9veill\u00e9e vers cinq heures du matin, et engage sans r\u00e9pit, une journ\u00e9e de travaux m\u00e9nagers qui ne s&#39;ach\u00e8ve g\u00e9n\u00e9ralement qu&#39;aux alentours de minuit dans une maison de Yaound\u00e9,&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/07\/14\/droits-cameroun-des-enfants-continuent-detre-victimes-de-lesclavage\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":253,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,11,10,1],"tags":[],"class_list":["post-3032","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-developpement","category-droits-humains","category-headlines"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3032","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/253"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3032"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3032\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3032"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3032"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3032"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}