{"id":2198,"date":"2004-07-26T13:40:01","date_gmt":"2004-07-26T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/07\/26\/poltique-rwanda-controverse-autour-de-lexposition-des-restes-des-victimes-du-genocide\/"},"modified":"2004-07-26T13:40:01","modified_gmt":"2004-07-26T13:40:01","slug":"poltique-rwanda-controverse-autour-de-lexposition-des-restes-des-victimes-du-genocide","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/07\/26\/poltique-rwanda-controverse-autour-de-lexposition-des-restes-des-victimes-du-genocide\/","title":{"rendered":"POLTIQUE-RWANDA: Controverse autour de l&#39;exposition des restes  des victimes du g\u00e9nocide"},"content":{"rendered":"<p>KIGALI, 26 juil (IPS) &#8211; Dix ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide, le maintien des sites, o\u00f9 sont expos\u00e9s les restes des victimes, divise les Rwandais. Pour les uns, ils doivent demeurer comme &quot;m\u00e9moire vivante&quot; de ce qui s&#39;est pass\u00e9 1994.  <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Pour d&#39;autres, il faut enterrer ces ossements pour faire le deuil de ce g\u00e9nocide qui a fauch\u00e9 environ un million de Tutsi et de Tutu mod\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p> Les restes des victimes reposent dans quelque 300 sites am\u00e9nag\u00e9s \u00e0 travers tout le Rwanda. Ce sont de larges s\u00e9pultures communes en b\u00e9ton, surmont\u00e9es d&#39;une croix blanche, dans lesquelles ont \u00e9t\u00e9 rang\u00e9s, au cours des c\u00e9r\u00e9monies solennelles, des cercueils contenant les restes des victimes du g\u00e9nocide.<\/p>\n<p> A cot\u00e9 de la tombe commune, se dresse souvent un pavillon en briques et couvert d&#39;un toit en t\u00f4les. Sur la colline de Gisozi, dans la capitale Kigali, ou \u00e0 Murambi, dans le centre du pays, ces &quot;m\u00e9moires vivantes&quot; sont d&#39;imposantes constructions \u00e0 \u00e9tages qui rappellent de riches demeures.<\/p>\n<p> A l&#39;int\u00e9rieur, on trouve, entre autres, de longues galeries o\u00f9 sont dispos\u00e9es soigneusement des rang\u00e9es de cr\u00e2nes, de tibias et divers autres ossements, parfois des squelettes entiers. Ailleurs, ce sont des lieux des massacres, des \u00e9glises pour la plupart, qui conservent encore les corps en d\u00e9composition de ceux qui y ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s.<\/p>\n<p> Le gouvernement actuel du Rwanda a longtemps \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 d&#39;en avoir fait un &quot;fonds de commerce politique&quot; afin d&#39;entretenir la compassion internationale et de justifier sa prise de pouvoir en juillet 1994 par l&#39;arr\u00eat du g\u00e9nocide dont t\u00e9moignent ces ossements.<\/p>\n<p> Un argument aujourd&#39;hui encore d\u00e9fendu par des opposants au r\u00e9gime, \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur comme \u00e0 l&#39;ext\u00e9rieur du pays. &quot;Avec l&#39;exposition macabre permanente, le FPR (Front patriotique rwandais au pouvoir) tient l\u00e0 le mythe fondateur de son r\u00e9gime sans partage&quot;, d\u00e9nonce, sous anonymat, un ancien membre du Mouvement d\u00e9mocratique rwandais (MDR), parti dissous en 2003, accus\u00e9 de v\u00e9hiculer l&#39;id\u00e9ologie anti-tutsi.<\/p>\n<p> Les anciens bourreaux pr\u00e9sum\u00e9s et leurs proches avouent percevoir ces &quot;m\u00e9moires vivantes&quot; comme un doigt accusateur perp\u00e9tuellement point\u00e9 sur eux. &quot;Ces sites seront toujours l\u00e0 pour nous rappeler, \u00e0 nous, nos enfants et nos petits-enfants : &#39;vous, les Hutu, voil\u00e0 ce que vous avez fait aux Tutsi, vous \u00eates ignobles&#39;,&quot; clame Pierre Ugilishema, pr\u00e9sum\u00e9 g\u00e9nocidaire, sorti de prison en avril 2003 \u00e0 la faveur d&#39;une mise en libert\u00e9 provisoire.<\/p>\n<p>Il recommande tout simplement, au nom de la r\u00e9conciliation nationale, d&#39;enterrer ces ossements et de &quot;faire le deuil du g\u00e9nocide&quot;.<\/p>\n<p> Anne Mujawayezu, consultante \u00e0 Kigali, dont le mari est emprisonn\u00e9 pour g\u00e9nocide depuis 1998, estime qu&#39;il faut mettre fin \u00e0 cette &quot;profanation permanente des corps des victimes&quot;, ajoutant \u00e0 IPS : &quot;Le FPR a tort de croire que cette exposition des ossements va continuer \u00e0 \u00e9mouvoir longtemps la communaut\u00e9 internationale. Car \u00e0 l&#39;indignation, succ\u00e9dera bient\u00f4t la r\u00e9probation de voir des restes humains s&#39;exposer ainsi comme de simples faucilles&quot;.<\/p>\n<p> De nombreux Rwandais, y compris certains rescap\u00e9s du g\u00e9nocide, approuvent cette id\u00e9e d&#39;enterrer tous les ossements en invoquant le respect d\u00fb aux morts et le droit, pour les victimes, \u00e0 une s\u00e9pulture digne.<\/p>\n<p> Cependant, pour le gouvernement et la majorit\u00e9 des proches des victimes, cela reviendrait \u00e0 supprimer le plus \u00e9vident des t\u00e9moignages sur le g\u00e9nocide. Selon eux, c&#39;est conforter les tenants du n\u00e9gationnisme et du r\u00e9visionnisme dans leur croisade pour nier le g\u00e9nocide rwandais ou relativiser sa port\u00e9e.  &quot;Faire dispara\u00eetre ces ossements signifie tout simplement assassiner la m\u00e9moire du g\u00e9nocide des Tutsi&quot;, affirme, cat\u00e9gorique, Butoto Muhoza, directeur de la culture au minist\u00e8re de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, en charge de la conservation des sites m\u00e9moriaux.<\/p>\n<p> &quot;Le g\u00e9nocide des juifs par les Nazis a \u00e9t\u00e9 immortalis\u00e9 par une abondante litt\u00e9rature, le cin\u00e9ma et diverses autres formes de manifestations de l&#39;art. Nous, on n&#39;a pas grand-chose, \u00e0 part les restes des victimes&quot;, argumente Jeanne Murekatete, une sociologue rescap\u00e9e du g\u00e9nocide, \u00e0 Kigali.<\/p>\n<p> En effet, si le g\u00e9nocide rwandais a fait couler beaucoup d&#39;encre, cela n&#39;a \u00e9t\u00e9 essentiellement qu&#39;\u00e0 travers des articles de presse, bien \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, et des ouvrages de sp\u00e9cialistes peu accessibles au grand public.<\/p>\n<p> En 1998, une vingtaine d&#39;\u00e9crivains africains a s\u00e9journ\u00e9 au Rwanda, en r\u00e9sidence d&#39;\u00e9criture, \u00e0 l&#39;initiative d&#39;une organisation non gouvernementale (ONG) africaine, FEST&#39;AFRICA, bas\u00e9e \u00e0 Lille, en France. Deux ans plus tard, ils ont produit chacun une \u0153uvre, dans le cadre d&#39;un projet d\u00e9nomm\u00e9 &quot;Ecrire par devoir de m\u00e9moire&quot;.  Des romans, des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, des r\u00e9cits et des essais d&#39;une port\u00e9e bien faible du point de vue de la diffusion. Il en est de m\u00eame de deux ouvrages de t\u00e9moignages \u00e9crits depuis 1997 par Yolande Mukagasana, une rescap\u00e9e du g\u00e9nocide install\u00e9e en Belgique apr\u00e8s 1994, comme de l&#39;ensemble d&#39;autres \u0153uvres isol\u00e9es sur le m\u00eame th\u00e8me.<\/p>\n<p> Pas de grand succ\u00e8s non plus cot\u00e9 cin\u00e9ma. Le seul long m\u00e9trage jamais produit jusqu&#39;\u00e0 ce jour, &quot;100 days&quot;, est une modeste production d&#39;un cin\u00e9aste amateur rwandais. Le film est sorti en salle en 2002. En dehors des festivals, il a \u00e9t\u00e9 si peu vu hors du Rwanda.<\/p>\n<p> Cot\u00e9 art dramatique, l&#39;op\u00e9ra &quot;Rwanda 94&quot; a connu, en revanche, un certain succ\u00e8s. Elle a \u00e9t\u00e9 mont\u00e9e en 1999 par un groupe d&#39;artistes rwandais et europ\u00e9ens. Elle demeure cependant peu connue en dehors du Rwanda, de la Belgique et de la France o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\n<p> &quot;Pour ceux qui n&#39;ont pas connu le g\u00e9nocide, il faut reconna\u00eetre que ces sites sont les seuls qui nous permettent de sortir quelque peu de l&#39;abstrait en ce qui concerne le g\u00e9nocide rwandais, d&#39;en avoir une id\u00e9e plus ou moins concr\u00e8te&quot;, soutient Charles Rusagara, ancien exil\u00e9 rwandais en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, rentr\u00e9 au pays en 1995.<\/p>\n<p> Les ossements expos\u00e9s semblent, \u00e0 leur fa\u00e7on, raconter un \u00e9pisode de la terrible p\u00e9riode d&#39;avril \u00e0 juillet 1994. Dans la paroisse protestante de Nyamata, \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres \u00e0 l&#39;est de Kigali, les corps rang\u00e9s entre des bancs portent encore les habits du jour du massacre. Un large trou creus\u00e9 dans l&#39;un des murs lat\u00e9raux indique par o\u00f9 les tueurs ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9.  On peu encore lire sur ce qui reste des visages osseux des morts, le d\u00e9sarroi face \u00e0 une mort sauvage et in\u00e9vitable. A cot\u00e9 des cadavres, gisent des assiettes avec des traces de nourriture qui indiquent que l&#39;attaque a surgi alors que les victimes prenaient leur repas.<\/p>\n<p> A une dizaine de m\u00e8tres, un autre lieu de massacre, l&#39;\u00e9glise catholique de Nyamata dont le sous-sol a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9 en &quot;m\u00e9moire vivante&quot;. Un des squelettes t\u00e9moigne de la violence sexuelle qu&#39;a subie la victime. De la t\u00eate totalement d\u00e9charn\u00e9e, pendent encore quelques m\u00e8ches tress\u00e9es. Au niveau du bassin, entre les f\u00e9murs repli\u00e9s, sont enfonc\u00e9es trois larges pi\u00e8ces de bois.  &quot;La fille avait tent\u00e9 de s&#39;opposer au groupe de violeurs. Apr\u00e8s l&#39;avoir ma\u00eetris\u00e9e, et sans doute viol\u00e9e, ils lui ont enfonc\u00e9 pour toujours ces bois dans le sexe&quot;, explique Gervais Habumukiza, le guide du site.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KIGALI, 26 juil (IPS) &#8211; Dix ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide, le maintien des sites, o\u00f9 sont expos\u00e9s les restes des victimes, divise les Rwandais. 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