{"id":2320,"date":"2004-11-11T13:40:01","date_gmt":"2004-11-11T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/11\/11\/droits-cameroun-etre-fille-mere-ce-nest-pas-la-joie-mais-un-drame\/"},"modified":"2004-11-11T13:40:01","modified_gmt":"2004-11-11T13:40:01","slug":"droits-cameroun-etre-fille-mere-ce-nest-pas-la-joie-mais-un-drame","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/11\/11\/droits-cameroun-etre-fille-mere-ce-nest-pas-la-joie-mais-un-drame\/","title":{"rendered":"DROITS-CAMEROUN: Etre fille-m\u00e8re, ce n&#39;est pas la joie, mais un drame"},"content":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 11 nov (IPS) &#8211; Flottant dans une robe ample, deux tailles au-dessus de la sienne, Colette Mahop, 17 ans, ne ressemble gu\u00e8re \u00e0 une femme qui a enfant\u00e9. Seul le gosse que cette habitante de Melen, un quartier pauvre de Yaound\u00e9, la capitale du Cameroun, porte dans les bras, trahit sa triste situation.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n &quot;Mon papa d\u00e9c\u00e9d\u00e9 et, pour moi, avec mon enfant nouvellement venu au monde, la vie \u00e9tait devenue tr\u00e8s dure \u00e0 la maison. Nous vivotons au jour le jour&quot;, d\u00e9clare Mahop \u00e0 IPS, le regard fuyant. Selon elle, son p\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en mars 2002 \u00e0 l&#39;\u00e2ge de 62 ans, et son enfant est n\u00e9 le 28 ao\u00fbt 2004.  &quot;Parfois nous mangeons, parfois pas. Sans situation fixe, le p\u00e8re de mon enfant ne nous \u00e9tait d&#39;aucun secours. Les 10.000 francs CFA (environ 19 dollars) mensuels du loyer devenaient un engagement impossible \u00e0 tenir pour ma pauvre m\u00e8re qui avait la charge d&#39;une douzaine de personnes&quot;, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p> Aujourd&#39;hui, Mahop vend des oranges et des mandarines dans un panier, sur le trottoir dans son quartier.<\/p>\n<p> Donner naissance \u00e0 un enfant hors-mariage devient banal dans ce pays d&#39;Afrique centrale confront\u00e9 \u00e0 une paup\u00e9risation accrue de sa jeunesse..<\/p>\n<p>Paradoxalement, c&#39;est aussi un des actes que la soci\u00e9t\u00e9 pardonne le moins.<\/p>\n<p>Le poids des coutumes et l&#39;influence de la religion, dans certaines r\u00e9gions, font qu&#39;une grossesse hors-mariage est consid\u00e9r\u00e9e comme une sorte de d\u00e9shonneur pour la jeune fille et pour sa famille.<\/p>\n<p> Selon le Bureau central des recensements et des \u00e9tudes de la population (BUCREP), la population du Cameroun, qui est d&#39;environ 16,1 millions d&#39;habitants, est \u00e0 60 pour cent jeune. Les femmes constituent 52 pour cent de la population totale, et le ch\u00f4mage touche pr\u00e8s de sept pour cent de la population active.  Et selon l&#39;Indice de d\u00e9veloppement humain 2004 du Programme des Nations Unies pour le d\u00e9veloppement (PNUD) pour le Cameroun, plus de 50 pour cent des Camerounais vivent en dessous du seuil de pauvret\u00e9, avec moins d&#39;un dollar par jour. Cet indice est publi\u00e9 par le PNUD \u00e0 Yaound\u00e9, et le chiffre est confirm\u00e9 par la Direction nationale des statistiques du minist\u00e8re des Finances et du Budget.<\/p>\n<p> Dans un entretien t\u00e9l\u00e9phonique avec IPS, Jeanne Ombed\u00e9, encadreur au Centre &#39;SOS Village d&#39;enfants&#39;, une association caritative bas\u00e9e \u00e0 Mbalmayo, une ville situ\u00e9e \u00e0 50 kilom\u00e8tres au sud de Yaound\u00e9, explique : &quot;C&#39;est la pauvret\u00e9 qui pousse les jeunes filles \u00e0 la d\u00e9bauche et, parfois, l&#39;ignorance des moyens contraceptifs aidant, elles se retrouvent grosses&quot;.<\/p>\n<p> &quot;La plupart des filles-m\u00e8res&quot;, ajoute-t-elle, &quot;sont issues des foyers sans aucune pr\u00e9sence masculine (sans autorit\u00e9 paternelle), o\u00f9 la maman g\u00e8re seule la maison et o\u00f9 la prostitution est tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e&#8230;&quot; &quot;Lorsque la grossesse survient, la pression exerc\u00e9e sur la jeune fille ne lui offre aucune alternative que la grande prostitution ou le suicide&quot;, souligne \u00e0 IPS, Agn\u00e8s Evouna, membre de la Ligue pour l&#39;\u00e9ducation de la femme et de l&#39;enfant (LEFE), une organisation non gouvernementale (ONG) bas\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9.<\/p>\n<p> Fatima Garba, 17 ans, \u00e9l\u00e8ve en classe de Seconde &#39;C&#39; au Lyc\u00e9e G\u00e9n\u00e9ral Leclerc de Yaound\u00e9, confie \u00e0 IPS : &quot;Quand on a appris ma grossesse, ce fut la d\u00e9ception totale. Tous se sont jet\u00e9s sur moi et ont commenc\u00e9 \u00e0 m&#39;abreuver d&#39;insultes, particuli\u00e8rement ma mar\u00e2tre (une autre femme de son p\u00e8re) qui, pourtant, avait con\u00e7u deux enfants naturels avant d&#39;\u00e9pouser mon p\u00e8re&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Depuis lors, l&#39;atmosph\u00e8re est devenue irrespirable pour moi \u00e0 la maison&quot;, ajoute Garba.<\/p>\n<p> En effet, chez certains parents camerounais, musulmans notamment, &quot;la perte de la virginit\u00e9 est synonyme de perte d&#39;identit\u00e9 chez la jeune fille&quot;, explique \u00e0 IPS, Solange Ngwet, membre de l&#39;Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF), une ONG bas\u00e9e \u00e0 Yaound\u00e9..<\/p>\n<p>&quot;Et de ce fait, la fille-m\u00e8re est consid\u00e9r\u00e9e comme une &#39;tra\u00een\u00e9e&#39; \u00e0 la r\u00e9putation de &#39;fille-facile&#39; que les d\u00e9trousseurs de femmes se gargarisent d&#39;avoir connue&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Je suis b\u00eatement tomb\u00e9e enceinte d&#39;un homme qui me promettait le mariage.<\/p>\n<p>D\u00e8s qu&#39;il a su mon \u00e9tat, il s&#39;est \u00e9vanoui dans la nature, faisant de moi la ris\u00e9e du quartier. Ma grand-m\u00e8re est venue me chasser de chez ma tante en priant Dieu de faire en sorte qu&#39;elle ne puisse plus me revoir, m\u00eame dans l&#39;autre monde&quot;, a dit \u00e0 IPS, Julienne Tchamba, une fille-m\u00e8re \u00e2g\u00e9e de 16 ans.<\/p>\n<p> Dans la plupart des communaut\u00e9s du Cameroun, prendre une grossesse hors-mariage, donne souvent lieu \u00e0 la marginalisation de la victime.<\/p>\n<p>Rejet\u00e9es et soumises \u00e0 l&#39;opprobre, les filles-m\u00e8res finissent abandonn\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames, et se retrouvent \u00e0 exercer de petits m\u00e9tiers, tels que &#39;baby-sitter&#39;, vendeuses ambulantes ou balayeuses de rues.<\/p>\n<p> &quot;On parle de femmes dans tous les discours. Mais il y a les filles-m\u00e8res dont personne n&#39;ose parler et qu&#39;on rejette partout comme des pestif\u00e9r\u00e9es au sein d&#39;une soci\u00e9t\u00e9 camerounaise qui ne pr\u00e9voit aucune structure d&#39;encadrement pour ces \u00eatres qui m\u00e9ritent pourtant un autre regard&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS, S\u00e9verin Cecil Ab\u00e9ga, anthropologue, enseignant \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 de Yaound\u00e9 I.<\/p>\n<p> &quot;Elles sont, au mieux, recueillies g\u00e9n\u00e9ralement par un parent ou tout simplement par quelqu&#39;un qui va les exploiter \u00e0 d&#39;autres fins, ou une personne d&#39;autre sensible \u00e0 leur d\u00e9tresse. Au pire, ce sera la rue avec sa cohorte de maux : vol, drogue, prostitution, maladies sexuellement transmissibles et VIH\/SIDA&#8230;&quot;, ajoute Ab\u00e9ga.<\/p>\n<p> Dr C\u00e9cile Bomba Nkolo, ministre des Affaires sociales, affirme \u00e0 IPS : &quot;Nous sommes conscients de la situation des filles-m\u00e8res. L&#39;une de nos priorit\u00e9s, \u00e0 la t\u00eate de ce d\u00e9partement minist\u00e9riel, est le probl\u00e8me des filles-m\u00e8res. Celles d&#39;entre elles qui ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es font l&#39;objet d&#39;une attention particuli\u00e8re qui va du suivi m\u00e9dical jusqu&#39;\u00e0 leur r\u00e9insertion \u00e0 l&#39;\u00e9cole ou dans les &#39;home-ateliers&#39; pour celles qui veulent apprendre un m\u00e9tier&quot;.<\/p>\n<p> Selon le minist\u00e8re, il est difficile de savoir le nombre de filles-m\u00e8res prises en charge. Elles sont prises en charge par les d\u00e9membrements du minist\u00e8re \u00e0 travers le pays pour celles qui en font la demande. Et il n&#39;existe pas une ligne budg\u00e9taire sp\u00e9cifique pour les filles-m\u00e8res, indique le minist\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>YAOUNDE, 11 nov (IPS) &#8211; Flottant dans une robe ample, deux tailles au-dessus de la sienne, Colette Mahop, 17 ans, ne ressemble gu\u00e8re \u00e0 une femme qui a enfant\u00e9. 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