{"id":2429,"date":"2005-02-22T13:40:01","date_gmt":"2005-02-22T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/02\/22\/droits-gabon-le-proces-de-trafiquants-denfants-sonnera-t-il-le-glas-de-cette-activite\/"},"modified":"2005-02-22T13:40:01","modified_gmt":"2005-02-22T13:40:01","slug":"droits-gabon-le-proces-de-trafiquants-denfants-sonnera-t-il-le-glas-de-cette-activite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2005\/02\/22\/droits-gabon-le-proces-de-trafiquants-denfants-sonnera-t-il-le-glas-de-cette-activite\/","title":{"rendered":"DROITS-GABON: Le proc\u00e8s de trafiquants d&#39;enfants sonnera-t-il le glas de cette activit\u00e9?"},"content":{"rendered":"<p>LIBREVILLE, 22 f\u00e9v (IPS) &#8211; Le Gabon poursuit, pour la premi\u00e8re fois devant la justice, huit ressortissants b\u00e9ninois et togolais pour &quot;trafic et exploitation d&#39;enfants&quot;.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Sept des inculp\u00e9s sont \u00e9crou\u00e9s \u00e0 la prison de Libreville, la capitale gabonaise. Le huiti\u00e8me, m\u00e8re d&#39;un b\u00e9b\u00e9 de quelques mois, est laiss\u00e9 en libert\u00e9 provisoire, selon la gendarmerie gabonaise.<\/p>\n<p> Les inculp\u00e9s pourraient \u00eatre jug\u00e9s en mars et encourent des peines de six mois \u00e0 cinq ans de prison, avec une amende allant de 200 dollars \u00e0 2.000 dollars, selon la loi vot\u00e9e en septembre 2002.<\/p>\n<p> Trente-quatre B\u00e9ninoises \u00e2g\u00e9es de huit \u00e0 29 ans, sept Nig\u00e9rians de 12 \u00e0 17 ans dont quatre gar\u00e7ons et trois filles, 16 Togolaises de 15 \u00e0 25 ans, et trois Ghan\u00e9ennes de 19 \u00e0 26 ans ont \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9s, avec une vingtaine de leurs tuteurs, par la gendarmerie dans les rues et les march\u00e9s de Libreville, le 24 janvier.  La gendarmerie a lanc\u00e9 une op\u00e9ration surprise dans les rues de Libreville sur ordre du gouvernement. Apr\u00e8s l&#39;arrestation des enfants, ils ont conduit les gendarmes \u00e0 leurs domiciles o\u00f9 leurs tuteurs ont \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9s \u00e9galement.<\/p>\n<p> Certaines filles adultes arr\u00eat\u00e9es \u00e9taient affect\u00e9es aux travaux domestiques et \u00e0 la vente de produits divers dans la rue par leurs tuteurs qui ne les ont jamais inscrites \u00e0 l&#39;\u00e9cole. Parfois, certaines d&#39;entre elles, qui ont d\u00e9pass\u00e9 20 ans, sont pouss\u00e9es \u00e0 la prostitution.  Les tuteurs sont en fait des personnes qui collectent l&#39;argent issu du travail des enfants ou des filles adultes, sans qu&#39;ils soient toujours de vrais parents.<\/p>\n<p> La plupart des adultes ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s, de m\u00eame que quelques enfants sur pr\u00e9sentation d&#39;une pi\u00e8ce d&#39;identit\u00e9. Les enfants qui n&#39;ont pas de document ont \u00e9t\u00e9 gard\u00e9s au grand m\u00e9contentement du Fonds des Nations Unies pour l&#39;enfance (UNICEF). Son repr\u00e9sentant au Gabon, Kristian Laujberg, a d\u00e9nonc\u00e9 &quot;le manque de coordination et d&#39;information entre les organes charg\u00e9s d&#39;appliquer la loi contre le trafic et le travail des enfants&quot;.<\/p>\n<p> Depuis son adoption par le parlement gabonais, en 2002, la loi qui r\u00e9prime le trafic et l&#39;exploitation des enfants, n&#39;avait jamais \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Pourtant, depuis plusieurs ann\u00e9es, l&#39;UNICEF m\u00e8ne aupr\u00e8s du gouvernement un plaidoyer pour l&#39;application des droits de l&#39;enfant et la prise en charge de la protection des enfants dans le budget de l&#39;Etat.<\/p>\n<p> La loi interdit toute forme d&#39;exploitation des mineurs et &quot;accorde aux forces de l&#39;ordre, aux magistrats et aux fonctionnaires gabonais, des pouvoirs de contr\u00f4le et d&#39;enqu\u00eate renforc\u00e9s&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Avant cette loi, il existait un vide juridique qui rendait tr\u00e8s difficiles les poursuites contre les trafiquants&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 la ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e \u00e0 la Famille et \u00e0 la Protection de l&#39;Enfance, Ang\u00e9lique Ngoma.<\/p>\n<p>&quot;D\u00e9sormais, nous disposons d&#39;un arsenal efficace&quot;.  Interrog\u00e9 par IPS sur la port\u00e9e d&#39;une telle op\u00e9ration, Laujberg de l&#39;UNICEF a indiqu\u00e9 que &quot;tant que les trafiquants ne seront pas s\u00e9v\u00e8rement punis, les enfants renvoy\u00e9s chez eux retomberont dans le trafic&quot;.  Pour Laujbjerg, les adultes impliqu\u00e9s dans le trafic des enfants doivent \u00eatre emprisonn\u00e9s pendant longtemps, avec une forte amende, ensuite rapatri\u00e9s dans leurs pays d\u00e8s la fin de leur peine.<\/p>\n<p> Laujberg se dit surpris d&#39;avoir \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 quatre jours apr\u00e8s la rafle et sid\u00e9r\u00e9 par la mani\u00e8re dont les enfants ont \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9s, en plus des conditions de d\u00e9tention pr\u00e9caires \u00e0 la gendarmerie o\u00f9 les structures d&#39;accueil n&#39;avaient pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vues.<\/p>\n<p> Vingt et un enfants, dont 18 filles et trois gar\u00e7ons de 12 et 17 ans, ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s dans deux centres d&#39;accueil et de transit de Libreville o\u00f9 ils sont pris en charge par un psychologue pour d\u00e9tecter des troubles \u00e9ventuels que leur auraient provoqu\u00e9s leurs souffrances en vue de les traiter.  Le gouvernement et le Programme des Nations Unies pour le d\u00e9veloppement financent les centres de transit destin\u00e9s \u00e0 pr\u00e9parer le retour des enfants chez eux, avec l&#39;aide des diff\u00e9rents bureaux de l&#39;UNICEF dans leurs pays respectifs. Les autorit\u00e9s consulaires de ces pays au Gabon apportent \u00e9galement leur appui en aidant les enfants \u00e0 retrouver leurs vraies familles.<\/p>\n<p> Pour Yvette Ngwevilot Rekangalt, pr\u00e9sidente de l&#39;association &quot;SOS Mwana&quot; qui milite pour la r\u00e9insertion des enfants abandonn\u00e9s et maltrait\u00e9s, &quot;cette rafle suscite d\u00e9j\u00e0 un espoir pour enrayer le fl\u00e9au. Mais ce n&#39;est pas suffisant car la situation des enfants travailleurs est encore inqui\u00e9tante au Gabon&quot;.<\/p>\n<p> SOS Mwana est une organisation non gouvernementale qui prend en charge actuellement une cinquantaine d&#39;enfants plac\u00e9s dans les \u00e9coles o\u00f9 ils sont \u00e9duqu\u00e9s \u00e0 l&#39;instruction civique, et initi\u00e9s \u00e0 l&#39;ordinateur et aux travaux manuels comme le jardinage.  G\u00e9n\u00e9ralement, les enfants \u00e2g\u00e9s de huit \u00e0 15 ans sont sollicit\u00e9s dans les foyers pour le m\u00e9nage, la lessive, la corv\u00e9e de l&#39;eau, et pour faire des courses vari\u00e9es. R\u00e9veill\u00e9s t\u00f4t le matin, ces enfants sillonnent les rues de Libreville, m\u00eame sous un soleil ardent, pour vendre des articles divers ou de la nourriture.<\/p>\n<p> Une petite Togolaise de 10 ans, Ablavi Mensah, conduite au Centre de transit d&#39;Agondj\u00e9, dans la banlieue de Libreville en attendant son rapatriement, a expliqu\u00e9 \u00e0 IPS : &quot;Je vends du lait caill\u00e9 et des pochettes d&#39;eau \u00e0 100 francs CFA (environ deux cents US) aux alentours des march\u00e9s et des chantiers. Cela rapporte entre 5.000 et 8.000 FCFA (entre 10 et 16 dollars) par jour&#8230;&quot; Selon la Direction g\u00e9n\u00e9rale des prix, les petites vendeuses vendent pour 200 dollars \u00e0 600 dollars par mois pour leurs patronnes ou tuteurs, en fonction de la marchandise. Les enfants ne re\u00e7oivent pas d&#39;argent au Gabon.<\/p>\n<p>Les tuteurs conservent la part qui leur revient et l&#39;envoient \u00e0 leurs parents dans leurs pays.  En g\u00e9n\u00e9ral, les patronnes ou tuteurs sont originaires des pays d&#39;Afrique de l&#39;ouest comme les enfants. Il existe n\u00e9anmoins des foyers au Gabon qui emploient des filles majeures provenant de ce trafic ou qui sont recrut\u00e9es sur place au B\u00e9nin ou au Togo pour de hautes personnalit\u00e9s gabonaises. Mais ces filles sont moins maltrait\u00e9es et ont droit \u00e0 des vacances dans leur pays d&#39;origine de temps en temps. Elles sont plus libres et poss\u00e8dent des cartes de s\u00e9jour, contrairement aux autres.<\/p>\n<p> Le chef d&#39;\u00e9tat-major de la gendarmerie du Gabon, le g\u00e9n\u00e9ral Honor\u00e9 Ol\u00e9ry, a d\u00e9clar\u00e9 aux journalistes que &quot;l&#39;op\u00e9ration engag\u00e9e doit s&#39;\u00e9tendre \u00e0 l&#39;ensemble du pays, car selon la loi, l&#39;\u00e9cole est obligatoire jusqu&#39;\u00e0 16 ans&quot; pour tous les enfants vivant dans ce pays d&#39;Afrique centrale.<\/p>\n<p> Au cours des 1970, le trafic des enfants \u00e9tait plus intense \u00e0 cause de la prosp\u00e9rit\u00e9 p\u00e9troli\u00e8re au Gabon, et aucune loi n&#39;existait pour r\u00e9primer le fl\u00e9au car ce n&#39;\u00e9tait pas une priorit\u00e9 du gouvernement. Le pays faisait alors figure de maillon faible dans la lutte contre le trafic. Ce n&#39;est qu&#39;\u00e0 partir de 2000-2001 que les autorit\u00e9s, harcel\u00e9es par des critiques, ont reconnu que le pays abritait une partie du trafic, et ont d\u00e9cid\u00e9 de s&#39;y attaquer.  Pr\u00e8s de 90 enfants provenant du Togo et du B\u00e9nin, en Afrique de l&#39;ouest, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 rapatri\u00e9s du Gabon vers leurs pays respectifs gr\u00e2ce \u00e0 une contribution de l&#39;UNICEF, entre 2000 et 2004.  On d\u00e9nombre au Gabon, selon le minist\u00e8re des Affaires sociales et de la Solidarit\u00e9 familiale, quelque 25.000 enfants exploit\u00e9s et dont la moiti\u00e9 provient du Togo, du Nigeria et du B\u00e9nin. Aucune statistique officielle n&#39;est disponible sur le nombre d&#39;enfants trafiqu\u00e9s qui entrent chaque ann\u00e9e au Gabon.<\/p>\n<p> Environ 7.000 parmi ces enfants sont quasiment trait\u00e9s en esclaves, reconna\u00eet le minist\u00e8re gabonais du Travail. Les enfants sont sollicit\u00e9s \u00e0 tout faire, m\u00eame des travaux qui d\u00e9passent leur \u00e2ge. Le Gabon a pourtant ratifi\u00e9 la Convention des droits de l&#39;enfant depuis 1994, qui interdit le trafic et toutes les formes d&#39;exploitation des enfants.<\/p>\n<p> Les principaux pays pourvoyeurs d&#39;enfants travailleurs sont le Togo, le B\u00e9nin, le Nigeria, le Burkina Faso et le Mali. La C\u00f4te d&#39;Ivoire, le Gabon et le Nigeria sont des pays r\u00e9cepteurs qui sont g\u00e9n\u00e9ralement plus riches.<\/p>\n<p>Le Cameroun et la Guin\u00e9e Equatoriale sont des pays de transit; et la majorit\u00e9 des enfants sont transport\u00e9s par bateaux. Les parents pauvres laissent partir leurs enfants en esp\u00e9rant qu&#39;ils gagneront beaucoup d&#39;argent qu&#39;on leur enverra pour vivre mieux au pays.<\/p>\n<p> L&#39;UNICEF appuie le Comit\u00e9 de suivi de la lutte contre le trafic des enfants au Gabon, en facilitant la logistique, la vaccination, la nourriture, ainsi que la fourniture de kits d&#39;hygi\u00e8ne et de v\u00eatements. Pour 2003-2004, l&#39;UNICEF et la Su\u00e8de ont apport\u00e9 un appui de 270.000 dollars.  Mais l&#39;UNICEF reconna\u00eet qu&#39;il faut plus d&#39;argent pour former les gendarmes, les assistantes sociales et sensibiliser les populations sur le drame du trafic des enfants.<\/p>\n<p> Interrog\u00e9 par IPS sur la contribution des citoyens gabonais \u00e0 ce combat, Anacl\u00e9 Bissielo, un sociologue bas\u00e9 \u00e0 Libreville, d\u00e9clare : &quot;La soci\u00e9t\u00e9 civile gabonaise n&#39;est pas aussi bien organis\u00e9e que dans d&#39;autres pays.<\/p>\n<p>Concernant le trafic des enfants, tout le monde semble trouver son compte car c&#39;est une pratique courante en Afrique de l&#39;ouest que de faire participer les enfants tr\u00e8s t\u00f4t aux t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res&quot;.<\/p>\n<p>  &quot;Les Gabonais sont spectateurs et ils ont d&#39;autres pr\u00e9occupations sociales \u00e0 r\u00e9soudre que de s&#39;\u00e9lever d&#39;une seule voix pour lutter contre ce trafic&quot;, ajoute Bissielo.<\/p>\n<p> Le fl\u00e9au a \u00e9t\u00e9 illustr\u00e9 en avril 2001 par le navire &#8211; l&#39;Etireno &#8211; battant pavillon nig\u00e9rian, soup\u00e7onn\u00e9 de transporter 250 enfants destin\u00e9s \u00e0 un trafic. Refoul\u00e9 du Gabon et apr\u00e8s une escale au Cameroun, il avait accost\u00e9 au port de Cotonou, au B\u00e9nin, avec 147 passagers dont 23 enfants \u00e2g\u00e9s de cinq \u00e0 14 ans et 20 adolescents. Il \u00e9tait affr\u00e9t\u00e9 par un commer\u00e7ant b\u00e9ninois nomm\u00e9 Stanislas Abatan.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LIBREVILLE, 22 f\u00e9v (IPS) &#8211; Le Gabon poursuit, pour la premi\u00e8re fois devant la justice, huit ressortissants b\u00e9ninois et togolais pour &quot;trafic et exploitation d&#39;enfants&quot;.<\/p>\n","protected":false},"author":155,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,1,7],"tags":[],"class_list":["post-2429","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-headlines","category-politique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2429","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/155"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2429"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2429\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2429"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2429"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2429"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}