{"id":2540,"date":"2005-06-07T13:40:01","date_gmt":"2005-06-07T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/06\/07\/politique-cote-divoire-risque-de-guerre-ethnique-dans-louest\/"},"modified":"2005-06-07T13:40:01","modified_gmt":"2005-06-07T13:40:01","slug":"politique-cote-divoire-risque-de-guerre-ethnique-dans-louest","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/06\/07\/politique-cote-divoire-risque-de-guerre-ethnique-dans-louest\/","title":{"rendered":"POLITIQUE-COTE D&#39;IVOIRE: Risque de guerre ethnique dans l&#39;ouest"},"content":{"rendered":"<p>ABIDJAN, 7 juin (IPS) &#8211; Trois personnes d&#39;ethnie Gu\u00e9r\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9es dont deux gravement dans la nuit de lundi \u00e0 mardi, en repr\u00e9sailles \u00e0 la mort de quatre Dioulas tu\u00e9s dans la nuit de dimanche lors d&#39;affrontements interethniques \u00e0 Du\u00e9kou\u00e9, \u00e0 400 kilom\u00e8tres \u00e0 l&#39;ouest d&#39;Abidjan, la capitale de C\u00f4te d&#39;Ivoire.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 la semaine pr\u00e9c\u00e9dente, plus de 100 personnes d&#39;origine Gu\u00e9r\u00e9 &#8211; les autochtones &#8211; ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9es \u00e0 la machette et \u00e0 coups de fusil \u00e0 Guitrozon et Petit Du\u00e9kou\u00e9, deux villages rattach\u00e9s \u00e0 la ville de Du\u00e9kou\u00e9.<\/p>\n<p> Des images insoutenables de civils d\u00e9coup\u00e9s ou br\u00fbl\u00e9s vifs. La ville de Du\u00e9kou\u00e9 a montr\u00e9 un visage macabre les 1er et 2 juin. Des enfants, des femmes, des vieillards surpris dans leur sommeil aux environs de deux heures du matin par des assaillants. Plusieurs ont perdu la vie suite \u00e0 leur blessure. Ces agresseurs que les rescap\u00e9s ont identifi\u00e9s comme des &quot;Dozos&quot;, chasseurs traditionnels du nord de la C\u00f4te d&#39;Ivoire, ont pu prendre la fuite apr\u00e8s leur forfait.<\/p>\n<p> A Du\u00e9kou\u00e9, les autochtones Gu\u00e9r\u00e9 d&#39;une part, et les allog\u00e8nes en majorit\u00e9 Dioulas (musulmans du nord de la C\u00f4te d&#39;Ivoire) et immigrants burkinab\u00e9, d&#39;autre part, se regardent en chiens de fa\u00efence depuis plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p> La crise politico-militaire ivoirienne a exacerb\u00e9 leurs relations. Et ce que l&#39;ensemble de la population ivoirienne redoutait au d\u00e9but de la crise ivoirienne, en septembre 2002, est en train d&#39;arriver : La guerre devient ethnique \u00e0 partir de l&#39;ouest du pays.<\/p>\n<p> Les allog\u00e8nes sont plus nombreux que les autochtones parce que c&#39;est une zone de production de cacao et de caf\u00e9. Les Gu\u00e9r\u00e9s ont vendu une bonne partie de leurs terres aux allog\u00e8nes qui peuplent, en fait, les villages de la sous-pr\u00e9fecture de Du\u00e9kou\u00e9. A Du\u00e9kou\u00e9 ville, l&#39;essentiel du commerce et du transport est tenu par les Dioulas.<\/p>\n<p> La population de r\u00e9gion de Du\u00e9kou\u00e9 est estim\u00e9e \u00e0 150.000 habitants dont les deux cinqui\u00e8mes sont allog\u00e8nes (Baoul\u00e9s, Dioulas, Burkinab\u00e9, S\u00e9noufos, Maliens et Yacoubas), selon des sources officielles.<\/p>\n<p> &quot;Les relations des Gu\u00e9r\u00e9s avec les Dioulas et les Mossis (burkinab\u00e9) se sont d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es gravement \u00e0 partir de 1996 o\u00f9 de nombreux probl\u00e8mes fonciers ont oppos\u00e9 les deux communaut\u00e9s&quot;, explique \u00e0 IPS, Emmanuel Tanoh, de l&#39;organisation non gouvernementale, Notre Nation.<\/p>\n<p> Pour Tanoh, la crise ivoirienne a aggrav\u00e9 la situation d\u00e9j\u00e0 tendue. &quot;Ici, les Gu\u00e9r\u00e9s accusent les Dioulas de supporter les rebelles. De leur c\u00f4t\u00e9, les Dioulas rejettent non seulement cette accusation, mais ils se disent exasp\u00e9r\u00e9s des assassinats des membres de leur communaut\u00e9 par les milices proches du chef de l&#39;Etat, compos\u00e9es essentiellement de jeunes Gu\u00e9r\u00e9s&quot;.<\/p>\n<p> La d\u00e9tente, perceptible \u00e0 Du\u00e9kou\u00e9 le dimanche 5 juin dans la matin\u00e9e, o\u00f9 quelques commer\u00e7ants avaient ouvert leurs boutiques, a brusquement bascul\u00e9 la nuit tomb\u00e9e.<\/p>\n<p> &quot;Nous avons \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9s par des coups de feu cette nuit. Trois personnes d&#39;une m\u00eame famille &#8211; deux jeunes filles et un de leurs oncles &#8211; ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS, Djaratou Damb\u00e9l\u00e9. Elle pr\u00e9cise que les coups ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s par des Gu\u00e9r\u00e9s alors qu&#39;un couvre-feu interdit les mouvements des civils dans la ville \u00e0 partir de 19 heures locales (GMT) depuis une semaine.<\/p>\n<p> Cette reprise des violences, en d\u00e9pit des appels \u00e0 l&#39;apaisement des autorit\u00e9s gouvernementales la semaine derni\u00e8re, \u00e9tait perceptible sur place, selon des analystes. En effet, les Gu\u00e9r\u00e9s sont interdits dans les quartiers dioulas et vice versa. Le quartier &#39;Carrefour&#39;, bastion de l&#39;Association patriotique des W\u00ea (AP-w\u00ea), une milice proche du pr\u00e9sident ivoirien Laurent Gbgabo, est accus\u00e9e par les Dioulas d&#39;\u00eatre \u00e0 la base des tueries et de l&#39;ins\u00e9curit\u00e9 r\u00e9gnant dans la ville.<\/p>\n<p> &quot;Ce n&#39;est plus un secret pour personne \u00e0 Du\u00e9kou\u00e9. Ce sont des miliciens en treillis qui attaquent les Dioulas&quot;, s&#39;indigne un jeune de cette communaut\u00e9.<\/p>\n<p> Le premier affrontement direct entre les deux communaut\u00e9s a eu lieu du 29 avril au 2 mai. Il a fait suite \u00e0 la gr\u00e8ve des transporteurs et commer\u00e7ants dioulas. Cet affrontement a occasionn\u00e9 au moins 25 tu\u00e9s.<\/p>\n<p> Les commer\u00e7ants et transporteurs dioulas ont voulu, en effet, observer un arr\u00eat de travail pour d\u00e9noncer le racket des forces de l&#39;ordre et l&#39;ins\u00e9curit\u00e9 qui r\u00e8gnent sur la route Du\u00e9kou\u00e9-Man, dans l&#39;ouest de la C\u00f4te d&#39;Ivoire. Un tron\u00e7on sur lequel ils avaient perdu, quelques jours auparavant, trois des leurs dans attaques de v\u00e9hicules de transport en commun.<\/p>\n<p> Pour les habitants des quartiers dioulas, &quot;la situation actuelle r\u00e9sulte de l&#39;ins\u00e9curit\u00e9 volontairement entretenue par les milices de l&#39;AP-w\u00ea, \u00e0 laquelle r\u00e9pondent les Dioulas en se r\u00e9voltant&quot;.<\/p>\n<p> Dans les deux camps oppos\u00e9s, l&#39;on accuse les Forces arm\u00e9es nationales de C\u00f4te d&#39;Ivoire (FANCI) de passivit\u00e9 dans le maintien de l&#39;ordre. &quot;Les militaires stationn\u00e9s \u00e0 Du\u00e9kou\u00e9 ont une grande responsabilit\u00e9 dans les tueries qui ont lieu \u00e0 moins de 50 m\u00e8tres de leur base&quot;, accuse Omer Sion, un jeune Gu\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p> Sion soutient, comme bien d&#39;autres habitants de la ville, que &quot;ces militaires passent leur temps \u00e0 s&#39;abreuver d&#39;alcool dans les maquis (bars restaurants locaux) et \u00e0 draguer les jeunes filles&quot;.<\/p>\n<p> M\u00eame avis chez Souleymane Diawara, vulcanisateur \u00e0 la gare routi\u00e8re de Du\u00e9kou\u00e9. &quot;Personne ne peut s&#39;estimer en s\u00e9curit\u00e9 ici. Les militaires sont tous devenus des hommes d&#39;affaires. Ils s&#39;occupent plus de leurs affaires que de notre s\u00e9curit\u00e9&quot;, regrette-t-il.<\/p>\n<p> Les populations de Du\u00e9kou\u00e9 se disent &quot;encore plus inqui\u00e8tes par le d\u00e9part massif des familles de certains soldats qui sont \u00e9vacu\u00e9es vers le sud sous contr\u00f4le gouvernemental&quot;, par crainte de les faire agresser. Ce sont notamment des gendarmes, policiers et agents des eaux et for\u00eats en poste dans la localit\u00e9 avant la crise ivoirienne. Ils vivent avec leurs familles sur place, et l&#39;\u00e9cole y a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ouverte \u00e0 la rentr\u00e9e des classes en octobre dernier.<\/p>\n<p> Les militaires de carri\u00e8re, eux sont venus pour la s\u00e9curisation de l&#39;ouest.<\/p>\n<p>Du\u00e9kou\u00e9 est la derni\u00e8re ville sous contr\u00f4le gouvernemental avant Man qui est sous contr\u00f4le rebelle dans l&#39;ouest. La C\u00f4te d&#39;Ivoire est divis\u00e9e en deux, entre sud sous contr\u00f4le de l&#39;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rele, et le nord contr\u00f4l\u00e9 par les rebelles.<\/p>\n<p> Lors de sa visite sur le lieu des affrontements, le 2 juin dernier, le chef d&#39;\u00e9tat-major des FANCI, le colonel-major Phillipe Mangou, a essuy\u00e9 la col\u00e8re des d\u00e9plac\u00e9s de la mission catholique r\u00e9clamant le d\u00e9part du commandant militaire de la ville. Mangou a simplement r\u00e9pondu : &quot;Je vous ai compris, nous prendrons les mesures tr\u00e8s fermes qui s&#39;imposent&quot;.<\/p>\n<p> Le porte-parole de la pr\u00e9sidence ivoirienne, D\u00e9sir\u00e9 Tagro, dans une d\u00e9claration t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, a indiqu\u00e9, le 3 juin, que &quot;ces attaques portent la marque des rebelles&quot;, qui contr\u00f4lent la moiti\u00e9 nord du pays depuis le d\u00e9but de la r\u00e9bellion, le 19 septembre 2002.<\/p>\n<p> Tagro a reconnu cependant que &quot;ces agressions se sont produites dans des localit\u00e9s situ\u00e9es en zone gouvernementale. Mais \u00e0 la lisi\u00e8re de la zone de confiance&quot;, contr\u00f4l\u00e9e par les Casques bleus des Nations Unies et le contingent fran\u00e7ais de l&#39;Op\u00e9ration Licorne.<\/p>\n<p> &quot;Les forces de s\u00e9curit\u00e9 ivoiriennes n&#39;ont normalement pas \u00e0 redouter une attaque venant de la zone de confiance qui est tenue par les forces impartiales qui ont pour mission d&#39;emp\u00eacher, par tous les moyens, les mouvements de personnes arm\u00e9es dans cette zone&quot;, a-t-il ajout\u00e9.<\/p>\n<p> La r\u00e9ponse des Forces nouvelles (ex-r\u00e9bellion) ne sait pas fait attendre..<\/p>\n<p>&quot;Il faut plut\u00f4t voir du c\u00f4t\u00e9 des nombreuses milices \u00e0 la solde de Laurent Gbagbo. Ce sont ces milices qui s\u00e8ment la terreur \u00e0 l&#39;ouest&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 Sidiki Konat\u00e9, leur porte-parole. &quot;C&#39;est pour \u00e9viter de proc\u00e9der au d\u00e9mant\u00e8lement des milices de l&#39;ouest que les tueries de Du\u00e9kou\u00e9, \u0153uvre de ces milices, ont \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9es par le clan pr\u00e9sidentiel&quot;.<\/p>\n<p> Pendant que les forces en pr\u00e9sence dans la crise ivoirienne se jettent la responsabilit\u00e9 des tueries de Du\u00e9kou\u00e9, a situation s&#39;envenime sur place, de jour en jour. Elle est devenue encore plus inqui\u00e9tante avec l&#39;aveu du porte-parole de l&#39;arm\u00e9e ivoirienne, le lieutenant-colonel Jules Yao Yao, qui a affirm\u00e9, le 31 mai, que &quot;le d\u00e9sarmement des milices, commenc\u00e9 dans l&#39;ouest, n&#39;avait pas encore obtenu les r\u00e9sultats escompt\u00e9s&quot;. Il a laiss\u00e9 entendre qu&#39;il pourrait \u00eatre un \u00e9chec.<\/p>\n<p> L&#39;accord de Pretoria, sign\u00e9 par les protagonistes ivoiriens en avril, pr\u00e9voit une phase de sensibilisation, \u00e0 partir du 14 mai, avant le d\u00e9sarmement effectif des troupes en pr\u00e9sence, qui est pr\u00e9vu du 27 juin au 10 ao\u00fbt 2005. C&#39;est le respect de ce calendrier du d\u00e9sarmement qui permettra d&#39;envisager avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles pr\u00e9vues en octobre, soulignent des analystes.<\/p>\n<p> Avant les tueries de Du\u00e9kou\u00e9, la sensibilisation avait bien commenc\u00e9, si on en croit aux d\u00e9clarations faites \u00e0 la presse \u00e0 l&#39;issue des r\u00e9unions entre les FANCI et forces arm\u00e9es des Forces nouvelles. La principale fausse note, selon des analystes, a \u00e9t\u00e9 la difficult\u00e9 des FANCI \u00e0 d\u00e9sarmer les miliciens.<\/p>\n<p> En r\u00e9alit\u00e9, le DDR (le D\u00e9sarmement, la d\u00e9mobilisation et la r\u00e9insertion) ne prend pas en compte formellement les miliciens. Pour les miliciens, on parle plut\u00f4t de &quot;d\u00e9mant\u00e8lement&quot;. Il appartient aux FANCI de le faire, selon des analystes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ABIDJAN, 7 juin (IPS) &#8211; Trois personnes d&#39;ethnie Gu\u00e9r\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9es dont deux gravement dans la nuit de lundi \u00e0 mardi, en repr\u00e9sailles \u00e0 la mort de quatre Dioulas tu\u00e9s dans la nuit de dimanche lors d&#39;affrontements interethniques \u00e0&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/06\/07\/politique-cote-divoire-risque-de-guerre-ethnique-dans-louest\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,1,7,29],"tags":[],"class_list":["post-2540","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-headlines","category-politique","category-west-africa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2540","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2540"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2540\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2540"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2540"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2540"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}