{"id":2500,"date":"2005-04-25T13:40:01","date_gmt":"2005-04-25T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/04\/25\/droits-niger-renoncer-au-couteau-de-lexcision-ou-subir-les-rigueurs-dela-loi\/"},"modified":"2005-04-25T13:40:01","modified_gmt":"2005-04-25T13:40:01","slug":"droits-niger-renoncer-au-couteau-de-lexcision-ou-subir-les-rigueurs-dela-loi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/04\/25\/droits-niger-renoncer-au-couteau-de-lexcision-ou-subir-les-rigueurs-dela-loi\/","title":{"rendered":"DROITS-NIGER: Renoncer au couteau de l&#39;excision ou subir les rigueurs dela loi"},"content":{"rendered":"<p>NIAMEY, 25 avr (IPS) &#8211; &quot;Ce n&#39;est pas facile de renoncer \u00e0 un m\u00e9tier qu&#39;on a h\u00e9rit\u00e9 de ses parents et qu&#39;on a exerc\u00e9 pendant des ann\u00e9es. Mais quand on est sensibilis\u00e9 sur les graves pr\u00e9judices que peut causer cette profession \u00e0 autrui, on doit y renoncer&quot;, d\u00e9clare Salmou Himadou \u00e0 IPS.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Ag\u00e9e de 60 ans environ, Himadou pratiquait l&#39;excision ou les mutilations g\u00e9nitales f\u00e9minines (MGF) dans son pays, au Niger, en Afrique de l&#39;ouest.  Exciseuse reconvertie de Tillab\u00e9ri, une localit\u00e9 \u00e0 environ 116 kilom\u00e8tres \u00e0 l&#39;ouest de Niamey, Himadou a d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9poser le couteau en 2003 pour s&#39;adonner \u00e0 la vente de condiments, gr\u00e2ce \u00e0 un appui financier de Coniprat, une organisation non gouvernementale (ONG) bas\u00e9e dans la capitale nig\u00e9rienne, qui lutte contre les pratiques n\u00e9fastes \u00e0 la sant\u00e9 de la femme et de l&#39;enfant.<\/p>\n<p> &quot;L&#39;ONG m&#39;a accord\u00e9 un cr\u00e9dit de 50.000 francs CFA (environ 100 dollars) pour entreprendre une activit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ratrice de revenu. Dieu merci, la vente de condiments, dans laquelle je me suis lanc\u00e9e avec cet argent, me rapporte de loin plus que le m\u00e9tier d&#39;exciseuse&quot;, souligne-t-elle.<\/p>\n<p> &quot;Himadou fait partie de la quarantaine d&#39;exciseuses que nous avons reconverties depuis le d\u00e9marrage de nos activit\u00e9s en 1992&quot;, indique \u00e0 IPS, Ma\u00efga Amsou Amadou, la pr\u00e9sidente de l&#39;ONG.<\/p>\n<p> Les 39 autres exciseuses reconverties ont \u00e9galement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du cr\u00e9dit financier de 100 dollars chacune. Outre les condiments, certaines anciennes exciseuses s&#39;adonnent \u00e0 la vente de beignets, \u00e0 l&#39;extraction artisanale d&#39;huile d&#39;arachide, au mara\u00eechage, \u00e0 la petite embouche, entre autres, ajoute Amadou.     Selon la pr\u00e9sidente de Coniprat, le combat contre l&#39;excision et les MGF en g\u00e9n\u00e9ral conna\u00eet un regain de vitalit\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es au Niger, avec une mobilisation de l&#39;opinion publique.  &quot;C&#39;est un sujet rest\u00e9 longtemps tabou dans notre pays. Mais aujourd&#39;hui, le ph\u00e9nom\u00e8ne est d\u00e9sacralis\u00e9; les gens en parlent ouvertement, et des exciseuses acceptent de d\u00e9poser le couteau pour s&#39;adonner \u00e0 des activit\u00e9s lucratives, gr\u00e2ce notamment aux actions de sensibilisation, d&#39;information et de formation que nous menons sur les dangers que comporte la pratique&quot;, explique-t-elle.<\/p>\n<p> L&#39;excision consiste \u00e0 enlever partiellement ou totalement le clitoris de la femme. Dans certaines r\u00e9gions d&#39;Afrique, on pratique l&#39;infibulation qui consiste \u00e0 coudre les grandes l\u00e8vres du vagin de la fille et \u00e0 ne r\u00e9server qu&#39;un petit orifice pour l&#39;urine et les menstruations.  L&#39;excision est un ph\u00e9nom\u00e8ne assez r\u00e9pandu au Niger et pratiqu\u00e9 dans presque toutes les r\u00e9gions du pays \u00e0 des degr\u00e9s divers, selon les analystes.<\/p>\n<p>D&#39;apr\u00e8s une cartographie \u00e9tablie par Coniprat, c&#39;est la r\u00e9gion de Tillab\u00e9ri qui vient en t\u00eate avec une pr\u00e9valence de 30 pour cent. Arrivent ensuite celles de Diffa, \u00e0 1.365 km \u00e0 l&#39;est de capitale, qui a une pr\u00e9valence d&#39;environ 19 pour cent, et la communaut\u00e9 urbaine de Niamey, avec 17 pour cent.  &quot;Toutefois, une enqu\u00eate effectu\u00e9e en d\u00e9cembre 2004, sp\u00e9cifiquement dans la r\u00e9gion de Diffa, gr\u00e2ce \u00e0 un appui financier de l&#39;UNICEF, nous a permis de mettre en \u00e9vidence un taux de pr\u00e9valence de l&#39;ordre de 40 pour cent dans la localit\u00e9 de Nguigmi&quot;, souligne Amadou, chiffrant le taux de pr\u00e9valence au niveau national \u00e0 50 pour cent. (L&#39;UNICEF est le Fonds des Nations Unies pour l&#39;enfance).<\/p>\n<p> &quot;Pour les communaut\u00e9s qui s&#39;y adonnent, l&#39;excision est un instrument de contr\u00f4le de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine; elle est per\u00e7ue comme un espace de socialisation, un facteur de stabilit\u00e9 de l&#39;ordre social. Et certains vont jusqu&#39;\u00e0 lui trouver des fondements islamiques&quot;, explique \u00e0 IPS, un sociologue ayant requis l&#39;anonymat.<\/p>\n<p> Mais, l&#39;imam Ali Souma\u00efla, un leader religieux officiant dans une mosqu\u00e9e de Niamey, rejette ce fondement : &quot;Cette pratique n&#39;a aucun lien avec l&#39;islam&quot;.<\/p>\n<p> L&#39;objectif avou\u00e9 de l&#39;excision est remis en cause par les nombreux risques que courent les victimes de l&#39;op\u00e9ration : l&#39;h\u00e9morragie, les infections et le VIH\/SIDA. Selon des sp\u00e9cialistes, l&#39;excision cause de graves pr\u00e9judices sur la sant\u00e9 de la femme et de l&#39;enfant.  &quot;En dehors du choc psychologique, de la douleur et des h\u00e9morragies qu&#39;elle provoque dans l&#39;imm\u00e9diat, l&#39;excision est \u00e0 l&#39;origine de certaines complications de maternit\u00e9 comme l&#39;apparition de la fistule, des infections et m\u00eame souvent la st\u00e9rilit\u00e9&quot;, explique \u00e0 IPS, Dr Bako Bagassi, du Programme national de lutte contre les infections sexuellement transmissibles (IST) et le VIH\/SIDA, \u00e0 Niamey.<\/p>\n<p> &quot;Mais aujourd&#39;hui, il y a un autre danger plus grave qui est la propagation du VIH\/SIDA, avec l&#39;utilisation d&#39;instruments non st\u00e9rilis\u00e9s par les exciseuses&quot;, ajoute Bagassi.  Selon une \u00e9tude sur la fistule obst\u00e9tricale effectu\u00e9e en 2003 par le Programme des Nations Unies pour le d\u00e9veloppement, &quot;Les mutilations g\u00e9nitales f\u00e9minines mettent la sant\u00e9 des femmes en danger. Parmi les femmes atteintes d&#39;une fistule qui ont subi une intervention au Niger en 2002, 22 pour cent avaient subi une forme quelconque de MGF&quot;.  &quot;Ma fille paie aujourd&#39;hui la ran\u00e7on de l&#39;excision. Elle souffre d&#39;une fistule qui a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e plusieurs fois sans succ\u00e8s. Et d&#39;apr\u00e8s le m\u00e9decin, c&#39;est l&#39;excision qu&#39;elle a subie dans son enfance qui a aggrav\u00e9 son cas&quot;, confie \u00e0 IPS, une vieille dame rencontr\u00e9e au Centre d&#39;accueil pour les femmes fistuleuses, \u00e0 Niamey.<\/p>\n<p> Devant l&#39;ampleur des d\u00e9g\u00e2ts engendr\u00e9s par les MGF, les autorit\u00e9s nig\u00e9riennes ont d\u00e9cid\u00e9 prendre, en 2003, des textes qui r\u00e9priment la pratique dans le pays.  Interrog\u00e9e par IPS sur la question, la ministre de la Promotion de la Femme et de la Protection de l&#39;Enfant, Ousmane Ze\u00efnabou Moulay d\u00e9clare : &quot;Le combat contre les mutilations g\u00e9nitales f\u00e9minines fait partie de la politique nationale en mati\u00e8re de sant\u00e9 de la reproduction&quot;.<\/p>\n<p> Cette politique, selon elle, &quot;a jusqu&#39;ici consist\u00e9 en la construction de centres de sant\u00e9 et la sensibilisation des populations sur les comportements n\u00e9fastes \u00e0 la sant\u00e9 de la reproduction. Pour renforcer ces actions, le gouvernement a initi\u00e9 aujourd&#39;hui des dispositions qui r\u00e9priment s\u00e9v\u00e8rement l&#39;excision&quot;.<\/p>\n<p> La loi du 13 juin 2003 dispose que &quot;quiconque aura commis ou tent\u00e9 de commettre une mutilation g\u00e9nitale f\u00e9minine, sera puni d&#39;un emprisonnement de six mois \u00e0 trois ans et d&#39;une amende de 20.000 \u00e0 200.000 FCFA (de 40 \u00e0 400 dollars)&quot;.<\/p>\n<p> Selon la loi, si la MGF provoque la mort, m\u00eame sans intention de la donner, le coupable sera puni d&#39;un emprisonnement de 10 \u00e0 20 ans, et son complice \u00e9copera de la m\u00eame peine.  Mais ces sanctions n&#39;ont pas commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9es. Pour la pr\u00e9sidente de Coniprat, &quot;la loi n&#39;est pas appliqu\u00e9e parce que pour l&#39;appliquer, il faut d&#39;abord constater le fait, que les gens d\u00e9noncent et qu&#39;on prenne l&#39;exciseuse sur le fait. Elle (la loi) va frapper, en fait, les exciseuses r\u00e9calcitrantes ou qui r\u00e9cidivent&quot;.  Un sommet des chefs d&#39;Etat de l&#39;Union africaine (UA), tenue dans la capitale mozambicaine, Maputo, en juillet 2003, a adopt\u00e9 le protocole de la &quot;Charte africaine sur les droits des femmes en Afrique&quot;, dont l&#39;article 5 interdit et condamne les MGF.  Pour entrer en vigueur, le protocole doit \u00eatre ratifi\u00e9 par au moins 15 pays de l&#39;UA forte de 53 membres. Selon le &#39;Newsletter&#39; de l&#39;ONG WILDAF-West Africa, dix pays l&#39;auraient ratifi\u00e9 jusqu&#39;au 4 f\u00e9vrier 2005 : Comores, Libye, Rwanda, Mali, Nigeria, S\u00e9n\u00e9gal, Djibouti, Lesotho, Namibie et Afrique du Sud.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NIAMEY, 25 avr (IPS) &#8211; &quot;Ce n&#39;est pas facile de renoncer \u00e0 un m\u00e9tier qu&#39;on a h\u00e9rit\u00e9 de ses parents et qu&#39;on a exerc\u00e9 pendant des ann\u00e9es. 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