{"id":2509,"date":"2005-05-03T13:40:01","date_gmt":"2005-05-03T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/05\/03\/politique-tunisie-la-liberte-de-parole-criminalisee-analyse\/"},"modified":"2005-05-03T13:40:01","modified_gmt":"2005-05-03T13:40:01","slug":"politique-tunisie-la-liberte-de-parole-criminalisee-analyse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/05\/03\/politique-tunisie-la-liberte-de-parole-criminalisee-analyse\/","title":{"rendered":"POLITIQUE-TUNISIE: La libert\u00e9 de parole criminalis\u00e9e &#8211; Analyse"},"content":{"rendered":"<p>TUNIS, 3 mai (IPS) &#8211; En Tunisie, rechercher une information libre ou parler librement co\u00fbte cher.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Onze ans de prison ferme pour de jeunes internautes de Zarzis pour avoir visit\u00e9 un site d&#39;armements sur Internet.<\/p>\n<p> Trente ans de prison ferme pour les jeunes de l&#39;Ariana, accus\u00e9s de terrorisme et dont l&#39;unique preuve \u00e0 charge est constitu\u00e9e d&#39;un t\u00e9l\u00e9chargement d&#39;informations se rapportant \u00e0 la Palestine.  Trois ans et demi de prison ferme pour l&#39;avocat Mohamed Abbou pour avoir critiqu\u00e9 l&#39;invitation de Ariel Sharon, le Premier ministre isra\u00e9lien, \u00e0 venir en Tunisie \u00e0 l&#39;occasion du Sommet mondial de la soci\u00e9t\u00e9 de l&#39;information (SMSI), lanc\u00e9e le 25 f\u00e9vrier par le pr\u00e9sident tunisien Ben Ali. La critique de l&#39;avocat est faite dans une tribune publi\u00e9e sur &#39;Tunisnews&#39;, un site Internet censur\u00e9 en Tunisie! Cette condamnation r\u00e9cente, qui a \u00e9mu toute la Tunisie et notamment le barreau, et suscit\u00e9 une action de solidarit\u00e9 des avocats &#8211; qui occupent jour et nuit la Maison des avocats, situ\u00e9e en face du palais de justice depuis le 5 avril -, est assur\u00e9ment le plus r\u00e9v\u00e9lateur de l&#39;\u00e9tat de d\u00e9labrement des libert\u00e9s en Tunisie.<\/p>\n<p> Le proc\u00e8s marathon d&#39;Abbou s&#39;est ouvert le 28 avril, en pr\u00e9sence de nombreux observateurs internationaux, mais surtout d&#39;agents de la police politique qui ont litt\u00e9ralement assi\u00e9g\u00e9 le palais de justice, fermant les grilles ext\u00e9rieures aux observateurs tunisiens et usant de violences pour \u00e9vacuer ceux qui ont r\u00e9ussi \u00e0 se glisser \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur.  Le verdict est tomb\u00e9 tard dans la nuit comme un couperet. Dans cette affaire mal engag\u00e9e sur le plan des proc\u00e9dures, o\u00f9 les lois n&#39;ont \u00e9t\u00e9 respect\u00e9es \u00e0 aucune \u00e9tape, des juges aux ordres ne prennent m\u00eame plus le soin de maquiller un tant soit peu ces sortes de &quot;r\u00e8glements de comptes politiques que le r\u00e9gime inflige \u00e0 ses dissidents&quot;, comme les qualifie l&#39;avocat Raouf Ayadi.<\/p>\n<p> Ayadi cite de nombreuses irr\u00e9gularit\u00e9s de la proc\u00e9dure : commission rogatoire antidat\u00e9e au 31 septembre, expertise m\u00e9dicale non-sign\u00e9e, refus du greffe d&#39;enr\u00f4ler la plainte &#8211; pour faux &#8211; des avocats de la d\u00e9fense, fusion de cette affaire avec une plainte pour agression d\u00e9pos\u00e9e pour les besoins de la cause par un sbire du parti au pouvoir pour discr\u00e9diter l&#39;avocat Abbou.<\/p>\n<p> Il rel\u00e8ve \u00e9galement le refus des juges d&#39;acc\u00e9der aux multiples demandes de la d\u00e9fense, comme la pr\u00e9sentation de t\u00e9moins \u00e0 d\u00e9charge, le renvoi de l&#39;audience pour examen du dossier de la nouvelle affaire, et l&#39;arr\u00eat brutal des plaidoiries sous pr\u00e9texte que tout a \u00e9t\u00e9 dit. Rien n&#39;a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 \u00e0 cette justice instrumentalis\u00e9e \u00e0 souhait pour pr\u00e9server un semblant d&#39;ind\u00e9pendance, selon Ayadi.<\/p>\n<p>  Et c&#39;est cette m\u00eame Tunisie qui se pr\u00e9vaut de lib\u00e9raliser l&#39;Internet et de promouvoir la soci\u00e9t\u00e9 de l&#39;information. D&#39;immenses placards publicitaires annon\u00e7ant la tenue du SMSI \u00e0 Tunis en novembre prochain vous accueilleront aux a\u00e9roports tunisiens. A chaque discours officiel ponctuant les nombreuses f\u00eates et comm\u00e9morations, le pr\u00e9sident Ben Ali ne manque pas de rappeler que la tenue de cet \u00e9v\u00e9nement des Nations Unies en Tunisie est &quot;une marque de confiance de la communaut\u00e9 internationale \u00e0 sa politique clairvoyante&quot;.<\/p>\n<p> C&#39;est que Ben Ali compte bien en faire un cache-mis\u00e8re d\u00e9mocratique et une opportunit\u00e9 pour solliciter, encore une fois, de ses partenaires europ\u00e9ens une caution de sa politique autoritaire. Caution dont les dirigeants des Etats d\u00e9mocratiques occidentaux, et notamment le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Jacques Chirac, ont \u00e9t\u00e9 peu avares.  &quot;En Tunisie, on lib\u00e9rera plus ais\u00e9ment les armes que la parole&quot;, d\u00e9clare Khelil Ezzaouia, dirigeant de la Ligue tunisienne des droits de l&#39;Homme (LTDH). Cette boutade est r\u00e9v\u00e9latrice du degr\u00e9 de peur qu&#39;une opinion libre suscite chez les dirigeants du pays. Tout est organis\u00e9 pour la conformer \u00e0 un discours insipide sur la d\u00e9mocratie et l&#39;Etat de droit, d&#39;autant plus \u00e9crasant qu&#39;il cache une r\u00e9alit\u00e9 faite de passes-droits et de corruption, par un jeu schizophr\u00e8ne que le r\u00e9gime de Ben Ali cultive.<\/p>\n<p> Le paysage m\u00e9diatique est lamentablement pauvre et le bilan de Ben Ali en mati\u00e8re de libert\u00e9 de presse est le plus m\u00e9diocre qu&#39;ait connu la Tunisie depuis l&#39;ind\u00e9pendance. Une petite diff\u00e9rence tout de m\u00eame : ce n&#39;est pas par la presse gouvernementale que se d\u00e9ploie la confiscation de la libert\u00e9 de la presse, mais par le biais d&#39;une presse &quot;priv\u00e9e&quot; financ\u00e9e et dirig\u00e9e par les officines du minist\u00e8re de l&#39;Int\u00e9rieur.  Cette presse de caniveau, sp\u00e9cialis\u00e9e dans la d\u00e9sinformation, se charge de diffuser l&#39;intox, de diffamer les dissidents, falsifier les faits et de chanter la gloire de &quot;l&#39;artisan du changement&quot; gr\u00e2ce auquel la Tunisie est en train de vivre un &quot;miracle que lui envient ses voisins&quot;.<\/p>\n<p> Il faut reconna\u00eetre que Ben Ali a r\u00e9alis\u00e9 un miracle, celui de d\u00e9sertifier le paysage m\u00e9diatique sans frais, sans prendre de mesures administratives ou judiciaires, uniquement en actionnant le robinet publicitaire et en usant du t\u00e9l\u00e9phone qui relie le palais de Carthage (la pr\u00e9sidence) d&#39;o\u00f9 le redoutable Abdelwahab Abdallah dirige les r\u00e9dactions.<\/p>\n<p> Sur les 300 journaux publi\u00e9s en Tunisie, seuls deux organes de partis d&#39;opposition &#39;Al Mawkif&#39; et &#39;Attariq al Jadid&#39; sont autoris\u00e9s \u00e0 para\u00eetre, tout en \u00e9tant priv\u00e9s de publicit\u00e9 et de subventions publiques. Les ressources publicitaires publiques sont monopolis\u00e9es par l&#39;ATCE, l&#39;agence officielle de propagande qui se charge de les distribuer aux plus dociles.<\/p>\n<p>La publicit\u00e9 priv\u00e9e, elle, se conforme aux choix des supports s\u00e9lectionn\u00e9s par l&#39;ATCE si les entreprises priv\u00e9es ne veulent pas s&#39;exposer \u00e0 un redressement fiscal ou autres sanctions des pouvoirs publics.<\/p>\n<p> Quant aux m\u00e9dias audiovisuels, ils continuent d&#39;\u00eatre pour l&#39;essentiel un monopole d&#39;Etat et au service de la propagande du pr\u00e9sident et de son parti, le RCD (Rassemblement constitutionnel pour la d\u00e9mocratie). Deux exceptions \u00e0 ce tableau : une radio priv\u00e9e, Radio Mosa\u00efque, autoris\u00e9e \u00e0 diffuser le 7 novembre 2004. Une autorisation accord\u00e9e dans des conditions opaques \u00e0 un &quot;journaliste&quot; proche du minist\u00e8re de l&#39;Int\u00e9rieur et \u00e0 une radio poss\u00e9d\u00e9e par le fr\u00e8re de Leila Ben Ali.<\/p>\n<p> Il en est de m\u00eame pour la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision &quot;priv\u00e9e&quot; Hannibal dont l&#39;autorisation est accord\u00e9e dans les m\u00eames conditions d&#39;opacit\u00e9 \u00e0 un proche de la &quot;premi\u00e8re dame de Tunisie&quot;, et financ\u00e9e par une subvention des caisses de l&#39;Etat, vot\u00e9e par un parlement aux ordres qui n&#39;a jamais rejet\u00e9 une loi ou un d\u00e9cret propos\u00e9 par l&#39;ex\u00e9cutif depuis l&#39;arriv\u00e9e au pouvoir de Ben Ali en 1987.<\/p>\n<p> Les multiples demandes de visa des journaux, radios ou t\u00e9l\u00e9visions \u00e9manant de journalistes ind\u00e9pendants, ont toutes \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es. Ben Ali ne s&#39;est pas satisfait de faire dispara\u00eetre tous les journaux ind\u00e9pendants qui fleurissaient avant son av\u00e8nement au pouvoir, il s&#39;est appliqu\u00e9 \u00e0 n&#39;autoriser \u00e0 para\u00eetre aucun nouvel organe de presse ind\u00e9pendant.<\/p>\n<p> Un rapport d&#39;observation de la couverture m\u00e9diatique des derni\u00e8res \u00e9lections pr\u00e9sidentielles d&#39;octobre 2004 o\u00f9 Ben Ali a \u00e9t\u00e9 reconduit \u00e0 la t\u00eate de l&#39;Etat avec un score de 94,45 pour cent des voix pour un quatri\u00e8me mandat l\u00e9galis\u00e9 par une manipulation de la constitution, d\u00e9nonce ce monopole de l&#39;espace m\u00e9diatique au profit du pr\u00e9sident et de son parti.<\/p>\n<p> &quot;Le Pr\u00e9sident Ben Ali \u00e9tait l&#39;acteur central de cette campagne, recevant une moyenne de 77 pour cent du temps d&#39;antenne dans des m\u00e9dias audiovisuels et une moyenne de 92 pour cent de l&#39;espace dans la presse \u00e9crite&quot;, souligne le rapport (cf www.i-m-s.dk).<\/p>\n<p> &quot;En guise de droit \u00e0 disposer de leur libert\u00e9 d&#39;expression, les Tunisiens peuvent se contenter de la &#39;stabilit\u00e9 politique&#39; assur\u00e9e d&#39;une main de fer par Ben Ali, le partenaire mod\u00e8le de l&#39;Europe, et remettre \u00e0 plus tard leurs aspirations d\u00e9mocratiques!&quot;, s&#39;exclame, am\u00e8re, Khedija Ch\u00e9rif, c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9fenseuse des droits humains.<\/p>\n<p> * Cet article est publi\u00e9 conjointement par InfoSud, une agence de presse bas\u00e9e en Suisse, et IPS.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TUNIS, 3 mai (IPS) &#8211; En Tunisie, rechercher une information libre ou parler librement co\u00fbte cher.<\/p>\n","protected":false},"author":323,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,24,1,7],"tags":[],"class_list":["post-2509","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-communication-medias","category-headlines","category-politique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2509","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/323"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2509"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2509\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2509"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2509"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2509"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}