{"id":5016,"date":"2010-07-20T13:40:01","date_gmt":"2010-07-20T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/07\/20\/cote-divoire-les-victimes-des-dechets-toxiques-sorganisent-pour-sentraider\/"},"modified":"2010-07-20T13:40:01","modified_gmt":"2010-07-20T13:40:01","slug":"cote-divoire-les-victimes-des-dechets-toxiques-sorganisent-pour-sentraider","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/07\/20\/cote-divoire-les-victimes-des-dechets-toxiques-sorganisent-pour-sentraider\/","title":{"rendered":"COTE D\u2019IVOIRE: Les victimes des d\u00e9chets toxiques s&#39;organisent pour s&#39;entraider"},"content":{"rendered":"<p>ABIDJAN, 20 juil (IPS) &#8211; Une rencontre regroupe chaque samedi une quarantaine de victimes des d\u00e9chets toxiques d\u00e9vers\u00e9s il y a quatre ans dans des quartiers de la capitale \u00e9conomique ivoirienne, Abidjan. L\u2019objectif des participants est de s\u2019entraider dans leur quartier qui compte un millier de victimes vivant avec des s\u00e9quelles. <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Les r\u00e9unions hebdomadaires se tiennent au Centre social de Biabou, un quartier pr\u00e9caire au nord-ouest d\u2019Abidjan, ou la salle ne d\u00e9semplit pas ces derni\u00e8res semaines.  &#8220;Depuis trois ans, nous avons mis en place une sorte de cha\u00eene de solidarit\u00e9&#8221;, explique \u00e0 IPS, l\u2019initiateur du projet, Fran\u00e7ois N\u2019Goran, 28 ans, le corps s\u00e9rieusement tum\u00e9fi\u00e9. &#8220;Il s\u2019agit de participer \u00e0 une cotisation mensuelle de 4.000 francs CFA (environ huit dollars) dont nous remettons les 75 pour cent \u00e0 un de nos membres. Celui-ci entame alors une petite activit\u00e9 pour avoir un revenu&#8221;. Le projet est d\u00e9nomm\u00e9 &#8220;Y\u00e9 ho nou&#8221; (qui signifie &#8220;On est ensemble&#8221; en langue baoul\u00e9).   N\u2019Goran ajoute que les 25 pour cent restants sont revers\u00e9s dans une caisse pour d\u2019autres initiatives sociales comme l\u2019aide aux soins m\u00e9dicaux et \u00e0 la scolarisation des enfants des adh\u00e9rents.  Employ\u00e9 dans une entreprise de fabrication de produits cosm\u00e9tiques, N\u2019Goran a \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 en septembre 2008, deux mois apr\u00e8s le d\u00e9but de sa maladie. &#8220;Je ne pouvais pas sortir de chez moi et me rendre au travail. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 sans pr\u00e9avis&#8221;, explique-t-il. Depuis, il s\u2019est reconverti en cordonnier afin de subvenir \u00e0 ses besoins.  &#8220;Avec les 200.000 FCFA (environ 400 dollars) que le gouvernement nous a remis comme frais de d\u00e9dommagement, je n\u2019ai pu me soigner efficacement. Il me faut au moins 50.000 FCFA (100 dollars) par mois pour suivre le traitement&#8221;, indique N\u2019Goran. &#8220;M\u00eame si par moment, ma petite occupation de cordonnier ne parvient pas \u00e0 couvrir les soins, la cha\u00eene de solidarit\u00e9 devient un apport important&#8221;.  Kassoum Traor\u00e9, 43 ans, ma\u00e7on et p\u00e8re de deux enfants, doit inscrire son dernier fils de trois ans \u00e0 l\u2019\u00e9cole maternelle la rentr\u00e9e prochaine. Mais, n\u00e9 avec une malformation \u00e0 l\u2019avant-bras droit, sa m\u00e8re ayant \u00e9t\u00e9 victime des d\u00e9chets toxiques, l\u2019enfant s\u2019efforcera d\u2019\u00e9crire et de mener toutes ses activit\u00e9s avec la main gauche.  &#8220;J\u2019ai \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier du projet pour le suivi de mon \u00e9pouse. Elle souffre r\u00e9guli\u00e8rement de douleurs au ventre \u00e0 la suite d\u2019une h\u00e9morragie \u00e0 l\u2019accouchement&#8221;, souligne Traor\u00e9, ajoutant qu\u2019il a obtenu deux fois la somme de 40.000 FCFA (environ 80 dollars) pour r\u00e9gler les frais d\u2019hospitalisation dans une clinique.  Le responsable de cette clinique priv\u00e9e, Bertin Adou, n\u2019est pas tr\u00e8s exigeant pour les membres du projet. &#8220;Le grand espoir qu\u2019elles (victimes) ont entretenu m\u2019a oblig\u00e9 \u00e0 ne pas \u00eatre pointilleux sur le r\u00e8glement des factures. Elles sont soign\u00e9es et payent d\u00e8s qu\u2019elles le peuvent, g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la fin du mois&#8221;, affirme-t-il \u00e0 IPS.  Trois mois apr\u00e8s le d\u00e9versement des d\u00e9chets toxiques, Adou dit avoir not\u00e9 les premiers signes des maladies et s\u2019attendaient au pire par la suite. &#8220;Il y avait au d\u00e9part la naus\u00e9e, la toux, l\u2019ulc\u00e8re et la diarrh\u00e9e. Ces derniers temps, elles sont devenues chroniques avec des cas d\u2019h\u00e9morragie \u00e0 l\u2019accouchement (deux cas sur cinq)&#8221;.  Adou pr\u00e9vient que &#8220;cette situation est r\u00e9currente dans de nombreux autres quartiers&#8221; d\u2019Abidjan et appelle les autorit\u00e9s sanitaires \u00e0 agir d\u2019urgence pour y rem\u00e9dier.  Raoul Koffi, 32 ans, est conducteur de taxi intercommunautaire dans la capitale \u00e9conomique ivoirienne. Il souffre d\u2019une ulc\u00e9ration aigu\u00eb contract\u00e9e en septembre 2009. Cela ne l\u2019emp\u00eache pas de mener son activit\u00e9, mais il a accept\u00e9 de participer aux activit\u00e9s du projet.  &#8220;Depuis huit mois, je suis membre. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 deux fibroscopies qui ont \u00e9t\u00e9 prises en charge par la cha\u00eene. Quant aux m\u00e9dicaments, c\u2019est moi qui les ach\u00e8te&#8221;, dit-il \u00e0 IPS, tr\u00e8s remont\u00e9 contre les autorit\u00e9s gouvernementales. &#8220;Au d\u00e9part, elles ont pens\u00e9 que le mal des d\u00e9chets toxiques serait passager. Aujourd\u2019hui, tout le monde se rend compte du crime orchestr\u00e9 contre les populations, et nous sommes abandonn\u00e9s, sans grand moyens&#8221;.  Un avis que ne semble pas partager Raoul Kadjo de la coordination des victimes des d\u00e9chets toxiques, bas\u00e9e \u00e0 Abidjan. &#8220;Nous avons obtenu vers la fin 2009 une nouvelle compensation. Et pour certaines victimes, cela est nettement mieux que la premi\u00e8re et pouvait all\u00e9ger leurs souffrances pour un bon moment&#8221;, affirme-t-il \u00e0 IPS.  L\u2019entreprise n\u00e9erlandaise Trafigura, propri\u00e9taire des d\u00e9chets toxiques, &#8220;a de nouveau vers\u00e9 22,5 milliards FCFA (environ 45 millions de dollars) en octobre 2009 et chaque victime a per\u00e7u 750.000 FCFA (1.500 dollars)&#8221;, rappelle Kadjo.  Cependant, bon nombre de victimes n\u2019auraient pas per\u00e7u cet argent, selon N\u2019Goran. &#8220;Il y a eu des palabres autour de cet argent. Ensuite, les proc\u00e9dures \u00e9taient complexes. Finalement, nous avons \u00e9t\u00e9 arnaqu\u00e9s. Mais nous allons nous battre que pour justice soit faite \u00e0 notre \u00e9gard&#8221;, promet-il.  Dans la nuit du 19 au 20 ao\u00fbt 2006, le navire &#39;Probo Koala&#39;, affr\u00e9t\u00e9 par Trafigura, avait d\u00e9vers\u00e9 \u00e0 Abidjan plus de 500 m\u00e8tres cubes de d\u00e9chets hautement toxiques. Des \u00e9manations du produit avaient affect\u00e9 des milliers de personnes, dont une dizaine \u00e9taient mortes.  Pour \u00e9viter toutes poursuites judiciaires, la soci\u00e9t\u00e9 avait pay\u00e9 dans un premier temps, en f\u00e9vrier 2007, 100 milliards FCFA (environ 200 millions de dollars) \u00e0 l\u2019Etat ivoirien pour le d\u00e9dommagement des victimes.  Puis en octobre 2008, des experts commis par le tribunal de premi\u00e8re instance d\u2019Abidjan, avaient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans un rapport qu\u2019\u00e0 moyen et long terme chez les femmes, les populations constateront un taux \u00e9lev\u00e9 de fausses couches.  Par ailleurs, les taches sur la peau, la perte de la libido, la paralysie des extr\u00e9mit\u00e9s et les troubles respiratoires seront des signes apparents de l\u2019effet de l\u2019hydrog\u00e8ne sulfur\u00e9 contenu dans les d\u00e9chets toxiques sur les victimes. Et cette situation devrait durer, selon des experts, entre 15 et 20 ans.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ABIDJAN, 20 juil (IPS) &#8211; Une rencontre regroupe chaque samedi une quarantaine de victimes des d\u00e9chets toxiques d\u00e9vers\u00e9s il y a quatre ans dans des quartiers de la capitale \u00e9conomique ivoirienne, Abidjan. 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