{"id":2739,"date":"2005-11-17T13:40:01","date_gmt":"2005-11-17T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/11\/17\/migrations-des-centaines-de-rapatries-burkinabe-retournent-en-cote-divoire\/"},"modified":"2005-11-17T13:40:01","modified_gmt":"2005-11-17T13:40:01","slug":"migrations-des-centaines-de-rapatries-burkinabe-retournent-en-cote-divoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/11\/17\/migrations-des-centaines-de-rapatries-burkinabe-retournent-en-cote-divoire\/","title":{"rendered":"MIGRATIONS: Des centaines de rapatri\u00e9s burkinab\u00e9 retournent en C\u00f4te d&#39;Ivoire"},"content":{"rendered":"<p>NIANGOLOKO, sud du Burkina Faso, 17 nov (IPS) &#8211; Chaque jour, hommes, femmes, enfants et vieillards traversent la fronti\u00e8re ivoiro-burkinab\u00e9 pour rejoindre la C\u00f4te d&#39;Ivoire o\u00f9 ils avaient pass\u00e9 une bonne partie de leur vie avant d&#39;\u00eatre rapatri\u00e9s, au Burkina Faso, leur pays d&#39;origine, depuis environ trois ans.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p> A bord de gros camions \u00e0 remorques, des Burkinab\u00e9 retournent en masse dans ce pays d&#39;Afrique de l&#39;ouest coup\u00e9 en deux et plong\u00e9 encore dans l&#39;instabilit\u00e9 par trois ans de guerre civile. Et le statu quo demeure jusqu&#39;ici, malgr\u00e9 plusieurs efforts de m\u00e9diation internationale entre les bellig\u00e9rants.  Une r\u00e9bellion a \u00e9clat\u00e9 en C\u00f4te d&#39;Ivoire apr\u00e8s l&#39;\u00e9chec d&#39;une tentative de coup d&#39;Etat, les soldats insurg\u00e9s ayant d\u00e9clar\u00e9 qu&#39;ils se rebellaient pour s&#39;opposer \u00e0 une menace d&#39;exclusion pr\u00e9sum\u00e9e des populations du nord, musulmanes en majorit\u00e9.<\/p>\n<p> Entass\u00e9s dans des camions, leurs biens serr\u00e9s dans des balluchons, les migrants burkinab\u00e9 &#8211; environ une centaine par jour &#8211; retournent pour reprendre le travail dans les immenses plantations ivoiriennes de caf\u00e9, cacao, d&#39;h\u00e9v\u00e9a, d&#39;ananas et de palmiers. Dans ces plantations, ils ont toujours constitu\u00e9 la principale main-d&#39;&#339;uvre agricole et habitaient dans des campements non loin des champs.  Pour ceux d&#39;entre eux qui vont \u00e0 Abidjan, la capitale \u00e9conomique ivoirienne, ils dorment dans des habitats pr\u00e9caires faits de cabanes construites en bois et de planches.  Amidou Zougrana, 50 ans environ, habill\u00e9 d&#39;un manteau us\u00e9 et poussi\u00e9reux, qui s&#39;appr\u00eatait \u00e0 franchir le premier poste de contr\u00f4le des rebelles du village ivoirien frontalier de Laleraba, dans le nord, s&#39;explique avec une voix en col\u00e8re : &quot;Je suis all\u00e9 tr\u00e8s jeune avec mon p\u00e8re en C\u00f4te d&#39;Ivoire, qui est propri\u00e9taire de plantations de cacao et de caf\u00e9 dans la brousse de Gagnoa&quot; (ouest du pays).  &quot;Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 tous deux man&#339;uvres pendant de nombreuses ann\u00e9es, nous sommes devenus planteurs et avons des champs de caf\u00e9 et de cacao. M\u00eame si nous avons tout perdu, je pr\u00e9f\u00e8re retourner l\u00e0 bas et reprendre la vie \u00e0 z\u00e9ro que de rester au pays (Burkina Faso) et recommencer une autre vie&quot;, a-t-il d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> A Niangoloko, la derni\u00e8re ville dans le sud du Burkina Faso, \u00e0 la fronti\u00e8re, Issoufou Ou\u00e9draogo, commer\u00e7ant ambulant portant un sac en bandouli\u00e8re, un sachet en plastique \u00e0 la main gauche et deux paires de chaussures de couleurs diff\u00e9rentes \u00e0 la main droite, \u00e9gr\u00e8ne \u00e0 IPS un chapelet de difficult\u00e9s depuis son retour au pays.<\/p>\n<p> &quot;Ici (au Burkina Faso), le prix de vente est tr\u00e8s faible. Je vends 20 paires de chaussures par mois \u00e0 raison de 8.000 francs CFA (environ 15 dollars) la paire et je suis pay\u00e9 parfois en deux mensualit\u00e9s pour la seule paire de chaussure. Ce qui donne un rendement tr\u00e8s faible pour un petit commer\u00e7ant. Ma seule client\u00e8le importante est constitu\u00e9e de fonctionnaires de l&#39;Etat&quot;, explique-t-il.  &quot;Tandis qu&#39;en C\u00f4te d&#39;Ivoire o\u00f9 le pouvoir d&#39;achat est raisonnable&quot;, dit-il, &quot;je vends 60 paires de chaussures en une semaine dans les villes ivoiriennes de Korhogo (nord) et Man (ouest). L\u00e0-bas, j&#39;ai des clients de toutes cat\u00e9gories sociales qui m&#39;ach\u00e8tent la m\u00eame paire de chaussures \u00e0 26.000 FCFA (environ 49 dollars) et cash&quot;.  Selon Issoufou Ou\u00e9draogo, le prix de vente et la rapidit\u00e9 du paiement lui permettaient de s&#39;approvisionner quatre fois dans le mois chez ses fournisseurs. &quot;Ici au pays, parfois, on peut faire deux jours successifs sans vendre, alors qu&#39;on a des obligations familiales \u00e0 assurer. C&#39;est dur de rester au pays&#8230;&quot; Pour sa part, Zacharie Ou\u00e9draogo, un rapatri\u00e9 de 40 ans environ, accompagn\u00e9 d&#39;une fillette de cinq ans, est suivi dans le rang par sa femme qui porte un autre enfant au dos. Ils s&#39;appr\u00eatent \u00e0 traverser le couloir de contr\u00f4le de la police frontali\u00e8re burkinab\u00e9 du village Yend\u00e9r\u00e9, dans le sud.  Approch\u00e9 par IPS, il dit \u00eatre originaire de la ville de Ouahigouya, dans le nord du Burkina, et qu&#39;il \u00e9tait install\u00e9 en C\u00f4te d&#39;Ivoire dans les ann\u00e9es 1990, \u00e0 Monokozo\u00ef (dans le centre-ouest du pays). Il affirme que c&#39;est une localit\u00e9 dont le march\u00e9 a \u00e9t\u00e9 bombard\u00e9 par les avions &quot;sukko\u00ef&quot; de l&#39;arm\u00e9e gouvernementale, au d\u00e9but des hostilit\u00e9s, tuant des femmes et des enfants.<\/p>\n<p> La communaut\u00e9 burkinab\u00e9 de cette ville avait \u00e9t\u00e9 la plus touch\u00e9e par ce bombardement. Zacharie Ou\u00e9draogo et sa famille faisaient partie des rescap\u00e9s qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9s par la Croix-Rouge suite \u00e0 cette bavure militaire, a-t-il dit.  Il explique \u00e0 IPS : &quot;A mon retour au pays, j&#39;\u00e9tais de ceux des rapatri\u00e9s install\u00e9s par les autorit\u00e9s du Burkina Faso pour faire de l&#39;agriculture aupr\u00e8s de nos fr\u00e8res du village. Mais le lopin de terre, qui nous \u00e9tait revenu apr\u00e8s un partage, n&#39;\u00e9tait pas du go\u00fbt de nos compatriotes du village&quot;.  &quot;Alors, il s&#39;en est suivi de querelles interminables entre nous les rapatri\u00e9s et nos fr\u00e8res qui se disent propri\u00e9taires terriens. Malgr\u00e9 l&#39;intervention des autorit\u00e9s administratives locales, le bon voisinage n&#39;a jamais \u00e9t\u00e9 au beau fixe&quot;, d\u00e9plore-t-il.  &quot;Alors, dans un tel climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, j&#39;ai trouv\u00e9 n\u00e9cessaire de rejoindre la ville ivoirienne Monokozo\u00ef o\u00f9 nous avions, ma femme et moi, des parcelles de terre gr\u00e2ce aux autochtones Gouro (une ethnie ivoirienne) qui nous permettaient de faire des vivriers et des mara\u00eechers sur une terre fertile par rapport \u00e0 chez moi, \u00e0 Ouahigouya o\u00f9 la terre est tr\u00e8s pauvre&quot;.<\/p>\n<p>    En zone de guerre, notamment dans le nord de la C\u00f4te d&#39;Ivoire, les migrants traversent sans probl\u00e8me les barri\u00e8res des rebelles, a constat\u00e9 IPS sur place. Qu&#39;ils aient une carte d&#39;identit\u00e9 ou non, ils passent en payant quelques cents US aux gardes-fronti\u00e8res rebelles pour pr\u00e9parer du th\u00e9, une r\u00e8gle \u00e0 laquelle tout le monde est soumis, y compris les Ivoiriens.<\/p>\n<p> Du c\u00f4t\u00e9 de la C\u00f4te d&#39;Ivoire officielle, les migrants Burkinab\u00e9 traversent \u00e9galement sans difficult\u00e9 les fronti\u00e8res de la partie gouvernementale.<\/p>\n<p>Selon des analystes, les propri\u00e9taires ivoiriens ont encore besoin de leur main-d&#39;&#339;uvre pour l&#39;entretien de leurs plantations qui ont pris un grand retard dans la production pendant ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es de crise.  En outre, les Ivoiriens pr\u00e9f\u00e8rent toujours laisser aux migrants burkinab\u00e9 les petits boulots salissants qu&#39;ils ne peuvent pas faire, eux-m\u00eames, notamment \u00e0 Abidjan.  Mais, si des migrants burkinab\u00e9 consid\u00e8rent toujours la C\u00f4te d&#39;Ivoire comme un eldorado, certains, en revanche, ont trouv\u00e9 bon-vivre sur leur terre natale et renoncent \u00e0 retourner vers leur ancienne terre d&#39;adoption. C&#39;est le cas de Tidiane Tiendrebeogo, pr\u00e9sident de l&#39;Association des rapatri\u00e9s de Lafiabougou, un quartier de Bobo-dioulasso, la deuxi\u00e8me ville du Burkina Faso, dans le sud-ouest.  &quot;Ici, nous nous sommes reconvertis dans l&#39;agriculture et le commerce, et par la gr\u00e2ce de Dieu, chacun y gagne son quotidien. Moi particuli\u00e8rement, je n&#39;ai plus envie de retourner en C\u00f4te d&#39;Ivoire parce que j&#39;ai \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la mort et j&#39;ai vu de mes yeux des compatriotes mourir pour rien&quot;, affirme-t-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Et \u00e0 Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, des \u00e9tudiants de l&#39;universit\u00e9, fils de rapatri\u00e9s rest\u00e9s au pays, se sont constitu\u00e9s en associations d&#39;entraide. Ces regroupements portent souvent des noms des r\u00e9gions ivoiriennes d&#39;o\u00f9 ils sont venus, sans doute pour garder un souvenir de leur ancien pays d&#39;accueil.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NIANGOLOKO, sud du Burkina Faso, 17 nov (IPS) &#8211; Chaque jour, hommes, femmes, enfants et vieillards traversent la fronti\u00e8re ivoiro-burkinab\u00e9 pour rejoindre la C\u00f4te d&#39;Ivoire o\u00f9 ils avaient pass\u00e9 une bonne partie de leur vie avant d&#39;\u00eatre rapatri\u00e9s, au Burkina&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/11\/17\/migrations-des-centaines-de-rapatries-burkinabe-retournent-en-cote-divoire\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":347,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,1,3,20],"tags":[],"class_list":["post-2739","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-headlines","category-population-refugies","category-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2739","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/347"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2739"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2739\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2739"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2739"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2739"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}