{"id":7634,"date":"2019-11-06T22:14:52","date_gmt":"2019-11-06T22:14:52","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/?p=7634"},"modified":"2020-01-14T22:16:21","modified_gmt":"2020-01-14T22:16:21","slug":"burkina-faso-le-changement-climatique-declenche-lexode-rural","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2019\/11\/06\/burkina-faso-le-changement-climatique-declenche-lexode-rural\/","title":{"rendered":"Burkina Faso: le changement climatique d\u00e9clenche l&#8217;exode rural"},"content":{"rendered":"<p>OUAGADOUGOU, le 6 novembre 2019 (IPS) &#8211; Ibrahim Harouna et ses voisins sont assis sous un arbre chez son oncle, jouant aux \u00e9checs et discutant au milieu de la chaleur fr\u00e9missante d\u2019Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.<br \/>\n<!--more--><\/p>\n<p>C&#8217;est ainsi qu&#8217;il passe la majeure partie de son temps pendant un an et demi depuis qu&#8217;il a perdu son emploi. Harouna a travaill\u00e9 comme ouvrier agricole. Mais le petit agriculteur saisonnier pour lequel il travaillait dans le nord du Burkina Faso l&#8217;a laiss\u00e9 partir avec deux autres travailleurs parce que leurs services n&#8217;\u00e9taient plus n\u00e9cessaires, les r\u00e9coltes \u00e9tant en baisse.<\/p>\n<p>La production avait commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9chouer, la d\u00e9sertification et la s\u00e9cheresse ayant fait des ravages sur les terres, qui s&#8217;\u00e9taient gravement d\u00e9grad\u00e9es, la moiti\u00e9 des sols agricoles se transformant en sable.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9conomie de cette nation sah\u00e9lienne de 20,5 millions d&#8217;habitants, situ\u00e9e dans l&#8217;arri\u00e8re-pays et dans les confins du Sahara, d\u00e9pend fortement de l&#8217;agriculture, de la foresterie et de l&#8217;\u00e9levage.<\/p>\n<p>Le secteur est domin\u00e9 par de petites exploitations de moins de cinq hectares et ses principaux produits sont le sorgho, le mil et le ma\u00efs (les plus produits en volume), selon l&#8217;Organisation des Nations Unies pour l&#8217;alimentation et l&#8217;agriculture (FAO). Les exportations de coton restent dominantes et repr\u00e9sentent environ 60 pour cent des exportations agricoles totales, selon la Banque mondiale.<\/p>\n<p>Dans \u00ab<em><strong>D\u00e9gradation des sols en agriculture mini\u00e8re au Burkina Faso<\/strong><\/em>\u00bb, S.B. Taonda, R. Bertrand, J. Dickey, JL Morel et K. Sanon ont expliqu\u00e9 qu&#8217;apr\u00e8s cinq \u00e0 10 ans de culture, le sol n&#8217;est plus en mesure d&#8217;assurer l&#8217;approvisionnement en min\u00e9raux et en eau de la principale culture vivri\u00e8re (sorgho), conduisant \u00e0 l&#8217;effondrement des rendements.<\/p>\n<p>Un Harouna visiblement stress\u00e9 semble \u00eatre d&#8217;accord, d\u00e9clarant \u00e0 IPS: &#8220;Nous travaillons sur ce terrain depuis neuf ans, faisant la m\u00eame chose d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e.&#8221;<\/p>\n<p>Bien que la zone sah\u00e9lienne du nord du pays re\u00e7oive moins de 600 mm de pr\u00e9cipitations annuelles moyennes, Harouna dit que les pr\u00e9c\u00e9dentes ann\u00e9es avaient \u00e9t\u00e9 productives: les ventes \u00e9taient bonnes, l&#8217;argent rentrait et les salaires \u00e9taient pay\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n<p>Mais rien ne dure \u00e9ternellement. La d\u00e9sertification est devenue plus courante et la lune de miel a pris fin brutalement. Il raconte: \u00abAu fil du temps, nous avons remarqu\u00e9 que les temp\u00e9ratures montaient inhabituellement et que le soleil est devenu plus dur et que la pluie a disparu. Les r\u00e9coltes sont devenues rabougries tandis que d&#8217;autres se dess\u00e9chaient, alors que la terre commen\u00e7ait \u00e0 se transformer en quelque chose comme du sable. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Les confins du Sahara<\/strong><\/p>\n<p>La d\u00e9gradation des terres constitue une grave menace pour le d\u00e9veloppement durable du Burkina Faso. Un tiers de son territoire national, soit plus de neuf millions d&#8217;hectares de terres productives, est d\u00e9grad\u00e9. Selon la FAO, cela devrait s&#8217;\u00e9tendre en moyenne \u00e0 360 000 hectares par an.<\/p>\n<p>Le Sahel conna\u00eet une baisse globale des pr\u00e9cipitations, mais aussi un appauvrissement des sols d\u00fb \u00e0 la surexploitation agricole et \u00e0 la d\u00e9forestation progressive des savanes d&#8217;origine par la coupe du bois de chauffage, des feux de brousse et des animaux errants, explique l&#8217;ONG SOS Enfants.<\/p>\n<p>\u00abLes changements climatiques sont \u00e9vidents dans tout le Burkina Faso. Les r\u00e9gions de l&#8217;est et du sud-ouest du pays, qui ont g\u00e9n\u00e9ralement des conditions m\u00e9t\u00e9orologiques plus favorables, sont de plus en plus touch\u00e9es par des temp\u00e9ratures \u00e9lev\u00e9es et des poches de s\u00e9cheresse \u00bb, d\u00e9clare le Programme de d\u00e9veloppement des Nations Unies sur Adaptation-undp.org.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir employ\u00e9 90% des pr\u00e8s de 7 millions de travailleurs du pays en 2012, selon les chiffres de la FAO, le secteur agricole fournit d\u00e9sormais 80% de tous les emplois, ce qui repr\u00e9sente toujours un tiers du PIB du pays. Cependant, plus de 3,5 millions de personnes souffrent d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire, selon un rapport de l&#8217;USAID.<\/p>\n<p>Les agriculteurs du Burkina Faso, et en particulier ceux qui vivent dans les zones sah\u00e9liennes de ce pays, sont d\u00e9sormais confront\u00e9s \u00e0 un grave probl\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et d&#8217;appauvrissement croissant, a soulign\u00e9 SOS Enfants. Les conflits concernant l&#8217;utilisation des terres et les migrations massives sont persistants.<\/p>\n<p><strong>Le conflit persiste<\/strong><\/p>\n<p>Les conflits arm\u00e9s et le terrorisme ont exacerb\u00e9 l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire, des attaques r\u00e9guli\u00e8res \u00e9tant perp\u00e9tr\u00e9es contre les forces de s\u00e9curit\u00e9 et les civils par des inconnus arm\u00e9s. Pr\u00e8s de 600 civils ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s et des dizaines bless\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es, selon des chiffres ind\u00e9pendants.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s d&#8217;un demi-million de personnes ont \u00e9t\u00e9 contraintes de quitter leur domicile, car l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 accrue a entra\u00een\u00e9 une aggravation et une situation humanitaire sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>Avec un taux d&#8217;urbanisation de 5,29% &#8211; selon les chiffres de l&#8217;Index Mundi &#8211; le Burkina Faso semble conna\u00eetre l&#8217;un des taux d&#8217;urbanisation les plus \u00e9lev\u00e9s d&#8217;Afrique et du monde, alors que les femmes, les enfants et les personnes \u00e2g\u00e9es affluent vers les villes, fuyant les d\u00e9fis du changement climatique, la pauvret\u00e9 persistante et les conflits arm\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00abAu Burkina, le probl\u00e8me n&#8217;est pas le fonctionnement du syst\u00e8me d\u00e9mocratique. La crise est la propagation de la violence djihadiste. [L\u2019ancien pr\u00e9sident Blaise] Compaor\u00e9 avait l&#8217;habitude de s&#8217;entendre avec des groupes arm\u00e9s au Mali, et en retour, ils laissaient le Burkina seul. Cela n&#8217;a pas aid\u00e9 le Mali, bien s\u00fbr \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS Paul Melly, consultant pour Chatham House Africa. L&#8217;ONU a d\u00e9clar\u00e9 que quelque 300 000 personnes ont fui les violences djihadistes qui ont d\u00e9bord\u00e9 du Mali.<\/p>\n<p>\u00abMais l&#8217;actuelle administration burkinab\u00e9 ne conclut pas ce genre de march\u00e9, ce qui rend le pays plus expos\u00e9\u00bb, souligne-t-il.<\/p>\n<p>&#8220;De plus&#8221;, dit-il, &#8220;les syst\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 du Burkina \u00e9taient autrefois fortement orient\u00e9s vers la loyaut\u00e9 envers Compaor\u00e9, donc son d\u00e9part a affaibli ces structures et le gouvernement actuel devait maintenant les reconstruire d&#8217;une mani\u00e8re compatible avec le syst\u00e8me d\u00e9mocratique. C&#8217;est un processus lent et difficile. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Migrants climatiques<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s que Harouna et ses coll\u00e8gues aient perdu leur emploi, ils se sont rendus \u00e0 Ouaga (abr\u00e9viation d\u2019Ouagadougou) pour rester avec leurs familles respectives. N&#8217;ayant rien \u00e0 faire, ils croient que leur seule option est de quitter le pays, ajoutant leurs noms \u00e0 une liste croissante de personnes expuls\u00e9es de leurs maisons par les effets d\u00e9vastateurs du changement climatique.<\/p>\n<p>\u00abMes anciens coll\u00e8gues ont d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 le pays, l&#8217;un est au Maroc en ce moment, \u00e0 la recherche d&#8217;un moyen de passer en Espagne et l&#8217;autre au B\u00e9nin, o\u00f9 il a l&#8217;intention de prendre le bateau pour se rendre soit en Guin\u00e9e \u00e9quatoriale, soit au Gabon. \u00bb, Dit Harouna.<\/p>\n<p>Selon les projections de la Banque mondiale, plus de 143 millions de personnes devraient devenir des migrants climatiques d&#8217;ici 2050 en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et en Am\u00e9rique latine, \u00e9chappant ainsi aux mauvaises r\u00e9coltes, \u00e0 la p\u00e9nurie d&#8217;eau et \u00e0 l&#8217;\u00e9l\u00e9vation du niveau de la mer.<\/p>\n<p>Le Groupe d&#8217;experts intergouvernemental sur l&#8217;\u00e9volution du climat (GIEC), principale autorit\u00e9 des Nations Unies sur les sciences du climat, a r\u00e9affirm\u00e9 que les changements provoqu\u00e9s par la crise climatique influenceront les sch\u00e9mas de migration.<\/p>\n<p>\u00abQuant \u00e0 moi, la semaine prochaine, si Dieu le permet, je me dirige vers le Niger pour essayer d\u2019atteindre l\u2019Alg\u00e9rie o\u00f9 mes amis vivent et travaillent dans le secteur de la construction\u00bb, explique Harouna.<\/p>\n<p>La d\u00e9gradation future des terres utilis\u00e9es pour l&#8217;agriculture et l&#8217;\u00e9levage, la perturbation des \u00e9cosyst\u00e8mes fragiles et l&#8217;\u00e9puisement des pr\u00e9cieuses ressources naturelles comme l&#8217;eau douce auront un impact direct sur la vie et le logement des personnes, selon Dina Ionesco, chef de la division Migration, environnement et changement climatique \u00e0 l&#8217;Organisation internationale pour les migrations (OIM) de l\u2019ONU.<\/p>\n<p>L&#8217;ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral de la FAO, Jos\u00e9 Graziano da Silva, a d\u00e9clar\u00e9 en f\u00e9vrier 2018 que la r\u00e9habilitation des terres d\u00e9grad\u00e9es \u00e9tait une priorit\u00e9 pour le Burkina Faso.<\/p>\n<p>L&#8217;agence des Nations Unies et d&#8217;autres partenaires ont \u00e9t\u00e9 charg\u00e9s de mettre en \u0153uvre l&#8217;Action contre la d\u00e9sertification (AAD), un programme destin\u00e9 \u00e0 \u00e9tendre la restauration des terres.<\/p>\n<p> L\u2019AAD soutient les communaut\u00e9s locales, les gouvernements et la soci\u00e9t\u00e9 civile dans six pays africains &#8211; Burkina Faso, \u00c9thiopie, Gambie, Niger, Nig\u00e9ria et S\u00e9n\u00e9gal &#8211; ainsi qu&#8217;aux Fidji et en Ha\u00efti, pour g\u00e9rer et restaurer durablement leurs zones arides et leurs \u00e9cosyst\u00e8mes fragiles touch\u00e9s par la d\u00e9sertification, la d\u00e9gradation des terres et la s\u00e9cheresse.    <\/p>\n<p>Cette initiative contribue \u00e0 la Grande Muraille Verte pour le Sahara et le Sahel (GGW), aux plans d&#8217;action nationaux de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la d\u00e9sertification (UNCCD), et promeut la coop\u00e9ration sud-sud dans les pays d&#8217;Afrique, des Cara\u00efbes et du Pacifique.<\/p>\n<p> Au Burkina Faso, l\u2019AAD soutient la restauration des terres dans les provinces du Soum et du S\u00e9no dans la r\u00e9gion du Sahel, en utilisant la charrue Delfino sp\u00e9cialis\u00e9e pour la pr\u00e9paration des terres en vue d&#8217;amener la restauration \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle.<\/p>\n<p>Mais toutes ces interventions sont arriv\u00e9es un peu trop tard pour les jeunes hommes comme Harouna.<\/p>\n<p>&#8220;Mettez-vous \u00e0 la place de ces jeunes hommes&#8221;, l&#8217;oncle de Harouna, qui a demand\u00e9 \u00e0 ne pas \u00eatre nomm\u00e9, contribue \u00e0 la conversation pour la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9but de l&#8217;entretien. \u00abQue feriez-vous si quelque chose comme \u00e7a vous arrivait? Il n&#8217;y a pas d&#8217;emplois dans ce pays, pas de paix, pas d&#8217;opportunit\u00e9s pour les jeunes et m\u00eame pas de bons politiciens. \u00bb<\/p>\n<p>\u00abIl suffit de regarder autour de nous maintenant, le climat met nos terres \u00e0 l&#8217;\u00e9preuve, la seule source de nos moyens de subsistance. Les terroristes ruinent nos vies et l&#8217;avenir de nos enfants, et le seul moyen de sortir de ce g\u00e2chis est d&#8217;aller ailleurs pour chercher une vie meilleure \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS l&#8217;oncle, qui parraine la migration irr\u00e9guli\u00e8re de Harouna en Alg\u00e9rie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>OUAGADOUGOU, le 6 novembre 2019 (IPS) &#8211; Ibrahim Harouna et ses voisins sont assis sous un arbre chez son oncle, jouant aux \u00e9checs et discutant au milieu de la chaleur fr\u00e9missante d\u2019Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.<\/p>\n","protected":false},"author":980,"featured_media":7633,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,11,10,6,12,1],"tags":[],"class_list":["post-7634","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-afrique","category-developpement","category-droits-humains","category-economie-finances-le-commerce","category-environnement","category-headlines"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7634","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/980"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7634"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7634\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7636,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7634\/revisions\/7636"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7633"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7634"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7634"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7634"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}