{"id":6651,"date":"2013-06-11T13:40:01","date_gmt":"2013-06-11T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2013\/06\/11\/senegal-les-ecoles-religieuses-des-lieux-dexploitation\/"},"modified":"2013-06-11T13:40:01","modified_gmt":"2013-06-11T13:40:01","slug":"senegal-les-ecoles-religieuses-des-lieux-dexploitation","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2013\/06\/11\/senegal-les-ecoles-religieuses-des-lieux-dexploitation\/","title":{"rendered":"SENEGAL: Les &#39;\u00e9coles religieuses&#39;, des lieux d\u2019exploitation"},"content":{"rendered":"<p>DAKAR\/BISSAU, 11 juin (IPS) &#8211; A Dakar, les banlieusards sont familiers avec des enfants \u00e2g\u00e9s de cinq ans en train de mendier aux coins des rues \u00e0 toutes les heures de la journ\u00e9e ou de la nuit, avec des v\u00eatements d\u00e9chir\u00e9s et sales, collectant des dons dans une bo\u00eete de conserve vide.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Ici, ces gar\u00e7ons sont appel\u00e9s talib\u00e9s, ce qui signifie les \u00e9l\u00e8ves d&#39;une \u00e9cole islamique, ou daara. Traditionnellement, ils \u00e9taient envoy\u00e9s dans des maisons de quartier pour &#8220;apprendre la modestie \u00e0 travers la mendicit\u00e9&#8221;, tout en passant une grande partie de leur journ\u00e9e \u00e0 \u00e9tudier le Coran avec leur ma\u00eetre, le marabout.<\/p>\n<p> Mais les temps ont chang\u00e9, et maintenant, nombre de talib\u00e9s sont confront\u00e9s \u00e0 une vie difficile puisque certains marabouts gagnent leur vie \u00e0 partir de l&#39;exploitation de ces gar\u00e7ons.<\/p>\n<p> Plusieurs daaras peuvent \u00eatre localis\u00e9es \u00e0 Yoff, un quartier pauvre de la capitale du S\u00e9n\u00e9gal, un pays d&#39;Afrique de l&#39;ouest.<\/p>\n<p> Dans l\u2019une d\u2019entre elles, situ\u00e9e dans un b\u00e2timent inachev\u00e9, environ 20 gar\u00e7ons dorment sur le sol en b\u00e9ton. Il n&#39;est pas n\u00e9cessaire d&#39;y entrer; tout peut \u00eatre vu \u00e0 partir de la rue.<\/p>\n<p> Un talib\u00e9 dans les rues affirme qu\u2019il a 12 ans, mais a l\u2019air d\u2019en avoir six. Il passe sa journ\u00e9e \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter: &#8220;Donnez-moi l&#39;aum\u00f4ne&#8221;.<\/p>\n<p> Plus tard, il d\u00e9clare \u00e0 IPS: &#8220;Je dois ramener (un dollar) \u00e0 la daara, sinon mon marabout me fouettera avec un c\u00e2ble \u00e9lectrique&#8221;. Il ne peut pas r\u00e9citer un seul verset du Coran. Dans sa bo\u00eete de conserve, il a un peu de sucre et des pi\u00e8ces qui lui ont \u00e9t\u00e9 offertes par des gens.<\/p>\n<p> &#8220;Les gens donnent \u00e0 ces enfants sans se rendre compte de ce qui se passe. Ces enfants sont invisibles&#8221;, affirme \u00e0 IPS, Isabelle de Guillebon, la directrice du Samusocial-S\u00e9n\u00e9gal, une ONG qui aide les enfants des rues.<\/p>\n<p> Dans un abri \u00e0 Ouakam, un quartier de la classe moyenne en plein essor \u00e0 Dakar, Guillebon et son personnel accumulent des histoires d&#39;horreur. Sur son bureau, se trouve un pl\u00e2tre utilis\u00e9 pour retenir les poignets des talib\u00e9s. Elle dit que beaucoup d&#39;entre eux sont victimes de violences physiques, psychologiques et sexuelles.<\/p>\n<p> Lorsque neuf talib\u00e9s sont morts apr\u00e8s qu\u2019une daara a pris feu le 3 mars dans le quartier de M\u00e9dina \u00e0 Dakar, les gens \u00e9taient scandalis\u00e9s au S\u00e9n\u00e9gal. Les autorit\u00e9s ont ferm\u00e9 la daara et retourn\u00e9 les enfants \u00e0 leurs familles, dont 10 originaires de la Guin\u00e9e-Bissau voisine, au sud.<\/p>\n<p> Ce n&#39;est pas la premi\u00e8re fois que le gouvernement a tent\u00e9 d&#39;agir. Plusieurs ONG, notamment &#39;Human Rights Watch&#39;, ont fait pression sur les autorit\u00e9s, soulignant souvent le point de rencontre des autorit\u00e9s islamiques et du pouvoir politique comme une raison pour l\u2019inaction.<\/p>\n<p> En 2005, le gouvernement avait adopt\u00e9 des lois plus strictes contre la mendicit\u00e9, y compris des peines plus lourdes pour la maltraitance des enfants.<\/p>\n<p> Mais quelque 8.000 talib\u00e9s continuent toujours de mendier dans les coins de rues de Dakar. Et trois mois apr\u00e8s la trag\u00e9die de M\u00e9dina, peu de progr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 faits dans le sens d\u2019une solution r\u00e9elle \u00e0 ce probl\u00e8me.<\/p>\n<p> De Guillebon est sceptique quant aux solutions faciles, puisqu\u2019elle voit que la question est beaucoup plus complexe que la religion et la politique.<\/p>\n<p> &#8220;Ce ne sont pas des talib\u00e9s. Ce sont des enfants de la rue&#8221;, indique-t-elle. Selon elle, les soi-disant talib\u00e9s font juste partie des 10.000 \u00e0 12.000 enfants de la rue qui errent dans les rues de Dakar.<\/p>\n<p> Depuis 2003, le Samusocial a deux \u00e9quipes mobiles qui sillonnent les rues de la capitale s\u00e9n\u00e9galaise pour travailler avec ces enfants.<\/p>\n<p> &#8220;Ces enfants sont confront\u00e9s \u00e0 une rupture des liens familiaux. Beaucoup d&#39;entre eux viennent de r\u00e9gions tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es. Ils ont v\u00e9cu un choc psychologique et sociologique dur: ils passent du Moyen Age au 21\u00e8me si\u00e8cle&#8221;, d\u00e9clare de Guillebon.<\/p>\n<p> De Guillebon affirme que ces enfants ont besoin d\u2019un appui psychologique afin d&#39;\u00eatre r\u00e9unis avec leurs familles avec succ\u00e8s. &#8220;Il faut une m\u00e9diation familiale. Il y a une raison pour laquelle ils sont l\u00e0. C&#39;est une crise sociologique. Et ils reviendront si vous ne prenez pas soin de cela&#8221;.<\/p>\n<p> Le n\u0153ud du probl\u00e8me, dit-elle, c\u2019est de convaincre les parents de ne pas abandonner leurs enfants.<\/p>\n<p> A Bissau, la capitale de la Guin\u00e9e-Bissau voisine, Laudolino Carlos Medina dirige l\u2019Association des amis des enfants, qui fournit une m\u00e9diation familiale afin d\u2019aider au rapatriement des gar\u00e7ons, et de les emp\u00eacher d&#39;\u00eatre attir\u00e9s dans une vie de mendicit\u00e9 pour des marabouts. Ils sont maintenant occup\u00e9s \u00e0 se pr\u00e9parer pour recevoir les 10 gar\u00e7ons renvoy\u00e9s de Dakar.<\/p>\n<p> &#8220;Un certain nombre d&#39;enfants sont attir\u00e9s vers Dakar. Des marabouts viennent dans les villages et profitent de l&#39;absence d&#39;\u00e9ducation et des opportunit\u00e9s&#8221;.<\/p>\n<p> Medina conna\u00eet plusieurs astuces utilis\u00e9es par les marabouts pour convaincre les parents. &#8220;Ils am\u00e8nent deux ou trois talib\u00e9s qu\u2019ils ont form\u00e9s pour chanter une des sourates du Coran. Les parents voient comment les gar\u00e7ons sont bons, et confient leurs enfants aux marabouts pensant qu&#39;ils r\u00e9ussiront eux aussi&#8221;.<\/p>\n<p> En Guin\u00e9e-Bissau, 55 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvret\u00e9 et environ 50 pour cent des enfants n&#39;ont jamais \u00e9t\u00e9 inscrits \u00e0 l&#39;\u00e9cole, selon la Banque mondiale.<\/p>\n<p> Ousmane Bald\u00e9, originaire de Guin\u00e9e-Bissau, fait le trajet de 17 heures de son pays \u00e0 Dakar plusieurs fois par mois. Sa s\u0153ur a envoy\u00e9 son fils dans une daara dans la capitale s\u00e9n\u00e9galaise.<\/p>\n<p> &#8220;Je leur ai dit ce que j&#39;ai vu \u00e0 Dakar avant qu\u2019ils n\u2019envoient leur gar\u00e7on. Mais ils sont s\u00fbrs qu&#39;il est dans de bonnes mains, peu importe ce que je leur raconte. La famille croit qu&#39;il est assur\u00e9 d&#39;un avenir meilleur, et qu&#39;ils ne sont plus responsables&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DAKAR\/BISSAU, 11 juin (IPS) &#8211; A Dakar, les banlieusards sont familiers avec des enfants \u00e2g\u00e9s de cinq ans en train de mendier aux coins des rues \u00e0 toutes les heures de la journ\u00e9e ou de la nuit, avec des v\u00eatements&hellip; <a href=\"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2013\/06\/11\/senegal-les-ecoles-religieuses-des-lieux-dexploitation\/\" class=\"more-link\">Continue Reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1012,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,13,11,10,6,2,1,3,29],"tags":[],"class_list":["post-6651","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-culture-religion-sport","category-developpement","category-droits-humains","category-economie-finances-le-commerce","category-education","category-headlines","category-population-refugies","category-west-africa"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6651","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1012"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6651"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6651\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6651"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6651"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6651"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}