{"id":2448,"date":"2005-03-07T13:40:01","date_gmt":"2005-03-07T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/03\/07\/developpement-niger-leducation-pour-prevenir-lexode-des-jeunes\/"},"modified":"2005-03-07T13:40:01","modified_gmt":"2005-03-07T13:40:01","slug":"developpement-niger-leducation-pour-prevenir-lexode-des-jeunes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/03\/07\/developpement-niger-leducation-pour-prevenir-lexode-des-jeunes\/","title":{"rendered":"DEVELOPPEMENT-NIGER: L&#39;\u00e9ducation pour pr\u00e9venir l&#39;exode des jeunes"},"content":{"rendered":"<p>NIAMEY, 7 mars (IPS) &#8211; &#39;Yama&#39;, la c\u00f4te en langue locale Zarma du Niger, tous les jeunes nig\u00e9riens en r\u00eavent et veulent aller vers les pays c\u00f4tiers. Ils y vont, les yeux pleins d&#39;espoir, pour gagner de l&#39;argent et, pourquoi pas, devenir riches.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Les plus chanceux auraient r\u00e9ussi \u00e0 monter, gr\u00e2ce \u00e0 ces voyages, d&#39;importants projets d&#39;\u00e9levage de b\u00e9tail. D&#39;autres ont pu \u00e9galement \u00e9pargner un peu d&#39;argent pour pouvoir se marier.  &quot;Mais, combien de jeunes ont-ils pu s&#39;en sortir, en migrant vers la c\u00f4te et, surtout, \u00e0 quel prix?&quot;, s&#39;interroge le jeune Sadou Oumar, natif du village de Nakinfada, situ\u00e9 \u00e0 environ 120 kilom\u00e8tres de Niamey, la capitale nig\u00e9rienne.<\/p>\n<p> Oumar reconna\u00eet toutefois qu&#39;un ami \u00e0 son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, \u00e2g\u00e9 de 25 ans, a pu \u00e9pargner de l&#39;argent \u00e0 l&#39;\u00e9tranger pour se constituer un petit troupeau de vaches qui subviennent aux besoins de sa famille d\u00e9munie rest\u00e9e au pays.<\/p>\n<p> Le Niger est un vaste pays enclav\u00e9 d&#39;Afrique de l&#39;ouest, d&#39;une superficie de 1,267 million de kilom\u00e8tres carr\u00e9s dont la plus grande partie est d\u00e9sertique dans le nord.   Comme dans les autres villages du Niger, la pauvret\u00e9 oblige souvent les jeunes de Nakinfada \u00e0 partir vers la c\u00f4te pour chercher un travail r\u00e9mun\u00e9rateur qui leur permettrait de s&#39;en sortir et d&#39;aider leurs familles au pays.  Dans ce pays, l&#39;un des plus pauvres de la plan\u00e8te, 63 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvret\u00e9, selon le Rapport mondial sur le d\u00e9veloppement humain 2004 du Programme des Nations Unies pour le d\u00e9veloppement.  Le Niger compte environ 11,6 millions d&#39;habitants dont plus de 80 pour cent vit d&#39;une exploitation agricole, selon des statistiques officielles. Mais, depuis les ann\u00e9es 1970, le pays conna\u00eet un important d\u00e9ficit pluviom\u00e9trique, avec de graves cons\u00e9quences sur l&#39;agriculture et l&#39;\u00e9levage, les deux principales activit\u00e9s des populations rurales.  Le d\u00e9sert qui avance de six kilom\u00e8tres cause la perte de 100.000 hectares de terres cultivables chaque ann\u00e9e, selon le rapport &#39;L&#39;Etat du Monde 2004&#39;, r\u00e9alis\u00e9 par le Centre d&#39;\u00e9tudes et de recherches internationales de sciences politiques, bas\u00e9 en France. Et la d\u00e9solation pousse les jeunes \u00e0 quitter leur pays.  Mais \u00e0 19 ans, Oumar estime qu&#39;en dehors de la pauvret\u00e9, c&#39;est le manque d&#39;\u00e9ducation qui favorise r\u00e9ellement la migration des jeunes vers les pays c\u00f4tiers de la sous-r\u00e9gion, notamment la C\u00f4te d&#39;Ivoire, le Togo, le B\u00e9nin et le Nigeria. &quot;C&#39;est surtout le manque de qualification qui pousse les jeunes \u00e0 immigrer&quot;, d\u00e9clare-t-il \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Selon l&#39;Etat du Monde, plus de 700.000 Nig\u00e9riens vivent en C\u00f4te d&#39;Ivoire seule.  Une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e par l&#39;organisation non gouvernementale (ONG) Plan Niger, en 2004, r\u00e9v\u00e8le que sur les 1.440 habitants de Nakinfada, plus de cent jeunes sont candidats \u00e0 l&#39;immigration chaque ann\u00e9e. La majorit\u00e9 d&#39;entre eux se transforment en porteurs dans les ports ou en vendeurs ambulants d&#39;objets divers.  &quot;Cinquante pour cent de ces jeunes ne reviennent plus au pays&quot;, affirme \u00e0 IPS, Soumana Abdoulaye, coordonnateur technique pour le changement de comportement positif dans cette ONG. Selon lui, ces jeunes vivent souvent dans une grande pauvret\u00e9 et ne parviennent m\u00eame pas \u00e0 \u00e9pargner pour le billet de retour. &quot;Il y a aussi la honte de revenir les mains vides au village&quot;, explique-t-il.<\/p>\n<p> Contrairement aux jeunes de son village, Oumar indique n&#39;avoir jamais \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 par l&#39;aventure vers la c\u00f4te. &quot;Beaucoup de jeunes qui vont vers la c\u00f4te n&#39;arrivent pas \u00e0 gagner assez d&#39;argent alors qu&#39;ils travaillent tr\u00e8s dur. Certains attrapent m\u00eame des maladies graves telles que le SIDA et la tuberculose, et en meurent plus tard. Ce n&#39;est pas une bonne solution pour lutter contre sa propre pauvret\u00e9&quot;, regrette-t-il.  Ayant refus\u00e9 de subir le m\u00eame sort que ces a\u00een\u00e9s, ce jeune homme estime qu&#39;il vaut mieux essayer de trouver des solutions durables sur place. Pour cela, il faudra, selon lui, avoir imp\u00e9rativement un esprit ouvert et capable de bien analyser les probl\u00e8mes. &quot;Seule l&#39;\u00e9ducation permet \u00e0 l&#39;homme de travailler et de gagner dignement sa vie en moyennant sa t\u00eate&quot;, croit-il.<\/p>\n<p> C&#39;est gr\u00e2ce \u00e0 l&#39;\u00e9cole communautaire que ce jeune compte r\u00e9aliser son r\u00eave car, malgr\u00e9 son \u00e2ge avanc\u00e9, Oumar est inscrit aujourd&#39;hui en classe de sixi\u00e8me. Ce qui n&#39;\u00e9tait gu\u00e8re possible avant l&#39;exp\u00e9rimentation de ce syst\u00e8me dit de deuxi\u00e8me chance. &quot;J&#39;apprends \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire en fran\u00e7ais&quot;, dit-il fi\u00e8rement. &quot;Quoi de plus important que cet avantage?&quot;, demande-t-il.<\/p>\n<p> En \u00e9tudiant, m\u00eame \u00e0 un \u00e2ge tardif, ce jeune homme au regard vif dit vouloir, non seulement sortir de l&#39;emprise de l&#39;analphab\u00e9tisme, mais d\u00e9velopper \u00e9galement ses capacit\u00e9s intellectuelles pour mener plus tard une meilleure existence.  &quot;Cette nouvelle forme d&#39;\u00e9ducation &#8211; les \u00e9coles communautaires &#8211; constitue une v\u00e9ritable seconde chance parce qu&#39;elle permet aux enfants d\u00e9scolaris\u00e9s et \u00e0 ceux qui n&#39;ont jamais pu \u00eatre inscrits, de se rattraper et de suivre un cursus scolaire normal&quot;, explique Djibou Voureyma, coordinateur du programme \u00e9ducation aupr\u00e8s de Plan Niger.<\/p>\n<p> Enti\u00e8rement financ\u00e9e et \u00e9quip\u00e9e par Plan Niger, l&#39;\u00e9cole de Nakinfada compte actuellement deux classes qui encadrent un effectif d&#39;environ 250 \u00e9l\u00e8ves, dont 124 filles. Une \u00e9cole, avec le bureau du directeur et des latrines, d&#39;un co\u00fbt d&#39;environ 30.000 dollars.<\/p>\n<p> L&#39;ensemble des \u00e9l\u00e8ves est encadr\u00e9 par six ma\u00eetres, dont deux titulaires et quatre volontaires. Quatre des ma\u00eetres sont des femmes. Les salaires des enseignants, environ 90 dollars par mois, sont pris en charge par la communaut\u00e9, en guise de contribution \u00e0 son propre d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p> L&#39;\u00e9cole communautaire premier type, celle des six \u00e0 12 ans, n&#39;est pas diff\u00e9rente de l&#39;\u00e9cole classique, car elle fonctionne selon le m\u00eame cycle d&#39;\u00e9tudes &#8211; pendant six ans &#8211; et le m\u00eame programme scolaire.  Par contre, les enfants de plus de 12 ans, suivent un cursus de quatre ans, avec un programme scolaire diff\u00e9rent du programme national, mais tr\u00e8s flexible. Les parents ont la libert\u00e9 d&#39;introduire, dans le programme d&#39;enseignement, des modules qui les int\u00e9ressent au niveau de leur communaut\u00e9, comme l&#39;hygi\u00e8ne, l&#39;environnement, la sant\u00e9. Ils ont \u00e9galement la possibilit\u00e9 de fixer le calendrier de l&#39;\u00e9cole et les horaires des cours.  A l&#39;issue des quatre ans, ces enfants seront initi\u00e9s \u00e0 une formation professionnelle pour en faire des producteurs de la communaut\u00e9 : des agriculteurs ou \u00e9leveurs qui exercent leur m\u00e9tier de mani\u00e8re plus scientifique, mais \u00e9galement des para-v\u00e9t\u00e9rinaires, des para-infirmiers. Il y a en outre des formations pr\u00e9vues pour les filles, comme la couture, le tricotage&#8230;<\/p>\n<p> Selon Oumar, si les jeunes de son village saisissaient cette occasion pour s&#39;instruire, ils pourraient par la suite, gr\u00e2ce \u00e0 l&#39;aide financi\u00e8re et technique apport\u00e9e soit par Plan Niger, soit par d&#39;autres ONG, entreprendre ou d\u00e9velopper des activit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de revenus qui les emp\u00eacheraient de recourir \u00e0 l&#39;exode. &quot;Cela serait mille fois plus b\u00e9n\u00e9fique pour eux-m\u00eames et pour leur communaut\u00e9&quot;, dit-t-il.<\/p>\n<p> Comme il n&#39;est jamais trop tard pour bien faire, Oumar a une grande ambition : devenir un jour un bon enseignant pour mener une lutte sans merci contre l&#39;analphab\u00e9tisme et la pauvret\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 l&#39;\u00e9ducation des jeunes et des adultes. &quot;Je voudrais aussi prendre part au processus d&#39;int\u00e9gration de ma communaut\u00e9 pour un meilleur environnement et une vie meilleure, en apprenant aux jeunes que la solution \u00e0 leurs probl\u00e8mes se trouve l\u00e0 o\u00f9 ils sont, et non ailleurs&quot;.  &quot;Le d\u00e9veloppement et l&#39;int\u00e9gration des populations rurales doivent passer in\u00e9luctablement par l&#39;\u00e9ducation des enfants et des adultes \u00e0 l&#39;\u00e9cole et en dehors de l&#39;\u00e9cole&quot;, explique Carlos Cortes, le repr\u00e9sentant de Plan Niger.<\/p>\n<p>&quot;A travers l&#39;\u00e9ducation et la formation, nous recherchons aussi le changement positif de comportement des communaut\u00e9s rurales, car le d\u00e9veloppement ne peut s&#39;accomplir sans cela&quot;, ajoute-t-il.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NIAMEY, 7 mars (IPS) &#8211; &#39;Yama&#39;, la c\u00f4te en langue locale Zarma du Niger, tous les jeunes nig\u00e9riens en r\u00eavent et veulent aller vers les pays c\u00f4tiers. 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