{"id":3545,"date":"2007-07-01T13:40:01","date_gmt":"2007-07-01T13:40:01","guid":{"rendered":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2007\/07\/01\/qpaysans-et-eleveurs-africains-ne-sont-pas-souvent-prets-a-travailler-ensemble\/"},"modified":"2007-07-01T13:40:01","modified_gmt":"2007-07-01T13:40:01","slug":"qpaysans-et-eleveurs-africains-ne-sont-pas-souvent-prets-a-travailler-ensemble","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/ipsnews.net\/francais\/2007\/07\/01\/qpaysans-et-eleveurs-africains-ne-sont-pas-souvent-prets-a-travailler-ensemble\/","title":{"rendered":"Q&#038;R: &quot;Paysans et \u00e9leveurs africains ne sont pas souvent pr\u00eats \u00e0 travailler ensemble&quot;"},"content":{"rendered":"<p>COTONOU, 30 juin (IPS) &#8211; Franziska Kaguemb\u00e8ga-M\u00fcller, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Henri Girard avec qui IPS a r\u00e9alis\u00e9 et diffus\u00e9 une interview le 30 mai 2007, est une occidentale \u00e9prise de l\u2019Afrique. Mari\u00e9e \u00e0 un Burkinab\u00e8, elle vit et travaille au Burkina Faso o\u00f9 elle a fond\u00e9 \u2018\u2019newTree-nouvelarbre\u2019\u2019, engag\u00e9e dans la lutte contre la d\u00e9sertification.\n <\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>C\u2019est dans le cadre de ses recherches de fin d\u2019\u00e9tude en biologie qu\u2019elle a eu son premier contact avec l\u2019Afrique de l\u2019Ouest en 1997. Apr\u00e8s une exp\u00e9rience enrichissante de travail au B\u00e9nin o\u00f9 elle a mis en place un projet de reboisement et une p\u00e9pini\u00e8re, elle a aussi mis sur pied, au Burkina Faso, en 2003, un programme de d\u00e9veloppement rural dont elle assure la coordination sur place.<\/p>\n<p>  Elle est titulaire d\u2019un Masters\u2019 en d\u00e9veloppement rural obtenu au Burkina Faso et en Suisse en 2004-2005.<\/p>\n<p>  Avec Mich\u00e9e Boko de IPS, Kaguemb\u00e8ga-M\u00fcller \u00e9voque dans cette interview son exp\u00e9rience de travail avec les agriculteurs et parle des techniques pour faire r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer les sols et faire pousser les arbres.<\/p>\n<p>  IPS: Franziska Kaguemb\u00e8ga-M\u00fcller, c\u2019est quoi \u2018\u2019nouvelarbre\u2019\u2019? Une organisation non gouvernementale (ONG)? Une association? Comment est n\u00e9 \u2018\u2019nouvelarbre\u2019\u2019?   Franziska Kaguemb\u00e8ga-M\u00fcller (FKM): \u2018\u2019newTree-nouvelarbre\u2019\u2019 est une ONG de Suisse officiellement reconnue en Suisse et au Burkina Faso dont j\u2019\u00e9tais cofondatrice \u00e0 sa cr\u00e9ation en octobre 2001. Mais l\u2019id\u00e9e de lutter pour un meilleur environnement, am\u00e9liorer le niveau de vie des populations locales, est n\u00e9e bien avant, en 1998. L\u2019ONG \u2018\u2019newTree-nouvelarbre\u2019\u2019 a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e pour structurer et assurer notre programme.<\/p>\n<p>  IPS: En quoi consiste le travail de \u2018\u2019newTree-nouvelarbre\u2019\u2019? Vous travaillez sur le terrain avec des paysans, des \u00e9leveurs\u2026   FKM: L\u2019intervention de \u2018\u2019newTree-nouvelarbre\u2019\u2019 consiste essentiellement \u00e0 r\u00e9aliser des infrastructures de protection pour permettre une r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration naturelle d\u2019une flore locale. De plus, \u2018\u2019newTree\u2019\u2019 forme des partenaires pour une gestion durable des for\u00eats naissantes qui g\u00e9n\u00e8rent non seulement de la nourriture, des m\u00e9dicaments traditionnels, des terres fertiles, mais aussi des activit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de revenus gr\u00e2ce aux produits ligneux et non ligneux.<\/p>\n<p>  Les populations partenaires (familles et groupements villageois f\u00e9minins) sont \u00e0 la base de toutes les actions. D\u2019abord, la d\u00e9cision de prot\u00e9ger les surfaces d\u00e9grad\u00e9es rel\u00e8ve d\u2019elles-m\u00eames et elles d\u00e9terminent les zones \u00e0 prot\u00e9ger et les activit\u00e9s \u00e0 poursuivre. En plus, elles fournissent les agr\u00e9gats et toute la main d\u2019\u0153uvre pour installer les cl\u00f4tures (creusage, mise en place des poteaux et tissage du grillage sur place). La surveillance et la maintenance des cl\u00f4tures font \u00e9galement partie de leurs t\u00e2ches. L\u2019avenir et le succ\u00e8s des sites sont dans leurs mains, nous les assistons en formation technique et leurs apportons un soutien en \u00e9quipements.<\/p>\n<p>  IPS: Sur votre site Internet, il est inscrit \u2018\u2019la terre nue se transforme en for\u00eat\u2019\u2019. Expliquez-nous un peu ce processus.<\/p>\n<p>  FKM: La r\u00e9cup\u00e9ration des terres d\u00e9grad\u00e9es sans protection efficace est difficile. La v\u00e9g\u00e9tation naturelle et les arbres plant\u00e9s n\u2019ont pas beaucoup de chance de grandir car la pression de l\u2019homme, et des animaux en divagation qui broutent les jeunes pousses, est forte. A l\u2019abri de toutes ses pressions, la flore locale, m\u00eame la faune se reconstituent. Nous faisons des inventaires d\u2019arbres r\u00e9guliers dans nos sites o\u00f9 nous constatons une r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration et une croissance rapide de la v\u00e9g\u00e9tation.<\/p>\n<p>  IPS: Quels sont les r\u00e9sultats dont vous \u00eates le plus fiers et ceux qui vous ont le plus d\u00e9\u00e7us?   FKM: Apr\u00e8s quatre ann\u00e9es d\u2019intervention, nous avons pu prot\u00e9ger durablement plus de 150 hectares repartis dans des bosquets familiaux de deux \u00e0 trois, voire six hectares. Les premiers sites sont devenus de petites for\u00eats riches en esp\u00e8ces animales et v\u00e9g\u00e9tales locales dont se servent les populations pour se nourrir et se soigner. Ils leur permettent \u00e9galement d\u2019avoir des produits ligneux et non ligneux \u00e0 vendre.<\/p>\n<p>  De plus nous avons commenc\u00e9 \u00e0 introduire l\u2019apiculture dans nos activit\u00e9s, ce qui donne des revenus importants aux populations.<\/p>\n<p>  Aujourd\u2019hui, des arbres en voie de disparition poussent dans nos enclos et la biodiversit\u00e9 se trouve ainsi sauvegard\u00e9e.<\/p>\n<p>  Ce dont je suis d\u00e9\u00e7ue, ce sont les actes des malfaiteurs qui veulent d\u00e9truire notre \u0153uvre par des vols ou autres actes malveillants. Heureusement, nous n\u2019en avons pas eu trop de destructions car les partenaires sont charg\u00e9s de surveiller non seulement la cl\u00f4ture, mais aussi la for\u00eat naissante\u2026   IPS: C&#39;est \u00e0 dire que de fa\u00e7on indirecte, \u2018\u2019nouvelarbre\u2019\u2019 s\u2019est donn\u00e9 pour mission de lutter contre la d\u00e9sertification\u2026   FKM: Compte tenu de la forte d\u00e9gradation des terres, surtout dans le centre et dans le nord du Burkina Faso, nous sommes convaincus que si les for\u00eats naissantes, m\u00eame petites, sont prot\u00e9g\u00e9es, elles peuvent cr\u00e9er des bases de vie solides pour ces familles rurales qui constituent une couche vuln\u00e9rable aux al\u00e9as climatiques.<\/p>\n<p>  IPS: Comment r\u00e9agissent les populations \u00e0 votre action?   FKM: Nous sommes actuellement submerg\u00e9s par de nouvelles demandes de cl\u00f4tures. Mais nous avons des crit\u00e8res assez stricts pour s\u00e9lectionner les plus motiv\u00e9s pour ce partenariat. Nos partenaires sont en g\u00e9n\u00e9ral tr\u00e8s contents de leurs sites et chacun, compte tenu de ses objectifs, s\u2019investit \u00e0 son rythme dans l\u2019entretient de son bosquet.<\/p>\n<p>  IPS: Etes-vous en association ou en collaboration avec l\u2019Etat burkinab\u00e9?   FKM: Les services techniques de l\u2019Etat sont inform\u00e9s de nos activit\u00e9s et ils appr\u00e9cient nos d\u00e9marches. Mais il n\u2019y a pas une collaboration en tant que tel. Quelques forestiers donnent de temps en temps des conseils techniques \u00e0 nos partenaires dans les villages.<\/p>\n<p>  IPS: Outre le Burkina Faso, intervenez-vous dans d\u2019autres pays africains?   FKM: \u2018\u2019newTree-nouvelarbre\u2019\u2019 intervient toujours dans le programme de reboisement du nord-ouest du B\u00e9nin qui est maintenant g\u00e9r\u00e9 par une \u00e9quipe nationale qui s\u2019appelle \u2018\u2019Jura Afrique\u2019\u2019. De plus, nous avons une collaboration avec une ONG, qui s\u2019appelle Toker, et qui a commenc\u00e9 des activit\u00e9s de protection de la nature en Erythr\u00e9e.<\/p>\n<p>  IPS: A votre avis, les pays africains sont-ils tous conscients des dangers de la d\u00e9sertification si vous devez les juger par leurs actions?   FKM: Je crois qu\u2019ils sont conscients car la population rurale vit ce danger tous les jours. Ils luttent contre la d\u00e9sertification selon leurs moyens et connaissances, ce qui n\u2019est souvent pas suffisant. Par contre, les repr\u00e9sentants de l\u2019Etat intervenant en milieu rural peuvent faire beaucoup mieux compte tenu des moyens et les connaissances techniques dont ils disposent.<\/p>\n<p>  IPS: Quelles sont, \u00e0 votre avis, les insuffisances de la lutte contre la d\u00e9sertification en Afrique?   FKM: Il y a beaucoup de projets mise en place pour lutter contre la d\u00e9sertification, mais souvent ils ne sont pas r\u00e9ellement int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 travailler efficacement contre ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Sinon, vu tout l\u2019argent qui est investi dans cette lutte depuis longtemps, le Sahel devrait d\u00e9j\u00e0 \u00eatre vert.<\/p>\n<p>  Selon moi, tant qu\u2019on n\u2019a pas r\u00e9solu le probl\u00e8me de divagation des animaux dans le Sahel, un reboisement sans une protection efficace ne peut pas porter de fruits. De plus, les paysans et les \u00e9leveurs d\u2019Afrique de l\u2019Ouest ne sont pas souvent pr\u00eats \u00e0 travailler ensemble pour de telles activit\u00e9s. Ils pr\u00e9f\u00e8rent travailler pour eux-m\u00eames et avoir leur autonomie.<\/p>\n<p>  IPS: L\u2019espoir est-il permis malgr\u00e9 tout?   FKM: Le Sahel est plein d\u2019espoir et de richesses, mais il faut chercher \u00e0 r\u00e9gler les probl\u00e8mes \u00e0 leur racine et trouver des solutions durables en collaboration \u00e9troite avec les populations locales. Sinon, les changements climatiques vont nous \u00e9touffer, non seulement dans le Sahel, mais aussi sur toute la terre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>COTONOU, 30 juin (IPS) &#8211; Franziska Kaguemb\u00e8ga-M\u00fcller, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Henri Girard avec qui IPS a r\u00e9alis\u00e9 et diffus\u00e9 une interview le 30 mai 2007, est une occidentale \u00e9prise de l\u2019Afrique. 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