{"id":2701,"date":"2005-10-18T13:40:01","date_gmt":"2005-10-18T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/10\/18\/droits-rdc-neuf-ans-apres-les-massacres-des-fosses-communes-reecriventlhistoire-analyse\/"},"modified":"2005-10-18T13:40:01","modified_gmt":"2005-10-18T13:40:01","slug":"droits-rdc-neuf-ans-apres-les-massacres-des-fosses-communes-reecriventlhistoire-analyse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/10\/18\/droits-rdc-neuf-ans-apres-les-massacres-des-fosses-communes-reecriventlhistoire-analyse\/","title":{"rendered":"DROITS-RDC: Neuf ans apr\u00e8s les massacres, des fosses communes r\u00e9\u00e9criventl&#39;histoire &#8211; Analyse"},"content":{"rendered":"<p>KINSHASA, 18 oct (IPS) &#8211; Des restes humains appartenant \u00e0 quelque 300 personnes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9terr\u00e9s des fosses communes, fin septembre et d\u00e9but octobre \u00e0 Rutshuru, une localit\u00e9 d&#39;environ 100.000 habitants, \u00e0 75 kilom\u00e8tres de Goma, dans l&#39;est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC).\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p> Le hasard a voulu que ce pan de l&#39;histoire de la crise entre le Rwanda et le Congo, jusqu&#39;ici exploit\u00e9 comme de hauts faits d&#39;armes des rebelles tombeurs de la dictature du pr\u00e9sident Mobutu, ressorte au grand jour, neuf ann\u00e9es apr\u00e8s, et se r\u00e9v\u00e8le aujourd&#39;hui comme \u00e9tant \u00e9galement de flagrantes violations des droits de l&#39;Homme.  En effet, c&#39;est pendant que des militaires congolais, aid\u00e9s par des observateurs de la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC), s&#39;affairaient \u00e0 construire des latrines que la macabre d\u00e9couverte a \u00e9t\u00e9 faite. Selon des t\u00e9moins locaux, les fosses communes dateraient de la premi\u00e8re guerre de la RDC, en 1996.<\/p>\n<p> Les fosses remonteraient plus exactement aux massacres des 30 octobre et 18 novembre 1996, lorsque les troupes rwandaises, encadrant la r\u00e9bellion de l&#39;Alliance des forces d\u00e9mocratiques de lib\u00e9ration du Congo (AFDL de feu Laurent D\u00e9sir\u00e9 Kabila), attaqu\u00e8rent la RDC par les deux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l&#39;est du pays.  Pr\u00e9textant des pr\u00e9occupations s\u00e9curitaires \u00e0 la fronti\u00e8re entre le Rwanda et le Congo, les troupes rwandaises avaient bombard\u00e9 les camps des r\u00e9fugi\u00e9s hutu rwandais proches de la localit\u00e9 de Rutshuru, le 30 octobre 1996, obligeant les occupants \u00e0 se disperser dans tous les sens et \u00e0 se lancer dans une longue marche \u00e0 travers la for\u00eat congolaise o\u00f9 bon nombre ont p\u00e9ri des balles de leurs poursuivants et des intemp\u00e9ries de toutes sortes.  Rutshuru constitue peut-\u00eatre la premi\u00e8re d\u00e9couverte d&#39;une s\u00e9rie de fosses communes qui jalonnent l&#39;\u00e9pop\u00e9e de l&#39;AFDL \u00e0 travers la for\u00eat congolaise, depuis les environs de Goma jusqu&#39;\u00e0 Kinshasa, la capitale congolaise, en passant par Kisangani, Lubumbashi et Mbandaka, estiment certains analystes.<\/p>\n<p>Une r\u00e9ponse, peut-\u00eatre aussi, \u00e0 la question &#8212; rest\u00e9e longtemps pendante &#8212; sur le sort de quelque 200.000 r\u00e9fugi\u00e9s hutu rwandais disparus, \u00e0 jamais, au fur et \u00e0 mesure de l&#39;avanc\u00e9e des troupes rwandaises \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur du territoire congolais, entre octobre 1996 et mai 1997.  Chaque jour qui passe apporte son lot d&#39;horreurs macabres. Le 13 octobre, d&#39;autres fosses communes ont encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes. Elles ont \u00e9t\u00e9 localis\u00e9es dans les zones de Mugogo et Bunangana distantes d&#39;environ 20 km \u00e0 l&#39;est de Rutshuru.<\/p>\n<p> Silencieuse jusque-l\u00e0, la population de Rutshuru commence \u00e0 parler et \u00e0 guider les militaires vers d&#39;autres fosses communes. &quot;Nous avons gard\u00e9 le silence jusqu&#39;ici par peur pour notre s\u00e9curit\u00e9, les auteurs de ces atrocit\u00e9s \u00e9tant devenus les nouveaux ma\u00eetres du pays&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 Georges Bisimwa, un rescap\u00e9 des massacres de 1996.  En effet, les circonstances politiques ne pouvaient leur permettre de s&#39;exprimer publiquement au sujet de ces massacres qui rentrent dans le cadre des affrontements meurtriers intercommunautaires devenus cycliques entre les communaut\u00e9s hutu et tutsi \u00e0 travers toute la r\u00e9gion des Grands Lacs.  Dans le cas d&#39;esp\u00e8ce, les r\u00e9fugi\u00e9s rwandais, qui se trouvaient dans des camps \u00e0 Rutshuru et aux alentours, \u00e9taient suppos\u00e9s \u00eatre les m\u00eames que les extr\u00e9mistes hutu rwandais qui avaient endeuill\u00e9 le Rwanda, massacrant plus de 800.000 Tutsi et Hutu mod\u00e9r\u00e9s, dans le g\u00e9nocide, en avril 1994.  En cons\u00e9quence, d\u00e8s qu&#39;ils en ont eu l&#39;occasion, avec la victoire, au Rwanda, du Front patriotique rwandais (FPR), les Tutsi ont march\u00e9 sans piti\u00e9 sur les Hutu r\u00e9fugi\u00e9s au Congo, au point que la communaut\u00e9 internationale avait parl\u00e9, \u00e0 l&#39;\u00e9poque, d&#39;un second g\u00e9nocide : celui des Tutsi contre les Hutu, rappellent des observateurs.  La sc\u00e8ne que raconte Bisimwa tend effectivement \u00e0 d\u00e9montrer que les tueries \u00e9taient syst\u00e9matiques et programm\u00e9es du sommet. &quot;Le matin du 30 octobre 1996, les nouvelles autorit\u00e9s de la ville ont convoqu\u00e9 tous les habitants \u00e0 une grande r\u00e9union au stade de Rutshuru. Il y a eu au moins 2.000 personnes&quot; dit-il.  &quot;Vers 17 heures, toute cette population a \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9e en prison, r\u00e9partie par groupes ethniques. Les autres groupes ethniques \u00e9taient progressivement rel\u00e2ch\u00e9s. Seuls les Hutu \u00e9taient maintenus en prison. Puis, 280 hommes et 32 femmes ont ainsi \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s par machettes et par balles et ce sont eux qui ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s dans ces fosses communes&quot;, affirme-t-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Un ancien soldat tutsi de l&#39;AFDL, qui pr\u00e9f\u00e8re s&#39;appeler Bernard Aboki, pour raisons de s\u00e9curit\u00e9 personnelle, dit \u00e0 IPS que c&#39;\u00e9tait un pacte entre le pr\u00e9sident rwandais Paul Kagame et Laurent D\u00e9sir\u00e9 Kabila que le Rwanda attaquerait les camps des r\u00e9fugi\u00e9s pour disperser les g\u00e9nocidaires pr\u00e9sum\u00e9s contre son soutien \u00e0 la r\u00e9bellion.<\/p>\n<p> Un autre, L\u00e9on Sabimana, plus politique, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS que c&#39;\u00e9tait les effets de la guerre sans que les r\u00e9fugi\u00e9s hutu soient sp\u00e9cialement vis\u00e9s.<\/p>\n<p>&quot;De toute fa\u00e7on&quot;, a-t-il dit, &quot;les fosses communes se trouvent partout autour de la ville Goma. Certaines ont \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9es par les soldats fran\u00e7ais de l&#39;op\u00e9ration Turquoise pour enterrer des r\u00e9fugi\u00e9es hutu qui avaient succomb\u00e9 \u00e0 la diarrh\u00e9e et la dysenterie. Va-t-on encore accuser les militaires tutsi?&quot;, demande-t-il.  Les fosses communes dont parle Sabimana se trouvent effectivement autour de Goma, mais elles datent de 1994-1995, deux ans avant la guerre de l&#39;AFDL.<\/p>\n<p> Avec les fosses communes de Rutshuru, c&#39;est un peu la roue de l&#39;histoire qui rattrape les Congolais, rebelles de l&#39;AFDL qui, sous la banni\u00e8re des lib\u00e9rateurs, ont, en fait, donn\u00e9 libre cours \u00e0 la perp\u00e9tration, par les troupes rwandaises, de violences aussi r\u00e9pr\u00e9hensibles qu&#39;au Rwanda, pendant le g\u00e9nocide, indiquent plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) bas\u00e9es dans le Nord-Kivu.<\/p>\n<p> A Rutshuru comme \u00e0 Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, des voix s&#39;\u00e9l\u00e8vent pour d\u00e9noncer ces crimes et demander que les auteurs soient traduits devant la justice. &#39;Umoja wa Wamama wa Kivu&#39; (UWAKI), une ONG f\u00e9minine de d\u00e9fense des droits de la femme congolaise, bas\u00e9e \u00e0 Goma, d\u00e9nonce les s\u00e9vices particuli\u00e8rement avilissants que les troupes rwandaises et les rebelles de l&#39;AFDL faisaient subir aux femmes, quelles qu&#39;elles soient.<\/p>\n<p> &quot;Il n&#39;y a pas qu&#39;\u00e0 Rutshuru que ce genre d&#39;atrocit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 commises. En plus d&#39;\u00eatre massacr\u00e9es, les femmes hutu r\u00e9fugi\u00e9es rwandaises et des congolaises ont subi des viols collectifs dont nous g\u00e9rons les terribles cons\u00e9quences aujourd&#39;hui&quot;, raconte \u00e0 IPS, Stella Fatuma, une activiste de UWAKI.  Fatuma qui n&#39;a pas donn\u00e9 le taux exact de s\u00e9ropositivit\u00e9 dans la r\u00e9gion, a tout de m\u00eame signal\u00e9 que pendant les deux guerres successives &#8212; de 1996 et 1998 &#8211;, le nombre de femmes s\u00e9ropositives a fortement augment\u00e9. &quot;A croire que cela faisait partie de la strat\u00e9gie militaire&quot;, ajout-t-elle. L&#39;ONG s&#39;occupe \u00e9galement de l&#39;encadrement des femmes qui souffrent du VIH\/SIDA et des autres maladies sexuellement transmissibles.  Selon Fatuma, l&#39;ONG s&#39;occupait de 150 femmes regroup\u00e9es sur trois sites, mais, il n&#39;en reste plus que 57 actuellement. Bon nombre d&#39;entre elles sont mortes, d&#39;autres ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 quitter les sites et rejoindre leurs villages d&#39;origine, &quot;sans doute pour y mourir&quot;, a-t-elle ajout\u00e9.<\/p>\n<p> Beaucoup d&#39;autres organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, comme l&#39;Association africaine des droits de l&#39;Homme (ASADHO) du Nord-Kivu, exigent que ces crimes commis par les rebelles de l&#39;AFDL, pendant la campagne militaire de 1996-1997, ne restent pas impunis.  Mais il y a peu de chances que ces revendications soient suivies d&#39;effets positifs, estiment des analystes. Les ex-rebelles de l&#39;AFDL, comme ceux de la r\u00e9bellion de 1998, se retrouvent aujourd&#39;hui aux postes de direction les plus importants du pays. Tout le monde semble mettre une sourdine au dossier de ces massacres de 1996, expliquent des analystes.  M\u00eame l&#39;actuel gouverneur de la province du Nord-Kivu, Eug\u00e8ne Serufuli, qui a perdu son p\u00e8re dans les massacres de Rutshuru, pr\u00e9f\u00e8re temp\u00e9rer les ardeurs revendicatives des parents et proches des victimes des massacres afin, dit-il, &quot;de pr\u00e9server la relative tranquillit\u00e9 politique qui pr\u00e9vaut en ce moment&quot; en RDC.<\/p>\n<p> Quant au gouvernement rwandais, accus\u00e9 d&#39;avoir commandit\u00e9 les massacres \u00e0 travers ses troupes pr\u00e9sentes dans la campagne de l&#39;AFDL, il a ni\u00e9 toute implication dans les tueries de Rutshuru. L&#39;envoy\u00e9 sp\u00e9cial du pr\u00e9sident rwandais pour les Grands Lacs, Richard Sekizabera, s&#39;est \u00e9tonn\u00e9 que les militaires congolais aient imm\u00e9diatement identifi\u00e9, dans les militaires rwandais, les auteurs des massacres d\u00e8s l&#39;exhumation des ossements et avant toute analyse de laboratoire.  Le colonel Thierry Provendier, chef de l&#39;information publique de la MONUC, a simplement indiqu\u00e9 que les investigations se poursuivaient sur ces fosses communes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KINSHASA, 18 oct (IPS) &#8211; Des restes humains appartenant \u00e0 quelque 300 personnes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9terr\u00e9s des fosses communes, fin septembre et d\u00e9but octobre \u00e0 Rutshuru, une localit\u00e9 d&#39;environ 100.000 habitants, \u00e0 75 kilom\u00e8tres de Goma, dans l&#39;est de la&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/10\/18\/droits-rdc-neuf-ans-apres-les-massacres-des-fosses-communes-reecriventlhistoire-analyse\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,1,7,3],"tags":[],"class_list":["post-2701","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-headlines","category-politique","category-population-refugies"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2701","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2701"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2701\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2701"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2701"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2701"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}