{"id":2266,"date":"2004-09-29T13:40:01","date_gmt":"2004-09-29T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/09\/29\/droits-kenya-au-nom-de-la-chastete-les-filles-subissent-la-douleur-lhumiliation\/"},"modified":"2004-09-29T13:40:01","modified_gmt":"2004-09-29T13:40:01","slug":"droits-kenya-au-nom-de-la-chastete-les-filles-subissent-la-douleur-lhumiliation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/09\/29\/droits-kenya-au-nom-de-la-chastete-les-filles-subissent-la-douleur-lhumiliation\/","title":{"rendered":"DROITS-KENYA: Au nom de la chastet\u00e9, les filles subissent  la douleur, l&#39;humiliation"},"content":{"rendered":"<p>NAROK, Kenya, 28 sep (IPS) &#8211; Judy Santeyan et sa s\u0153ur Dorcas Keiwua ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement mutil\u00e9es, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 contraintes par huit personnes de subir une excision traditionnelle peu s\u00e9curisante au Kenya.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Santeyan, 16 ans et Keiwua, 14 ans, toutes deux traumatis\u00e9es, pleurent chaque fois qu&#39;elles se rappellent l&#39;exp\u00e9rience extr\u00eamement p\u00e9nible qu&#39;elles ont subie aux mains de leurs bouchers le 30 ao\u00fbt.<\/p>\n<p> Les deux s\u0153urs sont en train de se r\u00e9tablir au Centre d&#39;assistance aux filles Tasaru \u00e0 Narok, \u00e0 environ 150 kilom\u00e8tres de Nairobi, dans la province du Rift Valley. Le centre, une organisation non gouvernementale (ONG), s&#39;occupe actuellement de trois filles, dont les deux s\u0153urs, qui ont fui la mutilation g\u00e9nitale chez les femmes (MGF).<\/p>\n<p> Pendant les vacances scolaires, quand les exciseuses s&#39;attaquent \u00e0 leurs victimes, au moment o\u00f9 les activit\u00e9s de la MGF sont \u00e0 leur apog\u00e9e, le centre accueille 43 filles, selon la direction.<\/p>\n<p> Lorsque IPS a rendu visite aux deux filles le 23 septembre, Santeyan souffrait et pouvait \u00e0 peine s&#39;asseoir, \u00e0 la suite de la blessure au bas-ventre que les m\u00e9decins ont qualifi\u00e9e de grave. La blessure aurait besoin d&#39;\u00eatre trait\u00e9e \u00e0 travers une op\u00e9ration qui devrait \u00eatre pratiqu\u00e9e \u00e0 une \u00e9tape ult\u00e9rieure.<\/p>\n<p> Santeyan, visiblement troubl\u00e9e, regardait en l&#39;air, sanglotait, et a respir\u00e9 profond\u00e9ment avant de parler \u00e0 IPS. &quot;Cela s&#39;est pass\u00e9 apr\u00e8s que notre m\u00e8re a quitt\u00e9 la maison, l&#39;autre nuit pour participer \u00e0 une veill\u00e9e de pri\u00e8res. Elle nous a laiss\u00e9es avec notre fr\u00e8re \u00e2g\u00e9 de 18 ans. Alors que nous dormions, il est venu, nous a r\u00e9veill\u00e9es et a dit : &#39;L&#39;heure a sonn\u00e9 pour vous aujourd&#39;hui, vous devez \u00eatre excis\u00e9es. Et je ne veux pas que quelqu&#39;un fasse du bruit&quot;, se rappelle Santeyan.<\/p>\n<p> Il y a quatre ans, leur fr\u00e8re avait menac\u00e9 de les exciser, et elles avaient fui la maison pour se r\u00e9fugier au centre d&#39;assistance. Apr\u00e8s \u00eatre rest\u00e9es au centre pendant deux ans, un accord a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 pour que les filles retournent \u00e0 la maison.<\/p>\n<p> Mais leur fr\u00e8re &#8211; leur p\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1998 &#8211; ne tenait jamais ses promesses. &quot;Le 30 ao\u00fbt, lorsque notre fr\u00e8re nous a r\u00e9veill\u00e9es, je lui ai dit que ma s\u0153ur et moi n&#39;allions pas \u00eatre excis\u00e9es. Il m&#39;a gifl\u00e9e. Lorsque je suis entr\u00e9e au salon, j&#39;ai \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9e de trouver cinq femmes \u00e2g\u00e9es et trois gar\u00e7ons, du m\u00eame \u00e2ge que mon fr\u00e8re, assis. Tous les huit \u00e9taient nos voisins&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Les femmes m&#39;ont attach\u00e9e avec des cordes, aid\u00e9es par les gar\u00e7ons, pour s&#39;assurer que je ne pouvais pas bouger. J&#39;ai essay\u00e9 de r\u00e9sister et ils m&#39;ont gifl\u00e9e. Ils m&#39;ont alors taillad\u00e9e sans piti\u00e9 puisque les supplications que je leur adressais pour qu&#39;ils arr\u00eatent tombaient dans des oreilles de sourds. Apr\u00e8s avoir fini, ils m&#39;ont amen\u00e9e dans mon lit, o\u00f9 j&#39;\u00e9tais \u00e9tendue dans une mare de sang&quot;, a racont\u00e9 Santeyan, prenant un mouchoir pour essuyer ses yeux pleins de larmes.<\/p>\n<p> Les agresseurs se sont ensuite empar\u00e9s de Keiwua. &quot;Apr\u00e8s avoir vu comment Santeyan avait \u00e9t\u00e9 battue, je n&#39;avais d&#39;autre choix que celui de coop\u00e9rer.<\/p>\n<p>Ils, y compris notre fr\u00e8re, m&#39;ont mise au lit et sont partis alors que nous \u00e9tions couch\u00e9es l\u00e0, dans la souffrance. Notre m\u00e8re nous a trouv\u00e9es presque mourantes des suites de l&#39;h\u00e9morragie et nous a emmen\u00e9es \u00e0 l&#39;h\u00f4pital; elle a ensuite signal\u00e9 l&#39;affaire aux autorit\u00e9s&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 Keiwua.<\/p>\n<p> Les filles ont \u00e9t\u00e9 excis\u00e9es avec des instruments rudimentaires non st\u00e9rilis\u00e9s dans un pays o\u00f9 deux millions de personnes vivent avec le VIH\/SIDA, selon le minist\u00e8re de la Sant\u00e9.<\/p>\n<p> Selon Agnes Pareyio, fondatrice du Centre d&#39;assistance Tasaru, seules deux femmes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es et rel\u00e2ch\u00e9es apr\u00e8s avoir pay\u00e9 une caution de 50.000 shillings (environ 641 dollars). &quot;Elles ont pris les titres de propri\u00e9t\u00e9 de leurs terres et ont rachet\u00e9 leur libert\u00e9, alors que les filles continuent de se battre contre la mort&quot;, a-t-elle dit \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Les autres suspects sont toujours en cavale. &quot;Le centre et d&#39;autres organisations de femmes \u00e0 la base suivent l&#39;affaire, appellent \u00e0 l&#39;arrestation des autres auteurs. Nous voulons que justice soit faite et que les deux femmes qui ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9es, soient re-jug\u00e9es&quot;, a indiqu\u00e9 Pareiyo.<\/p>\n<p> L&#39;incident s&#39;est produit avant la conf\u00e9rence internationale sur la MGF organis\u00e9e dans la capitale k\u00e9nyane, Nairobi, du 16 au 18 septembre pour discuter de la ratification et de la mise en \u0153uvre du protocole de Maputo qui vise \u00e0 proscrire la MGF partout en Afrique.<\/p>\n<p> Un sommet des chefs d&#39;Etat de l&#39;Union africaine (UA), tenue dans la capitale mozambicaine, Maputo, en juillet 2003, a adopt\u00e9 le protocole de la &quot;Charte africaine sur les droits des femmes en Afrique&quot;, dont l&#39;article 5 interdit et condamne la MGF.  Pour entrer en vigueur, le protocole doit \u00eatre ratifi\u00e9 par au moins 15 pays de l&#39;Union africaine forte de 53 membres. Mais un an apr\u00e8s son adoption, trois pays seulement, la Libye, le Rwanda et les Comores &#8211; l&#39;ont ratifi\u00e9.<\/p>\n<p> La Conf\u00e9rence de Nairobi, qui a r\u00e9uni quelque 700 participants venus des quatre coins du monde, a d\u00e9cid\u00e9 de faire pression sur les gouvernements africains pour qu&#39;ils ratifient le protocole de Maputo, afin de donner de l&#39;impulsion \u00e0 la lutte contre la MGF en Afrique.<\/p>\n<p> La l\u00e9gislation du Kenya interdit la MGF, mais n&#39;est pas, \u00e0 l&#39;heure actuelle, appliqu\u00e9e.<\/p>\n<p> La loi anti-MGF au Kenya fait partie int\u00e9grante de la &#39;Loi sur les enfants de 2001&#39;, qui interdit l&#39;excision des filles \u00e2g\u00e9es de moins de 18 ans, et inclut des peines de prison et des amendes pour la violation de la loi.<\/p>\n<p> &quot;La loi actuelle est imparfaite parce qu&#39;elle permet que la MGF soit pratiqu\u00e9e sur quelqu&#39;un ayant plus de 18 ans. C&#39;est pour cela que les femmes continueront d&#39;\u00eatre excis\u00e9es dans le mariage, si elles n&#39;\u00e9taient pas d\u00e9j\u00e0 excis\u00e9es lorsqu&#39;elles \u00e9taient jeunes. Nous avons besoin d&#39;une loi qui interdit totalement la MGF &quot;, a d\u00e9clar\u00e9 Agnes Yiapan, la coordonnatrice de &#39;Maendeleo Ya Wanawake&#39; (Femmes dans le d\u00e9veloppement) de Narok, une organisation qui traite des probl\u00e8mes des femmes.<\/p>\n<p> Des groupes de femmes veulent \u00e9galement que le gouvernement mette en place des m\u00e9canismes pour observer la mise en \u0153uvre de la loi anti-MGF &#8211; de peur qu&#39;elle ne reste seulement sur papier. &quot;Si le gouvernement parle s\u00e9rieusement de la protection des femmes et des filles k\u00e9nyanes, qu&#39;il d\u00e9ploie des agents sur le terrain pour v\u00e9rifier s&#39;il y a quelqu&#39;un qui passe outre la loi. Si une telle mesure \u00e9tait en place, le cas de Santeyan et de Dorcas ne se serait pas pos\u00e9&quot;, a affirm\u00e9 Yiapan.<\/p>\n<p> La MGF, qui est consid\u00e9r\u00e9e comme un rite de passage vers la f\u00e9minit\u00e9 pour les filles, implique l&#39;ablation de tout ou partie du clitoris, de tout ou partie des l\u00e8vres du vagin, suivie de la couture des deux c\u00f4t\u00e9s de la vulve avec des fils, utilisant parfois des instruments rudimentaires comme les \u00e9pines, laissant un tout petit passage pour l&#39;urine et les menstrues.<\/p>\n<p> La pauvret\u00e9 encourage \u00e9galement la pratique de la MGF, estiment les experts.<\/p>\n<p> &quot;La plupart des exciseuses veulent exciser autant de filles que possible par mois pour gagner leur vie. Par exemple, \u00e0 Narok et dans des localit\u00e9s environnantes, les exciseuses re\u00e7oivent 1.000 shillings (environ 12,8 dollars) par fille excis\u00e9e. Si elle en pratique 20, cela fait 20.000 shillings (environ 256 dollars), une somme relativement consid\u00e9rable&quot;, a indiqu\u00e9 Pareiyo.<\/p>\n<p> Quelque 56 pour cent de K\u00e9nyans vivent au-dessous du seuil de pauvret\u00e9, avec un dollar par jour, selon le minist\u00e8re de la Planification nationale.<\/p>\n<p> Pour combattre cette pratique, le centre de Pareiyo s&#39;est lanc\u00e9 dans un projet pilote en vue d&#39;apporter aux exciseuses un capital pour d\u00e9marrer d&#39;autres affaires. Cela commence par porter de fruit. &quot;Depuis le d\u00e9but du projet, quelque cinq exciseuses ont d\u00e9pos\u00e9 leurs instruments&quot;, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9.<\/p>\n<p> Le Kenya a un taux de pr\u00e9valence de MGF de 38 pour cent, selon Linah Kilimo, secr\u00e9taire d&#39;Etat aux Affaires int\u00e9rieures, bien au-dessus de celui de son voisin l&#39;Ouganda, dont le taux de pr\u00e9valence est de quatre pour cent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NAROK, Kenya, 28 sep (IPS) &#8211; Judy Santeyan et sa s\u0153ur Dorcas Keiwua ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement mutil\u00e9es, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 contraintes par huit personnes de subir une excision traditionnelle peu s\u00e9curisante au Kenya.<\/p>\n","protected":false},"author":215,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,1,4],"tags":[],"class_list":["post-2266","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-headlines","category-sante"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2266","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/215"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2266"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2266\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2266"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2266"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2266"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}