{"id":2870,"date":"2006-03-03T13:40:01","date_gmt":"2006-03-03T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/03\/03\/developpement-kenya-portrait-dun-bidonville\/"},"modified":"2006-03-03T13:40:01","modified_gmt":"2006-03-03T13:40:01","slug":"developpement-kenya-portrait-dun-bidonville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/03\/03\/developpement-kenya-portrait-dun-bidonville\/","title":{"rendered":"DEVELOPPEMENT-KENYA: Portrait d&#39;un bidonville"},"content":{"rendered":"<p>NAIROBI, 3 mars (IPS) &#8211; Assis devant sa cabane en t\u00f4le ondul\u00e9e \u00e0 Kibera, Paul Opiyo glousse d&#39;un air d\u00e9sabus\u00e9 et hausse les \u00e9paules. &quot;Je sais que la vie ici est pourrie, mais qu&#39;est-ce que je fais? Ce n&#39;est pas mieux que si je restais au village; au moins ici, je survis avec tout ce qui vient dans la journ\u00e9e&quot;, d\u00e9clare-t-il.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p> Situ\u00e9 dans la capitale k\u00e9nyane, Nairobi, Kibera serait le plus grand bidonville en Afrique de l&#39;est. Quelque 600.000 personnes y vivent &#8212; plus d&#39;un cinqui\u00e8me des 2,5 millions habitants de Nairobi.<\/p>\n<p> Le bidonville se trouve dans une vall\u00e9e en forme de croissant du c\u00f4t\u00e9 sud-ouest de la ville. Depuis le district aristocrate de Langata, on peut voir les cabanes en t\u00f4les et les huttes de terre bond\u00e9es qui s&#39;\u00e9tendent sur des kilom\u00e8tres, avec pratiquement aucune route ou espaces verts pour les s\u00e9parer.  Pour bon nombre \u00e0 Kibera, survivre signifie vendre \u00e0 la cri\u00e9e des articles bon march\u00e9 dans les zones r\u00e9sidentielles \u00e9loign\u00e9es des classes moyennes &#8212; ou vendre de l&#39;eau, puisqu&#39;il n&#39;y a aucune fourniture d&#39;eau courante dans l&#39;installation.<\/p>\n<p> Certains hommes comptent sur les petits travaux domestiques qu&#39;ils obtiennent dans le district industriel de Nairobi, situ\u00e9 \u00e0 environ cinq kilom\u00e8tres. Les frais de bus constituent un luxe, donc la plupart marchent pour aller au travail et en revenir &#8212; s&#39;ils sont assez chanceux pour en obtenir un.<\/p>\n<p> Opiyo, 45 ans, p\u00e8re de deux enfants, vit \u00e0 Kibera depuis qu&#39;il a quitt\u00e9 la maison de ses anc\u00eatres dans l&#39;ouest du Kenya pour chercher des perspectives meilleures.  Il dit \u00eatre mieux nanti que la plupart de ses voisins : il a un emploi en tant que t\u00f4lier dans un garage en plein air dans la zone industrielle, o\u00f9 les travailleurs sont pay\u00e9s selon le nombre de v\u00e9hicules qu&#39;ils fixent. En moyenne, Opiyo gagne 20 dollars par jour, mais il n&#39;y a aucune indemnit\u00e9 d&#39;aucune sorte, et lorsque les affaires ne vont pas bien, il est temporairement licenci\u00e9.<\/p>\n<p> Maintenant, il doit vivre avec une incertitude beaucoup plus grande. Opiyo a appris r\u00e9cemment que le terrain que le garage occupe n&#39;est pas la propri\u00e9t\u00e9 de son employeur &#8212; et que le conseil communal veut reprendre possession de la parcelle, qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 octroy\u00e9e \u00e0 un autre commer\u00e7ant.<\/p>\n<p> Les boissons de contrebande constituent la peste de Kibera. La voisine d&#39;Opiyo, une veuve ayant quatre enfants adolescents qui ont tous abandonn\u00e9 l&#39;\u00e9cole, gagne sa vie en vendant le chang&#39;aa. Cette bi\u00e8re hautement enivrante est ill\u00e9gale au Kenya, mais est, n\u00e9anmoins, tr\u00e8s consomm\u00e9e dans des zones \u00e0 faibles revenus.<\/p>\n<p> La prostitution est end\u00e9mique, et les clients fatigu\u00e9s des prostitu\u00e9es n&#39;utilisent pas souvent le condom &#8212; faisant courir aux prostitu\u00e9es et \u00e0 eux-m\u00eames le risque de contracter le VIH.<\/p>\n<p> Par ailleurs, la violence n&#39;est jamais tr\u00e8s loin dans Kibera &#8212; la plus grande partie motiv\u00e9e par la question ethnique, m\u00eame si les habitants reconnaissent de fa\u00e7on tacite que le conflit est souvent attis\u00e9 par des politiciens locaux jouant sur des intrigues. Luos (comme Opiyo) Luhyas, Kambas et d&#39;autres co-existent difficilement. En outre, les tensions constantes entre locataires et propri\u00e9taires tournent souvent mal.  Malgr\u00e9 le d\u00e9cret d\u00e9cisif de 2003 qui stipulait que l&#39;\u00e9ducation primaire serait gratuite \u00e0 travers tout le Kenya, nombres des enfants de Kibera vont rarement \u00e0 l&#39;\u00e9cole de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re, et les autorit\u00e9s se plaignent du fait que le taux d&#39;abandon \u00e0 l&#39;\u00e9cole primaire soit d&#39;environ 70 pour cent.<\/p>\n<p> Tr\u00e8s peu d&#39;\u00e9l\u00e8ves ont envie de continuer jusqu&#39;au cours secondaire : les drogues, l&#39;absent\u00e9isme et une vie de famille d\u00e9cousue dans le bidonville sont tous des obstacles aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures, puisqu&#39;elles co\u00fbtent. Opiyo ne se fait pas d&#39;illusions sur la possibilit\u00e9 que ses enfants atteignent le coll\u00e8ge en l&#39;absence d&#39;aide financi\u00e8re d&#39;un bienfaiteur, ou que les notes des enfants soient assez \u00e9lev\u00e9es pour leur permettre d&#39;obtenir des bourses gouvernementales.<\/p>\n<p> A l&#39;heure actuelle, la fille d&#39;Opiyo Atieno, 10 ans, et son fils Benson, huit ans, vont \u00e0 &#39;l&#39;Olympic Primary School&#39; (l&#39;Ecole primaire Olympic) : une \u00e9cole publique, qui chose \u00e9tonnante, enregistre de bons r\u00e9sultats pour sa localisation. Mais, les niveaux \u00e9lev\u00e9s exig\u00e9s par l&#39;institution ne sont pas n\u00e9cessairement \u00e0 l&#39;avantage des habitants de Kibera : ils se voient maintenant exclus de l&#39;Olympic puisque des enfants d&#39;autres quartiers sont en train d&#39;\u00eatre inscrits par des parents \u00e0 la recherche d&#39;une bonne \u00e9ducation pour leur prog\u00e9niture.  La famille d&#39;Opiyo est une exception pour avoir choisi de rester ensemble dans le bidonville.<\/p>\n<p> &quot;La vie ici peut \u00eatre trop dure pour les familles vivant ensemble. La plupart des hommes que je connais pr\u00e9f\u00e8rent laisser leurs familles dans leurs villages, et ne leur rendent visite que lorsque cela les arrange.<\/p>\n<p>Mais ma situation est un peu diff\u00e9rente parce que j&#39;ai rencontr\u00e9 ma femme \u00e0 Nairobi&quot;, affirme Opiyo, dont l&#39;\u00e9pouse, Rispah, vend des l\u00e9gumes dans un kiosque au bord de la voie, les soirs, pour aider sa famille \u00e0 s&#39;en sortir..<\/p>\n<p>Atieno aide sa m\u00e8re au kiosque lorsque les cours prennent fin les soirs.<\/p>\n<p> Une demeure typique de Kibera n&#39;a pas plus que de quatre m\u00e8tres sur trois, mais celle d&#39;Opiyo est un peu plus grande. Deux lits en bois et en paille, quelques instruments et une petite table constituent les meubles, alors qu&#39;il y a un petit r\u00e9chaud dans un coin, quelques marmites et des ustensiles entass\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p> Le syst\u00e8me d&#39;\u00e9gout est inexistant dans le bidonville, et les eaux us\u00e9es non trait\u00e9es suintent le long des all\u00e9es sombres labyrinthiques parce qu&#39;il n&#39;y a aucun syst\u00e8me d&#39;enl\u00e8vement et il y a une p\u00e9nurie de latrines. Les quelques-unes qui ont \u00e9t\u00e9 construites sont une affreuse pagaille, quelque chose qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9nomm\u00e9 &quot;toilettes volantes&quot;.<\/p>\n<p> Les habitants d\u00e9f\u00e8quent dans leurs huttes, et emballent les mati\u00e8res f\u00e9cales dans de petits sachets en plastique qu&#39;ils jettent ensuite aussi loin qu&#39;ils le peuvent : hors de vue, hors de l&#39;esprit. Toutefois, pour ceux qui empruntent, sans le savoir, les sentiers des toilettes volantes, l&#39;exp\u00e9rience est bien trop m\u00e9morable : plusieurs habitants et visiteurs se sont retrouv\u00e9s \u00e9clabouss\u00e9s de ce chargement d\u00e9go\u00fbtant alors qu&#39;ils se rendaient dans le bidonville.<\/p>\n<p> Ajouter cela au fait qu&#39;il n&#39;y aucun enl\u00e8vement d&#39;ordures \u00e0 Kibera, et l&#39;on comprend ais\u00e9ment pourquoi la premi\u00e8re chose qu&#39;une personne remarque lorsqu&#39;elle entre dans le bidonville est une puanteur repoussante.  Des groupes oecum\u00e9niques, des organisations non gouvernementales et des agences humanitaires comme le Fonds des Nations Unies pour l&#39;enfance g\u00e8rent une pl\u00e9thore de projets destin\u00e9s \u00e0 r\u00e9duire la mis\u00e8re et le d\u00e9sespoir de Kibera. Certains donnent des conseils pour lutter contre le VIH et distribuent des m\u00e9dicaments anti-r\u00e9troviraux; d&#39;autres se focalisent sur la sant\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral et l&#39;hygi\u00e8ne.<\/p>\n<p>  Le gouvernement et le bureau de l&#39;ONU \u00e0 Nairobi collaborent \u00e9galement sur un programme d&#39;hygi\u00e8ne publique pour am\u00e9liorer la fourniture d&#39;eau et construire des toilettes.<\/p>\n<p> Mais les habitants voient ces initiatives avec un certain cynisme : plusieurs sont curieux de savoir pourquoi un aussi grand nombre de projets n&#39;a pas pu am\u00e9liorer de fa\u00e7on significative leur vie.<\/p>\n<p> Plus t\u00f4t ce mois, un projet de construction de 600 modules de logements \u00e0 Kibera aurait d\u00e9marr\u00e9.<\/p>\n<p> Mais, Opiyo et d&#39;autres ne sont pas s\u00fbrs de vouloir d&#39;une telle initiative : ils ont vu des huttes d\u00e9molies dans d&#39;autres bidonvilles de Nairobi, seulement pour \u00eatre remplac\u00e9es par des modules nouvellement construits qui sont au-del\u00e0 des moyens des r\u00e9sidents.<\/p>\n<p> En 2000, des dirigeants de la plan\u00e8te ont formul\u00e9 huit Objectifs du mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement en vue d&#39;am\u00e9liorer les conditions de vie des pays pauvres. L&#39;un des objectifs met l&#39;accent sur la r\u00e9alisation d&#39;un environnement durable, y compris l&#39;am\u00e9lioration de la vie des 100 millions d&#39;habitants des bidonvilles &#8211; et beaucoup plus, on l&#39;esp\u00e8re &#8211; d&#39;ici \u00e0 2020.<\/p>\n<p> Si on veut s&#39;attaquer \u00e0 ces objectifs au Kenya, Kibera serait un bon endroit o\u00f9 commencer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NAIROBI, 3 mars (IPS) &#8211; Assis devant sa cabane en t\u00f4le ondul\u00e9e \u00e0 Kibera, Paul Opiyo glousse d&#39;un air d\u00e9sabus\u00e9 et hausse les \u00e9paules. &quot;Je sais que la vie ici est pourrie, mais qu&#39;est-ce que je fais? 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