{"id":1687,"date":"2003-07-24T13:40:01","date_gmt":"2003-07-24T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2003\/07\/24\/droits-senegal-des-marabouts-decoles-coraniques-font-de-leurs-eleves-desenfants-de-la-rue\/"},"modified":"2003-07-24T13:40:01","modified_gmt":"2003-07-24T13:40:01","slug":"droits-senegal-des-marabouts-decoles-coraniques-font-de-leurs-eleves-desenfants-de-la-rue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2003\/07\/24\/droits-senegal-des-marabouts-decoles-coraniques-font-de-leurs-eleves-desenfants-de-la-rue\/","title":{"rendered":"DROITS-SENEGAL: Des marabouts d&#39;\u00e9coles coraniques font de leurs \u00e9l\u00e8ves desenfants de la rue"},"content":{"rendered":"<p>DAKAR, 24 juil (IPS) &#8211; &quot;Mon marabout nous demande de lui rapporter par jour au moins 200 francs CFA (environ 35 cents US), sinon, il nous frappe ou nous prive de nourriture&quot;, affirme Modou Sall, cinq ans, qui apprend le Coran chez un ma\u00eetre dans la banlieue de Dakar, la capitale s\u00e9n\u00e9galaise.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n Le calvaire endur\u00e9 par Sall est partag\u00e9 par tous les autres \u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles coraniques du S\u00e9n\u00e9gal qui sont en fin de compte transform\u00e9s en enfants de la rue \u00e0 Dakar ou dans les autres grandes villes s\u00e9n\u00e9galaises, par la cupidit\u00e9 d&#39;un marabout v\u00e9reux.<\/p>\n<p> Regroup\u00e9s souvent au carrefour d&#39;une grande art\u00e8re de la capitale, ces enfants de quatre \u00e0 12 ans, appel\u00e9s talib\u00e9s (apprenants coraniques), guettent les automobilistes. Ils sont indiff\u00e9rents \u00e0 la densit\u00e9 de la circulation de la matin\u00e9e. Habill\u00e9s de boubous d\u00e9chir\u00e9s ou rapi\u00e9c\u00e9s, mal lav\u00e9s et pieds nus, ils tiennent \u00e0 la main des pots usag\u00e9s de tomate qui leur servent de s\u00e9bile pour qu\u00e9mander l&#39;aum\u00f4ne ou des restes de repas.  Par charit\u00e9 ou par piti\u00e9, les automobilistes leur jettent des pi\u00e8ces de monnaie ou des bouts de pain. En retour, ces jeunes enfants leur formulent des b\u00e9n\u00e9dictions, d\u00e9bit\u00e9es sous la forme de courtes litanies.  Issus pour la plupart des familles musulmanes de condition sociale tr\u00e8s modeste, les talib\u00e9s sont des enfants qui sont plac\u00e9s par leurs parents aupr\u00e8s d&#39;un marabout. Celui-ci est charg\u00e9 de leur assurer une \u00e9ducation coranique, doubl\u00e9e d&#39;une initiation pratique \u00e0 la vie communautaire et de l&#39;acquisition du sens de l&#39;humilit\u00e9 et de la vie asc\u00e9tique. En guise de r\u00e9tribution, les marabouts exigent, de leurs talib\u00e9s, de l&#39;argent et des biens mat\u00e9riels (habits ou produits de consommation comme du sucre, savon, riz, etc.)  Originaire de la r\u00e9gion de Saint-Louis, dans le nord du S\u00e9n\u00e9gal, le petit mendiant Sall a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 son marabout par ses parents depuis deux ans.<\/p>\n<p>Tous les matins, d\u00e8s le lever du jour, il quitte son daara (\u00e9cole coranique), implant\u00e9 \u00e0 Pikine (banlieue de Dakar), pour venir au centre-ville, lui et ses condisciples, \u00e0 la recherche de l&#39;aum\u00f4ne.<\/p>\n<p> Selon une enqu\u00eate du Fonds des Nations Unies pour l&#39;enfance (UNICEF) et de la Direction de l&#39;action sociale (DAS) en 1999, les talib\u00e9s ne consacrent que 30 pour cent de leur temps utile \u00e0 la m\u00e9morisation des 604 pages du Coran.<\/p>\n<p> La prolif\u00e9ration des \u00e9coles coraniques serait favoris\u00e9e par l&#39;ampleur de la pauvret\u00e9 qui s\u00e9vit au S\u00e9n\u00e9gal. Sur une population estim\u00e9e \u00e0 9,5 millions de personnes, environ 65 pour cent vit en dessous du seuil de pauvret\u00e9, avec moins d&#39;un dollar US par jour, selon des sources officielles. Ainsi, le d\u00e9nuement des familles constitue un terreau fertile au d\u00e9veloppement du syst\u00e8me de &quot;confiage&quot; des enfants aux ma\u00eetres coraniques.  Les organisations non-gouvernementales (ONG) \u00e9valuent le nombre de talib\u00e9s \u00e0 plus de 150.000 \u00e0 travers le S\u00e9n\u00e9gal, dont plus de 6.300 \u00e0 Dakar.  L&#39;argent demand\u00e9 aux talib\u00e9s par leurs marabouts varie selon le lieu o\u00f9 se trouvent les \u00e9coles : dans les quartiers p\u00e9riph\u00e9riques de Dakar, un enfant de moins de 10 ans doit verser 250 \u00e0 400 FCFA (environ 44 \u00e0 70 cents US) par jour. Dans le centre-ville, le versement quotidien peut atteindre 3.000 FCFA (environ 5 dollars US).<\/p>\n<p> Constituant maintenant la plus grande partie des enfants de la rue recens\u00e9s dans \u00e0 Dakar, les talib\u00e9s, tout comme leurs marabouts, viennent principalement des r\u00e9gions de l&#39;int\u00e9rieur du S\u00e9n\u00e9gal, frapp\u00e9es par la s\u00e9cheresse (le nord et le centre du pays), mais aussi des pays frontaliers comme le Mali, la Guin\u00e9e ou la Gambie. Selon des statistiques officielles, les talib\u00e9s non-migrants \u00e0 Dakar ne repr\u00e9sentent que 3,11 pour cent des talib\u00e9s \u00e9tablis dans la ville.  &quot;La mendicit\u00e9 est notre seul gagne pain pour entretenir tous ces enfants qui nous sont confi\u00e9s sans aucune aide mat\u00e9rielle ou financi\u00e8re. Les parents de talib\u00e9s les oublient d\u00e8s qu&#39;ils quittent leurs villages. Je suis alors oblig\u00e9 de les envoyer mendier pour se nourrir et me donner de quoi vivre et entretenir ma famille&quot;, justifie Amadou Ba, marabout responsable d&#39;une \u00e9cole coranique dans une banlieue proche de Dakar.<\/p>\n<p> Qualifi\u00e9e de &quot;ph\u00e9nom\u00e8ne social&quot; par les responsables de la DAS, la situation des talib\u00e9s continue de pr\u00e9occuper les autorit\u00e9s. Ainsi, diff\u00e9rentes initiatives ont \u00e9t\u00e9 prises allant dans le sens de l&#39;\u00e9radication du ph\u00e9nom\u00e8ne. M\u00eame s&#39;il d\u00e9sapprouve et punit la mendicit\u00e9 \u00e0 travers l&#39;article 245 du Code p\u00e9nal, le gouvernement s\u00e9n\u00e9galais h\u00e9site encore \u00e0 s\u00e9vir de fa\u00e7on plus radicale contre les marabouts, de peur d&#39;aller \u00e0 l&#39;encontre de l&#39;islam et des coutumes.  Donnant son avis sur ce sujet, Amadou Makhtar Mbow, ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral de l&#39;Organisation des Nations Unies pour l&#39;\u00e9ducation, la science et la culture (UNESCO), avait d\u00e9clar\u00e9 r\u00e9cemment, dans la presse s\u00e9n\u00e9galaise, que le ph\u00e9nom\u00e8ne des talib\u00e9s pouvait trouver une solution \u00e0 condition que les autorit\u00e9s acceptent d&#39;assumer leurs responsabilit\u00e9s pour faire reculer le mur de l&#39;indiff\u00e9rence. Mbow trouve \u00e9galement que l&#39;exploitation des talib\u00e9s est simplement &quot;scandaleuse&quot;.<\/p>\n<p> En 1977, l&#39;Etat avait \u00e9voqu\u00e9 l&#39;id\u00e9e de doter l&#39;\u00e9cole coranique d&#39;un statut juridique proche de celui de l&#39;enseignement priv\u00e9 pour favoriser le contr\u00f4le des talib\u00e9s et am\u00e9liorer les conditions d&#39;enseignement. Ensuite, il y a eu des actions visant \u00e0 aider les \u00e9coles coraniques et les pousser \u00e0 abandonner la mendicit\u00e9, par la cr\u00e9ation de fonds d&#39;aide et de subventions.<\/p>\n<p>Cependant, pour \u00e9viter que ces aides ne soient utilis\u00e9es par les marabouts pour leurs besoins personnels, les pouvoirs publics ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 renoncer \u00e0 cette solution.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DAKAR, 24 juil (IPS) &#8211; &quot;Mon marabout nous demande de lui rapporter par jour au moins 200 francs CFA (environ 35 cents US), sinon, il nous frappe ou nous prive de nourriture&quot;, affirme Modou Sall, cinq ans, qui apprend le&hellip; <a href=\"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2003\/07\/24\/droits-senegal-des-marabouts-decoles-coraniques-font-de-leurs-eleves-desenfants-de-la-rue\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":230,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,10,2,1],"tags":[],"class_list":["post-1687","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-droits-humains","category-education","category-headlines"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1687","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/230"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1687"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1687\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1687"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1687"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1687"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}