{"id":2456,"date":"2005-03-14T13:40:01","date_gmt":"2005-03-14T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/03\/14\/droits-cameroun-les-femmes-victimes-des-politiques-de-restriction-dans-unparc-national\/"},"modified":"2005-03-14T13:40:01","modified_gmt":"2005-03-14T13:40:01","slug":"droits-cameroun-les-femmes-victimes-des-politiques-de-restriction-dans-unparc-national","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/03\/14\/droits-cameroun-les-femmes-victimes-des-politiques-de-restriction-dans-unparc-national\/","title":{"rendered":"DROITS-CAMEROUN: Les femmes victimes des politiques de restriction dans unparc national"},"content":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 14 mars (IPS) &#8211; Depuis l&#39;\u00e9rection en Parc national, en 2000, de la for\u00eat de Campo Ma&#39;an, qui a entra\u00een\u00e9 plus tard la fermeture de la route qui la traverse, les femmes rurales de cette r\u00e9gion du Cameroun ont vu les moyens de leur subsistance se r\u00e9duire.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Le Parc national de Campo Ma&#39;an n&#39;est pas loin de Bifa, un village peupl\u00e9 de pr\u00e8s de 350 habitants, situ\u00e9 \u00e0 environ 230 kilom\u00e8tres au sud-ouest de Yaound\u00e9, la capitale du Cameroun, un pays d&#39;Afrique centrale. Bifa est coinc\u00e9 entre le parc et un complexe agro-industriel.  Solange Akono, 43 ans, habitante de Bifa, vit de l&#39;agriculture, de chasse, de cueillette, de produits non-ligneux (n&#39;ayant pas la consistance du bois), de p\u00eache et un peu d&#39;\u00e9levage d&#39;animaux de basse-cour et de petits ruminants.  Comme la quasi-totalit\u00e9 des femmes de son village, Akono se plaint de la r\u00e9duction de ses revenus li\u00e9e, selon elle, \u00e0 l&#39;impossibilit\u00e9 de traverser le parc. Et les femmes affirment \u00e9galement qu&#39;elles subissent des influences de l&#39;ext\u00e9rieur qui ont modifi\u00e9, petit \u00e0 petit, leur mode de vie.<\/p>\n<p> &quot;Je ne vends plus grand-chose avec la r\u00e9duction des aires cultivables&quot;, d\u00e9clare Akono \u00e0 IPS, d\u00e9sempar\u00e9e. &quot;Le peu de fruits que je r\u00e9colte pourrit du fait que je ne peux plus me d\u00e9placer pour vendre ou acheter, car la route, qui m\u00e8ne \u00e0 Ebianemeyong et qui traverse le parc, a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e&quot;.  &quot;Et les rares \u00e9trangers, qui arrivent ici, veulent plut\u00f4t nous soumettre \u00e0 la prostitution et \u00e0 toutes sortes de tentation&quot;, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p>Ebianemeyong est un autre village situ\u00e9 \u00e0 l&#39;extr\u00e9mit\u00e9 du Parc de Campo Ma&#39;an. Akono affirme \u00e0 IPS avoir \u00e9t\u00e9 &quot;objet de sollicitations diverses&quot;, sans consentir. Mais, elle souligne le cas d&#39;une voisine consentante &quot;qui en a fait une profession secondaire, de fa\u00e7on voil\u00e9e&quot;.<\/p>\n<p> La cr\u00e9ation du parc a, en effet, apport\u00e9 d&#39;autres bouleversements qui sont venus se greffer aux probl\u00e8mes d\u00e9j\u00e0 existants tels que la difficile cohabitation entre hommes et femmes, le probl\u00e8me d&#39;eau potable&#8230; Elle a \u00e9branl\u00e9 la vie \u00e9conomique de Bifa et remis en cause les r\u00e9alisations de toutes les communaut\u00e9s locales, celles des femmes en particulier. Les femmes se disent \u00e9galement &quot;traqu\u00e9es&quot; par les \u00e9cogardes (gardes forestiers).<\/p>\n<p> Les hommes ont pu, par exemple, s&#39;organiser en Groupement d&#39;int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique pour s&#39;entraider, excluant ainsi les femmes de la possibilit\u00e9 d&#39;obtenir une aide ou un pr\u00eat sur des fonds communs disponibles. Aussi, les femmes n&#39;ont-elles pas de droit sur la propri\u00e9t\u00e9, qui appartient aux hommes qui ont parfois plusieurs \u00e9pouses.<\/p>\n<p> &quot;Les \u00e9cogardes ne nous disent jamais quelles sont les limites du parc et les r\u00e9glementations pour la chasse. Tout le temps, ils confisquent le gibier que nous portons au march\u00e9 ou dans le village&quot;, affirme \u00e0 IPS, Gertrude Mendomo, 38 ans, une autre habitante de Bifa.<\/p>\n<p> &quot;Ils nous harc\u00e8lent et n&#39;h\u00e9sitent pas \u00e0 entrer dans les cuisines pour examiner le contenu des pots ou \u00e0 confisquer notre gibier n&#39;importe o\u00f9 et n&#39;importe quand&quot;, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p> Mais interrog\u00e9 par IPS au Parc de Campo Ma&#39;an, un \u00e9cogarde a refus\u00e9 de se prononcer sur le sujet, arguant de son &quot;droit de r\u00e9serve&quot;.<\/p>\n<p> Pour autant, cette action des \u00e9cogardes n&#39;a pas encore r\u00e9ussi \u00e0 stopper la chasse. Certaines femmes, plus fut\u00e9es, essaient de se faufiler dans la for\u00eat pour acheter la viande aux chasseurs qu&#39;elles revendent par la suite, mais avec beaucoup de difficult\u00e9s. Or, la vente de viande est l&#39;une des principales sources de revenus de la plupart des femmes de Bifa qui deviennent donc plus pauvres, n&#39;ayant pas pu \u00e9laborer \u00e0 temps des strat\u00e9gies d&#39;adaptation \u00e0 la situation du parc.<\/p>\n<p> Les femmes elles-m\u00eames font parfois la chasse en tendant des pi\u00e8ges aux animaux, mais elles ach\u00e8tent \u00e9galement le gibier aupr\u00e8s des chasseurs.<\/p>\n<p>Akono \u00e9value ses revenus \u00e0 environ 60 dollars par mois.  &quot;Les femmes voient que leurs recettes s&#39;amenuisent, alors que le probl\u00e8me du braconnage subsiste&quot;, explique \u00e0 IPS, Jos\u00e9phine Mvondo, animatrice sociale \u00e0 Bifa. &quot;Elles s&#39;occupent surtout de l&#39;agriculture vivri\u00e8re et, de plus en plus, de la culture d&#39;arbres fruitiers qui leur rapporte de l&#39;argent comptant&quot;.<\/p>\n<p> Selon les femmes, ces activit\u00e9s \u00e9conomiques ne refl\u00e8tent pas vraiment la situation actuelle. Elles affirment qu&#39;avec la cr\u00e9ation du parc, la chasse constituait une source de revenu suppl\u00e9mentaire tout aussi importante que l&#39;agriculture. Mais, elles estiment que ce n&#39;est plus le cas aujourd&#39;hui, notamment apr\u00e8s la fermeture de la route qui relie d&#39;Ebianemeyong et Campo Ma&#39;an.<\/p>\n<p> &quot;La route a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e parce qu&#39;elle traversait le parc et permettait ainsi aux braconniers d&#39;y acc\u00e9der. Les gens d&#39;Ebianemeyong n&#39;ont plus acc\u00e8s au parc depuis lors&quot;, dit \u00e0 IPS, Belmond Tchoumba, un cadre du Centre pour l&#39;environnement et le d\u00e9veloppement, une organisation non gouvernementale bas\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9.  &quot;De fait&quot;, ajoute-t-il, &quot;les gens utilisent rarement cette route sur laquelle il est facile de se faire prendre, et les v\u00e9ritables perdants, ce sont, encore une fois, les femmes qui ne peuvent plus porter leurs r\u00e9coltes au march\u00e9 ou amener leurs enfants malades chez le m\u00e9decin&quot;.<\/p>\n<p> Les femmes ne peuvent plus, pour la plupart d&#39;entre elles, s&#39;aventurer dans la for\u00eat avec la m\u00eame agilit\u00e9 que les hommes qui savent comment s&#39;y prendre pour d\u00e9jouer l&#39;attention des gardes forestiers. Il existe un sentier pour se rendre chez le m\u00e9decin, \u00e0 Ebianemeyong, mais il est dangereux \u00e0 cause des animaux sauvages. Pourtant, les autorit\u00e9s ont ferm\u00e9 la route principale qui traverse le parc.<\/p>\n<p> Cependant, en marge de la r\u00e9duction de leur espace vital, les femmes sont confront\u00e9es \u00e0 un autre probl\u00e8me v\u00e9cu par toutes les communaut\u00e9s proches du parc. Les femmes ont de la peine \u00e0 s&#39;adapter \u00e0 la nouvelle situation cr\u00e9\u00e9e par la perturbation du secteur agricole, qui les a longtemps priv\u00e9es de cette principale source de revenus.<\/p>\n<p> &quot;En r\u00e9alit\u00e9, la cr\u00e9ation, en 1975, de la plantation de caoutchouc &#39;H\u00e9v\u00e9a du Cameroun&#39; (H\u00e9v\u00e9cam) avait d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9 une partie des terres villageoises, et provoqu\u00e9 de grands changements au sein des communaut\u00e9s locales&quot;, explique \u00e0 IPS, Gr\u00e9goire Mendouga, adjoint au sous-pr\u00e9fet de l&#39;arrondissement de Nyet\u00e9, \u00e0 240 km environ au sud-ouest de Yaound\u00e9.<\/p>\n<p> Pour Mendouga, &quot;c&#39;est l\u00e0 le point de d\u00e9part de l&#39;intensification des conflits int\u00e9rieurs et intercommunautaires pour les ressources restantes&quot;..<\/p>\n<p>Selon lui, &quot;l&#39;implantation de H\u00e9v\u00e9cam a provoqu\u00e9 la destruction des \u00e9tendues de for\u00eat, la r\u00e9duction des ressources et des revenus, l&#39;affluence des \u00e9trangers en qu\u00eate de travail, l&#39;augmentation du braconnage et de l&#39;occupation ill\u00e9gale des terres par des travailleurs de la plantation et leurs familles&quot;.<\/p>\n<p> En cons\u00e9quence, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 actuelle des femmes dans la zone est li\u00e9e au besoin de partager leur temps entre des activit\u00e9s diverses, \u00e0 la r\u00e9duction de leurs productions, \u00e0 la concentration ou \u00e0 l&#39;unicit\u00e9 de leurs sources de revenus, et \u00e0 une faible valeur marchande des produits d\u00e9riv\u00e9s de leurs activit\u00e9s.<\/p>\n<p> Les femmes sont quotidiennement surcharg\u00e9es de travail, en liaison avec l&#39;agriculture, la chasse, l&#39;\u00e9levage, le transport, tout en assurant les diverses t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res telles que rechercher de l&#39;eau, nourrir la famille, \u00e9lever les enfants, et g\u00e9rer le foyer.  &quot;Elles n&#39;ont donc pas le temps de s&#39;organiser pour adopter des strat\u00e9gies r\u00e9fl\u00e9chies face \u00e0 l&#39;adversit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par la nouvelle situation du parc&quot;, estime un sociologue travaillant sur le monde rural.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 14 mars (IPS) &#8211; Depuis l&#39;\u00e9rection en Parc national, en 2000, de la for\u00eat de Campo Ma&#39;an, qui a entra\u00een\u00e9 plus tard la fermeture de la route qui la traverse, les femmes rurales de cette r\u00e9gion du Cameroun ont&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/03\/14\/droits-cameroun-les-femmes-victimes-des-politiques-de-restriction-dans-unparc-national\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":253,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,11,10,12,1,30],"tags":[],"class_list":["post-2456","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-developpement","category-droits-humains","category-environnement","category-headlines","category-special-culture-religion-et-genre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2456","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/253"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2456"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2456\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2456"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2456"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2456"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}