{"id":2063,"date":"2004-04-07T13:40:01","date_gmt":"2004-04-07T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/04\/07\/droits-rwanda-des-femmes-rescapees-du-genocide-rwandais-confrontees-auxdures-realites\/"},"modified":"2004-04-07T13:40:01","modified_gmt":"2004-04-07T13:40:01","slug":"droits-rwanda-des-femmes-rescapees-du-genocide-rwandais-confrontees-auxdures-realites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2004\/04\/07\/droits-rwanda-des-femmes-rescapees-du-genocide-rwandais-confrontees-auxdures-realites\/","title":{"rendered":"DROITS-RWANDA: Des femmes rescap\u00e9es du g\u00e9nocide rwandais confront\u00e9es auxdures r\u00e9alit\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>KIGALI, 7 avr (IPS) &#8211; Mamerthe Karuhimbi \u00e9tait \u00e2g\u00e9e de 19 ans lorsque les tueurs \u00e9taient venus dans sa maison, dans la ville rwandaise de Nyamata, il y a dix ans.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Le 6 avril 1994, un avion payant \u00e0 son bord le pr\u00e9sident rwandais Juvenal Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira, a \u00e9t\u00e9 abattu au-dessus de la capitale rwandaise &#8211; Kigali. Peu de temps apr\u00e8s cela, une vague de violence a gagn\u00e9 ce minuscule pays de l&#39;Afrique centrale puisque des autorit\u00e9s et des membres extr\u00e9mistes de la majorit\u00e9 hutu se sont lanc\u00e9s dans une nouba de tueries qui visait la minorit\u00e9 tutsi et les Hutus mod\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p> Karuhimbi a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 de nombreuses attaques, fuyant une \u00e9glise o\u00f9 des milliers de gens ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s, et fuyant d&#39;une maternit\u00e9 o\u00f9 la milice a assassin\u00e9 des nouveau-n\u00e9s. Elle s&#39;est finalement r\u00e9fugi\u00e9e dans la brousse, mais pas avant d&#39;avoir \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e et vu son ami massacr\u00e9 \u00e0 coups de machette.<\/p>\n<p> Sur les 12 personnes que compte sa famille imm\u00e9diate, seule Karuhimbi et sa m\u00e8re ont surv\u00e9cu. Mais dix ans apr\u00e8s, elle a peu d&#39;espoir pour son avenir.<\/p>\n<p>&quot;Je n&#39;ai pas de vie parce que je n&#39;ai ni famille ni enfant&quot;, a affirm\u00e9 Karuhumbi \u00e0 IPS.<\/p>\n<p> Ses propos ont \u00e9t\u00e9 repris en \u00e9cho par Elizabeth Onyango, coordonnatrice du &#39;Programme African Rigths&#39; &#8211; un groupe non gouvernemental bas\u00e9 \u00e0 Kigali et \u00e0 Londres. &quot;Nombre d&#39;entre elles (femmes rescap\u00e9es) se consid\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 comme mortes&quot;, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9. &quot;(Elles) ne savent pratiquement plus si elles sont heureuses d&#39;\u00eatre en vie ou non. En tant que rescap\u00e9es, elles se posent toujours la question &#39;Pourquoi suis-je en vie?&quot;&#39; Alors que le Rwanda comm\u00e9more le dixi\u00e8me anniversaire du g\u00e9nocide cette semaine avec l&#39;inauguration d&#39;un m\u00e9morial \u00e0 Kigali le 7 avril, plusieurs femmes rescap\u00e9es comme Karuhimbi sont toujours confront\u00e9es aux h\u00e9ritages r\u00e9pugnants du massacre des 100 jours.<\/p>\n<p> Les estimations sur le nombre de personnes tu\u00e9es dans le g\u00e9nocide varient, mais le ministre rwandais des Sports, de la Jeunesse et de la Culture, Robert Bayigamba, a indiqu\u00e9 la semaine derni\u00e8re que 937.000 corps avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts, et qu&#39;on s&#39;attendait \u00e0 en trouver encore plus. D&#39;autres sources estiment le nombre de victimes \u00e0 800.000.<\/p>\n<p> L&#39;un des probl\u00e8mes les plus pressants auxquels sont confront\u00e9es les femmes rescap\u00e9es est la pauvret\u00e9 &#8211; puisque plusieurs ont perdu tout ce qu&#39;elles avaient durant le g\u00e9nocide.<\/p>\n<p> &quot;Elles n&#39;ont pas de maisons, elles sont pauvres, elles sont tr\u00e8s vuln\u00e9rables (et) elles ne peuvent pas trouver d&#39;argent pour leurs enfants&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 Aurea Kayiganwa de &#39;Avega-Agahozo&#39;, une association de femmes victimes du g\u00e9nocide. Plusieurs femmes, qui ont eu leurs membres amput\u00e9s pendant les massacres font \u00e9galement face au poids suppl\u00e9mentaire de l&#39;invalidit\u00e9.<\/p>\n<p> Ce qui a aggrav\u00e9 les choses, ajoute Kayiganwa, est que plusieurs de ceux qui sont responsables des tueries &#8211; les &quot;g\u00e9nocidaires&quot; pr\u00e9sum\u00e9s&quot;, sont maintenant relativement riches.<\/p>\n<p> &quot;Lorsque vous perdez votre mari et que vous n&#39;avez aucun enfant \u00e0 charge, ce n&#39;est pas facile de se sentir bien dans la communaut\u00e9. Le grand probl\u00e8me est que la femme rescap\u00e9e est pauvre, mais l&#39;ancien milicien va bien. Il a sa famille ou ses enfants. Il est riche, il a une maison&quot;, observe-t-elle.<\/p>\n<p> Selon l&#39;Agence canadienne de d\u00e9veloppement international, le Rwanda est l&#39;un des pays les plus pauvres au monde, avec un revenu national par t\u00eate d&#39;habitant de juste 230 dollars. La majorit\u00e9 de sa population d&#39;un peu plus de huit millions d&#39;habitants, vit avec moins d&#39;un dollar par jour, faisant des femmes rescap\u00e9es les plus pauvres parmi les pauvres.<\/p>\n<p> L&#39;abus sexuel, qui est survenu pendant le g\u00e9nocide, a \u00e9galement laiss\u00e9 des cicatrices. Une organisation comprenant des groupes de femmes au Rwanda, Pro-Femmes Twese Hamwe, estime que 90 pour cent de femmes tutsi ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es, m\u00eame si la plupart ne l&#39;ont jamais signal\u00e9.<\/p>\n<p> &quot;Le viol \u00e9tait un instrument de g\u00e9nocide&quot;, indique Marie Immacul\u00e9e Ingabire, charg\u00e9e de communication de Pro-Femmes. &quot;Il y avait beaucoup de viols, syst\u00e9matiquement&quot;.<\/p>\n<p> En outre, beaucoup d&#39;autres femmes &#8211; aussi bien hutu que tutsi &#8211; ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s qui ont pouss\u00e9 comme des champignons au Congo-Kinshasa, en Tanzanie, et en Ouganda, au moment o\u00f9 des millions de personnes fuyaient l&#39;avanc\u00e9e du Front patriotique rwandais (FPR) pendant le g\u00e9nocide.<\/p>\n<p> Le FPR, compos\u00e9 principalement de Tutsis, avait commenc\u00e9 par attaquer le gouvernement du Rwanda domin\u00e9 par les Hutus en 1990. Bien qu&#39;un accord de paix ait \u00e9t\u00e9 conclu en 1993, et alors que la nouvelle du g\u00e9nocide se r\u00e9pandait, le FPR a renouvel\u00e9 son offensive, prenant finalement le contr\u00f4le du Rwanda. Selon des groupes de d\u00e9fense des droits humains, le groupe \u00e9tait responsable de sa propre part d&#39;abus au moment o\u00f9 il poursuivait les militants hutu, dont plusieurs s&#39;\u00e9taient regroup\u00e9s dans les milices &quot;Interahamwe&quot;.<\/p>\n<p>(Interahamwe signifie &quot;ceux qui sont ensemble ou combattent ensemble&quot;).<\/p>\n<p> Dans un Rwanda conservateur, il est extr\u00eamement difficile pour les femmes de parler du viol, selon des activistes.<\/p>\n<p> &quot;Si vous \u00eates viol\u00e9e, la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise ne peut pas comprendre que vous soyez une victime&quot;, a dit, \u00e0 IPS, Ingabire. De plus, les femmes qui sont viol\u00e9es peuvent ne jamais pouvoir se marier \u00e0 cause de la honte qui leur est coll\u00e9e.<\/p>\n<p> Plusieurs femmes ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es par des gangs et ne connaissaient pas leurs agresseurs, ce qui fait qu&#39;il leur est beaucoup plus difficile de t\u00e9moigner ou de signaler le crime. Comme si cela ne suffisait pas, le test de d\u00e9pistage du VIH de plusieurs rescap\u00e9es de viol s&#39;est \u00e9galement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 positif ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p> &#39;African Rights&#39; a men\u00e9 r\u00e9cemment une \u00e9tude sur 201 femmes rescap\u00e9es du g\u00e9nocide au Rwanda et dans la capitale burundaise, Bujumbura, dont les r\u00e9sultats seront publi\u00e9s plus tard ce mois.<\/p>\n<p> Toutes les femmes avaient \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es, et un grand nombre \u00e9tait s\u00e9ropositif. D&#39;autres avaient de fortes chances d&#39;avoir \u00e9galement contract\u00e9 le virus, mais n&#39;avaient jamais subi le test de d\u00e9pistage, affirme Onyango : plusieurs ne voulaient simplement pas conna\u00eetre leur statut.<\/p>\n<p> &quot;La plupart d&#39;entre elles souffraient d&#39;une mani\u00e8re ou d&#39;une autre, mais vous ne pouvez pas dire ce qu&#39;elles ont&quot;, a-t-elle constat\u00e9. &quot;Il est difficile d&#39;\u00e9tablir un lien. Savez-vous si le VIH est venu directement \u00e0 cause de ce viol? Vous ne savez pas toujours&quot;.  Comme on pouvait s&#39;y attendre, la plupart des rescap\u00e9es s\u00e9ropositives ont peu d&#39;acc\u00e8s aux m\u00e9dicaments anti-r\u00e9troviraux (ARV) pour les aider \u00e0 r\u00e9sister aux affections li\u00e9es au SIDA. Selon Onyango, aucune des femmes, dans l&#39;\u00e9tude de &#39;African Rights&#39;, n&#39;\u00e9tait sous un traitement ARV r\u00e9gulier.<\/p>\n<p>Bien que le co\u00fbt du m\u00e9dicament ait chut\u00e9 \u00e0 environ 30 dollars par mois au Rwanda, il est toujours bien au-del\u00e0 des moyens de la majorit\u00e9 des gens vivant dans le pays.<\/p>\n<p> &#39;Avega-Agahozo&#39; g\u00e8re une clinique pour le VIH pour environ 600 de ses membres qui vivent avec le virus, mais ils ont seulement de l&#39;argent pour fournir des ARV \u00e0 environ 22 femmes. &quot;Celles qui sont s\u00e9ropositives meurent une \u00e0 une&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 Kayiganwa. &quot;Chaque mois, nous avons des femmes qui meurent parce que nous n&#39;avons pas de ARV pour tout le monde, et elles sont partout dans le pays&quot;.<\/p>\n<p> L&#39;opinion g\u00e9n\u00e9rale de la plupart des organisations qui travaillent avec des rescap\u00e9s de g\u00e9nocide est qu&#39;il n&#39;y a pas assez de financements internationaux disponibles pour aider ceux qui ont surv\u00e9cu au g\u00e9nocide.<\/p>\n<p> Pro-Femmes fait actuellement pression sur le Tribunal p\u00e9nal international pour le Rwanda \u00e0 Arusha, en Tanzanie, et les Nations Unies pour qu&#39;ils fournissent gratuitement des ARV aux femmes rescap\u00e9es afin de pouvoir vivre assez longtemps pour faire des d\u00e9positions sur leurs exp\u00e9riences. Les suspects du g\u00e9nocide en jugement \u00e0 Arusha re\u00e7oivent d\u00e9j\u00e0 des ARV gratuitement, selon Ingabire.  Kayiganwa ajoute que, m\u00eame si plusieurs donateurs \u00e9taient sur place imm\u00e9diatement apr\u00e8s les tueries de 1994, &#39;Avega-Agahozo&#39; a compt\u00e9 sur trois principaux bailleurs depuis 1999.<\/p>\n<p> Au moment o\u00f9 les orphelins atteignent l&#39;adolescence, et que les enfants n\u00e9s du viol commencent par poser des questions sur leurs p\u00e8res, la n\u00e9cessit\u00e9 de programmes d&#39;aide a augment\u00e9. &quot;Ce que nous voulons maintenant, dix ans apr\u00e8s, nous voulons que les gens aident les victimes du g\u00e9nocide&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 Kayiganwa. &quot;Le g\u00e9nocide est un crime international, les gens doivent donc nous aider et faire preuve de solidarit\u00e9 parce que nous vivons dans une situation triste&quot;.<\/p>\n<p> Mais, malgr\u00e9 ces dures r\u00e9alit\u00e9s, certains activistes sont d&#39;un optimisme prudent sur l&#39;avenir.<\/p>\n<p> Un certain nombre de femmes, qui sont au courant de leur statut s\u00e9ropositif, ont commenc\u00e9 par parler plus ouvertement de leurs exp\u00e9riences sur le g\u00e9nocide. Ingabire dit que les femmes hutu et tutsi ont \u00e9galement trouv\u00e9 un terrain commun \u00e0 travers leurs exp\u00e9riences du viol.<\/p>\n<p> Des repr\u00e9sentantes de femmes constituent maintenant pr\u00e8s de 48 pour cent du parlement rwandais, le plus fort pourcentage de l\u00e9gislateurs au monde, et Ingabire croit que les femmes commencent par trouver leur voix dans le pays.<\/p>\n<p> &quot;Les femmes savent que dans une situation de conflit, elles sont les premi\u00e8res victimes&quot;, a-t-elle dit \u00e0 IPS. &quot;Elles ont donc la responsabilit\u00e9 de combattre la violence&quot;.<\/p>\n<p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KIGALI, 7 avr (IPS) &#8211; Mamerthe Karuhimbi \u00e9tait \u00e2g\u00e9e de 19 ans lorsque les tueurs \u00e9taient venus dans sa maison, dans la ville rwandaise de Nyamata, il y a dix ans.<\/p>\n","protected":false},"author":290,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,13,10,1,3,4,30],"tags":[],"class_list":["post-2063","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-culture-religion-sport","category-droits-humains","category-headlines","category-population-refugies","category-sante","category-special-culture-religion-et-genre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2063","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/290"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2063"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2063\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2063"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2063"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2063"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}