{"id":1427,"date":"2002-12-20T13:40:01","date_gmt":"2002-12-20T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2002\/12\/20\/population-kenya-une-crise-alimentaire-oubliee-dans-des-camps-de-refugies\/"},"modified":"2002-12-20T13:40:01","modified_gmt":"2002-12-20T13:40:01","slug":"population-kenya-une-crise-alimentaire-oubliee-dans-des-camps-de-refugies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ipsnews.net\/francais\/2002\/12\/20\/population-kenya-une-crise-alimentaire-oubliee-dans-des-camps-de-refugies\/","title":{"rendered":"POPULATION-KENYA: Une crise alimentaire oubli\u00e9e dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>NAIROBI, 20 d\u00e9c. (IPS) &#8211; Les p\u00e9nuries alimentaires auxquelles sont confront\u00e9s les r\u00e9fugi\u00e9s dans des camps au Kenya sont si aigu\u00ebs que plus de 60 pour cent des enfants sont d\u00e9j\u00e0 mal nourris.\n<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n &quot;Au cours des deux derniers mois, nous avons connu une hausse dans les admissions aux programmes d&#39;alimentation suppl\u00e9mentaires et th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>La situation s&#39;est d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e et se d\u00e9t\u00e9riorera davantage si rien n&#39;est fait d&#39;urgence&quot;, avertit Blessing Ezeibe, responsable du Programme alimentaire mondial (PAM) dans le camp de r\u00e9fugi\u00e9s de Kakuma, \u00e0 la fronti\u00e8re soudano-k\u00e9nyane.<\/p>\n<p> Le PAM est fortement \u00e0 court de vivres.<\/p>\n<p> &quot;Nous en avons tout juste pour janvier. En f\u00e9vrier, nous n&#39;aurons plus du tout de ma\u00efs. Le mois suivant, nous serons \u00e0 court de sel. Le mois d&#39;apr\u00e8s, nous serons \u00e0 court d&#39;huile v\u00e9g\u00e9tale et ainsi de suite&quot;, explique la charg\u00e9e de communication du PAM, Laura Melo.<\/p>\n<p> Le PAM est si pr\u00e9occup\u00e9 qu&#39;il a envoy\u00e9 l&#39;un des r\u00e9fugi\u00e9s, Fatouma Ahmed Ali, dans la capitale k\u00e9nyane, Nairobi, pour faire conna\u00eetre leur sort.<\/p>\n<p> &quot;Mon poids diminue de jour en jour. M\u00eame ma vue baisse. Je n&#39;ai pas de l\u00e9gumes, je n&#39;ai pas de lait&quot;, affirme la femme de 46 ans, m\u00e8re de huit enfants.<\/p>\n<p> Ali supervise la distribution de vivres dans le camp, s&#39;assurant que les personnes \u00e2g\u00e9es et les femmes enceintes sont les premiers servis. Elle souligne que plusieurs femmes enceintes et allaitantes sont d\u00e9j\u00e0 an\u00e9mi\u00e9es \u00e0 cause du manque d&#39;aliments nourrissants.<\/p>\n<p> &quot;Nous voulons supplier les donateurs de nous offrir des vivres pour nous maintenir en vie. Autrement, nous allons mourir, tous autant que nous sommes. Le camp de Kakuma deviendra une tombe&quot;, avertit-elle.<\/p>\n<p> Ce n&#39;est pas la premi\u00e8re fois que le PAM a des difficult\u00e9s. En f\u00e9vrier, des r\u00e9ductions drastiques avaient \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es, chaque r\u00e9fugi\u00e9 recevant juste une ration de 500 kcal par jour au lieu des 2.160 kcal. Le nombre d&#39;enfants fr\u00e9quentant les centres d&#39;alimentation s&#39;est accru consid\u00e9rablement.<\/p>\n<p> Avec le nombre d&#39;autres crises auxquelles se trouve confront\u00e9 le continent africain, la situation difficile des 220.000 r\u00e9fugi\u00e9s, principalement soudanais et somali dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9s de Kakuma et de Daadab dans le nord-ouest et l&#39;est du Kenya, est en train d&#39;\u00eatre oubli\u00e9e.<\/p>\n<p> &quot;Il y a de ces crises importantes et de grande envergure qui ont \u00e9merg\u00e9 en Afrique. Les donateurs ont cette propension \u00e0 focaliser leur attention sur l&#39;endroit o\u00f9 se produisent les grandes crises&quot;, se plaint Melo.<\/p>\n<p> &quot;Le fait que 14 millions de personnes en Afrique australe et 14 millions en Ethiopie manquent de nourriture, ne signifie pas que ces r\u00e9fugi\u00e9s partent.<\/p>\n<p>Ils sont ici et ils resteront ici pendant quelque temps&quot;, souligne-t-elle.<\/p>\n<p> &quot;Si nous r\u00e9duisons les distributions de vivres, les gens vont pratiquement commencer par mourir&quot;, avertit Melo.<\/p>\n<p> Les p\u00e9nuries alimentaires sont \u00e9galement une question de s\u00e9curit\u00e9 pour le personnel du PAM, comme l&#39;explique Ezeibe.<\/p>\n<p> &quot;Une personne affam\u00e9e est une personne affam\u00e9e. Il y a eu des cas d&#39;agressions dans les camps. L&#39;ancien responsable du sous-bureau a \u00e9t\u00e9 agress\u00e9&quot;, se souvient-elle.<\/p>\n<p> &quot;Ils ne comprennent pas r\u00e9ellement la situation. Tous les r\u00e9fugi\u00e9s ne sont pas privil\u00e9gi\u00e9s en mati\u00e8re d&#39;information. La plupart du temps, ils pensent que nous avons cette nourriture et que nous ne voulons pas la leur donner.<\/p>\n<p>Mais la v\u00e9rit\u00e9 est que nous donnons ce que nous avons&quot;, dit-elle.<\/p>\n<p> Ali, une femme \u00e9nergique et qui s&#39;exprime avec facilit\u00e9, est frustr\u00e9e par sa d\u00e9pendance. Elle a v\u00e9cu \u00e0 Kakuma pendant sept ans et esp\u00e8re y rester pendant plusieurs autres ann\u00e9es, \u00e9tant donn\u00e9 le chaos continu dans son pays natal, la Somalie.<\/p>\n<p> &quot;Notre situation est si triste. Nous sommes des mendiants. Nous mangeons ce qu&#39;ils nous donnent. S&#39;ils nous donnent des pierres, nous devons les manger&quot;, affirme-t-elle.<\/p>\n<p> Kakuma est situ\u00e9 dans une partie extr\u00eamement chaude, aride du Kenya. Peu de choses poussent \u00e0 cet endroit. Les r\u00e9fugi\u00e9s ne peuvent pas \u00e9lever du b\u00e9tail parce que cela conduit \u00e0 des conflits avec les populations locales, les Turkana, \u00e9galement pauvres, sur des ressources rares comme la p\u00e2ture.<\/p>\n<p> Les r\u00e9fugi\u00e9s ne peuvent m\u00eame pas quitter le camp pour ramasser du bois de chauffe parce que plusieurs ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s ou agress\u00e9s.<\/p>\n<p> La politique de campement pratiqu\u00e9e par le gouvernement k\u00e9nyan signifie que les r\u00e9fugi\u00e9s ne sont pas autoris\u00e9s \u00e0 quitter les camps pour chercher du travail, et cela fait qu&#39;ils d\u00e9pendent enti\u00e8rement des vivres distribu\u00e9s.<\/p>\n<p> &quot;Nombre d&#39;entre eux ont des aptitudes artisanales. Ils peuvent faire de petites choses. Mais les camps sont situ\u00e9s dans des zones extr\u00eamement \u00e9loign\u00e9es et hostiles. Il n&#39;y a aucun march\u00e9 o\u00f9 ils peuvent vendre leurs objets. Ils sont coinc\u00e9s. Ils peuvent v\u00e9ritablement faire peu de choses pour se tirer d&#39;affaire&quot;, affirme Melo.<\/p>\n<p> &quot;Nous n&#39;avons pas la libert\u00e9 de mouvement pour \u00eatre ind\u00e9pendants. L&#39;agence des Nations Unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s fait de son mieux. Mais les \u00eatres humains ont besoin de beaucoup plus&quot;, se plaint Ali.<\/p>\n<p> &quot;Nous ne sommes pas aveugles. Nous ne sommes pas handicap\u00e9s. Nous pouvons prot\u00e9ger nos vies. Il y a d&#39;autres solutions. Nous pouvons cultiver. Nous pouvons faire absolument tout&quot;, affirme-t-elle avec insistance.<\/p>\n<p> Pour certains, permettre aux r\u00e9fugi\u00e9s de travailler ou de cultiver apporterait une solution \u00e0 la d\u00e9pendance actuelle &#8211; que les donateurs fatigu\u00e9s semblent r\u00e9ticents \u00e0 continuer de financer.<\/p>\n<p> La situation des r\u00e9fugi\u00e9s en Angola est tr\u00e8s diff\u00e9rente. &quot;Ceux qui sont aptes et sains peuvent se lancer dans des activit\u00e9s. Ils peuvent cultiver, travailler sur des sites de construction. Ils peuvent faire beaucoup de choses pour se prendre en charge eux-m\u00eames. Ils ne sont pas limit\u00e9s comme ceux de Kakuma&quot;, ajoute Ezeibe.<\/p>\n<p> Le gouvernement k\u00e9nyan soutient que les r\u00e9fugi\u00e9s constituent un risque s\u00e9curitaire s&#39;ils se m\u00e9langent au reste de la population. Les guerres civiles actuelles au Soudan et en Somalie ont conduit \u00e0 une importante entr\u00e9e d&#39;armes l\u00e9g\u00e8res au Kenya, apport\u00e9es, pour la plupart, par des gens fuyant ces pays.<\/p>\n<p> Dans un pays o\u00f9 des millions de gens sont ch\u00f4meurs et vivent dans la pauvret\u00e9, les r\u00e9fugi\u00e9s pourraient \u00e9galement \u00eatre mal vus s&#39;ils sont per\u00e7us comme des gens qui prennent les emplois des indig\u00e8nes k\u00e9nyans.<\/p>\n<p> &quot;S&#39;agissant de la protection, tout le monde, y compris les r\u00e9fugi\u00e9s, doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9. Mais au bout du compte, le Kenya est pour les K\u00e9nyans. C&#39;est tr\u00e8s clair&quot;, a d\u00e9clar\u00e9 le porte-parole de la police k\u00e9nyane, King&#39;ori Mwangi, \u00e0 l&#39;agence de presse des Nations Unies, IRIN.<\/p>\n<p> Les agences humanitaires n&#39;ont autre choix que celui de travailler dans ces contraintes.<\/p>\n<p> &quot;Il y a des pays qui autorisent les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 s&#39;installer dans des villages, \u00e0 travailler et \u00e0 produire pour leur propre revenu. Cela pourrait \u00eatre le cas au Kenya. Mais \u00e7a ne l&#39;est pas. Et c&#39;est donc la r\u00e9alit\u00e9 avec laquelle nous devons faire&quot;, souligne Melo.<\/p>\n<p> &quot;C&#39;est une situation extr\u00eamement sensible. Mais il n&#39;y a pas de solutions meilleures pour le moment. Nous devons r\u00e9pondre \u00e0 cela&quot;, conseille-t-elle vivement.<\/p>\n<p> &quot;Il n&#39;y a rien d&#39;autre \u00e0 faire que de nous asseoir et d&#39;attendre que les donateurs r\u00e9agissent, reconna\u00eet Ezeibe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>NAIROBI, 20 d\u00e9c. 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