{"id":2868,"date":"2006-03-01T13:40:01","date_gmt":"2006-03-01T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/03\/01\/sante-angola-la-dangereuse-profession-de-mere\/"},"modified":"2006-03-01T13:40:01","modified_gmt":"2006-03-01T13:40:01","slug":"sante-angola-la-dangereuse-profession-de-mere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2006\/03\/01\/sante-angola-la-dangereuse-profession-de-mere\/","title":{"rendered":"SANTE-ANGOLA: La dangereuse profession de m\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>LUANDA, 1 mars (IPS) &#8211; En entrant dans la principale maternit\u00e9 de la capitale angolaise, la premi\u00e8re chose qui frappe tout visiteur est la puanteur : une combinaison naus\u00e9abonde de sang et d&#39;excr\u00e9ment.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Au bout de quelque temps, les douleurs \u00e0 l&#39;estomac se calment et les yeux s&#39;adaptent \u00e0 l&#39;\u00e9clairage insuffisant de la Maternidade Lucrecia Paim. Ensuite, la vraie mis\u00e8re vous assaille \u00e0 travers les murs gris\u00e2tres et les fen\u00eatres bris\u00e9es.  Une femme en \u00e9tat de grossesse avanc\u00e9e, portant un T-shirt de chez Tatty trou\u00e9 \u00e0 plusieurs endroits, souffre apparemment beaucoup. Incapable de trouver le soulagement, elle va et vient dans le couloir, nouant et d\u00e9nouant son pagne sale. Elle n&#39;avait aucun sous-v\u00eatement sur elle et lorsqu&#39;elle s&#39;est appuy\u00e9e, fatigu\u00e9e et g\u00e9missant, contre le mur, le sang coulait le long de ses jambes vers le sol.  Personne ne lui a offert de l&#39;aide ni adress\u00e9 un mot gentil. Personne n&#39;a essuy\u00e9 le sang. La sc\u00e8ne est une illustration de combien la maternit\u00e9 peut \u00eatre p\u00e9rilleuse dans cette nation d&#39;Afrique australe &#8211; et les difficult\u00e9s que l&#39;Angola aura \u00e0 r\u00e9aliser le cinqui\u00e8me Objectif du mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement (OMD) qu&#39;est la r\u00e9duction de la mortalit\u00e9 maternelle, de trois quarts, d&#39;ici \u00e0 2015.  Le Fonds des Nations Unies pour l&#39;enfance estime que pour 1.000 naissances vivantes en Angola, 17 femmes meurent des suites d&#39;un accouchement. Une femme angolaise sur sept court le risque de d\u00e9c\u00e9der lors de l&#39;accouchement, ce qui est sup\u00e9rieur au taux de 1 sur 16 de l&#39;Afrique subsaharienne &#8212; et beaucoup, beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 que le 1 pour 2.000 et le 1 pour 3.000 de l&#39;Europe et des Etats-Unis.  Pour une large part, ces chiffres sont les r\u00e9sultats de la guerre civile angolaise de 27 ans, entre le gouvernement et l&#39;Union pour l&#39;ind\u00e9pendance totale de l&#39;Angola (Uni\u00e3o Nacional para a Independ\u00eancia Total de Angola &#8212; UNITA).<\/p>\n<p> M\u00eame si le pays est maintenant dans sa quatri\u00e8me ann\u00e9e de paix, il y a toujours un manque g\u00e9n\u00e9ral d&#39;infrastructures sanitaires de base. Les routes sont impraticables en raison des nids-de-poule et les mines terrestres font que les rares services qui existent sont inaccessibles \u00e0 un grand nombre dans les zones recul\u00e9es.  Les femmes enceintes n&#39;ont souvent pas acc\u00e8s aux soins pr\u00e9natals qui incluent les conseils sur le SIDA, la nutrition, l&#39;hygi\u00e8ne et la pr\u00e9vention du paludisme &#8212; une maladie qui conduit \u00e0 l&#39;an\u00e9mie chez les femmes enceintes, et est le principal responsable aussi bien de la mortalit\u00e9 maternelle qu&#39;infantile.  Elles continuent \u00e9galement avec les pratiques \u00e9tablies, mais parfois dangereuses consistant \u00e0 continuer leur commerce au march\u00e9 ou \u00e0 travailler dans les champs jusqu&#39;\u00e0 l&#39;accouchement. Lorsque les femmes enceintes sentent que quelque chose cloche, elles se d\u00e9p\u00eachent pour se rendre dans un centre de sant\u00e9 &#8212; et arrivent souvent trop tard.  &quot;Il y a un manque d&#39;infrastructures, mais les femmes \u00e9galement se pr\u00e9sentent \u00e0 l&#39;h\u00f4pital \u00e0 un stade vraiment avanc\u00e9&quot;, affirme Maryse Ducloux, coordonnatrice m\u00e9dicale adjointe aupr\u00e8s de la branche belge de M\u00e9decins sans fronti\u00e8re, un groupe d&#39;aide international.  Par ailleurs, plusieurs naissance ont lieu en l&#39;absence de personnel m\u00e9dical, ce qui signifie que des complications qui auraient pu ne pas \u00eatre fatales conduisent souvent \u00e0 la mort.  &quot;Ils ont une grande foi en la m\u00e9decine traditionnelle et l&#39;habitude d&#39;accoucher \u00e0 domicile, toute seule ou avec des membres de la famille &#8212; m\u00e8res, s\u0153urs, cousines &#8212; pour aider. Ces croyances sont difficiles \u00e0 combattre&quot;, note Ducloux.  &quot;Lorsque les femmes arrivent finalement \u00e0 l&#39;h\u00f4pital, la dure r\u00e9alit\u00e9 est qu&#39;il n&#39;y a souvent rien que nous puissions faire pour elles. Elles viennent juste pour mourir&quot;.  Ensuite, il y a la question sensible de l&#39;avortement, ill\u00e9gal en Angola, except\u00e9 les cas o\u00f9 il est n\u00e9cessaire pour sauver la vie d&#39;une femme.  &quot;Il n&#39;y aucune structure pour l&#39;avortement, mais cela n&#39;emp\u00eache pas certaines femmes d&#39;essayer \u00e0 la maison en utilisant la m\u00e9decine traditionnelle. Elles arrivent souvent dans nos h\u00f4pitaux dans un \u00e9tat terrible&quot;, poursuit Ducloux.  Des taux \u00e9lev\u00e9s de fertilit\u00e9 et une activit\u00e9 sexuelle pr\u00e9coce font accro\u00eetre la menace de complications, d&#39;infection et de d\u00e9c\u00e8s durant l&#39;accouchement.  Le gouvernement pr\u00e9tend \u00eatre pr\u00e9occup\u00e9 par la sant\u00e9 des m\u00e8res et veut r\u00e9duire le nombre de d\u00e9c\u00e8s en couches, d&#39;un tiers, d&#39;ici \u00e0 2008 &#8212; quelque chose qui marquerait \u00e9galement un \u00e9norme progr\u00e8s par rapport au cinqui\u00e8me OMD. (En tout, huit OMD ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9s par des dirigeants de la plan\u00e8te au Sommet du mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement \u00e0 New York il y a six ans &#8212; ceci pour s&#39;attaquer \u00e0 plusieurs des obstacles au d\u00e9veloppement, comme la mortalit\u00e9 infantile et maternelle, la d\u00e9gradation de l&#39;environnement et les r\u00e8gles in\u00e9quitables du commerce mondial).  Mais l&#39;Angola est confront\u00e9 \u00e0 une liste interminable de besoins tous pressants, mais la sant\u00e9 des jeunes m\u00e8res \u00e9tant per\u00e7ue comme un secteur g\u00e9n\u00e9rant peu de revenus au sein des donateurs contrairement \u00e0 la lutte contre la mortalit\u00e9 infantile, il est \u00e0 craindre que peu soit fait pour prendre en charge les besoins des femmes enceintes.  Un tel d\u00e9veloppement serait particuli\u00e8rement mauvais dans un pays o\u00f9 plusieurs femmes n&#39;ont pas acc\u00e8s \u00e0 l&#39;\u00e9ducation, et ont peu de perspectives d&#39;avenir \u00e0 part la maternit\u00e9.  Les femmes angolaises font sept enfants en moyenne. Elles commencent par avoir des b\u00e9b\u00e9s \u00e0 un \u00e2ge pr\u00e9coce, avec quelque 70 pour cent donnant naissance \u00e0 leur premier enfant lorsqu&#39;elles sont encore adolescentes.  L&#39;information sur la planification familiale est rare, et alors que des m\u00e9decins exer\u00e7ant dans le domaine disent que les femmes d\u00e9sirent essayer la contraception et l&#39;espacement des naissances, les maris et les partenaires de ces femmes voient cela souvent comme un affront \u00e0 leur virilit\u00e9.  A la Maternidade Lucrecia Paim, Teresa Miguel* est confront\u00e9e aux cons\u00e9quences du sous investissement dans la sant\u00e9 des m\u00e8res.  Sa famille vit \u00e0 Viana, un bidonville pauvre juste \u00e0 quelques kilom\u00e8tres du centre de Luanda ; mais sa fille cadette, enceinte de son deuxi\u00e8me enfant, \u00e0 21 ans seulement, est arriv\u00e9e \u00e0 l&#39;h\u00f4pital trop tard &#8212; et son b\u00e9b\u00e9 &#8211; une fille &#8211; est un mort-n\u00e9.  Des larmes ruisselaient sur ses joues. Miguel tenait sa t\u00eate entre ses mains et priait \u00e0 haute voix pour Lucia, qui \u00e9tait toujours au service des urgences, et faisait encore une h\u00e9morragie.  Les infirmi\u00e8res l&#39;ont envoy\u00e9e acheter des m\u00e9dicaments pour Lucia, mais boulevers\u00e9e qu&#39;elle \u00e9tait, elle ne savait vraiment pas quoi acheter ni o\u00f9 aller. Apr\u00e8s cinq minutes, elle \u00e9tait revenue au service des urgences, les mains vides, et en proie \u00e0 la panique.  Une jeune fille d&#39;environ 16 ans la regarde, avec anxi\u00e9t\u00e9, passant la main sur son gros ventre ballonn\u00e9.  &quot;Si vous n&#39;avez pas l&#39;argent pour acheter les m\u00e9dicaments et le mat\u00e9riel de toilettes, alors vous ne recevez pas de traitement&quot;, explique-t-elle, tenant jalousement un billet de 200 kwanza (environ 2,2 dollars) dans sa main.  Aussi triste que cela paraisse, elle, Lucia et m\u00eame la femme qui saigne et tra\u00eene dans le couloir de l&#39;h\u00f4pital peuvent se consid\u00e9rer comme chanceuses.<\/p>\n<p>Elles vivent au moins non loin de la capitale et ont quelque peu acc\u00e8s aux soins pr\u00e9natals et post-natals de base. La plupart des femmes du vaste arri\u00e8re-pays angolais doivent souvent se d\u00e9brouiller toutes seules.  * Pas de son vrai nom<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LUANDA, 1 mars (IPS) &#8211; En entrant dans la principale maternit\u00e9 de la capitale angolaise, la premi\u00e8re chose qui frappe tout visiteur est la puanteur : une combinaison naus\u00e9abonde de sang et d&#39;excr\u00e9ment.<\/p>\n","protected":false},"author":371,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,13,11,2,1,4,28,30],"tags":[],"class_list":["post-2868","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-culture-religion-sport","category-developpement","category-education","category-headlines","category-sante","category-southern-africa","category-special-culture-religion-et-genre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2868","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/371"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2868"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2868\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2868"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2868"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2868"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}