{"id":3774,"date":"2008-01-16T13:40:01","date_gmt":"2008-01-16T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2008\/01\/16\/droits-rwanda-les-enfants-du-genocide-luttent-pour-sen-sortir\/"},"modified":"2008-01-16T13:40:01","modified_gmt":"2008-01-16T13:40:01","slug":"droits-rwanda-les-enfants-du-genocide-luttent-pour-sen-sortir","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2008\/01\/16\/droits-rwanda-les-enfants-du-genocide-luttent-pour-sen-sortir\/","title":{"rendered":"DROITS-RWANDA: Les enfants du g\u00e9nocide luttent pour s&#39;en sortir"},"content":{"rendered":"<p>KIGALI, 16 jan (IPS) &#8211; Ce dont Gilbert Nshimyumukiza se souvient le plus sur le g\u00e9nocide rwandais en 1994 est qu&#39;il commen\u00e7ait \u00e0 pleuvoir quand lui et ses fr\u00e8res essayaient de ramener leur p\u00e8re mortellement bless\u00e9 dans leur maison.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Le sol \u00e9tait glissant de boue et leur p\u00e8re \u00e9tait trop lourd &#8212; ainsi ils l&#39;ont couvert d&#39;un drap et attendu qu\u2019il meure.  &quot;La pluie est tomb\u00e9e&quot;, dit-il. &quot;Je me suis assis et j&#39;ai pleur\u00e9. Mais personne n&#39;est venu&quot;.<\/p>\n<p> Des milliers de jeunes hommes rwandais se sont retrouv\u00e9s dans la m\u00eame situation difficile comme Nshimyumukiza. Orphelins depuis l&#39;enfance, sans parents pour les conseiller, nombre d\u2019entre eux s&#39;imaginaient \u00e0 peine ce que l&#39;abandon des classes pourrait signifier pour leur avenir.  Nshimyumukiza avait neuf ans au cours des 100 jours de massacre dans lequel environ 800.000 de ses compatriotes tutsi et hutu mod\u00e9r\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 \u00e9gorg\u00e9s par des milices &#8212; connues sous le nom de &#39;interahamwe&#39; &#8212; de m\u00eame que par des Rwandais ordinaires qui avaient \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s dans une folie meurtri\u00e8re par l&#39;intransigeante administration hutu du Rwanda.<\/p>\n<p> Actuellement, il est \u00e2g\u00e9 de 21 ans, sans emploi, d\u00e9scolaris\u00e9 et reconna\u00eet que ses perspectives d&#39;avenir ne sont pas r\u00e9jouissantes. Ses probl\u00e8mes ne sont pas seulement psychologiques ou physiques, mais ils ont aussi relatifs \u00e0 ses notes.<\/p>\n<p> &quot;Le gouvernement accorde l&#39;admission \u00e0 l&#39;universit\u00e9 nationale \u00e0 ceux qui ont eu leur baccalaur\u00e9at avec une moyenne g\u00e9n\u00e9rale cumulative de 3,0&quot;, a-t-il d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 IPS. &quot;La mienne \u00e9tait de 2,8&quot;.  Apr\u00e8s le g\u00e9nocide, Nshimyumukiza a eu de difficult\u00e9s \u00e0 s&#39;occuper de ses cours ou \u00e0 faire attention \u00e0 ses enseignants.<\/p>\n<p> &quot;Le gouvernement nous a donn\u00e9 [survivants] des frais de scolarit\u00e9&quot;, affirme-t-il. &quot;Mais nous n&#39;avions pas de nourriture, de v\u00eatements, de chaussures. Ainsi j&#39;ai trouv\u00e9 un travail de coiffeur ambulant. Ce travail m&#39;emp\u00eachait d&#39;aller \u00e0 l&#39;\u00e9cole pendant une semaine ou plus \u00e0 un moment donn\u00e9.&quot;  A l&#39;\u00e2ge de dix ans, No\u00ebl Munyarwa \u00e9tait un \u00e9colier qui excellait en math\u00e9matique et en mauvaise conduite, et r\u00eavait de poss\u00e9der sa propre voiture un jour.  A pr\u00e9sent, il travaille comme domestique &#8212; faisant la cuisine et le m\u00e9nage pour des internes expatri\u00e9s dont plusieurs sont de son \u00e2ge &#8212; dans une organisation non gouvernementale rwandaise. Il gagne 40 dollars par mois et une pension.  Quand les massacres ont commenc\u00e9 dans le village de Nyaruguru, la famille de Munyarwa s&#39;est enfuie dans leur \u00e9glise locale esp\u00e9rant trouver la s\u00e9curit\u00e9. Au contraire, les &#39;interahamwe&#39; ont encercl\u00e9 le b\u00e2timent et ont lanc\u00e9 des grenades \u00e0 travers les fen\u00eatres.<\/p>\n<p> &quot;Une grenade a tu\u00e9 ma m\u00e8re et deux s\u0153urs&quot;, a-t-il confi\u00e9 \u00e0 IPS dans un r\u00e9cent entretien, sa voix \u00e0 peine audible et son visage crisp\u00e9 dans un masque de douleur. &quot;Ma jeune s\u0153ur et moi avons couru. Nous avons suivi d&#39;autres au Burundi&quot;.<\/p>\n<p> Quand ils sont retourn\u00e9s au Rwanda six mois plus tard, il n&#39;\u00e9tait plus question d&#39;aller \u00e0 l&#39;\u00e9cole. Le gouvernement rwandais a propos\u00e9 de payer les frais de scolarit\u00e9 des jeunes survivants, mais ne pouvait pas donner plus.<\/p>\n<p> &quot;J&#39;avais besoin de chaussures et de crayons&quot;, a dit Munyarwa \u00e0 IPS. &quot;J&#39;avais besoin de la nourriture apr\u00e8s la fin des cours&quot;.  Sa famille adoptive ne pouvait pas supporter ces frais suppl\u00e9mentaires, ainsi Munyarwa est rentr\u00e9 dans la rue, vendant des cigarettes et des biscuits le long des rues avec d&#39;autres gar\u00e7ons orphelins. Il a ensuite trouv\u00e9 du travail dans des maisons, faisant la cuisine, le m\u00e9nage et la lessive.<\/p>\n<p> Emmanuel Ngabanziza reconna\u00eet qu&#39;il r\u00eavait souvent de mal se comporter dans ses classes primaires, mais d\u00e9clare que son p\u00e8re le battrait s&#39;il n&#39;\u00e9tait pas premier de sa classe.<\/p>\n<p> Quand le g\u00e9nocide a commenc\u00e9, sa m\u00e8re et son p\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 abattus devant lui. Lui et ses six fr\u00e8res et s\u0153urs ont fui de la maison. Quatre d&#39;entre eux ont \u00e9t\u00e9 fauch\u00e9s par des fusils. Ngabanziza et deux de ses s\u0153urs ont fui pour aller au Burundi avec d&#39;autres venant de leur village.<\/p>\n<p> &quot;Nous \u00e9tions environ 150 \u00e0 courir \u00e0 travers les champs&quot;, a-t-il affirm\u00e9 \u00e0 IPS. Mais les milices \u00e9taient l\u00e0 \u00e9galement, avec des machettes. Je pense qu&#39;environ 50 d\u2019entre nous sont all\u00e9s au Burundi. Le reste a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9&quot;.  Apr\u00e8s quatre mois dans un camp de r\u00e9fugi\u00e9s burundais, il est retourn\u00e9 au Rwanda et \u00e0 l&#39;\u00e9cole, mais a vu qu&#39;il ne pouvait pas avoir de bons r\u00e9sultats.<\/p>\n<p> &quot;J&#39;\u00e9tais mis\u00e9rable&quot;, dit-il. &quot;J&#39;avais la mort dans l&#39;\u00e2me. Il n&#39;y avait personne pour se soucier de moi. J&#39;avais l&#39;impression d&#39;avoir quitt\u00e9 l&#39;\u00e9cole depuis si longtemps&quot;.   Certains jeunes hommes rwandais qui ont surv\u00e9cu au g\u00e9nocide ont r\u00e9ussi \u00e0 remettre leur vie sur les rails.<\/p>\n<p> Serge Rwigamba est un jeune homme exigeant \u00e2g\u00e9 de 26 ans, qui pense \u00e0 sa vie jusqu&#39;ici en trois parties : sa jeunesse insouciante avant le g\u00e9nocide rwandais, l&#39;horreur qu&#39;il a v\u00e9cue pendant le massacre et maintenant &#8212; sa vie avec les cons\u00e9quences du g\u00e9nocide.                  A l&#39;\u00e9cole primaire, il ne connaissait pas son ethnie. Quand un enseignant a une fois demand\u00e9 aux \u00e9coliers hutu de se lever, Rwigamba s&#39;est lev\u00e9 avec eux. Ils \u00e9taient les meilleurs joueurs de football dans l&#39;\u00e9cole et avaient gagn\u00e9 son admiration. C&#39;est seulement quand son ma\u00eetre, un Hutu, lui a dit brusquement de s&#39;asseoir qu&#39;il a compris qu&#39;il \u00e9tait un Tutsi.   Pendant le g\u00e9nocide, Rwigamba, \u00e2g\u00e9 de 13 ans, s&#39;est recroquevill\u00e9 dans l&#39;\u00e9glise Saint Famille de Kigali alors que les milices tiraient dehors des Tutsis et les tuaient avec des fusils ou des haches. Il a surv\u00e9cu \u00e0 un proche appel de la mort en couvrant son visage d&#39;une jupe pour ressembler \u00e0 une jeune fille. Son p\u00e8re et son fr\u00e8re n&#39;ont pas \u00e9t\u00e9 si chanceux &#8212; ils ont \u00e9t\u00e9 sortis et tu\u00e9s.   A pr\u00e9sent, Rwigamba est \u00e9tudiant \u00e0 l&#39;Universit\u00e9 libre de Kigali et guide au M\u00e9morial du g\u00e9nocide de Kigali. Il continue de lutter avec des souvenirs terrifiants.  &quot;Mon p\u00e8re et mon fr\u00e8re sont enterr\u00e9s quelque part ici&quot;, a-t-il dit lors d&#39;un entretien au m\u00e9morial, alors qu&#39;il examinait les 14 fosses communes qui abritent 258.000 des morts. &quot;J&#39;ai la chance de travailler ici. Je peux les visiter chaque jour&quot;.  Comme plusieurs jeunes hommes rwandais, il fait montre de plus de r\u00e9ticence que ses compatriotes plus \u00e2g\u00e9s quand on lui demande s&#39;il est capable de pardonner aux responsables du g\u00e9nocide.   &quot;Nous ne sommes que des humains, non des anges&quot;, a-t-il soulign\u00e9. &quot;Quand on nous dit de pardonner, on nous demande d&#39;agir comme si nous ne sommes pas des \u00eatres humains&quot;.<\/p>\n<p> Rwigamba est plus chanceux que plusieurs survivants. Sa m\u00e8re a surv\u00e9cu au g\u00e9nocide et a repris son travail par la suite avec la Croix-Rouge. Elle a pris sa retraite et ne peut plus payer ses frais d&#39;\u00e9tudes universitaires, mais son travail au m\u00e9morial du g\u00e9nocide lui fait gagner 240 dollars par mois, ce qui couvre ses frais.  Il reconna\u00eet qu&#39;il est chanceux, et est compr\u00e9hensif envers ses amis survivants, mais il dit qu&#39;ils doivent prendre leurs propres responsabilit\u00e9s. &quot;Ils doivent \u00eatre encourag\u00e9s \u00e0 faire de petits travaux pour gagner un salaire&quot;, a-t-il ajout\u00e9. &quot;Ils doivent prendre de l&#39;initiative&quot;.<\/p>\n<p> Il est plus facile de dire que de faire, estiment plusieurs jeunes survivants, qui se retrouvent sans orientation ni autorit\u00e9. &quot;Je regrette que la vie n&#39;ait pas \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente&quot;, a dit Munyarwa. &quot;Mais je ne sais pas \u00e0 quoi j&#39;appartiens&quot;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>KIGALI, 16 jan (IPS) &#8211; Ce dont Gilbert Nshimyumukiza se souvient le plus sur le g\u00e9nocide rwandais en 1994 est qu&#39;il commen\u00e7ait \u00e0 pleuvoir quand lui et ses fr\u00e8res essayaient de ramener leur p\u00e8re mortellement bless\u00e9 dans leur maison.<\/p>\n","protected":false},"author":547,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31,5,10,27,2,1,7,3],"tags":[],"class_list":["post-3774","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-africa-centrale","category-afrique","category-droits-humains","category-east-africa","category-education","category-headlines","category-politique","category-population-refugies"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3774","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/users\/547"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3774"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3774\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3774"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3774"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3774"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}