{"id":5013,"date":"2010-07-19T13:40:01","date_gmt":"2010-07-19T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/07\/19\/developpement-zimbabwe-disputer-les-os-aux-chiens\/"},"modified":"2010-07-19T13:40:01","modified_gmt":"2010-07-19T13:40:01","slug":"developpement-zimbabwe-disputer-les-os-aux-chiens","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2010\/07\/19\/developpement-zimbabwe-disputer-les-os-aux-chiens\/","title":{"rendered":"DEVELOPPEMENT \u2013 ZIMBABWE: &quot;Disputer les os aux chiens&quot;"},"content":{"rendered":"<p>BULAWAYO, Zimbabwe,, 19 juil (IPS) &#8211; &#8220;Les gens se moquent de moi, disant que je dispute les os aux chiens, mais ces railleries ne me d\u00e9couragent pas&#8221;, d\u00e9clare Sibongile Mararike, sans la moindre rancune.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Cette femme de 36 ans, seul soutien de famille et m\u00e8re de quatre enfants, est \u00e0 l\u2019aff\u00fbt des os \u00e0 travers la ville tentaculaire de Bulawayo, se trainant p\u00e9niblement le long des rues des banlieues dens\u00e9ment peupl\u00e9es par la classe ouvri\u00e8re, avec un sac sale sur l\u2019\u00e9paule.<\/p>\n<p> Ambulante, Mararike fouille \u00e0 des endroits aussi vari\u00e9s que les d\u00e9p\u00f4ts d\u2019ordures et les habitations, ramassant des os qu\u2019elle revend aux usines de transformation de Bulawayo, la seconde ville la plus grande du Zimbabwe ayant deux millions d\u2019habitants.<\/p>\n<p> Au cours des ann\u00e9es, les os ont \u00e9t\u00e9 achemin\u00e9s depuis la table \u00e0 manger des gens jusqu\u2019aux usines de recyclage et diverses industries informelles au Zimbabwe. Les probl\u00e8mes socio\u00e9conomiques de la derni\u00e8re d\u00e9cennie ont appris aux collectionneurs d\u2019os comme Mararike une sorte de cr\u00e9ativit\u00e9 qui leur a permis d\u2019appr\u00e9cier la valeur de ces m\u00eames os absents de leur repas.<\/p>\n<p> Les moments d\u2019abondance signifient que beaucoup d\u2019os tombent de la table, pour ainsi dire, fournissant un revenu \u00e0 Mararike. Cependant, beaucoup de choses ont chang\u00e9 au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies comme la viande \u2013 sur une liste de produits de base \u2013 a disparu des tables \u00e0 manger. La viande est devenue un luxe que beaucoup ne peuvent s\u2019offrir.<\/p>\n<p> Pour Mararike, qui appartient \u00e0 l\u2019un de ces nombreux m\u00e9nages pauvres qui n\u2019ont aujourd&#39;hui de viande qu\u2019en des occasions sp\u00e9ciales, les os ont une port\u00e9e diff\u00e9rente.<\/p>\n<p> Elle a appris \u00e0 quel point la vie peut \u00eatre cruelle au Zimbabwe, malgr\u00e9 l\u2019euphorie avec laquelle la formation d\u2019un gouvernement d\u2019union nationale a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e en 2009. Les espoirs de cr\u00e9ation d\u2019emploi n\u2019ont rien donn\u00e9. Les agences humanitaires ont annonc\u00e9 que le nombre de Zimbabw\u00e9ens en qu\u00eate d\u2019assistance alimentaire va augmenter en 2010 jusqu\u2019\u00e0 la moiti\u00e9 de la population.<\/p>\n<p> &#8220;Je ne veux pas que mes enfants connaissent la pauvret\u00e9 dans laquelle ils vivent mais je n\u2019y peux rien. Je ne veux pas ramasser des os tel que je le fais mais chaque sou que j\u2019y gagne change quelque chose&#8221;, explique Mararike.<\/p>\n<p> Elle envoie ses enfants scolaris\u00e9s \u00e0 la collecte d\u2019os apr\u00e8s les classes. &#8220;Ils sont maintenant habitu\u00e9s \u00e0 cela puisqu\u2019ils savent que c\u2019est de l\u00e0 que l\u2019argent vient&#8221;, d\u00e9clare-t-elle, ignorant la possibilit\u00e9 de mise en garde judiciaire de la part des militants oppos\u00e9s au travail des enfants.<\/p>\n<p> Mararike se met en relation avec certaines familles qui peuvent encore aller \u00e0 la boucherie. Ces familles stockent les os qui restent de leurs repas, et elle les ramasse une fois par quinzaine ou une fois par mois selon le poids. Elle a un poids pr\u00e9cis \u00e0 atteindre au niveau de l\u2019usine de recyclage des os.<\/p>\n<p> Seules quelques entreprises pareilles sont encore \u00e0 Bulawayo. Il y a eu une diminution du nombre de personnes vendant des os en raison de la chute dans la consommation de la viande. &#8220;Nous n\u2019avons plus beaucoup de personnes venant ici pour vendre leurs ossements comme cela se faisait \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990&#8221;, t\u00e9moigne Topson Mwale, un vieux routier travaillant dans l\u2019usine qui ach\u00e8te les os.<\/p>\n<p> Un kilogramme co\u00fbte environ 0,3 dollar US.<\/p>\n<p> Les os d\u2019animaux passent par un processus \u00e0 travers lequel ils sont broy\u00e9s pour ensuite servir \u00e0 fabriquer des tasses en porcelaines ersatz, des assiettes, des th\u00e9i\u00e8res, et des assiettes de d\u00eener, entre autres choses, a expliqu\u00e9 Mwale.<\/p>\n<p> Les sabots de vache (connues sous le nom de &#8220;amangqina&#8221; dans la langue vernaculaire Ndebele) sont appr\u00e9ci\u00e9s ici par beaucoup comme un plaisir gastronomique. Ils fournissent \u00e9galement des moyens de subsistance aux commer\u00e7ants informels tels que Gift Ncube, \u00e2g\u00e9 de 29 ans, qui apparemment recycle presque tout ce qui lui tombe sous la main pour en faire des objets culturels attrayants.<\/p>\n<p> &#8220;Je collectionne les sabots de vache dans les maisons, les pubs et les cuisines mobiles pour les transformer en bibelots, ce qui me permet de leur donner une nouvelle vie sous forme de sali\u00e8res, de tabati\u00e8res, de porte-cl\u00e9s, entre autres&#8221;, explique l\u2019autodidacte Ncube.<\/p>\n<p> &#8220;Ces objets se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s populaires avec les touristes&#8221;, d\u00e9clare-t-il \u00e0 IPS de son stand \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019imposant h\u00f4tel de ville de Bulawayo, construit pendant la p\u00e9riode coloniale, o\u00f9 lui et autres jeunes hommes sont devenus l\u2019incarnation permanente des industries culturelles.<\/p>\n<p> Avec ses dreadlocks, Ncube a trouv\u00e9 une source de revenu dans le commerce d\u2019articles fabriqu\u00e9s \u00e0 la main. Il grave des images en peintures rupestres africaines sur les sabots de vache, ce qui rend impossible de savoir qu\u2019autrefois ces objets faisaient vraiment partie d\u2019une vache vivante qui respirait.<\/p>\n<p> Le coll\u00e8gue de Ncube, Japhet Tshuma \u2013 qui a un dipl\u00f4me de troisi\u00e8me cycle mais qui a trouv\u00e9 que son commerce est plus lucratif qu\u2019un emploi formel \u2013 d\u00e9clare que les sabots, au cours des ann\u00e9es, lui ont fourni une source de revenu de la fa\u00e7on la plus improbable, sinon \u00e9trange. &#8220;Les gens ne croient pas que ces objets sont fabriqu\u00e9s \u00e0 base de sabots de vache&#8221;, dit Tshuma en riant.<\/p>\n<p> &#8220;Nous gagnons notre vie en vendant des ossements&#8221;, dit-il avec un sourire entendu, ajoutant qu\u2019il fait parfois le long voyage \u00e0 travers la ville touristique du pays ainsi que le centre touristique des chutes Victoria pour vendre ses articles.<\/p>\n<p> L\u2019h\u00f4tel de ville de Bulawayo est devenu la Mecque du touriste et du chasseur de bibelots. On peut voir les randonneurs nettoyer leurs objets. &#8220;Bien s\u00fbr, nous leur expliquons en quoi sont r\u00e9alis\u00e9s ces objets faits \u00e0 la main et cela suscite plus leur int\u00e9r\u00eat \u00e0 acheter&#8221;, d\u00e9clare Tshuma.<\/p>\n<p> Au milieu des difficult\u00e9s \u00e9conomiques, les quelques familles qui peuvent encore s\u2019offrir de la viande donnent des moyens de subsistance \u00e0 Mararike, Tshuma et autres \u2013 m\u00eame si elles en sont inconscientes.<\/p>\n<p> &#8220;Les Zimbabw\u00e9ens ont appris \u00e0 eux-m\u00eames qu\u2019il n\u2019y a rien qu\u2019on ne puisse vendre. La vente des os est simplement l\u2019une des choses qui met en \u00e9vidence le d\u00e9sespoir des gens&#8221;, souligne Peter Sifelani de l\u2019Association des commer\u00e7ants informels de Bulawayo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>BULAWAYO, Zimbabwe,, 19 juil (IPS) &#8211; &#8220;Les gens se moquent de moi, disant que je dispute les os aux chiens, mais ces railleries ne me d\u00e9couragent pas&#8221;, d\u00e9clare Sibongile Mararike, sans la moindre rancune.<\/p>\n","protected":false},"author":490,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5,38,11,6,12,1,28,20],"tags":[],"class_list":["post-5013","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-commerce-et-pauvrete","category-developpement","category-economie-finances-le-commerce","category-environnement","category-headlines","category-southern-africa","category-travail"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5013","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/490"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5013"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5013\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5013"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5013"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5013"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}