{"id":2491,"date":"2005-04-18T13:40:01","date_gmt":"2005-04-18T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/04\/18\/droits-cameroun-les-communautes-de-pygmees-peuvent-elles-sisoler-encoredans-les-forets\/"},"modified":"2005-04-18T13:40:01","modified_gmt":"2005-04-18T13:40:01","slug":"droits-cameroun-les-communautes-de-pygmees-peuvent-elles-sisoler-encoredans-les-forets","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/04\/18\/droits-cameroun-les-communautes-de-pygmees-peuvent-elles-sisoler-encoredans-les-forets\/","title":{"rendered":"DROITS-CAMEROUN: Les communaut\u00e9s de pygm\u00e9es peuvent-elles s&#39;isoler encoredans les for\u00eats?"},"content":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 18 avr (IPS) &#8211; Aux alentours de Lomi\u00e9, une localit\u00e9 situ\u00e9e \u00e0 environ 380 kilom\u00e8tres au sud-est de Yaound\u00e9, un ballet incessant de grumiers \u00e9pouvante les nombreux campements des pygm\u00e9es Baka. La zone est au c\u0153ur de la principale r\u00e9gion d&#39;exploitation foresti\u00e8re du Cameroun, un pays d&#39;Afrique centrale.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Mais la richesse symbolis\u00e9e par le bois ne fait qu&#39;y passer. Sans liaison t\u00e9l\u00e9phonique avec l&#39;ext\u00e9rieur et avec, pour seule route, une piste cahoteuse propice aux bourbiers, Lomi\u00e9 a des allures de bout du monde, o\u00f9 vivent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des Bantous majoritaires, quelque 40.000 indig\u00e8nes \u00e9parpill\u00e9s dans la for\u00eat, et qui ne d\u00e9pendent que d&#39;elle pour leur survie.  &quot;La plupart des pygm\u00e9es Baka vivent encore de chasse et de cueillette dans la for\u00eat qui est leur foyer ancestral, leur \u00e9picentre de confiance, le seul lieu o\u00f9 leur existence prend racine, et auquel ils ont toujours eu droit&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS, Cl\u00e9mentine Assiga Ndongo, membre du Centre pour l&#39;environnement et le d\u00e9veloppement (CED), une organisation non gouvernementale (ONG) bas\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9, la capitale camerounaise.<\/p>\n<p> Les for\u00eats du sud et de l&#39;est du Cameroun sont, en effet, parsem\u00e9es de terrains de chasse, l&#39;activit\u00e9 principale des pygm\u00e9es qui sont tr\u00e8s mobiles. Aussi, est-il difficile de rencontrer des pygm\u00e9es \u00e0 certains moments de l&#39;ann\u00e9e.  Cons\u00e9quence : il est rare que les foyers des pygm\u00e9es soient correctement enregistr\u00e9s par les services administratifs. &quot;Litt\u00e9ralement, ils ne figurent pas sur les cartes&quot;, souligne Ndongo.<\/p>\n<p> Gr\u00e2ce \u00e0 cet isolement g\u00e9ographique et social, les communaut\u00e9s foresti\u00e8res indig\u00e8nes du Cameroun ont pu maintenir leur culture, depuis l&#39;\u00e9poque pr\u00e9-coloniale jusqu&#39;\u00e0 pr\u00e9sent, alors que le monde ext\u00e9rieur \u00e0 la for\u00eat subissait des changements radicaux.<\/p>\n<p> &quot;Cette marginalisation sociopolitique est le reflet de la forte discrimination \u00e0 laquelle les Baka sont confront\u00e9s lorsqu&#39;ils quittent la s\u00e9curit\u00e9 de leurs for\u00eats et de leurs communaut\u00e9s o\u00f9 ils sont puissants et en relative s\u00e9curit\u00e9, pour les charmes des villages voisins ou en bordure des routes, o\u00f9 ils risquent d&#39;\u00eatres tromp\u00e9s, ridiculis\u00e9s ou trait\u00e9s avec injustice par les autorit\u00e9s locales et gouvernementales&quot;, explique \u00e0 IPS, S\u00e9verin Cecil Ab\u00e9ga, anthropologue, enseignant \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I.  &quot;Raison pour laquelle de nombreux Baka, Bagyeli et Bakola&quot;, ajoute-t-il, &quot;pr\u00e9f\u00e8rent rester dans leur communaut\u00e9 foresti\u00e8re et ne pas se m\u00ealer des &#39;affaires du village&#39;.&quot; Mais, l&#39;isolement des peuples autochtones des for\u00eats signifie \u00e9galement que la plupart d&#39;entre eux n&#39;ont presque pas acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9 modernes ou \u00e0 l&#39;\u00e9ducation formelle, et qu&#39;ils ne parlent ni ne lisent le fran\u00e7ais, la langue officielle dominante de toute la r\u00e9gion de l&#39;Afrique centrale qui abrite des pygm\u00e9es.<\/p>\n<p> Les pygm\u00e9es acceptent difficilement d&#39;inscrire leurs enfants \u00e0 l&#39;\u00e9cole en raison du m\u00e9pris dont ils sont victimes de la part des Bantous. N\u00e9anmoins, quelques rares enfants pygm\u00e9es vont \u00e0 l&#39;\u00e9cole, mais il n&#39;existe pas de statistiques sur leur nombre.<\/p>\n<p> Outre le Cameroun, on trouve des pygm\u00e9es au Congo-Brazzaville, en Centrafrique, en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, au Gabon, au Rwanda, au Burundi et en Ouganda.<\/p>\n<p> &quot;Nagu\u00e8re encore, avant que le gouvernement camerounais et les ONG n&#39;aient entrepris de les inscrire formellement, peu d&#39;entre eux avaient une carte d&#39;identit\u00e9 et presque aucun ne figurait dans les recensements officiels et les listes \u00e9lectorales&quot;, se souvient Calvin Oyono, un agent administratif en service \u00e0 la sous-pr\u00e9fecture de Lomi\u00e9.<\/p>\n<p> &quot;De ce fait, ils n&#39;ont pas eu la possibilit\u00e9 de s&#39;opposer aux puissants nouveaux venus qui essayent de violer leurs droits, et la for\u00eat reste donc un refuge important pour eux&quot;, indique Oyono \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Selon les t\u00e9moignages recueillis par IPS, les pygm\u00e9es, d&#39;habitude tr\u00e8s ouverts \u00e0 l&#39;\u00e9gard des \u00e9trangers, sont en permanence objet de pers\u00e9cution du fait de leur ignorance et de leur analphab\u00e9tisme.  Ils sont souvent aussi victimes de la part des gens qui entrent dans la for\u00eat, pour chercher des informations sur la flore et la faune, ou pour extraire des ressources telles que le caoutchouc, le gibier, ou encore le bois qui est, apr\u00e8s le p\u00e9trole, le second produit d&#39;exportation du Cameroun.  Le caoutchouc repr\u00e9sente 10 pour cent du produit int\u00e9rieur brut du pays, soit quelque 16,30 milliards de dollars en 2004, estime la Banque des Etats de l&#39;Afrique centrale, dans sa &#39;Note de conjoncture 2004&#39;.<\/p>\n<p> &quot;Les \u00e9trangers, qui arrivent chez les pygm\u00e9es, cherchent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 extorquer les peaux de b\u00eates que nous avons, ou \u00e0 prendre, sans d\u00e9bourser de l&#39;argent, des \u00e9corces qui soignent certaines maladies&quot;, a expliqu\u00e9 \u00e0 IPS, Emmanuel Missolo, un pygm\u00e9e, animateur au CED, \u00e0 Lomi\u00e9.<\/p>\n<p> Les pygm\u00e9es ne se plaignent jamais aupr\u00e8s des autorit\u00e9s \u00e9tant donn\u00e9 qu&#39;ils ont peur des repr\u00e9sailles des Bantous. Mais ils le font aupr\u00e8s des ONG ou, parfois publiquement, comme lors du &quot;Libandi&quot;, le festival pygm\u00e9e qu&#39;organise, chaque d\u00e9cembre, le CED.<\/p>\n<p> Pourtant, les m\u00e9canismes traditionnels s&#39;av\u00e8rent incapables de prot\u00e9ger les peuples indig\u00e8nes contre les pressions croissantes exerc\u00e9es maintenant sur les for\u00eats qu&#39;ils habitent depuis toujours.<\/p>\n<p> &quot;Avec l&#39;adoption, en 1994, de la nouvelle loi foresti\u00e8re du Cameroun, les donateurs ont fait des investissements dans le r\u00e9seau d&#39;aires prot\u00e9g\u00e9es pour soutenir les anciens parcs et \u00e9tablir de nouvelles &#39;r\u00e9gions planifi\u00e9es&#39; de conservation qui co\u00efncident avec les territoires traditionnels des pygm\u00e9es&quot;, d\u00e9clare \u00e0 IPS, F\u00e9lix Sagne, \u00e9conomiste forestier au minist\u00e8re des For\u00eats et de la Faune.<\/p>\n<p> Les &#39;r\u00e9gions planifi\u00e9es&#39; de conservation sont Campo Ma&#39;an, Boumba-Bek, Lobek\u00e9, toutes dans le sud du Cameroun.<\/p>\n<p> Sagne ajoute : &quot;Du fait que ces communaut\u00e9s ne figuraient pas sur les cartes lors de l&#39;\u00e9tablissement des parcs, elles ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de leurs droits sur la for\u00eat comme de leur droit \u00e0 l&#39;isolement, par l&#39;application des normes non discriminatoires pour la protection de la flore et de la faune en danger&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Le constat actuel est que les pygm\u00e9es sont aujourd&#39;hui \u00e9trangers dans la for\u00eat o\u00f9 ils \u00e9taient les premiers \u00e0 exercer leurs activit\u00e9s&quot;, a dit \u00e0 IPS, Judith Atangana, membre de &#39;Planet Suvey Cameroon&#39;, une ONG bas\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9. &quot;Outre les mauvais traitements \u00e0 eux inflig\u00e9s par les Bantous, ils ne re\u00e7oivent pas de redevance foresti\u00e8re comme les autres communaut\u00e9s&quot;.<\/p>\n<p> Mais beaucoup de ces normes portent atteinte au mode de vie de ces peuples chasseurs et cueilleurs, bien que leurs droits aux ressources et \u00e0 leur utilisation durable traditionnelle soient prot\u00e9g\u00e9s par les dispositions l\u00e9gales nationales et internationales.<\/p>\n<p> Toutefois, la 5\u00e8me Conf\u00e9rence sur les \u00e9cosyst\u00e8mes des for\u00eats denses et humides d&#39;Afrique centrale, \u00e0 Yaound\u00e9, en mai 2004, la &#39;Recommandation et le Plan d&#39;action&#39; n\u00e9s de la Conf\u00e9rence mondiale contre le racisme de Durban en 2001, et le 5\u00e8me Congr\u00e8s mondial sur les parcs et les aires prot\u00e9g\u00e9es de l&#39;Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), appellent les Etats \u00e0 r\u00e9viser leurs l\u00e9gislations et les politiques dont l&#39;application a une incidence n\u00e9gative sur les populations autochtones.  &quot;Les projets actuels des conservationistes et des donateurs aggravent la situation des indig\u00e8nes. En effet, ils concernent de vastes &#39;paysages&#39; qui incluent toute la for\u00eat camerounaise, de sorte que les communaut\u00e9s, qui ne sont d\u00e9j\u00e0 plus capables de s&#39;isoler, subiront encore davantage de probl\u00e8mes&quot;, estime Ab\u00e9ga.  Les communaut\u00e9s pygm\u00e9es menac\u00e9es par les nouveaux parcs \u00e9rig\u00e9s depuis 1995 sont les Baka, Bagando Bakwele, Knombemebe, Vonvo, Zime, Dabjui, Bagyeli, Bakola, y compris les Mbendjele Yaka qui migrent g\u00e9n\u00e9ralement entre le nord du Congo-Brazzaville et le sud-est du Cameroun.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 18 avr (IPS) &#8211; Aux alentours de Lomi\u00e9, une localit\u00e9 situ\u00e9e \u00e0 environ 380 kilom\u00e8tres au sud-est de Yaound\u00e9, un ballet incessant de grumiers \u00e9pouvante les nombreux campements des pygm\u00e9es Baka. 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