{"id":2460,"date":"2005-03-15T13:40:01","date_gmt":"2005-03-15T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/03\/15\/droits-rd-congo-les-femmes-denoncent-limpunite-pour-les-violences-sexuelles\/"},"modified":"2005-03-15T13:40:01","modified_gmt":"2005-03-15T13:40:01","slug":"droits-rd-congo-les-femmes-denoncent-limpunite-pour-les-violences-sexuelles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/03\/15\/droits-rd-congo-les-femmes-denoncent-limpunite-pour-les-violences-sexuelles\/","title":{"rendered":"DROITS-RD CONGO: Les femmes d\u00e9noncent l&#39;impunit\u00e9 pour les violences sexuelles"},"content":{"rendered":"<p>KINSHASA, 15 mars (IPS) &#8211; Si la guerre est quasiment termin\u00e9e pour les populations de l&#39;ouest de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), tel n&#39;est pas le cas pour celles de la partie orientale, notamment les femmes qui subissent encore aujourd&#39;hui l&#39;une de ses s\u00e9quelles dramatiques : le viol.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n De nombreuses femmes sont viol\u00e9es quotidiennement dans les provinces du Sud-Kivu, du Nord-Kivu et du district de l&#39;Ituri, dans l&#39;est de la RDC, sans que les auteurs des viols soient inqui\u00e9t\u00e9s outre mesure.  &quot;Nous recevons, par mois, au moins 200 femmes de tous les \u00e2ges, victimes de s\u00e9vices sexuels&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS, depuis Bukavu, Colette Kitoga, m\u00e9decin, secr\u00e9taire ex\u00e9cutive du Centre Mater Misericordiae. Elle se dit tr\u00e8s inqui\u00e8te de la fr\u00e9quence et de la multiplicit\u00e9 des cas de viols des femmes, notamment de tr\u00e8s jeunes filles dans toute la province du Sud-Kivu.<\/p>\n<p> Cr\u00e9\u00e9 en 1997, le Centre Mater Misericordiae s&#39;occupe, \u00e0 Bukavu, Uvira et Kamituga, dans l&#39;est du pays, sp\u00e9cialement des traumatismes psychologiques caus\u00e9s par des violences sexuelles que subissent les femmes. &quot;Les plus jeunes de nos pensionnaires ont g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 peine 12 ou 13 ans et les plus \u00e2g\u00e9es vont jusqu&#39;\u00e0 soixante ans&quot;, a expliqu\u00e9 Dr Kitoga.  &quot;Les auteurs sont presque exclusivement des hommes en armes : militaires de l&#39;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re, combattants des diff\u00e9rentes r\u00e9bellions, y compris les milices rwandaises Interahamwe et burundaises du FDD (Font de d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie ou du FNL (Front national de lib\u00e9ration)&quot;, pr\u00e9cise-t-elle.  A la question de savoir pourquoi tous ces cas de viols ne sont pas port\u00e9s \u00e0 la justice, Kitoga a r\u00e9pondu qu&#39;elle s&#39;est maintes fois plainte aupr\u00e8s de la justice militaire de Bukavu, mais sans aucun r\u00e9sultat, m\u00eame quand les auteurs \u00e9taient d\u00fbment identifi\u00e9s.  &quot;Nous avons tout fait pour int\u00e9resser la justice militaire \u00e0 de nombreux cas de viols perp\u00e9tr\u00e9s par des soldats. Souvent, la justice militaire nous r\u00e9pond que tous ceux qui portent l&#39;uniforme ne sont pas n\u00e9cessairement des militaires et quand ils le sont, ils d\u00e9pendent souvent, administrativement et politiquement, d&#39;autres juridictions ou groupes arm\u00e9s&quot;.  C&#39;est ce laxisme du syst\u00e8me judiciaire congolais \u00e0 l&#39;\u00e9gard des auteurs de viols que Juliana Kippenberg, chercheuse au Bureau Afrique de &#39;Human Rights Watch&#39; (HRW), une organisation internationale non gouvernementale (ONG) de d\u00e9fense des droits de l&#39;Homme, bas\u00e9e aux Etats-Unis, a d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 Kinshasa, la semaine derni\u00e8re.  Kippenberg \u00e9tait venue soutenir, dans la capitale de la RDC, le cri du c\u0153ur des milliers de femmes congolaises qui vivent au quotidien le martyre du viol et autres violences faites \u00e0 la femme dans l&#39;est de la RDC.  &quot;Les soldats gouvernementaux et les combattants rebelles ont viol\u00e9 des milliers de femmes et de filles au cours du conflit dans l&#39;est du Congo, pourtant moins d&#39;une dizaine d&#39;agresseurs ont \u00e9t\u00e9 poursuivis par un syst\u00e8me judiciaire&quot;, s&#39;est-elle insurg\u00e9e.<\/p>\n<p> Depuis le 8 mars de cette ann\u00e9e, Journ\u00e9e internationale de la femme, une campagne de sensibilisation contre l&#39;impunit\u00e9 des actes de viols a d\u00e9marr\u00e9 sur toute l&#39;\u00e9tendue du pays sur l&#39;initiative du minist\u00e8re des Droits humains, et durera tout le mois de mars, un mois consacr\u00e9 \u00e0 la femme.  Selon Madeleine Kalala, la ministre congolaise des Droits humains, la sensibilisation vise notamment les magistrats. &quot;Nous nous adressons \u00e0 tous les magistrats tant civils que militaires pour qu&#39;ils puissent s\u00e9vir avec s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 d\u00e8s que les actes de viols sont port\u00e9s \u00e0 leur connaissance. C&#39;est la seule fa\u00e7on de d\u00e9courager ce genre de crimes&quot;, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9.  En fait, c&#39;est depuis l&#39;ann\u00e9e derni\u00e8re que le minist\u00e8re des Droits humains m\u00e8ne cette campagne aupr\u00e8s des magistrats et des femmes pour que les premiers s&#39;occupent davantage de la r\u00e9pression des auteurs des viols et que les secondes, victimes des viols, prennent le courage de se plaindre aupr\u00e8s de la justice \u00e0 chaque cas de viol.  &quot;Nous demandons aux victimes de briser la peur qui est en elles. Elles ont peur de se plaindre par crainte de repr\u00e9sailles et surtout par honte. Il est vrai que notre culture y est pour beaucoup, mais nous les encourageons \u00e0 se d\u00e9passer&quot;, ajoute Kalala.  Tshiza Bushiri, 16 ans, qu&#39;un contact IPS a r\u00e9ussi \u00e0 faire parler \u00e0 Bukavu, est l&#39;illustration parfaite de ce sentiment de honte qui emp\u00eache les femmes viol\u00e9es de porter plainte. Elle raconte qu&#39;elle a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e, il y a trois ans, en compagnie de 15 adultes, par des miliciens rwandais Interahamwe, \u00e0 Kaji, dans le Sud-Kivu.  &quot;Ils nous ont emmen\u00e9es en for\u00eat. Nous \u00e9tions pieds et poings li\u00e9s. Ils m&#39;ont dit que j&#39;\u00e9tais leur femme. Je n&#39;avais que 13 ans et je ne pouvais pas leur r\u00e9sister. Deux d&#39;entre nous ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es parce qu&#39;elles avaient r\u00e9sist\u00e9 aux Interahamwe&quot;, indique Bushiri.  &quot;J&#39;ai eu ensuite un gar\u00e7on que j&#39;ai appel\u00e9 Tumaini qui veut dire espoir..<\/p>\n<p>Il y a un mois, j&#39;ai r\u00e9ussi \u00e0 fuir et j&#39;en remercie mon Dieu. Tout ce que je souhaite, c&#39;est que mon fils vive, mais je ne lui dirai jamais qui est son p\u00e8re; d&#39;abord parce que je connais pas son nom, et puis parce que ce sont de tr\u00e8s mauvais souvenirs&quot;, ajoute-t-elle.  La jeune fille avoue ne pas savoir qui accuser exactement car elle a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises par des hommes diff\u00e9rents.<\/p>\n<p> La justice congolaise est donc montr\u00e9e du doigt, mais les magistrats se d\u00e9fendent de ne pas recevoir de plaintes pour viol. &quot;Nous ne pouvons nous saisir que des cas qui sont rapport\u00e9s par les victimes&quot;, a expliqu\u00e9 \u00e0 IPS, un magistrat militaire qui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 garder l&#39;anonymat.  &quot;Bien plus, certaines infractions, comme la p\u00e9dophilie, ne figurent pas dans notre code p\u00e9nal. Nous sommes d&#39;accord que notre syst\u00e8me judiciaire puisse subir les retouches n\u00e9cessaires&quot;, dit-il.<\/p>\n<p> Les ONG de d\u00e9fense des droits de l&#39;Homme et les organisations f\u00e9minines de plus en plus nombreuses se disent d\u00e9termin\u00e9es \u00e0 obtenir cette r\u00e9forme du syst\u00e8me judiciaire congolais. Chantal Kakosi, directrice ex\u00e9cutive de l&#39;ONG &#39;Solidarit\u00e9 des femmes en territoire de Fizi et d&#39;Uvira&#39;, dans le Sud-Kivu, en s\u00e9jour \u00e0 Kinshasa, condamne \u00e0 la fois le laxisme des juges et la porosit\u00e9 des prisons congolaises.  Elle cite le cas de Violette, une fille de 13 ans qui a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e, le 29 ao\u00fbt 2002, par un soldat du RCD\/Goma, dans une banlieue de Bukavu. La famille a port\u00e9 plainte aupr\u00e8s du bureau de l&#39;auditeur militaire. Apr\u00e8s examen, le Conseil de guerre a condamn\u00e9 l&#39;auteur pr\u00e9sum\u00e9 \u00e0 cinq ans de prison, le 27 novembre 2002.  &quot;Mais&quot;, souligne Kakosi, &quot;le coupable s&#39;est \u00e9vad\u00e9 de la prison en juin 2004, \u00e0 la suite des \u00e9v\u00e9nements de Bukavu, quand des militaires de la tribu tutsi se sont insurg\u00e9s contre le commandement de la 10\u00e8me r\u00e9gion militaire&quot;.<\/p>\n<p> La situation n&#39;est pas meilleure dans la province du Nord-Kivu, en proie \u00e0 de nombreux affrontements entre diff\u00e9rents groupes arm\u00e9s.  IPS a contact\u00e9, \u00e0 Goma, Germaine Chirigere, secr\u00e9taire permanente de l&#39;ONG &#39;Synergies des femmes pour les victimes des violences sexuelles&#39; au sujet de la campagne de HRW : &quot;Ce que Human Rights Watch dit est la pure v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Les femmes du Nord-Kivu souffrent \u00e9norm\u00e9ment des cas de viols&quot;.  &quot;Les filles de 12 ans sont viol\u00e9es par des hommes de 50 ou 60 ans. Hier, nous avons re\u00e7u une femme qui a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e \u00e0 Nyabiondo, \u00e0 80 kilom\u00e8tres, \u00e0 l&#39;ouest de la ville de Goma. Elle est devenue paralys\u00e9e. Nous avons besoin de paix afin que cessent toutes ces atrocit\u00e9s&quot;, d\u00e9clare Chirigere.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KINSHASA, 15 mars (IPS) &#8211; Si la guerre est quasiment termin\u00e9e pour les populations de l&#39;ouest de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), tel n&#39;est pas le cas pour celles de la partie orientale, notamment les femmes qui subissent encore&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/03\/15\/droits-rd-congo-les-femmes-denoncent-limpunite-pour-les-violences-sexuelles\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,13,10,1,30],"tags":[],"class_list":["post-2460","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-culture-religion-sport","category-droits-humains","category-headlines","category-special-culture-religion-et-genre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2460","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2460"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2460\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2460"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2460"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2460"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}