{"id":2259,"date":"2004-09-22T13:40:01","date_gmt":"2004-09-22T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/09\/22\/droits-kenya-des-rescapes-du-massacre-ont-peur-de-retourner-au-burundi\/"},"modified":"2004-09-22T13:40:01","modified_gmt":"2004-09-22T13:40:01","slug":"droits-kenya-des-rescapes-du-massacre-ont-peur-de-retourner-au-burundi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/09\/22\/droits-kenya-des-rescapes-du-massacre-ont-peur-de-retourner-au-burundi\/","title":{"rendered":"DROITS-KENYA: Des rescap\u00e9s du massacre ont peur de retourner au Burundi"},"content":{"rendered":"<p>NAIROBI, 22 sep (IPS) &#8211; La tuerie reste vivante dans leurs m\u00e9moires. Et les larges cicatrices sur leurs corps vont pendant longtemps leur rappeler le massacre de leurs compatriotes dans un camp de r\u00e9fugi\u00e9s au Burundi, cette minuscule nation d&#39;Afrique centrale.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Ce sont les rescap\u00e9s du massacre du 13 ao\u00fbt au camp de r\u00e9fugi\u00e9s de Gatumba, \u00e0 environ 20 kilom\u00e8tres de Bujumbura, la capitale du Burundi.<\/p>\n<p> Les agresseurs, des rebelles du Front national de lib\u00e9ration (FNL) du Burundi, ont effectu\u00e9 une descente sur le camp et ont massacr\u00e9 quelque 160 Banyamulenge, un groupe ethnique de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC) ayant des liens avec les Tutsis. Les Tutsis constituent environ 14 pour cent des populations du Burundi et du Rwanda.<\/p>\n<p> Les rebelles, qui \u00e9taient en guerre contre l&#39;arm\u00e9e burundaise domin\u00e9e par les Tutsis depuis une d\u00e9cennie, ont \u00e9pargn\u00e9 un camp voisin o\u00f9 se trouvaient des d\u00e9plac\u00e9s hutus.<\/p>\n<p> IPS a rencontr\u00e9 quelques-uns des rescap\u00e9s, qui ont refus\u00e9 d&#39;\u00eatre nomm\u00e9s pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, et se r\u00e9tablissent dans un h\u00f4pital de Nairobi. Les rescap\u00e9s, maintenant dans un \u00e9tat stable, bien que traumatis\u00e9s, font partie des sept personnes emmen\u00e9es par avion dans la capitale k\u00e9nyane, le 6 septembre, pour un traitement sp\u00e9cialis\u00e9.<\/p>\n<p> &quot;Nous avons \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s du sommeil par des coups de feu \u00e0 l&#39;ext\u00e9rieur du camp autour de 22 heures. Quelque temps apr\u00e8s, les agresseurs en tenue militaire ont commenc\u00e9 par d\u00e9molir et incendier nos maisons. J&#39;ai r\u00e9ussi \u00e0 ramper hors du camp sans qu&#39;ils ne me voient. Ils \u00e9taient environ 300, arm\u00e9s de pangas (machettes) et de couteaux, hurlant &#39;nous allons vous tuer&#39;,&quot; affirme un rescap\u00e9, qui se remet d&#39;une op\u00e9ration pratiqu\u00e9e pour extraire une balle log\u00e9e dans sa t\u00eate.<\/p>\n<p> De retour d&#39;une s\u00e9ance de physioth\u00e9rapie, ses mains chancelaient peut-\u00eatre \u00e0 cause de la paralysie r\u00e9sultant de la blessure \u00e0 la t\u00eate, et ses membres tremblaient alors qu&#39;il faisait des efforts pour bouger ses orteils.<\/p>\n<p> &quot;La balle a travers\u00e9 ma t\u00eate. C&#39;est seulement il y a quelques jours que j&#39;ai commenc\u00e9 par parler. Je ne pouvais ni parler ni entendre. Ce que je pouvais sentir, c&#39;\u00e9tait seulement un bruit dans ma t\u00eate&quot;, a-t-il dit \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> D&#39;une voix \u00e0 peine audible, il a ajout\u00e9 : &quot;J&#39;ai perdu pr\u00e8s de 37 de mes proches parents, y compris mon \u00e9pouse et cinq de mes enfants, qui \u00e9taient au nombre de dix. J&#39;ai peur de retourner (dans le camp de r\u00e9fugi\u00e9s au Burundi). Si seulement je pouvais ramener mes enfants restants ici, je resterais au (Kenya) pour toujours&quot;.<\/p>\n<p> Une autre personne, qui se remettait \u00e9galement d&#39;une blessure par balles dans le m\u00eame h\u00f4pital, \u00e9tait une femme congolaise. &quot;J&#39;ai re\u00e7u une balle \u00e0 l&#39;\u00e9paule et elle a \u00e9t\u00e9 extraite de mon dos. J&#39;ai tellement mal sans les calmants. Mais Dieu est grand, je suis en vie&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 cette grand-m\u00e8re de 50 ans, fragile, pendant qu&#39;elle montrait au journaliste plusieurs couches de bandage dans son dos.<\/p>\n<p> Pendant qu&#39;elle narrait son supplice, elle s&#39;arr\u00eatait de temps en temps, \u00e0 cause de la douleur. &quot;Ces gens \u00e9taient violents, ils ont tu\u00e9 sans discernement, ils ont m\u00eame coup\u00e9 en deux, \u00e0 l&#39;aide d&#39;un couteau, un b\u00e9b\u00e9 de deux semaines. Ils ont incendi\u00e9 nos tentes avec de l&#39;essence, tuant des hommes, des femmes et des enfants&quot;, se rappelait-elle.<\/p>\n<p> La femme est arriv\u00e9e au Burundi deux mois avant le massacre. &quot;Nous ignorions absolument que nous serions en danger dans un pays \u00e9tranger, mais ceci est le prix que nous devions payer&quot;, a-t-elle dit, ajoutant : &quot;J&#39;ai laiss\u00e9 certains de mes enfants dans le camp. Je ne sais pas s&#39;ils sont vivants ou morts. Mon mari a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement bless\u00e9 et amen\u00e9 \u00e0 l&#39;h\u00f4pital au Burundi&quot;.<\/p>\n<p> Des m\u00e9decins, dont les noms ont \u00e9t\u00e9 omis pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, affirment que les r\u00e9fugi\u00e9s sont maintenant hors de danger et pourront quitter l&#39;h\u00f4pital bient\u00f4t.<\/p>\n<p> Des militants des droits de l&#39;Homme ont demand\u00e9 au gouvernement burundais de traduire en justice les auteurs de ce massacre. &quot;Ceci \u00e9tait manifestement un crime de guerre et ceux qui en sont responsables doivent \u00eatre traduits en justice. Le gouvernement burundais a d\u00e9livr\u00e9 des mandats d&#39;arr\u00eat contre deux responsables du FNL, une premi\u00e8re \u00e9tape prometteuse qui doit \u00eatre suivie de l&#39;arrestation effective et des poursuites contre les auteurs&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 &#39;Human Rights Watch&#39;, un organisme de d\u00e9fense de droits bas\u00e9 \u00e0 New York, ce mois.<\/p>\n<p> Jusqu&#39;\u00e0 pr\u00e9sent, le gouvernement n&#39;a arr\u00eat\u00e9 aucun des auteurs. &quot;Le Burundi est un pays montagneux. Il n&#39;y aucune route pour acc\u00e9der aux montagnes o\u00f9 les rebelles du FNL op\u00e8rent depuis ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es. L&#39;arm\u00e9e a tent\u00e9 d&#39;acc\u00e9der \u00e0 la montagne, mais les rebelles \u00e9taient difficiles \u00e0 rep\u00e9rer&quot;, a indiqu\u00e9 \u00e0 IPS, Stanis Nsabuwanka, ambassadeur du Burundi au Kenya, dans un entretien le 20 septembre.<\/p>\n<p> &quot;Mais nous continuerons \u00e0 les poursuivre&quot;, a-t-il assur\u00e9.<\/p>\n<p> Des affrontements entre Hutus, qui repr\u00e9sentent 85 pour cent de la population burundaise, et Tutsis ont \u00e9clat\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises depuis que le pays a obtenu son ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de la Belgique en 1962.<\/p>\n<p> Le conflit actuel a commenc\u00e9 apr\u00e8s l&#39;assassinat du premier pr\u00e9sident hutu \u00e9lu du Burundi, Melchior Ndadaye, par des soldats rebelles tutsis en 1993.<\/p>\n<p>Depuis lors, quelque 300.000 personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es et des centaines d\u00e9plac\u00e9es, selon des groupes de d\u00e9fense des droits humains.<\/p>\n<p> Le massacre du mois dernier a amen\u00e9 la conf\u00e9rence r\u00e9gionale des chefs d&#39;Etat tenue en Tanzanie, le 18 ao\u00fbt, \u00e0 d\u00e9clarer le FNL une &quot;organisation terroriste&quot;. Les dirigeants voulaient \u00e9viter un incident similaire dans lequel pr\u00e8s de 800.000 Tutsis et de Hutus politiquement mod\u00e9r\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s au Rwanda en 1994 par des extr\u00e9mistes hutus.<\/p>\n<p> Les chefs d&#39;Etat du Burundi, de Tanzanie, de la RDC, de Zambie et d&#39;Afrique du Sud &#8211; cette derni\u00e8re assure la m\u00e9diation dans le conflit burundais depuis 1998 &#8211; ont convenu de ratifier l&#39;accord sign\u00e9 en 2000. Il a \u00e9t\u00e9 conclu entre le gouvernement et 20 groupes rebelles. Le FNL a refus\u00e9 d&#39;int\u00e9grer le gouvernement de transition qui a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9 en octobre 2001.<\/p>\n<p> L&#39;accord pr\u00e9voit des \u00e9quilibres ethniques aux postes cl\u00e9s; l&#39;arm\u00e9e sera divis\u00e9e 50-50 entre Tutsis et Hutus, et les postes gouvernementaux et parlementaires seront divis\u00e9s 60-40 en faveur des Hutus.<\/p>\n<p> Les dirigeants de la r\u00e9gion ont \u00e9galement demand\u00e9 aux Nations Unies de d\u00e9clarer le FNL un groupe terroriste, et d&#39;\u00e9mettre une interdiction de voyage et un embargo sur les armes \u00e0 contre lui.<\/p>\n<p> Mais les autorit\u00e9s burundaises ne sont pas s\u00fbres que les sanctions seraient efficaces. &quot;Si (les sanctions devraient) impliquer le voyage, alors elles peuvent ne pas \u00eatre efficaces puisque les rebelles du FNL op\u00e8rent (principalement) \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur du pays&quot;, a soulign\u00e9 Nsabuwanka.<\/p>\n<p> Des analystes r\u00e9gionaux estiment qu&#39;un gouvernement d&#39;union nationale comme stipul\u00e9 dans l&#39;accord de 2000 peut \u00eatre une solution pour le Burundi.<\/p>\n<p>&quot;Ceci emp\u00eachera quiconque de crier qu&#39;il est de la minorit\u00e9 ou de la majorit\u00e9. Tout le monde sera \u00e9gal&quot;, a affirm\u00e9 \u00e0 IPS, Kizito Sabala de &#39;Africa Peace Forum&#39; (Forum pour la paix en Afrique), une organisation non gouvernementale r\u00e9gionale.<\/p>\n<p> Un tel gouvernement peut \u00eatre op\u00e9rationnel apr\u00e8s les \u00e9lections du mois prochain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NAIROBI, 22 sep (IPS) &#8211; La tuerie reste vivante dans leurs m\u00e9moires. 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