{"id":7007,"date":"2014-07-30T13:40:01","date_gmt":"2014-07-30T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2014\/07\/30\/pakistan-les-refugies-vivent-un-cauchemar-dans-le-nord\/"},"modified":"2014-07-30T13:40:01","modified_gmt":"2014-07-30T13:40:01","slug":"pakistan-les-refugies-vivent-un-cauchemar-dans-le-nord","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2014\/07\/30\/pakistan-les-refugies-vivent-un-cauchemar-dans-le-nord\/","title":{"rendered":"PAKISTAN: Les r\u00e9fugi\u00e9s vivent un cauchemar dans le nord"},"content":{"rendered":"<p>PESHAWAR, Pakistan, 30 juil (IPS) &#8211; Certains ont fui \u00e0 pied, d&#39;autres sont mont\u00e9s \u00e0 bord des camions avec leurs bagages, vivres et leur b\u00e9tail. Bon nombre ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s de leur famille, ou se sont effondr\u00e9s pour \u00e9puisement sur le chemin. Ils ne savent pas d\u2019o\u00f9 viendra leur prochain repas, ou comment ils subviendront aux besoins de leurs enfants.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Dans les vastes camps de r\u00e9fugi\u00e9s de la province de Khyber Pakhtunkhwa (KP), les civils qui ont fui l&#39;offensive militaire de l&#39;arm\u00e9e pakistanaise contre les talibans dans l&#39;agence du Waziristan, dans le nord du pays, se prom\u00e8nent maintenant \u00e0 pied dans un \u00e9tat de confusion d\u00e9lirante.<\/p>\n<p> Les autorit\u00e9s m\u00e9dicales de la r\u00e9gion disent que presque tous les 870.000 personnes d\u00e9plac\u00e9es \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur dans la province de KP sont profond\u00e9ment traumatis\u00e9es par plus d&#39;une d\u00e9cennie de guerre dans les provinces du nord, o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 prises dans les tirs crois\u00e9s entre les forces gouvernementales et les militants qui ont travers\u00e9 la fronti\u00e8re depuis l&#39;Afghanistan pour entrer dans les Zones tribales sous administration f\u00e9d\u00e9rale (FATA) du Pakistan en 2001.<\/p>\n<p> Maintenant, comme l&#39;arm\u00e9e m\u00e8ne des raids a\u00e9riens sur l\u2019agence du Waziristan du Nord de 11.585 kilom\u00e8tres carr\u00e9s, dans un effort d\u00e9termin\u00e9 d\u2019\u00e9liminer les talibans, les civils fatigu\u00e9s de la guerre souffrent encore une fois le plus du conflit, forc\u00e9s de quitter leurs maisons ancestrales et de chercher refuge dans la province de KP voisine o\u00f9 l\u2019abri, d&#39;eau potable, la nourriture et les fournitures m\u00e9dicales sont utilis\u00e9s au maximum.<\/p>\n<p> Les personnes d\u00e9plac\u00e9es \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur y arrivent en foules depuis le d\u00e9but de l&#39;op\u00e9ration militaire le 15 jun, atteignant pr\u00e8s d&#39;un million \u00e0 la mi-juillet, indiquent les responsables de la r\u00e9gion. Jusque-l\u00e0, l&#39;aide arrive sous forme de rations alimentaires et de fournitures m\u00e9dicales pour les bless\u00e9s, ainsi que ceux laiss\u00e9s d\u00e9shydrat\u00e9s par la chaleur br\u00fblante de 45 degr\u00e9s.<\/p>\n<p> Mais tr\u00e8s peu de choses se font pour aborder le traumatisme psychologique qui affecte presque tout le monde dans ces camps.<\/p>\n<p> &#8220;La population d\u00e9plac\u00e9e vit dans des maisons lou\u00e9es ou chez des proches o\u00f9 ils manquent d&#39;eau, de l&#39;assainissement et de nourriture qui font qu\u2019ils sont confront\u00e9s aux maladies d&#39;origine hydrique et alimentaire&#8221;, explique \u00e0 IPS, Dr Mian Iftikhar Hussain, un psychiatre. &#8220;Mais les principaux probl\u00e8mes sont les troubles psychologiques, qui sont &#39;invisibles&#39;&#8221;.<\/p>\n<p> Assise devant l&#39;H\u00f4pital psychiatrique Iftikhar de Peshawar, la capitale de la province de KP et \u00e0 environ 402 kilom\u00e8tres du plus grand camp de r\u00e9fugi\u00e9s de Bannu, Zarsheda Bibi, 50 ans, d\u00e9clare \u00e0 IPS que toute sa famille a fui le Waziristan, laissant tout derri\u00e8re.<\/p>\n<p> Bien pire que la perte de sa maison et de ses biens, dit-elle, c\u2019est la perte de son petit-fils d\u2019un an, qui est mort au cours du long et p\u00e9rilleux voyage pour arriver dans la province de KP.<\/p>\n<p> &#8220;Elle ne dort pas correctement parce qu\u2019elle r\u00eave de son petit-fils d\u00e9funt chaque soir&#8221;, indique Iftikhar, qui soigne Bibi pour trouble de stress post-traumatique (TSPT).<\/p>\n<p> Selon Javid Khan, un responsable de l&#39;Autorit\u00e9 nationale de gestion des catastrophes, le TSPT est l&#39;une des affections les plus courantes parmi les personnes d\u00e9plac\u00e9es.<\/p>\n<p> Il raconte \u00e0 IPS son interaction r\u00e9cente avec une femme dans un camp de Bannu, dont le mari a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par les bombardements \u00e0 Miramshah, le si\u00e8ge du Waziristan du Nord.<\/p>\n<p> &#8220;Maintenant, elle est compl\u00e8tement d\u00e9sorient\u00e9e et extr\u00eamement pr\u00e9occup\u00e9e par l&#39;avenir de sa fille et de ses trois fils&#8221;, d\u00e9clare-t-il, ajoutant que ceux qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s sont s\u00fbrs de d\u00e9velopper des troubles aussi bien \u00e0 long terme qu\u2019\u00e0 court terme comme cons\u00e9quence d&#39;un stress prolong\u00e9, de l&#39;anxi\u00e9t\u00e9 et de la peur.<\/p>\n<p> D&#39;autres conditions pourraient inclure la d\u00e9personnalisation, class\u00e9e dans le DSM-IV comme un trouble dissociatif dans lequel la personne \u00e9prouve des sentiments de ne pas \u00eatre dans son corps et la d\u00e9sorientation grave; ainsi que la d\u00e9r\u00e9alisation, une alt\u00e9ration de la perception du monde ext\u00e9rieur au point qu&#39;il semble irr\u00e9el, ou &#39;onirique&#39;.<\/p>\n<p> Les experts disent que les personnes arrach\u00e9es \u00e0 leurs villages d&#39;origine, pouss\u00e9es dans des milieux compl\u00e8tement nouveaux et qui vivent quotidiennement l&#39;ins\u00e9curit\u00e9 sont tr\u00e8s sensibles \u00e0 ces types de conditions, qui sont associ\u00e9es \u00e0 un traumatisme grave.<\/p>\n<p> Khan affirme que les femmes et les enfants, qui repr\u00e9sentent 73 pour cent des personnes d\u00e9plac\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, selon l&#39;Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS), sont susceptibles d&#39;\u00eatre affect\u00e9s de fa\u00e7on disproportionn\u00e9e par le TSPT, ainsi que des troubles li\u00e9s \u00e0 l&#39;anxi\u00e9t\u00e9, au stress, \u00e0 la panique et la d\u00e9pression.<\/p>\n<p> Muhammad Junaid, un psychologue qui travaille avec les personnes d\u00e9plac\u00e9es, dit que les victimes souffrent \u00e9galement d&#39;une mauvaise estime de soi, puisqu\u2019elles sont forc\u00e9es d&#39;occuper des tentes et des cabanes, dans des conditions extr\u00eamement insalubres.<\/p>\n<p> Les m\u00e8res sont particuli\u00e8rement touch\u00e9es par leur incapacit\u00e9 \u00e0 subvenir aux besoins de leur famille, indique-t-il \u00e0 IPS, ajoutant que des phobies permanentes ne sont pas rares.<\/p>\n<p> Une autre pr\u00e9occupation majeure des responsables de la sant\u00e9 dans la r\u00e9gion, c\u2019est de savoir comment la situation affectera les enfants, dont beaucoup sont \u00e0 un \u00e2ge tr\u00e8s sensible.<\/p>\n<p> &#8220;De l&#39;enfance \u00e0 l&#39;adolescence, l\u2019enfant passe par des phases dramatiques de d\u00e9veloppement physique et mental&#8221;, explique Junaid. &#8220;Au cours de cette transition, ils acqui\u00e8rent leur identit\u00e9, se d\u00e9veloppent physiquement et \u00e9tablissent des relations familiales, ainsi que des liens avec leur communaut\u00e9 et la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble&#8221;.<\/p>\n<p> Arrach\u00e9es \u00e0 leurs maisons ancestrales et leurs communaut\u00e9s traditionnelles, d\u00e9clare-t-il, ce processus sera interrompu, entra\u00eenant des troubles mentaux \u00e0 long terme sauf s\u2019ils sont correctement trait\u00e9s.<\/p>\n<p> Les parents s\u2019inqui\u00e8tent \u00e9galement de ce que le d\u00e9placement pourrait signifier pour l&#39;\u00e9ducation de leurs enfants.<\/p>\n<p> &#8220;Deux de mes fils sont tr\u00e8s bons dans leurs \u00e9tudes&#8221;, confie \u00e0 IPS, Muhammad Arif, un commer\u00e7ant de Mirali, une division administrative du Waziristan du Nord. &#8220;Ils travaillaient bien en classe et occupaient de bons rangs. Maintenant, il y a pas d&#39;\u00e9cole et je crains qu&#39;ils ne progressent dans leur \u00e9ducation&#8221;.<\/p>\n<p> M\u00eame s\u2019ils devaient retourner au Waziristan, dit-il, l&#39;avenir s&#39;annonce sombre, puisque l&#39;op\u00e9ration de l&#39;arm\u00e9e a d\u00e9vast\u00e9 les maisons, les b\u00e2timents et les \u00e9tablissements commerciaux. Tout devra \u00eatre reconstruit \u00e0 partir de z\u00e9ro avant que les gens ne puissent retourner \u00e0 une vie normale, d\u00e9plore-t-il.<\/p>\n<p> Apr\u00e8s pr\u00e8s d&#39;un mois dans le camp, Sadiq, 10 ans, le fils d\u2019Arif, a presque abandonn\u00e9 l&#39;espoir. A travers des larmes, il dit \u00e0 IPS que des enfants comme lui n\u2019ont &#8220;aucun sommeil, aucun jeu, aucune \u00e9ducation&#8221;.<\/p>\n<p> &#8220;Je ne sais pas ce que l&#39;avenir nous r\u00e9serve&#8221;, affirme-t-il.<\/p>\n<p> Pour les experts de la sant\u00e9 de longue date dans la r\u00e9gion, la situation est \u00e0 un point culminant effrayant d&#39;une crise qui couve depuis des ann\u00e9es, depuis que l&#39;arm\u00e9e a lanc\u00e9 une r\u00e9pression contre les insurg\u00e9s dans les r\u00e9gions montagneuses escarp\u00e9es dans le nord du Pakistan il y a pr\u00e8s de 12 ans.<\/p>\n<p> &#8220;Environ 50 pour cent des habitants des FATA ont souffert de probl\u00e8mes psychologiques \u00e0 cause du militantisme et des op\u00e9rations militaires ult\u00e9rieures&#8221;, explique \u00e0 IPS, Muhammad Wajid, un psychiatre \u00e0 l&#39;H\u00f4pital universitaire de Khyber Pakhtunkhwa \u00e0 Peshawar.<\/p>\n<p> &#8220;Nous avons examin\u00e9 environ 300.000 patients dans les salles de psychiatrie de l&#39;h\u00f4pital de KP en 2013; 200.000 d&#39;entre eux appartenaient aux FATA. Ce chiffre comprenait 145.000 femmes et 55.000 enfants&#8221;, indique-t-il.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PESHAWAR, Pakistan, 30 juil (IPS) &#8211; Certains ont fui \u00e0 pied, d&#39;autres sont mont\u00e9s \u00e0 bord des camions avec leurs bagages, vivres et leur b\u00e9tail. 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