{"id":2555,"date":"2005-06-18T13:40:01","date_gmt":"2005-06-18T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/06\/18\/refugies-les-togolais-refusent-toujours-de-retourner-chez-eux\/"},"modified":"2005-06-18T13:40:01","modified_gmt":"2005-06-18T13:40:01","slug":"refugies-les-togolais-refusent-toujours-de-retourner-chez-eux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/06\/18\/refugies-les-togolais-refusent-toujours-de-retourner-chez-eux\/","title":{"rendered":"REFUGIES: Les Togolais refusent toujours de retourner chez eux"},"content":{"rendered":"<p>AGAME, sud-ouest du B\u00e9nin, 18 juin (IPS) &#8211; &quot;Je ne peux plus retourner chez moi au Togo jusqu&#39;\u00e0 ce que les choses changent au sommet de l&#39;Etat&quot;, confie \u00e0 IPS Koffi Kodjo (un surnom), qui se trouve dans un camp de r\u00e9fugi\u00e9s d&#39;Agam\u00e9, dans le sud-ouest du B\u00e9nin voisin.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p> Kodjo a fui son pays, comme beaucoup d&#39;autres Togolais, apr\u00e8s les violences post-\u00e9lectorales survenues \u00e0 la suite des manifestations de contestation de la victoire de Faure Gnassingb\u00e9 au scrutin pr\u00e9sidentiel du 24 avril.<\/p>\n<p> Kodjo, 30 ans environ, qui enseignait dans la ville d&#39;An\u00e9ho, frontali\u00e8re avec le B\u00e9nin, s&#39;est enfui apr\u00e8s avoir re\u00e7u une balle dans la jambe.<\/p>\n<p>&quot;C&#39;est au B\u00e9nin ici que j&#39;ai \u00e9t\u00e9 soign\u00e9, j&#39;ai fui avec la balle dans la jambe&quot;, t\u00e9moigne-t-il \u00e0 IPS, montrant le point de la blessure.<\/p>\n<p> Ag\u00e9e d&#39;une vingtaine d&#39;ann\u00e9e, Ama Amavi (un surnom), affirme \u00e9galement, elle, avoir perdu son mari dans les violences. &quot;Il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par une balle perdue devant moi et mes enfants&quot;, dit-elle \u00e0 IPS, en pleurant. Elle rejette aussi toute id\u00e9e de retour au Togo. Selon elle, si les gens continuent par arriver dans le camp d&#39;Agam\u00e9, c&#39;est la preuve que la situation n&#39;est pas calme.<\/p>\n<p> Kokou Koffi (un surnom), 30 ans, est nouvellement arriv\u00e9 du Togo. Il a indiqu\u00e9 \u00e0 IPS avoir quitt\u00e9 le pays sans sa famille. &quot;J&#39;ai fui \u00e0 la suite de l&#39;arrestation d&#39;un ami m\u00e9decin accus\u00e9 \u00e0 tort d&#39;avoir soign\u00e9 des manifestants de l&#39;opposition lors des violences&quot;.  Ces r\u00e9fugi\u00e9s vivent dans deux camps, sous des tentes offertes par le Haut commissariat des Nations Unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (HCR). Le HCR indique que le B\u00e9nin accueille actuellement 21.000 r\u00e9fugi\u00e9s togolais, dont presque la moiti\u00e9 sont des enfants. Plus d&#39;une centaine serait arriv\u00e9e encore cette semaine.  Malgr\u00e9 la situation inconfortable dans laquelle ils vivent dans ces camps, la plupart des r\u00e9fugi\u00e9s rencontr\u00e9s par IPS ne souhaitent plus rentrer au Togo, du moins pas pour le moment.  &quot;Je me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 partir quand j&#39;ai appris que le ministre de l&#39;Int\u00e9rieur par int\u00e9rim a d\u00e9clar\u00e9 qu&#39;ils vont poursuivre les arrestations&quot;, a dit \u00e0 IPS, Serge L\u00e9on (un surnom), un \u00e9tudiant de 20 ans \u00e0 l&#39;universit\u00e9 de Lom\u00e9, r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Com\u00e9, une localit\u00e9 b\u00e9ninoise.<\/p>\n<p> Katari Foli-Bazi, le ministre de l&#39;Int\u00e9rieur par int\u00e9rim, a rejet\u00e9 ces accusations devant la presse, le 7 juin : &quot;Nous sommes d\u00e9sol\u00e9s&#8230;, nous ne pouvons pas les arr\u00eater&quot;. Selon lui, &quot;Les vrais coupables de violences et atrocit\u00e9s, pendant le processus \u00e9lectoral, doivent \u00eatre arr\u00eat\u00e9s et punis conform\u00e9ment aux lois en vigueur&quot;.<\/p>\n<p> Mais, pour Togoata Ap\u00e9do-Ama, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Ligue togolaise des droits de l&#39;Homme (LTDH), cette assurance apparente fait partie de la strat\u00e9gie de terreur du r\u00e9gime en place au Togo. Puisque, dit-il, des militaires rodent dans les quartiers, la nuit, autour des maisons des gens suppos\u00e9s proches de l&#39;opposition.<\/p>\n<p> &quot;Les gens partent encore vers le B\u00e9nin et le Ghana parce qu&#39;ils sont inqui\u00e9t\u00e9s et les Togolais n&#39;ont plus de recours, ni de protection, et donc, la solution c&#39;est de fuir vers l&#39;\u00e9tranger&quot;, a affirm\u00e9 Ap\u00e9do-Ama \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Selon lui, des Togolais viennent quotidiennement par dizaines se plaindre \u00e0 la LTDH qu&#39;ils sont menac\u00e9s par des milices du parti au pouvoir ou par des militaires qui rodent autour de leurs domiciles.  Une affirmation contest\u00e9e par le Mouvement togolais pour le d\u00e9fense des libert\u00e9s et des droits de l&#39;Homme (MTDLDH). Claude Vondoly, le pr\u00e9sident du MTDLDH, estime que les gens se disent menac\u00e9s d\u00e8s qu&#39;un de leurs proches est interpell\u00e9 pour des interrogatoires \u00e0 la police.<\/p>\n<p> &quot;Dans la plupart des cas, ces personnes sont relax\u00e9es apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9es par la police dans la cadre des enqu\u00eates&quot;, a soulign\u00e9 Vondoly, proche du pouvoir, qui reconna\u00eet toutefois qu&#39;il y a eu des actes de violences avec une chasse \u00e0 l&#39;homme, et des r\u00e8glements de compte apr\u00e8s les \u00e9lections. &quot;Cette situation a touch\u00e9 des partisans du pouvoir comme ceux de l&#39;opposition qui se sont r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur du Togo et \u00e0 l&#39;\u00e9tranger&quot;.  Les nouvelles autorit\u00e9s ont cr\u00e9\u00e9 un &quot;Haut commissariat aux rapatri\u00e9s et \u00e0 l&#39;action humanitaire&quot;, qui, selon un d\u00e9cret sign\u00e9 du nouveau pr\u00e9sident Gnassingb\u00e9, est charg\u00e9 notamment de collecter tous les \u00e9l\u00e9ments d&#39;information sur les r\u00e9fugi\u00e9s togolais, les rapatri\u00e9s et les personnes d\u00e9plac\u00e9es, et de mobiliser les ressources n\u00e9cessaires pour leur venir en aide.<\/p>\n<p> Au B\u00e9nin, la situation des r\u00e9fugi\u00e9s n&#39;est pas du tout enviable dans les camps de Com\u00e9 et d&#39;Agam\u00e9, a constat\u00e9 IPS sur place. &quot;Ceux qui partent savent que la vie dans les camps n&#39;est pas facile, mais comme ils ont peur pour leur vie, ils sont oblig\u00e9s d&#39;y aller&quot;, explique Ap\u00e9do-Ama.<\/p>\n<p> &quot;Afin de r\u00e9pondre aux besoins des r\u00e9fugi\u00e9s, le gouvernement du B\u00e9nin et la coordination humanitaire de l&#39;ONU ont lanc\u00e9, le 13 mai dernier, un appel d&#39;urgence pour une aide humanitaire&quot;, indique le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, dans un communiqu\u00e9. &quot;\u00c0 ce jour, aucune r\u00e9ponse n&#39;a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la proc\u00e9dure d&#39;appel global&quot;, ajoute le texte.  &quot;Ils nous faut de l&#39;aide et si les r\u00e9fugi\u00e9s continuent \u00e0 venir, nous pourrions avoir des probl\u00e8mes de gestion de l&#39;espace et des \u00e9pid\u00e9mies&quot;, a dit \u00e0 IPS, Epiphane Y\u00e9lom\u00e9, coordinateur de la f\u00e9d\u00e9ration de la Croix-Rouge \u00e0 Agam\u00e9.<\/p>\n<p> L&#39;Allemagne a offert plus de 300.000 euros (369.000 dollars) pour assurer l&#39;approvisionnement des r\u00e9fugi\u00e9s togolais en mat\u00e9riels de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 dont des m\u00e9dicaments, des v\u00eatements, des couvertures, des ustensiles de cuisine. Ce don concerne \u00e9galement les mesures sanitaires et logistiques, et la fourniture d&#39;eau potable.<\/p>\n<p> &quot;C&#39;est largement insuffisant pour faire face \u00e0 la situation&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 Catherine Harding, membre du HCR au B\u00e9nin, indiquant que l&#39;institution attendait toujours de l&#39;aide de g\u00e9n\u00e9reux donateurs.  Selon le HCR, plus de 35.000 personnes se sont r\u00e9fugi\u00e9es dans les pays voisins du Togo tandis que plus d&#39;un millier d&#39;autres se sont d\u00e9plac\u00e9es \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur du pays.  A l&#39;int\u00e9rieur, certains d\u00e9plac\u00e9s rejettent \u00e9galement toute id\u00e9e de retour \u00e0 Lom\u00e9, la capitale ou dans d&#39;autres grandes villes togolaises.  Adjovi Komlan, la trentaine, accompagn\u00e9e de son enfant de trois ans, raconte avoir perdu toute trace de son mari depuis les troubles d&#39;avril \u00e0 Lom\u00e9. &quot;Nous \u00e9tions dans notre quartier quand les violences ont commenc\u00e9 et depuis, je n&#39;ai plus de ses nouvelles&quot;. Prise de peur, elle s&#39;est r\u00e9fugi\u00e9e \u00e0 Hahoto\u00e9, son village natal situ\u00e9 \u00e0 une cinquantaine de kilom\u00e8tres au nord-est de la capitale.  En ce jour (6 juin) de distribution de vivres par diff\u00e9rentes structures locales appuy\u00e9es par le Fonds des Nations Unies pour l&#39;enfance (UNICEF), Adjovi s&#39;est pr\u00e9sent\u00e9e tr\u00e8s t\u00f4t dans la matin\u00e9e devant la chapelle de l&#39;\u00e9glise de la localit\u00e9, dans l&#39;espoir d&#39;obtenir le n\u00e9cessaire pour survivre.<\/p>\n<p> Accueillie par sa famille dans le village, Adjovi n&#39;entend pas y rester sans rien faire, parce qu&#39;elle ne veut surtout pas constituer un poids pour ses parents d\u00e9j\u00e0 vieux. &quot;Mon souhait, c&#39;est d&#39;avoir un peu d&#39;argent pour faire un petit commerce ici&quot;, dit-elle, excluant tout retour \u00e0 Lom\u00e9.<\/p>\n<p>&quot;Avec ce que j&#39;ai vu l\u00e0-bas, je ne compte plus retourner pour y vivre&quot;.<\/p>\n<p> Pour venir en aide aux personnes d\u00e9plac\u00e9es les plus vuln\u00e9rables, notamment celles qui ont perdu leur toit et d&#39;autres biens, le Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge (CICR) et la Croix-Rouge togolaise ont entam\u00e9, le 9 juin dans une vingtaine de localit\u00e9s, une distribution d&#39;articles non alimentaires &#8211; nattes, pagnes, savon, seaux et ustensiles de cuisine.  Selon le CICR, cette assistance touche environ 5.000 d\u00e9plac\u00e9s dans la r\u00e9gion centrale du pays, et elle devra s&#39;\u00e9tendre, dans les prochains jours, \u00e0 plus d&#39;un millier de d\u00e9plac\u00e9s dans une autre r\u00e9gion du pays.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>AGAME, sud-ouest du B\u00e9nin, 18 juin (IPS) &#8211; &quot;Je ne peux plus retourner chez moi au Togo jusqu&#39;\u00e0 ce que les choses changent au sommet de l&#39;Etat&quot;, confie \u00e0 IPS Koffi Kodjo (un surnom), qui se trouve dans un camp&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/06\/18\/refugies-les-togolais-refusent-toujours-de-retourner-chez-eux\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":209,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,1,7,3,29],"tags":[],"class_list":["post-2555","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-headlines","category-politique","category-population-refugies","category-west-africa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/209"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2555"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2555\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}