{"id":2667,"date":"2005-09-21T13:40:01","date_gmt":"2005-09-21T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/09\/21\/developpement-burkina-faso-le-coton-transgenique-divise-toujours-les-acteurs\/"},"modified":"2005-09-21T13:40:01","modified_gmt":"2005-09-21T13:40:01","slug":"developpement-burkina-faso-le-coton-transgenique-divise-toujours-les-acteurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/09\/21\/developpement-burkina-faso-le-coton-transgenique-divise-toujours-les-acteurs\/","title":{"rendered":"DEVELOPPEMENT-BURKINA FASO: Le coton transg\u00e9nique divise toujours les acteurs"},"content":{"rendered":"<p>OUAGADOUGOU, 21 sep (IPS) &#8211; Le Burkina Faso est le premier pays d&#39;Afrique de l&#39;ouest \u00e0 avoir autoris\u00e9 des essais en champ de coton transg\u00e9nique appartenant aux firmes Monsanto (coton BT) et Syngenta (coton VIP).<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>L&#39;autorisation \u00e9tait accord\u00e9e en juillet 2003, et le pays avait m\u00eame accueilli en juin 2004, une conf\u00e9rence internationale sur la biotechnologie.<\/p>\n<p> Mais la pol\u00e9mique fait rage sur la culture transg\u00e9nique, depuis la restitution, en f\u00e9vrier dernier, dans la capitale Ouagadougou, des r\u00e9sultats de deux ann\u00e9es de recherche et d&#39;exp\u00e9rimentation (2003 et 2004) du coton transg\u00e9nique Bollgard II dans les stations de recherche de Farako-b\u00e2 et de Kouar\u00e9, localit\u00e9s situ\u00e9es respectivement dans l&#39;ouest et l&#39;est du Burkina.<\/p>\n<p> Appr\u00e9ciant les r\u00e9sultats des premiers essais sur le coton transg\u00e9nique, les chercheurs de l&#39;Institut de l&#39;environnement et de recherches agricoles (INERA) et ceux de la firme am\u00e9ricaine Monsanto sont parvenus \u00e0 une conclusion favorable. Son utilisation &quot;permet d&#39;entrevoir non seulement une r\u00e9duction tr\u00e8s significative de la quantit\u00e9 d&#39;insecticide utilis\u00e9e en culture cotonni\u00e8re, mais aussi d&#39;augmenter les rendements du coton graine&quot;, selon le document de synth\u00e8se de l&#39;INERA.<\/p>\n<p> Pour les adversaires du coton transg\u00e9nique, ces premiers essais pourraient ouvrir la voie \u00e0 sa commercialisation dans toute l&#39;Afrique de l&#39;ouest, avec des cons\u00e9quences socio\u00e9conomiques impr\u00e9visibles.<\/p>\n<p> &quot;La recherche a fait son travail et elle a permis de confirmer certains postulats, \u00e0 savoir, le Bt est efficace dans la lutte contre les chenilles qui endommagent le coton. Ce sont des r\u00e9sultats qui donnent des indications au niveau de la recherche, mais pas au niveau de l&#39;exploitation&quot;, selon Fran\u00e7ois Traor\u00e9, le pr\u00e9sident de l&#39;Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPC-B).<\/p>\n<p> &quot;Aucune structure, \u00e0 ce jour, n&#39;a \u00e9t\u00e9 mise en place pour assurer l&#39;application des textes de r\u00e9glementation&quot;, explique Jean-Didier Zongo, professeur de g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 de Ouagadougou et pr\u00e9sident de la Coalition de veille face aux organismes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s (OGM) au Burkina Faso.<\/p>\n<p> La Coalition de veille anti-OGM est n\u00e9e depuis fin 2004, regroupant des associations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des scientifiques, pour approfondir la r\u00e9flexion et mettre en garde contre les d\u00e9rives de la culture transg\u00e9nique.<\/p>\n<p> Evoquant la possibilit\u00e9 d&#39;une mainmise totale des firmes sur la fili\u00e8re coton de la sous-r\u00e9gion, Pascal Sanou, ing\u00e9nieur agronome affirme \u00e0 IPS que &quot;Le coton BT n&#39;est pas un moyen efficace de r\u00e9duire l&#39;utilisation d&#39;insecticides; il en existe d&#39;autres plus efficients, mieux convenables, avec moins de risques. Je pense qu&#39;il y a plut\u00f4t une volont\u00e9 d&#39;accro\u00eetre les profits et le contr\u00f4le, par les multinationales, de la production cotonni\u00e8re de la sous-r\u00e9gion&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Quelle garantie a-t-on par rapport \u00e0 l&#39;incidence sur la sant\u00e9 des populations, l&#39;environnement et le sol m\u00eame?&quot;, demande-t-il.<\/p>\n<p> Pour Madou Soulama, l&#39;un des plus grands cotonculteurs de la r\u00e9gion de l&#39;ouest, &quot;le prix pour la vari\u00e9t\u00e9 de coton g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9 qu&#39;on exp\u00e9rimente ici d\u00e9passe les 50.000 francs CFA (100 dollars environ) par hectare, tandis qu&#39;actuellement, les producteurs d\u00e9pensent en moyenne 37.000 FCFA (74 dollars) pour les pesticides. Il para\u00eet alors \u00e9vident que le coton BT ne permet pas de lutter contre la pauvret\u00e9&quot;.<\/p>\n<p> &quot;L&#39;introduction des organismes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s dans le secteur agricole africain n&#39;est pas la priorit\u00e9 pour ce qui est de la r\u00e9alisation des Objectifs du mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement&quot;, confie \u00e0 IPS, Marc Kabor\u00e9, consultant pour des questions de l&#39;environnement, oppos\u00e9 \u00e0 la culture transg\u00e9nique.<\/p>\n<p> Le Burkina Faso est l&#39;un des plus gros producteurs de coton du continent, avec une production de plus de 600.000 tonnes cette ann\u00e9e.<\/p>\n<p> Tout un pan de l&#39;\u00e9conomie repose sur cet or blanc, \u00e0 tel point qu&#39;il constitue, selon le minist\u00e8re des Finances et du Budget, le premier produit d&#39;exportation du pays, avec un chiffre d&#39;affaires de l&#39;ordre de 417 millions d&#39;euros (environ 500 millions de dollars).<\/p>\n<p> Produit par 2,5 millions de paysans burkinab\u00e9 sur les 11 millions d&#39;habitants du pays, le coton contribue pour 35 pour cent du produit int\u00e9rieur brut (PIB) et assure pr\u00e8s de 60 pour cent des recettes de l&#39;Etat, selon le minist\u00e8re des Finances.<\/p>\n<p> De l&#39;avis des techniciens de l&#39;INERA et de Mosanto, les r\u00e9sultats des premiers essais, quoique pr\u00e9liminaires, montrent que le coton Bollgard II semble plus efficace dans la lutte contre les insectes ravageurs au Burkina, o\u00f9 le rendement moyen \u00e0 l&#39;hectare &#8211; de 1,1 tonne &#8211; est jug\u00e9 faible alors que les r\u00e9coltes sont souvent compromises par les ennemis des cultures.<\/p>\n<p> &quot;Aujourd&#39;hui, un hectare de coton OGM donne environ trois \u00e0 3,5 tonnes.<\/p>\n<p>Celui d&#39;un coton classique donne environ 800 kilogrammes ou, dans le meilleur des cas, 1,2 tonne&quot;, d\u00e9clare \u00e0 IPS, Salif Diallo, ministre de l&#39;Agriculture. &quot;La biotechnologie serait \u00e9galement un moyen d&#39;atteindre l&#39;autosuffisance alimentaire. Ensuite, elle participera \u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9 de l&#39;\u00e9conomie rurale&quot;.<\/p>\n<p> Les premiers semis &quot;en champ isol\u00e9&quot; sur les deux stations de l&#39;INERA avaient pour objectif de prouver &quot;la viabilit\u00e9&quot; du coton bacillus thuringiensis ou &#39;BT&#39; mis au point par Monsanto, dans les conditions climatiques burkinab\u00e9. Ces essais devraient montrer \u00e9galement sa capacit\u00e9 \u00e0 &quot;s&#39;auto-prot\u00e9ger&quot; contre les chenilles Helicoverpa qui compromettent, chaque ann\u00e9e, environ 50 pour cent de la production totale. Ils devraient permettre enfin d&#39;\u00e9tudier la rentabilit\u00e9 \u00e9conomique de la technologie BT dans les conditions de culture au Burkina.<\/p>\n<p> Selon Oula Traor\u00e9, chef de programme coton de l&#39;INERA, &quot;ces exp\u00e9rimentations ont permis d&#39;enregistrer des r\u00e9sultats probants. Elles ont en effet r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que le g\u00e8ne BT (ou Bollgard II) n&#39;influence pas la pr\u00e9cocit\u00e9 et le rendement \u00e9grenage du coton, (mais) augmente les rendements en coton graine, contr\u00f4le efficacement les populations des larvaires, des l\u00e9pidopt\u00e8res carpophages et phyllophages&quot; (Ce sont des familles d&#39;insectes et chenilles ravageurs du cotonnier).<\/p>\n<p> &quot;Il faut aujourd&#39;hui que l&#39;Afrique pense par elle-m\u00eame car on pense que ce qui est bon pour les autres ne l&#39;est pas pour elle. Il convient que les Africains s&#39;approprient cette technologie&quot;, souligne \u00e0 IPS, Alassane S\u00e9r\u00e9, ancien ministre des Ressources animales et promoteur de Burkina Biotech Association (BBA). C&#39;est une tribune de chercheurs burkinab\u00e9 pour faire entendre la voix de vrais sp\u00e9cialistes des biotechnologies.<\/p>\n<p> Le coton transg\u00e9nique est donc &quot;\u00e0 priori, une alternative aux charges en intrants \u00e9valu\u00e9es \u00e0 30 milliards de francs CFA (47,7 millions d&#39;euros) par an dont 10 milliards de FCFA (15,2 millions d&#39;euros) pour les pesticides&quot;, explique \u00e0 IPS, Georges Yam\u00e9ogo, directeur de production \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des fibres et textiles du Burkina.<\/p>\n<p> &quot;Les essais ne signifient pas que le Burkina Faso a autoris\u00e9 les cultures commerciales d&#39;OGM. Cette d\u00e9cision n&#39;est pas encore prise&quot;, a tenu \u00e0 pr\u00e9ciser, lors de la restitution, Laya Sawadogo, ministre de la Recherche scientifique, qui a encourag\u00e9 les chercheurs \u00e0 &quot;toujours pers\u00e9v\u00e9rer dans leur domaine afin que les r\u00e9sultats de ces essais soient de plus en plus performants&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Naturellement, nous devons compter sur la science en tant que facteur de progr\u00e8s humain et nous ne saurions exclure la possibilit\u00e9 d&#39;utiliser cette technologie si elle est opportune, mais il faut beaucoup de prudence&quot;, assure Issa Tond\u00e9, l&#39;un des plus grands cotonculteurs de la r\u00e9gion de l&#39;est au Burkina.<\/p>\n<p> Du cot\u00e9 des techniciens, on croit fermement que le mouvement est irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>&quot;Le transg\u00e9nique va bient\u00f4t envahir les march\u00e9s; si nous ne l&#39;introduisons pas, les producteurs vont, dans tous les cas, s&#39;en procurer autrement&quot;, estime Hamidou Boly, directeur de l&#39;INERA.<\/p>\n<p> Pourtant, les premiers concern\u00e9s que sont les producteurs ne sont pas encore tr\u00e8s emball\u00e9s. &quot;Le coton est utilis\u00e9 pour s&#39;habiller, mais ses graines se consomment. Les OGM, on nous r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l&#39;envi que c&#39;est bien pour la rentabilit\u00e9, n&#39;emp\u00eache qu&#39;il y a un large champ d&#39;incertitudes&quot;, avertit Traor\u00e9 de l&#39;UNPC-B. &quot;On doit appliquer le principe de pr\u00e9caution&quot;.<\/p>\n<p> La m\u00eame m\u00e9fiance est partag\u00e9e par les religieux. &quot;Il est urgent d&#39;attendre, il est plus facile d&#39;ajouter du sel dans une sauce trop fade que d&#39;en retirer quand celle-ci est trop sal\u00e9e&quot;, fait remarquer le p\u00e8re Maurice Oudet de l&#39;\u00e9glise catholique.<\/p>\n<p> &quot;M\u00eame si aucune r\u00e9sistance des insectes n&#39;a \u00e9t\u00e9 encore constat\u00e9e, ni aucune allergie chez l&#39;homme, il faut faire attention et ne pas se pr\u00e9cipiter&quot;, estime, pour sa part, l&#39;imam Ibrahim Kouanda de la communaut\u00e9 musulmane burkinab\u00e9.<\/p>\n<p> Cette m\u00e9fiance n&#39;est pas partag\u00e9e pas certains. &quot;Le retard technologique de l&#39;Afrique est venu du fait que chaque fois qu&#39;une nouvelle technologie est n\u00e9e, il y a des gens qui disent que l&#39;Afrique n&#39;est pas m\u00fbre pour cela.<\/p>\n<p>Elle devient consommatrice, sans avoir particip\u00e9 \u00e0 l&#39;\u00e9laboration de cette technologie&quot;, d\u00e9plore S\u00e9r\u00e9 de BBA. &quot;La biotechnologie est la technologie du 21\u00e8me si\u00e8cle et personne ne peut y d\u00e9roger durablement&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Il n&#39;existe aucune \u00e9tude fiable sur les cons\u00e9quences de la culture transg\u00e9nique \u00e0 long terme. Le principe de pr\u00e9caution, jusqu&#39;alors appliqu\u00e9, pourrait \u00eatre mis \u00e0 mal par des imp\u00e9ratifs \u00e9conomiques imm\u00e9diats&quot;, soutient l&#39;\u00e9conomiste Moussa Nogo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>OUAGADOUGOU, 21 sep (IPS) &#8211; Le Burkina Faso est le premier pays d&#39;Afrique de l&#39;ouest \u00e0 avoir autoris\u00e9 des essais en champ de coton transg\u00e9nique appartenant aux firmes Monsanto (coton BT) et Syngenta (coton VIP).<\/p>\n","protected":false},"author":316,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,11,6,12,1],"tags":[],"class_list":["post-2667","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-developpement","category-economie-finances-le-commerce","category-environnement","category-headlines"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2667","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/316"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2667"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2667\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2667"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2667"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2667"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}