{"id":2607,"date":"2005-08-02T13:40:01","date_gmt":"2005-08-02T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/08\/02\/droits-niger-des-enfants-orpailleurs-reprennent-le-chemin-de-lecole\/"},"modified":"2005-08-02T13:40:01","modified_gmt":"2005-08-02T13:40:01","slug":"droits-niger-des-enfants-orpailleurs-reprennent-le-chemin-de-lecole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/08\/02\/droits-niger-des-enfants-orpailleurs-reprennent-le-chemin-de-lecole\/","title":{"rendered":"DROITS-NIGER: Des enfants orpailleurs reprennent le chemin de l&#39;\u00e9cole"},"content":{"rendered":"<p>NIAMEY, 2 ao\u00fbt (IPS) &#8211; Abdou Adamou, 15 ans environ, passe ses journ\u00e9es dans l&#39;obscurit\u00e9 d&#39;un puits de 50 \u00e0 80 m\u00e8tres de profondeur sur le site d&#39;orpaillage de Komabangou. Son travail consiste \u00e0 creuser la roche et \u00e0 aider \u00e0 la faire remonter \u00e0 l&#39;air libre avec une puisette actionn\u00e9e par un autre ouvrier dehors.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Komabangou est une localit\u00e9 situ\u00e9e dans le sud-ouest du Niger, \u00e0 environ 175 kilom\u00e8tres de Niamey, la capitale nig\u00e9rienne, dont le sous-sol rec\u00e8le de l&#39;or, qui a provoqu\u00e9 une v\u00e9ritable ru\u00e9e, depuis 2001. Outre Komabangou, il existe un deuxi\u00e8me site d&#39;orpaillage, d\u00e9nomm\u00e9 M&#39;Banga, dans la m\u00eame zone g\u00e9ographique, \u00e0 environ 95 km de Niamey. Mais son exploitation est plus r\u00e9cente.<\/p>\n<p>  &quot;Chaque matin, on me descend dans le puits \u00e0 partir de 8 heures avec ma provision de nourriture et d&#39;eau pour y travailler jusqu&#39;\u00e0 18 heures. C&#39;est p\u00e9nible au d\u00e9but, mais une fois qu&#39;on s&#39;y habitue, \u00e7a devient de la routine&quot;, confie Adamou \u00e0 IPS. &quot;Je partais \u00e0 l&#39;\u00e9cole quand mes parents ont d\u00e9cid\u00e9 un beau matin de quitter notre village pour venir s&#39;installer \u00e0 Komabangou chercher de l&#39;or. Par manque de tuteur, ils m&#39;ont amen\u00e9 avec eux&quot;, ajoute-t-il.<\/p>\n<p> &quot;Si j&#39;avais trouv\u00e9 un tuteur \u00e0 mon enfant, je ne l&#39;aurais jamais emmen\u00e9 ici; j&#39;allais le laisser poursuivre normalement l&#39;\u00e9cole. Mais vous savez, les temps sont durs pour tout le monde aujourd&#39;hui au village. Les gens n&#39;acceptent plus de prendre en charge les enfants d&#39;autrui tant qu&#39;ils n&#39;ont pas un profit \u00e0 tirer&quot;, a dit \u00e0 IPS le p\u00e8re d&#39;Adamou.  Pour Harouna Sadou, sociologue \u00e0 Niamey, &quot;Les \u00e9l\u00e8ves du cours primaire, dans les zones rurales, sont g\u00e9n\u00e9ralement confront\u00e9s \u00e0 ce probl\u00e8me de tuteur, surtout quand l&#39;\u00e9cole ne dispose pas de cantine. M\u00eame dans le secondaire, quand l&#39;enfant ne per\u00e7oit pas une allocation de l&#39;Etat, il lui est difficile de trouver une famille d&#39;attache. Et c&#39;est ce qui explique souvent les abandons dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif&quot;.  Comme Adamou, ils sont nombreux les enfants dont l&#39;\u00e2ge varie de 10 \u00e0 16 ans qui sont employ\u00e9s dans les activit\u00e9s d&#39;extraction de l&#39;or sur le site d&#39;orpaillage de Komabangou.<\/p>\n<p> Pourtant, selon le code minier nig\u00e9rien datant de 1993, l&#39;\u00e2ge minimum \u00e0 partir duquel une personne peut \u00eatre employ\u00e9e dans les mines et carri\u00e8res est de 18 ans. Mais, il n&#39;existe aucun inspecteur de travail affect\u00e9 sur les sites d&#39;orpaillage. C&#39;est seulement de temps en temps qu&#39;une \u00e9quipe se d\u00e9place sur le terrain pour des contr\u00f4les inopin\u00e9s, selon Ibrahim Balla Souley, coordonnateur national du Programme international pour l&#39;abolition du travail des enfants (IPEC-Niger) bas\u00e9 \u00e0 Niamey.  &quot;Pour travailler sur le site, il n&#39;est point besoin de pr\u00e9senter un document qui fournit l&#39;\u00e2ge du demandeur d&#39;emploi aux propri\u00e9taires des puits. Et l&#39;Etat n&#39;intervient pas au moment du recrutement. Nous \u00e9voluons ici dans l&#39;informel&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS Daouda Kabani, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&#39;Association des orpailleurs de Komabangou. Selon lui, jusqu&#39;ici, aucun orpailleur ni aucun parent n&#39;a \u00e9t\u00e9 poursuivi en justice pour exploitation des enfants.  &quot;Je ne peux pas vous donner un chiffre exact par rapport \u00e0 l&#39;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne, mais retenez seulement qu&#39;ils d\u00e9passent plus de la centaine, les enfants qui travaillent sur ce site&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 Souley \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Le programme IPEC, qui a d\u00e9marr\u00e9 ses activit\u00e9s en 2002 au Niger, est pilot\u00e9 par le Bureau international du travail (BIT) et vise l&#39;abolition du travail des enfants dans le monde. &quot;IPEC-Niger est un programme n\u00e9goci\u00e9 par le gouvernement nig\u00e9rien aupr\u00e8s du BIT pour lutter contre le travail des enfants dans le pays&quot;, explique Souley qui est un agent de la fonction publique, d\u00e9tach\u00e9 pour g\u00e9rer le projet.<\/p>\n<p> Selon Souley, il est difficile de savoir le nombre exact d&#39;enfants qui sont exploit\u00e9s sur le site \u00e0 cause de la fluctuation de la population \u00e0 Komabangou, mais surtout du caract\u00e8re informel de l&#39;activit\u00e9 d&#39;orpaillage.<\/p>\n<p> D&#39;apr\u00e8s une estimation faite en avril 2005, plus de 15.000 personnes compos\u00e9es de diverses nationalit\u00e9s vivent sur ce site d&#39;orpaillage de Komabangou qui est, en fait, un permis de recherche abandonn\u00e9 depuis 2001, \u00e0 cause de la non rentabilit\u00e9 du gisement d\u00e9couvert par &#39;Etruscan&#39;, une compagnie canadienne de recherche aurif\u00e8re.<\/p>\n<p> &quot;A c\u00f4t\u00e9 des Nig\u00e9riens, vous avez aussi des B\u00e9ninois, des Burkinab\u00e9, des Ghan\u00e9ens, des Maliens, des Togolais qui sont venus ici pour chercher de l&#39;or ou pour s&#39;adonner \u00e0 un commerce&quot;, explique Kabani.  &quot;C&#39;est une r\u00e9alit\u00e9, les enfants constituent une main d&#39;\u0153uvre ici. Ils sont employ\u00e9s dans diverses t\u00e2ches. Il y en a qui sont utilis\u00e9s dans le concassage de la roche, d&#39;autres dans les travaux d&#39;extraction, d&#39;autres encore dans le transport de l&#39;eau servant \u00e0 d\u00e9layer la farine de sable obtenue apr\u00e8s le broyage de la roche&quot;, reconna\u00eet Kabani. Chaque gramme d&#39;or rapporte environ 10 et 12 dollars \u00e0 l&#39;orpailleur, dit-il.<\/p>\n<p> Selon lui, certains orpailleurs paient environ 20 dollars par mois aux enfants qu&#39;ils emploient, et d&#39;autres 30 dollars. Mais ils assurent aux enfants &#8211; qui sont venus travailler seuls sur le site &#8211; la nourriture et un logis gratuits.<\/p>\n<p> Les adultes font les m\u00eames travaux que les enfants, mais ils gagnent le double de leur paiement, indique Kabani, pr\u00e9cisant que ce n&#39;est pas le m\u00eame rendement.<\/p>\n<p>Le salaire mensuel minimum est d&#39;environ 50 dollars \u00e0 la fonction publique nig\u00e9rienne.   Mahamadou Aboubacar, 13 ans, est transporteur d&#39;eau sur le site, o\u00f9 il vit avec sa m\u00e8re depuis trois ans. &quot;J&#39;ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler \u00e0 la suite du d\u00e9c\u00e8s de mon p\u00e8re pour venir en aide ma m\u00e8re. Je remplis environ trois tonneaux de 200 litres par jour que je livre \u00e0 mon employeur au moyen d&#39;une charrette, sur une distance d&#39;environ un kilom\u00e8tre&quot;, dit-il \u00e0 IPS, pr\u00e9cisant que l&#39;activit\u00e9 lui rapporte environ six dollars par jour.  &quot;Je n&#39;ai aucun soutien, ici, en dehors de mon enfant depuis le d\u00e9c\u00e8s de mon \u00e9poux. C&#39;est lui qui travaille pour me nourrir et m&#39;habiller&quot;, confirme \u00e0 IPS, Mamata Gado, la m\u00e8re d&#39;Aboubacar.<\/p>\n<p> Mais le mirage de la fortune, qui pousse la majorit\u00e9 des enfants \u00e0 se verser pr\u00e9cocement dans la production, se transforme le plus souvent en cauchemar pour eux, selon des analystes \u00e0 Niamey. &quot;Mais, il y a aussi des parents qui poussent leurs enfants \u00e0 venir y travailler&quot;, reconna\u00eet Souley.<\/p>\n<p> &quot;Ils sont expos\u00e9s \u00e0 toutes sortes de risques, comme l&#39;intoxication due \u00e0 la poussi\u00e8re et les \u00e9boulements de galerie au cas o\u00f9 les enfants rentrent dans les trous&quot;, affirme Souley, ajoutant qu&#39;il y a \u00e9galement les maladies li\u00e9es \u00e0 l&#39;activit\u00e9 physique, notamment les lombalgies et beaucoup de cas de blessures dues aux marteaux et aux pilons que les enfants manipulent pour moudre le caillou.<\/p>\n<p> Interrog\u00e9 par IPS, Dr Bako Bagassi, du Programme national de lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH\/SIDA \u00e0 Niamey d\u00e9plore, lui, la contamination \u00e0 ces maladies auxquelles ces enfants sont expos\u00e9s..<\/p>\n<p> &quot;Nombre de ces enfants viennent t\u00f4t \u00e0 la sexualit\u00e9. Or \u00e0 Komabangou, plus de 50 pour cent des professionnelles du sexe sont infect\u00e9es au VIH, selon des enqu\u00eates faites en 2003&quot; par des services m\u00e9dicaux, explique Bagassi, soulignant que plusieurs cas d&#39;enfants contamin\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 constat\u00e9s dans un centre de d\u00e9pistage situ\u00e9 non loin du site. Mais aucune statistique n&#39;est disponible.<\/p>\n<p> Pour freiner la pand\u00e9mie, la branche nig\u00e9rienne de &#39;World Vision&#39;, une organisation non gouvernementale (ONG) bas\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve, m\u00e8ne des activit\u00e9s de sensibilisation et d&#39;assistance sur le terrain depuis 2004.<\/p>\n<p> &quot;Nous avons form\u00e9 une centaine d&#39;agents communautaires qui m\u00e8nent des activit\u00e9s de sensibilisation \u00e0 Komabangou et dans les villages environnants; et nous avons aussi cr\u00e9\u00e9 un centre de d\u00e9pistage du VIH\/SIDA&quot;, d\u00e9clare \u00e0 IPS, Abdoulaye Soumana, un agent de l&#39;ONG.<\/p>\n<p> Comme actions initi\u00e9es pour tirer ces enfants de l&#39;enfer et leur donner une nouvelle chance dans la vie, l&#39;IPEC-Niger, qui privil\u00e9gie l&#39;approche de la pr\u00e9vention, a cr\u00e9\u00e9 une \u00e9cole primaire \u00e0 Komabangou, en 2002. Il a \u00e9galement reconverti certains enfants dans des activit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de revenu, comme le transport et la vente d&#39;eau par charrettes.<\/p>\n<p> &quot;Nous avons construit la premi\u00e8re \u00e9cole primaire sur ce site d&#39;orpaillage qui a aujourd&#39;hui un effectif de pr\u00e8s de 140 enfants r\u00e9partis dans trois niveaux (le cours d&#39;initiation, le cours pr\u00e9paratoire, et le cours \u00e9l\u00e9mentaire&quot;, indique le coordonnateur de l&#39;IPEC-Niger, se r\u00e9jouissant du fait que certains parents acceptent d&#39;inscrire leurs enfants et de les y maintenir malgr\u00e9 le caract\u00e8re mercantile du site. Mais beaucoup d&#39;enfants du village, dont le nombre est inconnu, ne vont pas \u00e0 l&#39;\u00e9cole.  Pourtant, &quot;le Niger a ratifi\u00e9 les diff\u00e9rentes conventions internationales relatives \u00e0 la protection et \u00e0 la promotion de l&#39;enfant, dont&#8230;la Convention pour les droits de l&#39;enfant&quot;, rappelle \u00e0 IPS, Zakari Hamadou, du minist\u00e8re de la Fonction publique et du Travail, \u00e0 Niamey. Il existe \u00e9galement le Code du travail du Niger parmi les dispositifs juridiques qui r\u00e9priment le travail des enfants.  Mais pour le coordonnateur de l&#39;IPEC-Niger, il est difficile de s\u00e9vir aujourd&#39;hui parce que le terrain d&#39;application n&#39;est pas clair et pr\u00e9cis dans le domaine du travail des enfants.  &quot;Ces enfants \u00e9voluent dans l&#39;informel, ce qui complique la t\u00e2che aux inspecteurs de travail charg\u00e9s de faire le constat. C&#39;est pourquoi je pense qu&#39;il faut plut\u00f4t continuer \u00e0 privil\u00e9gier la sensibilisation&quot;, pr\u00e9conise Souley, indexant la pauvret\u00e9 comme \u00e9tant le principal facteur \u00e0 l&#39;origine de la persistance du fl\u00e9au.  Au Niger, 63 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvret\u00e9, selon le Rapport mondial sur le d\u00e9veloppement Humain 2004 du Programme des Nations Unies pour le d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NIAMEY, 2 ao\u00fbt (IPS) &#8211; Abdou Adamou, 15 ans environ, passe ses journ\u00e9es dans l&#39;obscurit\u00e9 d&#39;un puits de 50 \u00e0 80 m\u00e8tres de profondeur sur le site d&#39;orpaillage de Komabangou. 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