{"id":2883,"date":"2006-03-10T13:40:01","date_gmt":"2006-03-10T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/03\/10\/droits-cote-divoire-les-enfants-esclaves-la-nouvelle-main-duvre-dans\/"},"modified":"2006-03-10T13:40:01","modified_gmt":"2006-03-10T13:40:01","slug":"droits-cote-divoire-les-enfants-esclaves-la-nouvelle-main-duvre-dans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/03\/10\/droits-cote-divoire-les-enfants-esclaves-la-nouvelle-main-duvre-dans\/","title":{"rendered":"DROITS-COTE D&#39;IVOIRE: Les enfants-esclaves, la nouvelle main-d&#39;uvre dans"},"content":{"rendered":"<p>KORHOGO, nord de C\u00f4te d&#39;Ivoire, 10 mars (IPS) &#8211; Pench\u00e9s sur des plants dess\u00e9ch\u00e9s, une dizaine d&#39;ouvriers cueillent des flocons blancs sous un soleil brillant dans un champ de coton de Benguebougou, \u00e0 l&#39;ouest de Korhogo, dans le nord de la C\u00f4te d&#39;Ivoire.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Parmi eux, trois gamins de 12 \u00e0 13 ans en sueur tra\u00eenent des sacs trop lourds pour eux : ce sont des enfants esclaves.<\/p>\n<p>  Malgr\u00e9 la menace, en f\u00e9vrier 2005, de la communaut\u00e9 internationale d&#39;interdire le cacao ivoirien sur le march\u00e9 mondial si le fl\u00e9au du trafic d&#39;enfants n&#39;\u00e9tait pas \u00e9radiqu\u00e9 dans un d\u00e9lai de trois ans, le ph\u00e9nom\u00e8ne continue. Pis, il semble s&#39;\u00eatre d\u00e9port\u00e9 dans les champs de coton et autres plantations de riz du nord du pays, sous contr\u00f4le des ex-rebelles, o\u00f9 l&#39;exploitation des enfants \u00e9chappe \u00e0 toute surveillance des organisations qui luttent contre le trafic et le travail des enfants mineurs.<\/p>\n<p> A 16 ans, Malick Diabat\u00e9, marchand\u00e9 par son oncle adoptif pour 40 dollars, travaille d\u00e9sormais pour Navigu\u00e9 Diarrassouba, un cotonculteur \u00e0 Fougnagoro, dans le nord. &#8220;Je l&#39;ai eu avec les coxers. J&#39;ai pay\u00e9 le transport qui est d&#39;environ 30 dollars et 40 dollars pour des frais de commission. Ensuite, je paie le jeune travailleur \u00e0 240 dollars \u00e0 la fin de chaque r\u00e9colte&#8221;, raconte Diarrassouba \u00e0 IPS. Les &quot;coxers&quot; sont des passeurs qui sillonnent les villages pour recruter des adolescents en leur promettant un travail facile.<\/p>\n<p>  &#8220;Si \u00e0 la fin de la r\u00e9colte il veut rester, il continue \u00e0 travailler avec moi; s&#39;il ne veut plus rester, il retourne librement dans son pays avec sa paie. Mais au cours de l&#39;ann\u00e9e, je m&#39;occupe de lui (sant\u00e9, nourriture, petits besoins). Certains se sont install\u00e9s ici avec nous&#8230;et sont devenus des propri\u00e9taires de champs comme nous&#8221;, affirme-t-il.<\/p>\n<p>  Pour Diabat\u00e9, comme pour cinq autres de ses camarades &#8220;achet\u00e9s&#8221; par Diarrassouba, le travail quotidien consiste \u00e0 surveiller des b&#339;ufs et des outils agricoles devant servir \u00e0 labourer la terre. Mais, ils doivent \u00e9galement d\u00e9broussailler des portions de terre pour la culture vivri\u00e8re dans des conditions tr\u00e8s difficiles.<\/p>\n<p> &#8220;Nous \u00e9tions une vingtaine dans le campement, on dormait \u00e0 m\u00eame le sol dans des cases, on d\u00e9broussaillait les champs du matin jusqu&#39;\u00e0 la nuit \u00e0 la lumi\u00e8re de la lune. On nous avait promis un salaire, mais il fallait qu&#39;on rembourse les frais du transport&#8221;, raconte Diabat\u00e9, le visage p\u00e2li par le dur labeur.   &#8220;J&#39;ai travaill\u00e9 pendant deux ans sans un sou. Ceux qui refusaient de travailler \u00e9taient battus&#8230;Si tu tombes malade, le patron s&#39;occupe de toi d\u00e8s les premiers jours. Au cas o\u00f9 la maladie perdure, il t&#39;enferme dans la case et les autres vont au champ&#8221;, t\u00e9moigne-t-il \u00e0 IPS, ajoutant que cinq de ses camarades ont r\u00e9ussi \u00e0 s&#39;enfuir.<\/p>\n<p> Selon les r\u00e9sultats d&#39;une enqu\u00eate du Bureau international du travail (BIT), publi\u00e9s en octobre 2003, &#8220;plus de 5.000 enfants travaillent dans les plantations en C\u00f4te d&#39;Ivoire&#8221;. La plupart des enfants viennent du Mali et du Burkina Faso.   &#8220;Cette enqu\u00eate effectu\u00e9e sur un \u00e9chantillon de 1.500 producteurs r\u00e9partis dans 250 villages et localit\u00e9s et 39 sous-pr\u00e9fectures, constitue \u00e0 ce jour la seule \u00e9tude officielle qualitative et quantitative r\u00e9alis\u00e9e sur le travail des enfants en C\u00f4te d&#39;Ivoire&#8221;, avait affirm\u00e9, \u00e0 cette occasion, Hubert Oulaye, alors ministre ivoirien charg\u00e9 de l&#39;emploi.<\/p>\n<p>  Dans le nord de la C\u00f4te d&#39;Ivoire, aucun nouveau chiffre officiel n&#39;est encore disponible. Toutefois, le 18 f\u00e9vrier 2006, une vingtaine d&#39;enfants mineurs \u00e2g\u00e9s de neuf \u00e0 17 ans et leur guide ont \u00e9t\u00e9 intercept\u00e9s par la brigade frontali\u00e8re de la gendarmerie burkinab\u00e9 \u00e0 Dangouindougou, dans l&#39;ouest du Burkina Faso, non loin de la fronti\u00e8re ivoirienne.<\/p>\n<p> Par ailleurs, le commandant de la brigade frontali\u00e8re de la gendarmerie burkinab\u00e9, Fran\u00e7ois Konat\u00e9, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS &#8220;qu&#39;en 2004, quatre bandes de trafiquants ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9es, 41 trafiquants d&#39;enfants ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et 15 autres ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 des peines allant de trois mois \u00e0 cinq ans de prison ferme&#8221;.   Pour sa part, Seydou Demba de la police frontali\u00e8re malienne \u00e0 Z\u00e9goua (sud du Mali), a indiqu\u00e9 \u00e0 IPS que &quot;trois cars de transport routier ont \u00e9t\u00e9 intercept\u00e9s durant l&#39;ann\u00e9e 2005, dans lesquels des enfants constituaient la moiti\u00e9 des passagers&quot;. En outre, &quot;sur 59 passeurs, 23 ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et les autres ont pris la fuite dans la brousse&quot;.<\/p>\n<p>  Depuis le 19 septembre 2002, la C\u00f4te d&#39;Ivoire est coup\u00e9e en deux par une crise politico-militaire. Des soldats avaient pris les armes pour s&#39;insurger contre l&#39;exclusion pr\u00e9sum\u00e9e des populations du nord du pays. La partie Nord, sous contr\u00f4le de l&#39;ex-r\u00e9bellion, \u00e9chappe \u00e0 toute surveillance internationale du trafic des enfants.<\/p>\n<p>  Achet\u00e9s \u00e0 vil prix, certains enfants semblent parfois accepter leur situation, comme Daouda Dicko, 18 ans, originaire de Diori (nord du Burkina Faso) rencontr\u00e9 dans un autre champ de coton, dans la r\u00e9gion de Korhogo.<\/p>\n<p>&quot;Cela fait trois ans que je cherchais \u00e0 venir en C\u00f4te d&#39;Ivoire. Chez moi au pays, il n&#39;y a rien \u00e0 cultiver dans ma r\u00e9gion&quot;.  &quot;J&#39;ai sept fr\u00e8res et s&#339;urs que mes parents ne peuvent pas nourrir. Comme je suis l&#39;a\u00een\u00e9, ils m&#39;ont demand\u00e9 de venir ici. Si je retourne sans rien, ils vont me chasser. J&#39;ai maintenant un salaire. Tout ce que je cherche, c&#39;est de leur emmener de l&#39;argent&quot;, dit-il.<\/p>\n<p>  &#8220;C&#39;est cette cat\u00e9gorie d&#39;enfants salari\u00e9s qui pose probl\u00e8me. Ils sont recrut\u00e9s par des interm\u00e9diaires et envoy\u00e9s dans les plantations, et ils travaillent sans aucun lien avec les propri\u00e9taires terriens, expos\u00e9s\u00e0\u00e0 tous les dangers&#8221;, avait fustig\u00e9 Stephan Weise, un des enqu\u00eateurs du BIT.<\/p>\n<p>  A Karamokoti\u00e8dougou, dans la r\u00e9gion de S\u00e9gu\u00e9la (centre-ouest de C\u00f4te d&#39;Ivoire), l&#39;infirmier du dispensaire, Jules Kouam\u00e9, a affirm\u00e9 \u00e0 IPS avoir soign\u00e9 de petits enfants maliens d\u00e9shydrat\u00e9s et squelettiques \u00e0 qui, pour doper l&#39;ardeur au travail dans les champs de coton, leurs employeurs leur ont fait ingurgiter des comprim\u00e9s de stimulants v\u00e9t\u00e9rinaires normalement destin\u00e9s aux b&#339;ufs.   Face au ph\u00e9nom\u00e8ne et \u00e0 la menace de la communaut\u00e9 internationale, les autorit\u00e9s ivoiriennes essaient, tant bien que mal, de lutter pour son \u00e9radication. Selon la Direction de la surveillance du territoire ivoirien, 200 trafiquants d&#39;enfants ont \u00e9t\u00e9 intercept\u00e9s en 2004, et emprisonn\u00e9s \u00e0 ce jour.  Dans la m\u00eame p\u00e9riode, quelque 700 enfants burkinab\u00e9, maliens, togolais b\u00e9ninois, nig\u00e9riens, ivoiriens, victimes de trafic, ont \u00e9t\u00e9 accueillis dans les centres d&#39;accueil du Bureau international catholique pour l&#39;enfance de la Communaut\u00e9 Abel de Afrique secours et assistance.<\/p>\n<p> Le 24 f\u00e9vrier dernier, des experts ivoiriens ont valid\u00e9 une banque de donn\u00e9es sur le travail des enfants dans la cacaoculture. &quot;Cette base de donn\u00e9es va permettre de stocker et de traiter les donn\u00e9es sur le travail des enfants dans la cacaoculture et l&#39;agriculture commerciale, mais \u00e9galement le suivi individualis\u00e9 d&#39;une information&quot;, a indiqu\u00e9 \u00e0 IPS, D\u00e9sir\u00e9 Bollou Bi Djehiff\u00e9, directeur du travail en C\u00f4te d&#39;Ivoire. &quot;C&#39;est le couronnement du projet pilote de surveillance et de suivi du travail des enfants, initi\u00e9 depuis\u00e0 septembre 2005&quot;.   Ce projet financ\u00e9 par le BIT concerne 12 sous-pr\u00e9fectures et 24 villages de six d\u00e9partements sous-contr\u00f4le gouvernemental. &#8220;Au finish, ce projet vise \u00e0 extraire les enfants en situation de travail dangereux de la production du cacao en C\u00f4te d&#39;Ivoire&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 Nadine Ass\u00e9mian, coordinatrice nationale du projet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KORHOGO, nord de C\u00f4te d&#39;Ivoire, 10 mars (IPS) &#8211; Pench\u00e9s sur des plants dess\u00e9ch\u00e9s, une dizaine d&#39;ouvriers cueillent des flocons blancs sous un soleil brillant dans un champ de coton de Benguebougou, \u00e0 l&#39;ouest de Korhogo, dans le nord de&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/03\/10\/droits-cote-divoire-les-enfants-esclaves-la-nouvelle-main-duvre-dans\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":347,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,1,20],"tags":[],"class_list":["post-2883","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-headlines","category-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2883","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/347"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2883"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2883\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2883"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2883"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2883"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}