{"id":2270,"date":"2004-09-29T13:40:01","date_gmt":"2004-09-29T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/09\/29\/droits-burkina-faso-elle-recidive-dans-lexcision-elle-restera-plus-longtemps-en-prison\/"},"modified":"2004-09-29T13:40:01","modified_gmt":"2004-09-29T13:40:01","slug":"droits-burkina-faso-elle-recidive-dans-lexcision-elle-restera-plus-longtemps-en-prison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/09\/29\/droits-burkina-faso-elle-recidive-dans-lexcision-elle-restera-plus-longtemps-en-prison\/","title":{"rendered":"DROITS-BURKINA FASO: Elle r\u00e9cidive dans l&#39;excision, elle restera plus longtemps en prison"},"content":{"rendered":"<p>OUAGADOUGOU, 29 sep (IPS) &#8211; Adama Barry, une dame de 55 ans, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e par un tribunal du Burkina Faso \u00e0 trois ans de prison ferme pour avoir excis\u00e9 16 fillettes \u00e2g\u00e9es de deux \u00e0 dix ans, malgr\u00e9 l&#39;interdiction des mutilations g\u00e9nitales f\u00e9minines par la loi.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Domicili\u00e9e au quartier Tanghin, \u00e0 Ouagadougou, la capitale burkinab\u00e9, Barry est une r\u00e9cidiviste notoire pour avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9e \u00e0 quatre reprises par la justice \u00e0 des peines de prison allant de quatre \u00e0 six mois fermes.<\/p>\n<p> Apr\u00e8s l&#39;excision des 16 fillettes, Barry a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e, pour la cinqui\u00e8me fois, par la gendarmerie nationale, le 16 ao\u00fbt. Approch\u00e9e par la presse \u00e0 la gendarmerie pour comprendre les raisons qui l&#39;ont pouss\u00e9e \u00e0 commettre encore un tel acte, Barry a affirm\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9e par d&#39;autres personnes.<\/p>\n<p> &quot;Je ne suis pas coupable, c&#39;est Aoua Sanfo (une complice de Barry) et les autres qui m&#39;ont forc\u00e9 la main. Je leur ai dit que j&#39;ai d\u00e9j\u00e0 fait la prison et que la pratique de l&#39;excision est interdite. On m&#39;a assur\u00e9 que je n&#39;aurais pas de probl\u00e8mes&quot;, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9. Selon Barry, Aoua lui a dit, le dimanche 15 ao\u00fbt, que c&#39;\u00e9tait une enfant qui devait \u00eatre excis\u00e9e, mais \u00e0 sa grande surprise, elle constate le lendemain que les enfants \u00e9taient nombreuses.<\/p>\n<p> &quot;Je n&#39;ai plus de mat\u00e9riel, c&#39;est aux parents d&#39;acheter eux-m\u00eames les lames. Avec ces outils, je coupe un peu seulement en haut et je laisse le reste. J&#39;ai appris \u00e7a de ma tante&quot;, a ajout\u00e9 Barry.<\/p>\n<p> Barry pr\u00e9cise qu&#39;elle prend g\u00e9n\u00e9ralement &quot;500 FCFA (94 cents US) pour chaque enfant&quot;, mais que cette fois-ci, elle avait demand\u00e9 la moiti\u00e9.<\/p>\n<p> Le m\u00eame jour, les 16 fillettes ont \u00e9t\u00e9 conduites d&#39;urgence dans une clinique de la capitale burkinab\u00e9, o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement prises en charge par Dr Michel Akotionga, professeur de gyn\u00e9cologie-obst\u00e9trique \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 de Ouagadougou. Apr\u00e8s les examens, le diagnostic du m\u00e9decin indique que 15 des patientes souffraient d&#39;une l\u00e9sion au premier stade (ablation du clitoris), et qu&#39;une seule, la petite de deux ans et demi, souffrait d&#39;une l\u00e9sion plus profonde.  Dr Akotionga a ensuite inform\u00e9 la presse que &quot;c&#39;est le clitoris seulement qui a \u00e9t\u00e9 sectionn\u00e9, il n&#39;y a pas d&#39;h\u00e9morragie pouvant conduire \u00e0 la mort.<\/p>\n<p>Cependant, il y a la douleur et des risques d&#39;infection, c&#39;est pourquoi j&#39;ai prescrit du s\u00e9rum et du vaccin antit\u00e9tanique&quot;.<\/p>\n<p> Hortense Palm, secr\u00e9taire permanent du Comit\u00e9 national de lutte contre la pratique de l&#39;excision (CNLPE), une cr\u00e9\u00e9 en 1990, explique \u00e0 IPS : &quot;J&#39;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s indign\u00e9e et choqu\u00e9e par ce qui s&#39;est pass\u00e9. C&#39;est \u00e0 se demander, apr\u00e8s toutes ces activit\u00e9s (de sensibilisation et d&#39;\u00e9ducation) men\u00e9es, ce qui ne va pas et ce qui a bien pu pousser des parents \u00e0 soumettre leurs filles \u00e0 cette pratique&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Je pense que l&#39;excision des 16 filles a interpell\u00e9 les comit\u00e9s provinciaux de lutte contre la pratique de l&#39;excision sur le fait q&#39;ils doivent redoubler de vigilance et d\u00e9velopper des initiatives tendant \u00e0 la mise en place de comit\u00e9s de vigilance dans les quartiers&quot;, ajoute Palm.<\/p>\n<p>&quot;Nous allons en outre tenter de comprendre pourquoi, malgr\u00e9 le travail (d&#39;\u00e9ducation) men\u00e9 sur le terrain, il y a des poches de r\u00e9sistance&quot;.<\/p>\n<p> Mariam Koala, la secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de l&#39;association Wend-Panga (une ONG qui signifie la puissance de Dieu en langue nationale Mor\u00e9), rench\u00e9rit : &quot;Nous n&#39;allons pas baisser les bras. Nous avons d\u00e9j\u00e0 enregistr\u00e9 des progr\u00e8s et ce ne sont pas les quelques poches de r\u00e9sistance qui vont nous arr\u00eater&quot;.  &quot;Une peine maximale dans ce dernier cas sera une belle le\u00e7on pour les r\u00e9cidivistes. Ce qui nous manque, c&#39;est l&#39;appui financier et le suivi de la formation&quot;, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9.<\/p>\n<p> Selon Ramata Ouedraogo, habitante du quartier Tanghin, &quot;Ce sont les parents eux-m\u00eames qui sont les premiers coupables et il faut qu&#39;ils soient sanctionn\u00e9s au m\u00eame titre que l&#39;exciseuse, parce que ce n&#39;est pas possible qu&#39;on continue d&#39;exciser en plein Ouagadougou. On va emprisonner l&#39;exciseuse, c&#39;est bien, mais si les parents aussi sont condamn\u00e9s, cela servira de le\u00e7on&quot;.<\/p>\n<p> Depuis l&#39;adoption d&#39;une loi anti-excision en 1996, les exciseuses sont passibles d&#39;une &quot;peine de trois ans maximum et d&#39;une amende de 900.000 FCFA (environ 1.700 dollars US)&quot;. En cas de d\u00e9c\u00e8s de la victime, la coupable encourt une peine de 10 ans d&#39;emprisonnement. En 2003, une centaine d&#39;exciseuses et leurs complices ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s, jug\u00e9s et condamn\u00e9s \u00e0 une peine d&#39;emprisonnement et \u00e0 une amende.<\/p>\n<p> La loi ajoute : &quot;Est puni d&#39;une amende de 50.000 \u00e0 100.000 FCFA (de 94 \u00e0 188 dollars environ), toute personne qui, ayant connaissance des faits pr\u00e9vus \u00e0 l&#39;article 380, n&#39;en avertit pas les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes&quot;.<\/p>\n<p> Ces amendes sont \u00e9lev\u00e9es pour les gens qui pratiquent l&#39;excision au Burkina Faso o\u00f9 46,2 pour cent des 12 millions d&#39;habitants du pays vivent en dessous du seuil de pauvret\u00e9, avec moins d&#39;un dollar par jour, selon une enqu\u00eate officielle r\u00e9alis\u00e9e en 2003.   Le 21 septembre, le tribunal correctionnel de Ouagadougou a entendu Barry et ses 12 complices. Barry, actrice principale et r\u00e9cidiviste notoire, a \u00e9t\u00e9 reconnue coupable et \u00e9cope de la peine maximale de trois ans de prison ferme. Les 12 autres femmes (parents des filles excis\u00e9es), dont la complicit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie lors du proc\u00e8s, ont toutes \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es \u00e0 trois mois d&#39;emprisonnement ferme.<\/p>\n<p> Une relaxe a \u00e9t\u00e9 toutefois prononc\u00e9e en faveur de Rahaman\u00e9 Tiendr\u00e9b\u00e9ogo, propri\u00e9taire de la maison o\u00f9 les filles ont \u00e9t\u00e9 excis\u00e9es. Tiendr\u00e9b\u00e9ogo, qui \u00e9tait absent de son domicile au moment des faits et qui a jur\u00e9 n&#39;\u00eatre pas au courant de ce qui s&#39;est pass\u00e9 chez lui, a \u00e9t\u00e9 relax\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice du doute.<\/p>\n<p> Malgr\u00e9-Naaba, chef coutumier et tradipraticien depuis plus de 30 ans, qui n&#39;a pas voulu commenter la peine inflig\u00e9e \u00e0 Barry, indique \u00e0 IPS : &quot;Il faut que nous continuions la lutte \u00e0 tous les niveaux. Quand les gens viennent me solliciter pour leur pr\u00e9dire le sort de leur fille \u00e0 exciser, je leur intime l&#39;ordre de ne pas le faire, car l&#39;enfant ne survivra pas.<\/p>\n<p>Cette peur psychologique les am\u00e8ne \u00e0 ne pas exciser leur fille&quot;.<\/p>\n<p> La lutte contre la pratique de l&#39;excision est une lutte de longue haleine et la premi\u00e8re dame du Burkina, Chantal Compaor\u00e9, l&#39;a reconnu le 3 juillet dernier, apr\u00e8s la projection du film &#39;Moalaad\u00e9&#39; du c\u00e9l\u00e8bre cin\u00e9aste s\u00e9n\u00e9galais, Semb\u00e8ne Ousmane, qui a indiqu\u00e9 avoir consacr\u00e9 ce film \u00e0 la lutte contre l&#39;excision.  &quot;Le combat contre l&#39;excision n&#39;est pas un combat facile, mais j&#39;esp\u00e8re qu&#39;avec le film Moalaad\u00e9, on peut faire passer le message selon lequel la pratique de l&#39;excision n&#39;est pas une bonne pratique et qu&#39;il faut l&#39;enrayer de nos pays&quot;, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9.<\/p>\n<p> L&#39;excision consiste \u00e0 enlever partiellement ou totalement le clitoris de la femme. Dans certaines r\u00e9gions du Burkina, on pratique l&#39;infibulation qui consiste \u00e0 coudre les grandes l\u00e8vres du vagin de la fille et \u00e0 ne r\u00e9server qu&#39;un petit orifice pour l&#39;urine et les menstruations.  L&#39;objectif de l&#39;op\u00e9ration est d&#39;emp\u00eacher les relations sexuelles, mais les risques sont nombreux, dont l&#39;h\u00e9morragie, les infections et le VIH\/SIDA.<\/p>\n<p> Au d\u00e9but de la campagne contre les mutilations g\u00e9nitales f\u00e9minines (MGF), en 1992, au Burkina Faso, le taux national de l&#39;excision \u00e9tait de 66,35 pour cent, selon le CNLPE. Les autorit\u00e9s burkinab\u00e8 comptaient en 1992 pr\u00e8s de 100 pour cent de taux de pr\u00e9valence de l&#39;excision dans certaines zones de ce pays d&#39;Afrique de l&#39;ouest.  Une conf\u00e9rence internationale sur les MGF a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e \u00e0 Nairobi, la capitale k\u00e9nyane, du 16 au 18 septembre, pour discuter de la ratification et de la mise en \u0153uvre du protocole de Maputo qui vise \u00e0 proscrire cette pratique partout en Afrique.<\/p>\n<p> Un sommet des chefs d&#39;Etat de l&#39;Union africaine (UA), tenue dans la capitale mozambicaine, Maputo, en juillet 2003, a adopt\u00e9 le protocole de la &quot;Charte africaine sur les droits des femmes en Afrique&quot;, dont l&#39;article 5 interdit et condamne les MGF.  Pour entrer en vigueur, le protocole doit \u00eatre ratifi\u00e9 par au moins 15 pays de l&#39;UA forte de 53 membres. Mais un an apr\u00e8s son adoption, trois pays seulement, la Libye, le Rwanda et les Comores &#8211; l&#39;ont ratifi\u00e9.<\/p>\n<p> La conf\u00e9rence de Nairobi, qui a r\u00e9uni quelque 700 participants venus des quatre coins du monde, a d\u00e9cid\u00e9 de faire pression sur les gouvernements africains pour qu&#39;ils ratifient le protocole de Maputo, afin de donner de l&#39;impulsion \u00e0 la lutte contre les MGF en Afrique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>OUAGADOUGOU, 29 sep (IPS) &#8211; Adama Barry, une dame de 55 ans, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e par un tribunal du Burkina Faso \u00e0 trois ans de prison ferme pour avoir excis\u00e9 16 fillettes \u00e2g\u00e9es de deux \u00e0 dix ans, malgr\u00e9 l&#39;interdiction&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/09\/29\/droits-burkina-faso-elle-recidive-dans-lexcision-elle-restera-plus-longtemps-en-prison\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":303,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,1,4,30],"tags":[],"class_list":["post-2270","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-headlines","category-sante","category-special-culture-religion-et-genre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2270","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2270"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2270\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2270"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2270"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2270"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}