{"id":1888,"date":"2003-12-11T13:40:01","date_gmt":"2003-12-11T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2003\/12\/11\/environnement-burundi-la-guerre-civile-a-detruit-le-parc-national-de-la-kibira\/"},"modified":"2003-12-11T13:40:01","modified_gmt":"2003-12-11T13:40:01","slug":"environnement-burundi-la-guerre-civile-a-detruit-le-parc-national-de-la-kibira","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2003\/12\/11\/environnement-burundi-la-guerre-civile-a-detruit-le-parc-national-de-la-kibira\/","title":{"rendered":"ENVIRONNEMENT-BURUNDI: La guerre civile a d\u00e9truit le parc national de la Kibira"},"content":{"rendered":"<p>BUJUMBURA, 11 d\u00e9c (IPS) &#8211; La guerre civile au Burundi, longue de dix ans entre l&#39;arm\u00e9e et les divers mouvements arm\u00e9s, a contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9truire le parc national de la Kibira. Des rebelles ont encore leurs quartiers g\u00e9n\u00e9raux dans des for\u00eats qui se sont constitu\u00e9es depuis des si\u00e8cles au Burundi.   <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Toutefois, les combattants ne sont pas les seuls \u00e0 \u00eatre responsables de la destruction de la Kibira. La population riveraine ainsi que l&#39;administration militaire et civile figurent \u00e9galement parmi les grands destructeurs de cet environnement naturel.  Selon les derni\u00e8res statistiques disponibles \u00e0 l&#39;Institut national pour la conservation de la nature (INCEN) du Burundi, au moins 10.000 hectares ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9frich\u00e9s pour des fins agricoles. Le sciage illicite du bois de valeur a atteint son plus haut niveau. La carbonisation et la coupe anarchique du bois ainsi que les feux de brousse ont transform\u00e9 en fum\u00e9e une bonne partie du seul grand parc national du Burundi qu&#39;est la Kibira. Le parc couvre au moins 40.000 hectares.<\/p>\n<p> Le parc national de la Kibira, qui est une for\u00eat de montagne, offre un micro-climat favorable \u00e0 la culture du th\u00e9, une des cultures industrielles que le Burundi exporte et dont la qualit\u00e9 est comp\u00e9titive sur le march\u00e9 international. Malheureusement, \u00e0 cause de l&#39;ins\u00e9curit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la guerre, la production du th\u00e9 a fortement r\u00e9gress\u00e9.<\/p>\n<p> En outre, cette for\u00eat de montagne prot\u00e8ge toujours les eaux du lac Tanganyika contre des risques d&#39;envasement qui r\u00e9duiraient consid\u00e9rablement la production de poisson, le premier aliment de tous les riverains du lac et de ses environs. Le lac Tanganyika est le deuxi\u00e8me au monde en profondeur (1.435 m\u00e8tres), apr\u00e8s le lac Ba\u00efkal (1.620 m\u00e8tres), en Sib\u00e9rie (Russie).<\/p>\n<p> Autre int\u00e9r\u00eat non n\u00e9gligeable de la for\u00eat de la Kibira : c&#39;est le barrage hydro\u00e9lectrique de Rwegura qui alimente en \u00e9lectricit\u00e9 une bonne partie de la ville de Bujumbura, la capitale burundaise, gr\u00e2ce aux diff\u00e9rents cours d&#39;eau qui prennent source dans la Kibira o\u00f9 il pleut pratiquement tous les jours.<\/p>\n<p> Dans cette for\u00eat, vivent au moins 98 esp\u00e8ces de mammif\u00e8res, 200 esp\u00e8ces d&#39;oiseaux et une multitude d&#39;esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales. &quot;Les animaux de la for\u00eat de la Kibira ont compl\u00e8tement disparu, m\u00eame les singes n&#39;existent plus&quot;, explique Cyriaque Nzojibwami, expert burundais de l&#39;environnement.<\/p>\n<p> Pour J\u00e9r\u00f4me Karimumuryango, directeur g\u00e9n\u00e9ral de l&#39;INCEN, cela a \u00e9t\u00e9 possible car &quot;la population riveraine et l&#39;administration locale n&#39;\u00e9taient plus disponibles pour appuyer l&#39;INCEN dans la sauvegarde de la Kibira&quot;.  Tout le long de la Kibira, se trouvent des milliers de kilom\u00e8tres carr\u00e9s d\u00e9frich\u00e9s par des populations riveraines. Selon un paysan trouv\u00e9 sur la lisi\u00e8re du parc, les terres sont tellement fertiles qu&#39;un seul lopin suffit pour assurer la production de l&#39;ann\u00e9e.<\/p>\n<p> Des rebelles des Forces pour la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie (FDD) de Pierre Nkurunziza, dont la pr\u00e9sence dans le parc date de 1995, affirment que les parties sous leur contr\u00f4le sont encore intactes. Un colonel rebelle d\u00e9clare, sous couvert de l&#39;anonymat : &quot;A part les parties de la lisi\u00e8re du parc, nous n&#39;avons jamais permis l&#39;acc\u00e8s des populations dans le cour de la for\u00eat. L\u00e0 o\u00f9 nous sommes, tout est complet, car nous ne pouvions pas d\u00e9truire nos caches, sinon, il serait facile \u00e0 l&#39;aviation de l&#39;ennemi (l&#39;arm\u00e9e burundaise) de nous bombarder&quot;.  Nzojibwami, expert et chef du projet Parc pour la paix, ne nie pas ces propos de la r\u00e9bellion : &quot;Ces rebelles vivent dans des zones inaccessibles, nous n&#39;arrivons que sur des lisi\u00e8res. Des d\u00e9g\u00e2ts occasionn\u00e9s par leur pr\u00e9sence dans le parc pendant huit ans, on le saura quand ils quitteront leurs diff\u00e9rentes positions, et c&#39;est pour bient\u00f4t&quot;, explique-t-il sur une note d&#39;espoir.<\/p>\n<p> Certains \u00e9l\u00e9ments de l&#39;arm\u00e9e burundaise, qui occupent plusieurs positions dans et autour de la Kibira, ont, eux-aussi, une part de responsabilit\u00e9 dans l&#39;exploitation abusive du parc national.<\/p>\n<p> Des arbres ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9s. Cependant, personne ne peut oser pointer du doigt ces officiers qui font du business avec le bois rouge appel\u00e9 &#39;bois du Za\u00efre&#39;. M\u00eame le gouverneur de la province de Muramvya, Sylvain Nzigamye, s&#39;est content\u00e9 de r\u00e9pondre simplement : &quot;Pour moi, je consid\u00e8re toute personne qui d\u00e9truit la Kibira comme un destructeur. Que veux-tu que je te dise?&quot;, a-t-il demand\u00e9.  Le porte-parole de l&#39;arm\u00e9e burundaise, le colonel Augustin Nzabampema, a avanc\u00e9 des raisons pour justifier les \u00e9tendues de terre br\u00fbl\u00e9es le long des routes qui traversent ou longent le parc. &quot;Nous avons \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de br\u00fbler tout ce qui est de part et d&#39;autre de la route sur une distance d&#39;au moins 200 m\u00e8tres pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9&quot;, a-t-il dit.  L&#39;ancien ministre de l&#39;Environnement, Ga\u00e9tan Nikobamye, avait officiellement donn\u00e9 \u00e0 un homme d&#39;affaires du nom de Nzorigenda, 48 hectares du parc national. Interrog\u00e9 \u00e0 ce sujet, le gouverneur de la province a affirm\u00e9 que &quot;la mesure du ministre a \u00e9t\u00e9 suspendue et notre position a \u00e9t\u00e9 appuy\u00e9e par le parlement&quot;.<\/p>\n<p> &quot;Comment expliquer qu&#39;un ministre de l&#39;environnement donne des terrains dans le parc&quot;, s&#39;exclame L\u00e9onidas Nzigiyimpa, chef du parc national de la kibira, qui ajoute : &quot;La plupart de nos dirigeants se souviennent de l&#39;environnement quand ils vont en mission&quot;.  Interrog\u00e9 par IPS sur les mesures \u00e0 envisager pour sauvegarder ce patrimoine naturel, le gouverneur de la province de Muramvya a d\u00e9clar\u00e9 : &quot;Nous avons expliqu\u00e9 aux populations riveraines que d\u00e9sormais, les choses ont chang\u00e9. Personne n&#39;est plus autoris\u00e9 \u00e0 cultiver \u00e0 la lisi\u00e8re de la for\u00eat&quot;.  En plus des efforts de l&#39;administration qui seront difficiles \u00e0 faire respecter, d&#39;autres mesures devraient suivre. Certains environnementalistes estiment qu&#39;il faut convaincre la population riveraine de conserver jalousement ce patrimoine national et r\u00e9gional, et avertir rapidement l&#39;administration chaque fois que ce bien est menac\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>BUJUMBURA, 11 d\u00e9c (IPS) &#8211; La guerre civile au Burundi, longue de dix ans entre l&#39;arm\u00e9e et les divers mouvements arm\u00e9s, a contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9truire le parc national de la Kibira. 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