{"id":2371,"date":"2004-12-27T13:40:01","date_gmt":"2004-12-27T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/12\/27\/education-cameroun-la-course-vers-les-diplomes-exportables\/"},"modified":"2004-12-27T13:40:01","modified_gmt":"2004-12-27T13:40:01","slug":"education-cameroun-la-course-vers-les-diplomes-exportables","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/12\/27\/education-cameroun-la-course-vers-les-diplomes-exportables\/","title":{"rendered":"EDUCATION-CAMEROUN: La course vers les dipl\u00f4mes &#39;&#39;exportables&#39;&#39;"},"content":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 27 d\u00e9c (IPS) &#8211; &quot;Je veux \u00e9largir mon horizon, travailler pour une multinationale et aller aux Etats-Unis ou au Canada. J&#39;ai donc opt\u00e9 pour un dipl\u00f4me exportable&quot;, d\u00e9clare Evelyne Etonde, experte-conseil en ressources humaines dans une compagnie de t\u00e9l\u00e9phonie mobile \u00e0 Yaound\u00e9, au Cameroun.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Etonde, 31 ans, qui est en train de finir un &#39;Masters&#39; en administration des affaires (MBA) et gestion, affirme \u00e0 IPS qu&#39;elle se trouve \u00e9galement en bonne position sur le march\u00e9 international du travail gr\u00e2ce \u00e0 l&#39;installation, au Cameroun, du Coll\u00e8ge communautaire du Nouveau-Brunswick, une province du Canada. Comme plusieurs autres &#8211; nationaux ou \u00e9trangers -, cet \u00e9tablissement d&#39;enseignement sup\u00e9rieur a ouvert r\u00e9cemment ses portes dans ce pays d&#39;Afrique centrale. Les d\u00e9tenteurs de dipl\u00f4mes \u00e9trangers seraient vite recrut\u00e9s dans les grosses entreprises, notamment les multinationales.<\/p>\n<p> N\u00e9e dans un arrondissement situ\u00e9 \u00e0 environ 20 kilom\u00e8tres de Douala, la m\u00e9tropole \u00e9conomique du Cameroun, Etonde a pass\u00e9 une bonne partie de sa vie \u00e0 \u00e9tudier. Apr\u00e8s ses \u00e9tudes secondaires, elle a obtenu un dipl\u00f4me de gestion en 1998 par correspondance au Campus num\u00e9rique de Yaound\u00e9, la capitale camerounaise. Enfin, elle fait son MBA en combinant le travail \u00e0 temps partiel et des \u00e9tudes en ligne (par Internet).  Etonde, qui soutient son MBA en janvier prochain au Coll\u00e8ge communautaire, a dit \u00e0 IPS qu&#39;elle suivait encore un autre cours par Internet au Centre national d&#39;\u00e9ducation \u00e0 distance (CNED), en France.<\/p>\n<p> &quot;Les entreprises vous voient d&#39;abord comme une jeune femme sans tenir compte de vos comp\u00e9tences&quot;, explique-t-elle \u00e0 IPS. &quot;Si je veux grimper et devenir cadre sup\u00e9rieur, je dois \u00eatre trois fois plus dipl\u00f4m\u00e9e et exp\u00e9riment\u00e9e qu&#39;un homme&quot;.<\/p>\n<p> Pascal Eloundou et Ferdinand Wandji, respectivement \u00e9tudiants en deuxi\u00e8me ann\u00e9e de Marketing et quatri\u00e8me ann\u00e9e de Finance Internationale, ont affirm\u00e9 \u00e0 IPS que &quot;les patrons (d&#39;entreprises) chassent les t\u00eates issues des universit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res&quot;.  &quot;Comme nous ne pouvons pas aller \u00e0 l&#39;\u00e9tranger, nous saisissons la chance de nous former ici pour le m\u00eame dipl\u00f4me et pour les m\u00eames opportunit\u00e9s d&#39;emploi&quot;, a ajout\u00e9 Wandji qui attend les r\u00e9sultats d&#39;un test de recrutement \u00e0 la Commission \u00e9conomique pour l&#39;Afrique (CEA), bureau sous-r\u00e9gional de Yaound\u00e9.<\/p>\n<p> Le Coll\u00e8ge communautaire du Nouveau-Brunswick, qui forme des \u00e9tudiants camerounais en collaboration avec l&#39;Institut sup\u00e9rieur des technologies et du design industriel, ainsi que les 17 autres institutions d&#39;enseignement sup\u00e9rieur agr\u00e9\u00e9es, font partie des \u00e9tablissements issus de la &#39;R\u00e9forme universitaire de 1993&#39;. Cette r\u00e9forme avait supprim\u00e9 le monopole de l&#39;Etat sur la formation acad\u00e9mique au sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p> Selon le minist\u00e8re de l&#39;Enseignement sup\u00e9rieur, quelque 15.000 \u00e9tudiants \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement inscrits, en 2004, dans les 18 \u00e9tablissements priv\u00e9s de niveau sup\u00e9rieur, contre environ 75.000 dans les six universit\u00e9s d&#39;Etat.<\/p>\n<p>Une Commission nationale de supervision de l&#39;enseignement priv\u00e9 (CNSEP) est charg\u00e9e de r\u00e9guler la qualit\u00e9 de ces \u00e9coles accus\u00e9es g\u00e9n\u00e9ralement d&#39;\u00eatre de v\u00e9ritables menaces pour les \u00e9tablissements publics.  &quot;Ils (les \u00e9tablissements priv\u00e9s) se concentrent sur les domaines lucratifs et pr\u00e9cis comme l&#39;informatique, la gestion, le commerce international, la m\u00e9decine&#8230; Ils attirent par ailleurs les meilleurs enseignants du secteur public en leur offrant des salaires \u00e9lev\u00e9s, et demandent des frais de scolarit\u00e9 que seuls les riches peuvent assumer&quot;, explique \u00e0 IPS, Sammy Beban Chumbow, recteur de l&#39;Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I.  Selon Chumbow, &quot;Les \u00e9tablissements \u00e9trangers repr\u00e9sentent une menace particuli\u00e8re pour les universit\u00e9s publiques&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Notre secteur public est immature&quot;, rench\u00e9rit Lucien Kombou, doyen de la Facult\u00e9 des sciences \u00e9conomiques et de gestion appliqu\u00e9e de l&#39;Universit\u00e9 de Douala, dans un entretien t\u00e9l\u00e9phonique avec IPS.  Kombou ajoute : &quot;Nous nous effor\u00e7ons de le faire \u00e9voluer. Le secteur priv\u00e9 est en majorit\u00e9 \u00e0 but commercial. Il n&#39;a pas, comme nous, la mission d&#39;offrir un acc\u00e8s universel \u00e0 l&#39;\u00e9ducation, l&#39;\u00e9galit\u00e9 des chances et un enseignement de qualit\u00e9&quot;. Selon lui, &quot;Beaucoup de pays en voie de d\u00e9veloppement ont ce probl\u00e8me&quot;.<\/p>\n<p> Par ailleurs, explique Jo\u00ebl Moutlen, pr\u00e9sident de la CNSEP, &quot;l&#39;engouement pour la cr\u00e9ation des \u00e9tablissements priv\u00e9s d&#39;enseignement sup\u00e9rieur \u00e9tait tel que nos bureaux se trouvent submerg\u00e9s par les demandes de dossiers de cr\u00e9ation&quot;.  Mais en octobre dernier, lors de la rentr\u00e9e des universit\u00e9s du Cameroun, sur 42 dossiers de cr\u00e9ation examin\u00e9s par la CNSEP, seuls 10 ont re\u00e7u un avis favorable, selon Moutlen.  Quelque 3.000 \u00e0 4.000 nouveaux bacheliers s&#39;inscrivent, chaque ann\u00e9e, dans des universit\u00e9s priv\u00e9es o\u00f9 ils suivent des cours \u00e0 temps partiel pour les uns, ou par correspondance pour les autres. Mais le co\u00fbt d&#39;inscription reste prohibitif pour le grand nombre.<\/p>\n<p> &quot;Je me sens bien \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 catholique d&#39;Afrique centrale, bien que le co\u00fbt de la formation soit tr\u00e8s on\u00e9reux. Les enseignements sont adapt\u00e9s \u00e0 notre contexte et la plupart des \u00e9tudiants qui sortent d&#39;ici, sont pr\u00eats pour l&#39;emploi&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS, Th\u00e9odore Ngann, \u00e9tudiant en quatri\u00e8me ann\u00e9e de finance internationale.<\/p>\n<p> Selon le minist\u00e8re de l&#39;Enseignement sup\u00e9rieur, le co\u00fbt des \u00e9tudes varie entre 7.812,5 dollars et 9.765,6 dollars par an et par \u00e9tudiant en Europe.<\/p>\n<p>Tandis qu&#39;au Cameroun, les frais de scolarit\u00e9 dans un \u00e9tablissement sup\u00e9rieur priv\u00e9 oscille entre 585,9 dollars et 976,5 dollars.<\/p>\n<p> La plupart des parents, qui inscrivent leurs enfants dans ces universit\u00e9s priv\u00e9es, sont des cadres sup\u00e9rieurs d&#39;entreprise, de hauts fonctionnaires, des hommes d&#39;affaires ou des commer\u00e7ants fortun\u00e9s.<\/p>\n<p> Alors que la pauvret\u00e9 reste stagnante dans le pays, le taux de ch\u00f4mage est estim\u00e9 officiellement \u00e0 sept pour cent en 2004. L&#39;\u00e9conomie n&#39;absorbe que 40 pour cent des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s sortis des meilleures universit\u00e9s et 25 pour cent de ceux qui ont fr\u00e9quent\u00e9 les \u00e9tablissements moins r\u00e9put\u00e9s, selon le Fonds national de l&#39;emploi (FNE).<\/p>\n<p> Les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s de ces \u00e9coles sont souvent recrut\u00e9s dans les banques, les t\u00e9l\u00e9communications, les hydrocarbures, les assurances, les m\u00e9dias, la sant\u00e9, mais \u00e9galement dans des institutions sp\u00e9cialis\u00e9es du syst\u00e8me des Nations Unies.<\/p>\n<p> &quot;On comprend l&#39;engouement des \u00e9tudiants qui sont friands des dipl\u00f4mes vendables&quot;, a dit \u00e0 IPS, Jules Mfonchiou, charg\u00e9 de cours \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 II-Soa. &quot;Ils consid\u00e8rent les dipl\u00f4mes \u00e9trangers comme plus prestigieux que les nationaux et les voient m\u00eame parfois comme des passeports pour les pays riches&quot;, explique-t-il.<\/p>\n<p> Pour autant, si certains \u00e9tablissements priv\u00e9s sont r\u00e9put\u00e9s s\u00e9rieux, d&#39;autres restent peu fiables. La CNSEP a \u00e9limin\u00e9 en octobre dernier du fichier des universit\u00e9s priv\u00e9es, bon nombre d&#39;entre elles somm\u00e9es de fermer pour &quot;insuffisance acad\u00e9mique&quot;.  Selon Moutlen, leurs enseignements sont de &quot;moindre qualit\u00e9&quot;, avec des unit\u00e9s de valeur qui ne correspondaient pas aux normes acad\u00e9miques \u00e9dict\u00e9es par le minist\u00e8re de l&#39;Enseignement sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p> En outre, 32 autres \u00e9tablissements se sont vu refuser l&#39;agr\u00e9ment d&#39;exercer, et devront se faire enregistrer \u00e0 nouveau aupr\u00e8s du minist\u00e8re qui \u00e9valuera les crit\u00e8res de viabilit\u00e9 financi\u00e8re et de qualit\u00e9 acad\u00e9mique.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 27 d\u00e9c (IPS) &#8211; &quot;Je veux \u00e9largir mon horizon, travailler pour une multinationale et aller aux Etats-Unis ou au Canada. 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