{"id":2621,"date":"2005-08-16T13:40:01","date_gmt":"2005-08-16T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/08\/16\/sante-cameroun-des-medecins-abandonnent-toujours-les-hopitaux-publics\/"},"modified":"2005-08-16T13:40:01","modified_gmt":"2005-08-16T13:40:01","slug":"sante-cameroun-des-medecins-abandonnent-toujours-les-hopitaux-publics","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/08\/16\/sante-cameroun-des-medecins-abandonnent-toujours-les-hopitaux-publics\/","title":{"rendered":"SANTE-CAMEROUN: Des m\u00e9decins abandonnent toujours les h\u00f4pitaux publics"},"content":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 16 ao\u00fbt (IPS) &#8211; De nombreux h\u00f4pitaux publics du Cameroun sont touch\u00e9s par le d\u00e9part des m\u00e9decins et autres sp\u00e9cialistes de soins de sant\u00e9 qui vont vers le secteur priv\u00e9 local ou les bureaux des organisations internationales, install\u00e9s en Afrique, qui offrent des salaires plus attractifs.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n D&#39;autres encore pr\u00e9f\u00e8rent aller vers l&#39;Europe et les Etats-Unis d&#39;Am\u00e9rique o\u00f9, selon eux, ils pourraient trouver de meilleures conditions de travail.<\/p>\n<p> Mais, il ne s&#39;agit pas uniquement des d\u00e9parts volontaires qui privent, chaque ann\u00e9e, les centres hospitaliers de l&#39;Etat, d&#39;au moins dix professeurs de m\u00e9decine et cinq sp\u00e9cialistes. Il existe \u00e9galement des d\u00e9parts forc\u00e9s li\u00e9s aux affectations jug\u00e9es arbitraires ou \u00e0 une sorte de pers\u00e9cution par des dirigeants politiques allergiques \u00e0 toutes autorit\u00e9s intellectuelles incontr\u00f4lables.<\/p>\n<p> En effet, aussi bien les dirigeants du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 que les directeurs des h\u00f4pitaux n&#39;admettent pas que certains m\u00e9decins ne partagent pas leurs courants politiques. De plus, ils ne comprennent pas le refus de ces m\u00e9decins de jouer les \u00e9claireurs du parti au pouvoir dans leurs r\u00e9gions natales.<\/p>\n<p> &quot;Ce n&#39;est pas encore l&#39;h\u00e9morragie, mais on en est pas loin&quot;, confie \u00e0 IPS, Bernard Kouleu, 45 ans, m\u00e9decin au Centre hospitalier et universitaire (CHU) de Yaound\u00e9, la capitale camerounaise. &quot;Les conditions insuffisantes de r\u00e9mun\u00e9ration et le cadre de travail vont davantage pousser les docteurs \u00e0 lorgner ailleurs&quot;, ajoute-t-il.<\/p>\n<p> En effet, le mouvement de d\u00e9parts volontaires vers le secteur priv\u00e9 avait commenc\u00e9 dans ce pays d&#39;Afrique centrale, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, avant de s&#39;amplifier au cours de la d\u00e9cennie 1990 o\u00f9 la crise \u00e9conomique, n\u00e9e de la chute des cours de mati\u00e8res premi\u00e8res dont d\u00e9pend le Cameroun, s\u00e9vissait profond\u00e9ment.<\/p>\n<p> Selon des informations fournies \u00e0 IPS dans divers h\u00f4pitaux publics de la capitale camerounaise, les m\u00e9decins partants d\u00e9plorent, outre les conditions de travail jug\u00e9es insatisfaisantes, les carences en mat\u00e9riels, et, en particulier, la faiblesse des salaires.<\/p>\n<p> &quot;Au regard de leur long parcours et des longues ann\u00e9es d&#39;exp\u00e9rience, la contrepartie est minable&quot;, d\u00e9clare \u00e0 IPS, Hyppolite Mouaffo, assistant \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 II. &quot;Apr\u00e8s 15, voire 20 ans de m\u00e9tier, les m\u00e9decins ne sont pas pay\u00e9s proportionnellement \u00e0 leur travail effectif..<\/p>\n<p>Leur r\u00e9mun\u00e9ration ne correspond pas \u00e0 leur investissement&quot;.  Le salaire mensuel d&#39;un m\u00e9decin fonctionnaire est d&#39;environ 372 dollars, alors qu&#39;un m\u00e9decin lib\u00e9ral touche entre 490 dollars et 784 dollars.  En 2004, le Cameroun comptait un m\u00e9decin pour 9.143 habitants environ, selon le minist\u00e8re de la Sant\u00e9. La moyenne est d&#39;un m\u00e9decin pour 5.833 habitants pour les pays en d\u00e9veloppement, selon la Commission \u00e9conomique pour l&#39;Afrique dans son rapport, intitul\u00e9 &#39;Profil de la pauvret\u00e9 en Afrique centrale&#39;, publi\u00e9 en 2002.  Selon le &#39;Document du sous-secteur Sant\u00e9&#39; \u00e9tabli par le minist\u00e8re de la Sant\u00e9, le Cameroun comptait, en 2004, 147 districts de sant\u00e9 et 1.832 centres de sant\u00e9. Il faut y ajouter plusieurs structures hospitali\u00e8res construites par les \u00e9glises protestantes et catholiques, les cliniques priv\u00e9es et les autres services de sant\u00e9 plac\u00e9s sous la tutelle d&#39;institutions publiques comme le minist\u00e8re de l&#39;Education, l&#39;arm\u00e9e, la police, et la s\u00e9curit\u00e9 sociale&#8230;<\/p>\n<p> Mais les sept h\u00f4pitaux nationaux, les plus \u00e9quip\u00e9s du pays, et consid\u00e9r\u00e9s comme des centres de r\u00e9f\u00e9rence, sont concentr\u00e9s \u00e0 Yaound\u00e9 et Douala (la m\u00e9tropole \u00e9conomique), les deux plus grandes villes du pays.<\/p>\n<p> Les h\u00f4pitaux provinciaux, qui auraient pu \u00e9viter aux patients de l&#39;arri\u00e8re-pays de longs d\u00e9placements et les d\u00e9sagr\u00e9ments de l&#39;\u00e9loignement des h\u00f4pitaux de r\u00e9f\u00e9rence dans les deux principales villes, sont malheureusement sous-\u00e9quip\u00e9s.<\/p>\n<p> &quot;Seuls deux des neuf h\u00f4pitaux provinciaux et assimil\u00e9s disposent d&#39;un appareil d&#39;anesth\u00e9sie et d&#39;un respirateur, quatre manquent d&#39;\u00e9chographie, de fauteuil dentaire, deux fonctionnent sans unit\u00e9 de radiologie et trois sans table d&#39;accouchement; aucun ne dispose d&#39;une table de r\u00e9animation de nouveau-n\u00e9&quot;, indique \u00e0 IPS, Val\u00e9rie Massina, un fonctionnaire du minist\u00e8re de la Sant\u00e9, citant un rapport de 2002 sur la sant\u00e9 au Cameroun.<\/p>\n<p> &quot;Avec de telles conditions de travail, la crainte, aujourd&#39;hui, est de voir se vider progressivement les h\u00f4pitaux publics de ses ressources difficilement rempla\u00e7ables&quot;, explique-t-elle.<\/p>\n<p> &quot;Certes, le ph\u00e9nom\u00e8ne n&#39;est plus aussi aigu qu&#39;il \u00e9tait, il y a cinq ou huit ans, mais il n&#39;en est pas moins alarmant&quot;, estime Kouleu du CHU de Yaound\u00e9. &quot;Les d\u00e9parts se sont att\u00e9nu\u00e9s&quot;, dit-il, &quot;car c&#39;est en moyenne six, voire quatre d\u00e9parts qui sont enregistr\u00e9s par an&quot; maintenant dans son h\u00f4pital.<\/p>\n<p> Mais Kouleu omet de mentionner qu&#39;il ne s&#39;agit pas de n&#39;importe quels d\u00e9parts. Il s&#39;agit souvent des \u00e9l\u00e9ments qui forment le noyau dur du corps enseignant dans les Facult\u00e9s de m\u00e9decine et des sciences biom\u00e9dicales.<\/p>\n<p>&quot;C&#39;est la cr\u00e8me de la cr\u00e8me, des chefs de service, des chefs d&#39;h\u00f4pitaux, des enseignants, avec souvent plusieurs ann\u00e9es d&#39;exp\u00e9rience&quot;, d\u00e9plore \u00e0 IPS, Marie Ebend\u00e8, une jeune femme m\u00e9decin en stage \u00e0 l&#39;H\u00f4pital central de Yaound\u00e9.<\/p>\n<p> Les d\u00e9parts touchent toutes les sp\u00e9cialit\u00e9s : de la chirurgie g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la gyn\u00e9cologie, en passant par la radiologie, des services se vident ou, du moins, perdent une bonne partie de leur mati\u00e8re grise, commente-t-elle.<\/p>\n<p> La perte est encore plus lourde pour les \u00e9tudiants futurs m\u00e9decins, priv\u00e9s du savoir-faire de leurs a\u00een\u00e9s. &quot;Leur d\u00e9part est un handicap pour nous qui avons besoin de leur exp\u00e9rience&quot;, souligne Ebend\u00e8.<\/p>\n<p> &quot;La d\u00e9cision n&#39;\u00e9tait pas facile \u00e0 prendre&quot;, se souvient Dr Jacques Momo, radiologue en service \u00e0 la clinique priv\u00e9e les Dauphins \u00e0 Yaound\u00e9. &quot;Je n&#39;ai jamais imagin\u00e9 que je pouvais quitter le public. Le manque de moyens et d&#39;\u00e9quipements n\u00e9cessaires pour un exercice &#39;d\u00e9cent&#39; du m\u00e9tier a guid\u00e9 mon choix&quot;, explique-t-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Momo exerce actuellement dans cette clinique priv\u00e9e o\u00f9 il accueille une client\u00e8le importante qui n&#39;a rien \u00e0 voir avec celle qui consultait chez lui \u00e0 H\u00f4pital central de Yaound\u00e9, dit-il. Sans pr\u00e9ciser le nombre des m\u00e9decins partants, Momo indique que les destinations principales sont la France, l&#39;Angleterre, l&#39;Allemagne, l&#39;Italie et les Etats-Unis.  &quot;Des services sont sous-\u00e9quip\u00e9s, des appareils obsol\u00e8tes&quot;, souligne \u00e0 IPS, Evelyn Nkwende, une autre dame m\u00e9decin partie du secteur public, qui exerce \u00e0 l&#39;h\u00f4pital de la S\u00e9curit\u00e9 sociale. Cet h\u00f4pital fonctionne comme le priv\u00e9 et paie de tr\u00e8s bons salaires. &quot;En radiologie, par exemple, ce n&#39;est que depuis cinq ans environ que l&#39;H\u00f4pital central de Yaound\u00e9 a remis \u00e0 jour le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire pour l&#39;examen IRM (Image par r\u00e9sonance magn\u00e9tique), alors que des cabinets (priv\u00e9s) en sont \u00e9quip\u00e9s depuis plus d&#39;une d\u00e9cennie&quot;.  &quot;On accueillait des \u00e9tudiants en stage en radiologie, qui ne savaient m\u00eame pas ponctionner un abc\u00e8s, faire des biopsies sous scanner, sous \u00e9chographie. Un tel quotidien est frustrant&quot;, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p> Selon un haut fonctionnaire du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 publique, qui a requis l&#39;anonymat, ce ph\u00e9nom\u00e8ne de &quot;fuite des cerveaux&quot; les pr\u00e9occupe au plus haut point. &quot;Nous sommes conscients que de nombreux m\u00e9decins, form\u00e9s dans le pays ou \u00e0 l&#39;\u00e9tranger gr\u00e2ce \u00e0 des bourses de l&#39;Etat, refusent de travailler pour le public, et s&#39;installent en client\u00e8le priv\u00e9e ou retournent en Occident&quot;, d\u00e9clare ce fonctionnaire \u00e0 IPS.  &quot;Nous essayons, sur le plan national, de g\u00e9rer cette p\u00e9nurie, mais nos moyens sont limit\u00e9s. Nous avons toutefois mis en place un plan de d\u00e9veloppement des ressources humaines afin de recruter davantage de professionnels de la sant\u00e9&quot;, ajoute-t-il, sans donner d&#39;indications pr\u00e9cises sur ce plan.<\/p>\n<p> L&#39;Etat ne se plaint pas publiquement des d\u00e9parts de ces nombreux m\u00e9decins, se contentant seulement de rayer les partants de la fonction publique. Mais la soci\u00e9t\u00e9 civile accuse g\u00e9n\u00e9ralement le gouvernement de ne pas faire des efforts suppl\u00e9mentaires pour retenir ces m\u00e9decins.  Au Cameroun, aucune \u00e9tude ne mentionne le nombre pr\u00e9cis de cerveaux qui quittent le pays chaque ann\u00e9e. Mais en d\u00e9cembre 2002, la Commission \u00e9conomique des Nations Unies pour l&#39;Afrique, bas\u00e9e \u00e0 Addis-Abeba, avait estim\u00e9 entre 10.000 et 20.000, le nombre des personnes hautement qualifi\u00e9es qui quittent le continent africain, chaque ann\u00e9e.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 16 ao\u00fbt (IPS) &#8211; De nombreux h\u00f4pitaux publics du Cameroun sont touch\u00e9s par le d\u00e9part des m\u00e9decins et autres sp\u00e9cialistes de soins de sant\u00e9 qui vont vers le secteur priv\u00e9 local ou les bureaux des organisations internationales, install\u00e9s en&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/08\/16\/sante-cameroun-des-medecins-abandonnent-toujours-les-hopitaux-publics\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":253,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,11,1,7,4],"tags":[],"class_list":["post-2621","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-developpement","category-headlines","category-politique","category-sante"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2621","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/253"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2621"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2621\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2621"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2621"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2621"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}