{"id":6516,"date":"2013-03-20T13:40:01","date_gmt":"2013-03-20T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2013\/03\/20\/cote-divoire-les-fermiers-du-nord-craignent-de-perdre-leurs-terres-cedees-aux-multinationales\/"},"modified":"2013-03-20T13:40:01","modified_gmt":"2013-03-20T13:40:01","slug":"cote-divoire-les-fermiers-du-nord-craignent-de-perdre-leurs-terres-cedees-aux-multinationales","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2013\/03\/20\/cote-divoire-les-fermiers-du-nord-craignent-de-perdre-leurs-terres-cedees-aux-multinationales\/","title":{"rendered":"COTE D\u2019IVOIRE: Les fermiers du nord craignent de perdre leurs terres c\u00e9d\u00e9es aux multinationales"},"content":{"rendered":"<p>ABIDJAN, 20 mars (IPS) &#8211; Des agriculteurs du nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire affirment que leur survie est menac\u00e9e par la d\u00e9cision du gouvernement d\u2019accorder de grandes superficies de terres \u00e0 une multinationale. Ne disposant pas d\u2019un droit de propri\u00e9t\u00e9, ils ont peur de perdre l\u2019h\u00e9ritage de leurs anc\u00eatres.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>&#8220;Les terres que nous exploitons sont celles l\u00e9gu\u00e9es par nos parents. Nous pensons aussi les c\u00e9der \u00e0 nos descendants parce qu\u2019aujourd\u2019hui, il est difficile de trouver de terres arables ailleurs&#8221;, d\u00e9clare \u00e0 IPS, Dokatien\u00e9 Silu\u00e9, paysan originaire de Dikodougou, dans le nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/p>\n<p> Les chiffres du Centre de promotion des investissements en C\u00f4te d\u2019Ivoire (CEPICI) indiquent que le pays dispose de 24 millions d\u2019hectares de terres cultivables. Et seulement 9,5 millions d\u2019hectares sont utilis\u00e9s pour l\u2019agriculture vivri\u00e8re et les cultures d\u2019exportation.  &#8220;Avec des terres vierges largement disponibles, nous comprenons difficilement que l\u2019Etat et ses partenaires se concentrent sur celles que nous exploitons d\u00e9j\u00e0&#8221;, d\u00e9nonce Silu\u00e9.<\/p>\n<p> Depuis 2007, le gouvernement ivoirien approuve des projets de d\u00e9veloppement agro-industriel, notamment pour la culture de l\u2019h\u00e9v\u00e9a (caoutchouc) et du palmier \u00e0 huile. Cette ann\u00e9e, il a approuv\u00e9 des projets dans la riziculture avec l\u2019espoir de quadrupler la production du riz de 100.000 tonnes \u00e0 400.000 tonnes dans le nord.<\/p>\n<p> Par exemple, le 31 janvier, Margu\u00e9rita Dreyfus, principale actionnaire du groupe de n\u00e9goce de mati\u00e8res premi\u00e8res Louis Dreyfus a sign\u00e9 un accord avec le ministre ivoirien de l\u2019Agriculture pour la mise \u00e0 disposition de quelque 200.000 hectares de terres cultivables dans le nord du pays. Un investissement de 60 millions de dollars est pr\u00e9vu pour ce projet.<\/p>\n<p> &#8220;C\u2019est une soixantaine de milliers de fermiers ivoiriens et leurs familles qui vont exploiter leurs terres. Les superficies, qui seront mises en valeur dans le cadre de ce projet, appartiennent aux fermiers ivoiriens&#8221; a d\u00e9clar\u00e9 Serge Schoen, directeur g\u00e9n\u00e9ral de &#39;Louis Dreyfus Comodities&#39;.<\/p>\n<p> Les trois grandes r\u00e9gions du nord du pays &#8211; Korhogo, Boundiali et Ferk\u00e9ssedougou &#8211; sont concern\u00e9es par cette cession de terres par l\u2019Etat ivoirien. &#8220;Ce projet permettra de consolider les acquis des petits planteurs \u00e0 travers des emplois et des productions garanties&#8221;, a affirm\u00e9, pour sa part, le ministre ivoirien de l\u2019Agriculture, Sangafowa Coulibaly lors de la signature de l\u2019accord.<\/p>\n<p> Ces d\u00e9clarations ne suffisent pas pour convaincre totalement des fermiers craintifs. &#8220;Le probl\u00e8me est que nous ne disposons pas de titre de propri\u00e9t\u00e9, or bon nombre d\u2019entre nous en ont fait la d\u00e9marche dans le pass\u00e9, sans succ\u00e8s&#8221;, explique \u00e0 IPS, Fougnigu\u00e9 Soro, paysan de Niofoin, dans le d\u00e9partement de Boundiali.<\/p>\n<p> Soro et Silu\u00e9 et trois autres paysans du nord \u00e9taient le 9 mars \u00e0 Abidjan la capitale \u00e9conomique ivoirienne, pour s\u2019informer aupr\u00e8s des autorit\u00e9s, sur le sort qui leur est r\u00e9serv\u00e9 par cet accord. &#8220;Il est dit que les terres nous appartiennent toujours. Mais il faut nous accorder le titre foncier pour nous rassurer, surtout que la dur\u00e9e du contrat est inconnue&#8221;, sugg\u00e8re Soro.<\/p>\n<p> Les autorit\u00e9s les ont rassur\u00e9s que les terres qui seront exploit\u00e9es, resteront la propri\u00e9t\u00e9 des fermiers et que ces derniers pourraient travailler pour la multinationale.<\/p>\n<p> &#8220;Le probl\u00e8me majeur des fermiers est qu\u2019ils ne sont pas constitu\u00e9s en syndicat pour d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats. Ils sont donc vuln\u00e9rables et soumis aux desiderata de l\u2019Etat&#8221;, souligne Timoth\u00e9e N\u2019dabian, un juriste \u00e0 Abidjan.<\/p>\n<p> N\u2019dabian estime qu\u2019avant de s\u2019engager dans des contrats avec les multinationales, le gouvernement ivoirien devrait op\u00e9rer des r\u00e9formes fonci\u00e8res pour la reconnaissance de la l\u00e9gitimit\u00e9 des droits fonciers des populations. &#8220;C\u2019est une assurance qui balise le terrain, surtout que des cas existent d\u00e9j\u00e0 ailleurs&#8221;.<\/p>\n<p> En effet, des certificats fonciers ont \u00e9t\u00e9 accord\u00e9s par le gouvernement, d\u00e9but-mars, aux paysans du centre-ouest de la C\u00f4te d\u2019Ivoire, afin qu\u2019ils mettent progressivement \u00e0 la disposition d\u2019investisseurs, pr\u00e8s de 10.000 hectares de terres pour la r\u00e9alisation d\u2019un projet d\u2019h\u00e9v\u00e9aculture.<\/p>\n<p> &#8220;Le revers de la m\u00e9daille de la politique des firmes multinationales, c\u2019est que leur d\u00e9veloppement participe \u00e0 la flamb\u00e9e des prix agricoles et \u00e0 leur volatilit\u00e9&#8221;, affirme S\u00e9raphin Yao Prao, \u00e9conomiste chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bouak\u00e9 (centre du pays).<\/p>\n<p> &#8220;Le plus souvent, les cr\u00e9ations de grands domaines agricoles se font aux d\u00e9pens des populations locales dont les droits fonciers sont peu ou pas prot\u00e9g\u00e9s par les gouvernements&#8221;, indique-t-il \u00e0 IPS.  Selon la loi fonci\u00e8re ivoirienne, la terre appartient \u00e0 l\u2019Etat et une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9trang\u00e8re ne peut se porter acqu\u00e9reur de terres, mais elle peut seulement b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un contrat de bail de plusieurs ann\u00e9es. Aussi, les terres qui n\u2019ont pas de propri\u00e9taires l\u00e9gaux sont la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019Etat.<\/p>\n<p> &#8220;Cette loi est incompl\u00e8te ou mauvaise. Elle est mauvaise parce qu\u2019elle n\u2019a pas pu distribuer des titres fonciers aux paysans. Elle est incompl\u00e8te parce qu\u2019elle interdit aux \u00e9trangers d\u2019acheter des terres&#8221;, estime Yao Prao.<\/p>\n<p> &#8220;Les multinationales expriment quotidiennement un app\u00e9tit des terres. Il est temps de r\u00e9viser la loi fonci\u00e8re pour la protection des fermiers&#8221;, ajoute N\u2019dabian.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ABIDJAN, 20 mars (IPS) &#8211; Des agriculteurs du nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire affirment que leur survie est menac\u00e9e par la d\u00e9cision du gouvernement d\u2019accorder de grandes superficies de terres \u00e0 une multinationale. 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