{"id":1874,"date":"2003-12-02T13:40:01","date_gmt":"2003-12-02T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2003\/12\/02\/population-les-rwandais-ne-sont-plus-fiches-hutu-ou-tutsi\/"},"modified":"2003-12-02T13:40:01","modified_gmt":"2003-12-02T13:40:01","slug":"population-les-rwandais-ne-sont-plus-fiches-hutu-ou-tutsi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2003\/12\/02\/population-les-rwandais-ne-sont-plus-fiches-hutu-ou-tutsi\/","title":{"rendered":"POPULATION: Les Rwandais ne sont plus fich\u00e9s hutu ou tutsi"},"content":{"rendered":"<p>KIGALI, 2 d\u00e9c (IPS) &#8211; Neuf ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide de 1994, la population rwandaise n&#39;est plus fich\u00e9e hutu, tutsi ou twa comme cela \u00e9tait en vigueur depuis 70 ans. En t\u00e9moignent les r\u00e9sultats d\u00e9finitifs du troisi\u00e8me recensement g\u00e9n\u00e9ral de la population et de l&#39;habitat.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n D\u00e9sormais, on retient seulement que le Rwanda compte 8,12 millions d&#39;habitants, dont 52 pour cent de femmes, pour une superficie de 26.406 km2, avec un taux d&#39;accroissement annuel de 3 pour cent, et 48 pour cent de jeunes de moins de 17 ans. Mais rien sur la composition ethnique de la population. Les r\u00e9sultats d\u00e9finitifs du recensement &#8211; qui s&#39;est d\u00e9roul\u00e9 en ao\u00fbt 2002 &#8211; ont \u00e9t\u00e9 rendus publics en novembre 2003.<\/p>\n<p> Les statistiques de 84 pour cent de Hutu, 14 pour cent de Tutsi et 1 pour cent de Twa, \u00e9tablies depuis la colonisation belge, n&#39;appartiennent plus qu&#39;au pass\u00e9, en 1933. &quot;Le fichage ethnique de la population est la principale cause des drames qu&#39;a connus notre pays, la majorit\u00e9 num\u00e9rique signifiant, pour beaucoup, l&#39;exclusivit\u00e9 du pouvoir et la marginalit\u00e9 du groupe dit minoritaire au point de vouloir le supprimer cat\u00e9goriquement&quot;, affirme le ministre de l&#39;Int\u00e9rieur, Christophe Bazivamo, \u00e9galement vice-pr\u00e9sident du Front patriotique rwandais (FPR), le parti au pouvoir.  Le rejet du fichage ethnique de la population aura \u00e9t\u00e9 le principal th\u00e8me du combat politique men\u00e9 par cet ex-mouvement rebelle fond\u00e9 en 1986 par des descendants des exil\u00e9s tutsi, chass\u00e9s du pouvoir et du Rwanda par la r\u00e9volution de 1959 qui venait de porter au pouvoir l&#39;\u00e9lite de la majorit\u00e9 hutu. La &quot;loi statistique&quot; allait depuis lors s&#39;\u00e9riger en unique r\u00e9f\u00e9rence aussi bien pour identifier la population que pour r\u00e9guler les acc\u00e8s \u00e0 l&#39;enseignement ou aux emplois publics, selon le FPR.  Ainsi, il ne pouvait pas avoir plus de 10 pour cent des Tutsi dans les \u00e9coles, l&#39;administration publique et moins encore dans l&#39;arm\u00e9e. Cette politique dite &quot;d&#39;\u00e9quilibre ethnique&quot; aurait eu des cons\u00e9quences funestes au lendemain de la premi\u00e8re attaque des combattants du FPR &#8211; domin\u00e9 par des Tutsi -, en octobre 1990.  L&#39;attaque aurait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme une tentative de la minorit\u00e9 tutsi de reprendre le pouvoir perdu en 1959, et allait co\u00fbter cher aux membres de cette ethnie qui \u00e9taient rest\u00e9s au pays au lieu de s&#39;exiler. D&#39;avril \u00e0 juillet 1994, les mentions ethniques, sur les cartes d&#39;identit\u00e9, permettront aux miliciens, appel\u00e9s pour ex\u00e9cuter le g\u00e9nocide, d&#39;identifier les Tutsi \u00e0 tuer, quand on ne pouvait se fier au faci\u00e8s.  D\u00e8s sa prise de pouvoir en juillet 1994 et l&#39;installation du gouvernement de transition, le FPR trouvera l\u00e0 une justification suppl\u00e9mentaire \u00e0 sa nouvelle politique d&#39;\u00e9radication de toute distinction ethnique au sein de la population. De nouvelles cartes d&#39;identit\u00e9, sans mention hutu, tutsi ou twa, sont alors imprim\u00e9es et distribu\u00e9es \u00e0 la population; les m\u00eames mentions disparaissent des registres d&#39;\u00e9tat civil, des passeports ou de tout autre document officiel.  Les gens sont d\u00e9sormais invit\u00e9s \u00e0 transcender l&#39;ethnie pour cultiver le sentiment d&#39;appartenance \u00e0 un m\u00eame peuple qui partage la m\u00eame langue et la m\u00eame culture. La simple \u00e9vocation de ses distinctions ethniques est alors qualifi\u00e9e de &quot;divisionnisme&quot;. Ce qui n&#39;a pas toujours \u00e9t\u00e9 du go\u00fbt de tout le monde.  &quot;C&#39;est faux de croire qu&#39;en supprimant les r\u00e9f\u00e9rences ethniques, on \u00e9radique la racine du mal rwandais. Il faut plut\u00f4t promouvoir une vraie politique visant une bonne coexistence entre les ethnies&quot;, d\u00e9clare l&#39;opposant Faustin Twagiramungu, candidat malheureux \u00e0 l&#39;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle d&#39;ao\u00fbt dernier, qui avait \u00e9t\u00e9 accus\u00e9, durant la campagne \u00e9lectorale, de &quot;divisionniste&quot; pour avoir appel\u00e9 secr\u00e8tement les Hutu \u00e0 voter pour lui.  Pour d&#39;autres, c&#39;est peine perdue. &quot;On efface l&#39;ethnie dans les documents, mais cela reste dans les esprits, car on arrive toujours \u00e0 savoir qui est quoi&quot;, ironise Z\u00e9phyrin Kanimba, pr\u00e9sident de la Communaut\u00e9 des autochtones du Rwanda (CAURWA), une association qui milite pour la promotion sociale des Twa rwandais, estim\u00e9s \u00e0 25.000 \u00e2mes, la plus marginalis\u00e9e des trois ethnies du pays.  Certains encore continuent d&#39;identifier les uns et les autres suivant de pr\u00e9tendus &quot;crit\u00e8res morphologiques&quot;, mais avec beaucoup de chances de se tromper, selon Elizabeth Uwase, de l&#39;organisation non gouvernementale (ONG) f\u00e9minine &#39;Duterimbere&#39; : &quot;Avec la mixit\u00e9 des mariages et l&#39;uniformisation des habitudes de vie, on ne compte plus, de nos jours, des Hutus grands aux traits fins et des Tutsi courts au nez \u00e9pat\u00e9&quot;.  En outre, le crit\u00e8re de l&#39;appartenance \u00e0 l&#39;un ou l&#39;autre groupe a parfois \u00e9t\u00e9 flottant, comme pour Etienne Gasarabwe, rescap\u00e9 du g\u00e9nocide. &quot;Avant 1959, mon p\u00e8re portait la mention tutsi parce qu&#39;il \u00e9tait grand et poss\u00e9dait beaucoup de vaches. Quelques ann\u00e9es plus tard, j&#39;ai r\u00e9ussi \u00e0 me faire inscrire, moi et ma famille, comme hutu pour vivre en paix au Rwanda.<\/p>\n<p>Peu avant le g\u00e9nocide, on a \u00e9t\u00e9 reconnu comme des Tutsi. C&#39;est ainsi que ma femme et tous mes enfants (sept) ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s&quot;, indique Gasarabwe. Il est le seul \u00e0 avoir \u00e9chapp\u00e9 aux massacres.  La vie au quotidien depuis neuf ans traduit encore mieux ce nouveau &quot;melting-pot ethnique&quot;. Il n&#39;existe pas de quartiers hutu ou tutsi. On se retrouve tous dans les m\u00eames bistrots ou les m\u00eames \u00e9coles, on habite dans les m\u00eames quartiers, on travaille dans les m\u00eames services et on se marie de plus en plus sans se soucier de l&#39;origine du fianc\u00e9 ou de la fianc\u00e9e.  Cependant, selon Jeanne Mujawamaliya, commer\u00e7ante \u00e0 Kigali, la capitale rwandaise, les distinctions subsistent. &quot;Il suffit de demander \u00e0 quelqu&#39;un o\u00f9 il vivait avant 1994 pour savoir son ethnie. S&#39;il est rescap\u00e9 du g\u00e9nocide ou s&#39;il \u00e9tait en exil, on sait tout de suite qu&#39;il est tutsi&quot;, fait-elle remarquer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KIGALI, 2 d\u00e9c (IPS) &#8211; Neuf ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide de 1994, la population rwandaise n&#39;est plus fich\u00e9e hutu, tutsi ou twa comme cela \u00e9tait en vigueur depuis 70 ans. 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